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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 11:23

 

 

Abbaye de Lantenac -Lanteniacum. Plan desssiné par le Vicomte Frotier de la Messelière

 

La paroisse de La Chèze, diocèse de Saint-Brieuc, possédait cette abbaye sur son territoire. Eudon, IIe du nom, comte de Porhoet et duc de Bretagne au titre de Berthe (voir ducs de Bretagne du Xe au XVe siècle, page n° 8), son épouse, la fonda vers l'an 1150, en présence de Geoffroy, évêque de Saint-Brieuc, de saint Jean de La Grille, évêque de Saint-Malo, et de plusieurs autres personnes.-C'est d'ailleurs en cette circonstance que fut pour la première fois mentionnée la paroisse de Loudéac. Il la dota de revenus suffisants "tam in plano quan in bosco" (tant dans la terre mise en valeur que dans celle qui ne l'était pas) ; mais les commandes en ont dissipé une si grande partie, qu'à peine en restait-il pour entretenir trois religieux, quoiqu'elle fût fondée pour six. Aussi, un arrêt du conseil prescrivit-il, -maison de leur ordre ; mais cet arrêt ne reçut pas son exécution, car il s'en trouvait encore trois à Lantenac, lorsque la révolution éclata. Le jansénisme compta, dans le XVIIIe siècle, plus d'un partisan parmi eux ; ce qui obligea l'évêque de Saint-Brieuc à refuser de les approuver pour entendre les confessions. Vendue dès le commencement de la révolution, cette abbaye fut changée en une ferme par l'acquéreur. L'église ne tarda pas à être démolie, et les pierres ont servi à la construction d'une maison à Loudéac. Le revenu annuel de l'abbé de Lantenac était de deux mille trois cents francs. C'est également aux commendes qu'il faut attribuer la disette de titres de cette maison qui a fait perdre les noms de plusieurs des abbés qui l'ont gouvernée. Pour ne point nous écarter de notre plan, nous rapporterons ici ce que nous avons trouvé sur ce sujet dans les autres archives de la province

 

 


 

Détail du calvaire qui se dresse au bourg de la Ferrière. Il fut aménagé par les Moines de Lantenac suite à une épidémie de peste. 

 

Catalogue historique des Abbés :

 

 

-Robert est le premier abbé de Lantenac dont le nom soit connu. Il assista en 1248 à un chapitre général que tint l'abbé de Hambie, dont sa maison dépendait alors.


 

-Jean fit une transaction en 1271, le samedi avant les Cendres, avec Alain VI, vicomte de Rohan. Guillaume Guinod fit dresser, le 15 mars 1350, une copie collationnée de la charte de fondation de son monastère. Il accepta, le 27 octobre 1380, la fondation d'une messe chaque jour, que Jeanne de Navarre, vicomtesse de Rohan, avait faite dans son église.


 

-Pierre rendit aveu le 21 août 1394, au vicomte de Rohan, pour le temporel de son abbaye. Il vivait encore le 4 mai 1412.


 

-Pierre II transigea le 16 octobre 1446 avec Alain IX, vicomte de Rohan, sur la chapellenie de Rohan fondée par Jean, vicomte de Rohan, en faveur d'un religieux de son abbaye.


 

-Geoffroi Guiton était prieur de Saint-Martin de Josselin et abbé de Lantenac dès l'année 1469, suivant quelques comptes de Blain. Il vivait encore en 1495. Sous son abbatiat, deux ouvrages religieux furent imprimés en l'abbaye de Lantenac au cours du XVe siècle (voir L'imprimerie en Bretagne)

 

 

-Pierre III, dit de La Grée, gouvernait le monastère en 1496.


 

-Alain de Lescouët est indiqué comme abbé de Lantenac dès 1506, dans les registres de la chancellerie ; mais les procédures qui se trouvent sous son nom dans les mêmes registres nous apprennent qu'il n'était pas paisible possesseur. Il fut maintenu par lettres enregistrées à la chancellerie, le 21 septembre 1514. Frère Yves de Tournevilly, qui paraît avoir été son compétiteur, fut réintégré le 7aoùt 1529. Nonobstant ce jugement, frère Alain de Lescouët porta la qualité d'abbé de Lantenac jusqu'à sa mort arrivée en 1540. Après la mort d'Alain de Lescouet les religieux élurent pour abbé frère Louis de Botderu, prieur de Saint-Guen, qui fut maintenu par lettres enregistrées à la chancellerie en 1547 ; mais il y a apparence que le cardinal Le Veneur, évêque de Lisieux, à qui le roi avait dônné l'abbaye, l'emporta. César de La Barre succéda au cardinal Le Veneur, et mourut en 1547. Le temporel fut mis en régale le 10 décembre de la même année.


 

-Renaud-Soudan fit serment de fidélité au roi en 1558 pour l'abbaye de Lantenac.


 

-Jean Fabri était abbé en 1561 ;


 

-Antoine Charbonnier en était en 1575.


 

-Mathurin Denechaut abbé le 23 juillet 1582. Il paraît qu'il vivait encore en 1600- L'abbaye fut en économat depuis 1601 jusqu'en 1610.


 

-Guillaume Du Pont était abbé en1612

 

 

-Étienne Du Pont succéda à son oncle en 1641. Il assista aux Etats de Saint-Brieuc en 1677. (voir Factum en fin de page) 


 

-Louis Fernou succéda à Étienne Du Pont, et se maria en 1706.


 

-Augustin Giri de Monteliacd fut pourvu en 1706, et mourut au mois de février 1731.


 

-Louis-Alexandre-Marin de Kerbringal, chanoine de Quimper, fut nommé au mois de septembre 1731, et posséda l'abbaye pendant cinquante -cinq ans.


 

-François-Octave de Barral, vicaire général et archidiacre de Troyes, fut nommé à Lantenac en 1786. Il a survécu à la révolution, et s'était retiré à Grenoble, son pays natal. Il était frère de Monseigneur Claude-Mathias-Joseph de Barral, évêque de Troyes, mort archevêque de Tours le 6 juin 1816.


 

 

Les ruines de l'abbaye d'après dessin du Vicomte Frotier de la Messelière, dessin réalisé le 8 septembre 1921. Parmi les ruines sont mentionnées  par M. Geslin de Bourgogne : une chapelle XVe, une portion du cloître ainsi que le "sarcophage" de Aliénor de Rohan, morte en 1242 ; épouse de Louis de Rohan. Ci-dessous la Chapelle Sainte-Blanche, visible au hameau de Lantenac en la localité de la Ferrière. La porte de cette chapelle ainsi que les statuaires proviennent de l'abbaye disparue.

 

 

Au temps des guerres de la Sainte-Ligue

 

La Magnanne, qui avait fait remplacer son bras mutilé par un bras en fer articulé, guerroya, ça et là, pour le service du roi, et nous le trouvons, en 1580, qualifié capitaine et gouverneur de Noirmoutiers. Maître de cette, île, il en profita, dit-on, pour commettre des actes de brigandages sur terre et sur mer, ce qui lui valut la même année d'être enfermé à la Bastille, par ordre du roi Henri III. Il y resta un an environ et ne dut son élargissement qu'au crédit d'un ami dévoué, Sébastien de Rosmadec, baron de Molac, qui intercéda pour lui auprès du souverain et lui obtint même, à titre de retraite, comme ayant été mutile au service, le bénéfice de l'abbaye de Lantenac, dont nous dirons ici quelques mots. Ce monastère, de l'ordre de Saint-Benoît, situé près de Loudéac et de fondation très ancienne, avait décliné, peu à peu, après de longues années de prospérité sous le patronage des sires de Porhoët et de Rohan. Au XVIe siècle l'abbaye ne comptait plus que quatre à cinq moines, quand, sous la pernicieuse influence d'Isabeau d'Albret, douairière de Rohan, cette famille embrassa le protestantisme. Ce fut le coup de grâce pour l'antique abbaye bénédictine, qui souffrit beaucoup des guerres de religion, Le paisible asiledes religieux fervents et des savants studieux, qu'avaient été les bénédictins, devint bientôt un repaire de bandits et une caserne de gens de guerre. Lantenac fut d'abord la proie du fameux Hervé de Kerguézangor, sieur de la Ville-Audren, ancien précepteur huguenot des enfants de Rohan, poste d'où il avait été chassé pour vols. Kerguézangor, s'étant mis à la tête d'une bande de pillards, commença, vers 1565, par s'emparer à main armée de l'abbaye de Lantenac, en forçant l'abbé Jean Fabri à signer, sur la croupe même de son cheval, une renonciation en faveur de son fils, Claude de Kerguézangor. Il chassa alors tous les moines et prit possession de la maison et de tout ce qu'elle contenait, affermant ensuite, à son profit, tous les biens du monastère. Kerguézangor possédait aux environs les manoirs et terres de la Ville-Audren, en Cadélac, de Launay et de Kériel, paroisse de Mur. Il résidait d'ordinaire au Launay, et, de là, répandait la terreur dans tous les environs par des méfaits et des crimes dont le souvenir s'est perpétué jusqu'à nos jours. On raconte encore, au pays de Mur, qu'il noya une femme par jalousie, qu'il fit enfermer un homme dans une cheminée dont il fit maçonner l'ouverture ; mais le fait le plus grave fut celui qui amena l'arrestation du bandit et sa fin, digne de son existence infâme. A cette époque troublée les marchands, voyageant pour les besoins de leur négoce, avaient pris l'habitude de se réunir en compagnies plus ou moins nombreuses, pour, en cas d'attaque, se prêter secours et assistance, Dix marchands de Rennes, qui cheminaient ainsi de concert, furent, un soir, attirés au manoir de Launay, où on leur offrit l'hospitalité pour la nuit. Mais les malheureux, surpris dans leur sommeil par le sieur de Kerguézangor et sa femme, furent égorgés et dévalisés ! Né les voyant plus reparaître, leurs familles firent faire une enquête qui découvrit les meurtriers. On les arrêta au Launay, et on les conduisît à Rennes pour y être jugés. Kerguézangor s'empoisonna dans sa prison, et sa femme, convaincue d'avoir participé à son crime, fut décapitée en 1570. Le roi saisit alors les revenus de l'abbaye, en dépit des instances de Claude de Kerguézangor, et les rendit à l'abbé Jean Fabri. Mais le monastère ne fut pas reconstitué, la maison était dépouillée et délabrée, et la riche abbaye de Lantenac ne consistait plus qu'en un bénéfice chargé de quelques messes, lorsque Mathurin Denechaut, qui en était titulaire en 1582, le transmit au comte de la Magnanne à sa sortie de la Bastille. Cet abbé commendataire, d'un genre assez singulier, mais cependant commun à cette époque, partit donc pour la Bretagne, avec une troupe de cinq à six cents routiers, qu'il avait assemblés et qu'il devait solder de la même manière que les autres capitaines de son temps, à l'aide de la rapine et du pillage. Il commença par obtenir la main de Jeanne de Rosmadec, veuve de Jean de la Pommeraye, dame de Molac. La Magnanne se fixa alors à La Chèze,paroisse d'où dépendait Lantenac, puis il établit sa compagnie à l'abbaye, non sans avoir fait avec ses hommes d'armes quelques fructueuses expéditions. Les soldats de la Magnanne menaient joyeuse vie dans l'ancien monastère. L'église leur servit d'écurie pour les chevaux, le réfectoire fut transformé en salle d'armes. Ils abattirent les bois pour les besoins de la garnison, et celle-ci acquit bientôt un grand renom dans toutes les paroisses environnantes : on eût pu croire au retour des huguenots de Kerguézangor retour des huguenots de Kerguézangor ! Cependant La Magnanne quitta bientôt la Bretagne pour aller, vers l'année 1586, guerroyer en Poitou, sous les ordres de Jean de Chources, seigneur de Malicorne, gouverneur de cette province, qui tenait le parti de la Ligue. Il y demeura environ deux années, durant lesquelles il servit la cause de l'Union. C'est pendant cette absence que mourut à Lantenac sa femme qu'il avait laissée à la Chèze. Malade elle avait dû quitter cette localité pour changer d'air et fuir l'épidémie qui y régnait. A la nouvelle de sa mort, ses parents, ou soi-disant héritiers, accoururent à l'abbaye pour recueillir ce qui lui appartenait, et, sous ce prétexte, l'un d'eux, le sieur de Kercado, s'établit dans la place avec 80 ou 100 hommes, profitant de l'absence de La Magnanne pour s'emparer des biens et revenus de Lantenac. Il ne fallut rien moins, pour en déloger ce nouvel intrus, qu'un arrêt du Conseil du Roi en date du 15 mai 1587 !  L'heureux succès de la Société de Bretagne donna occasion au rétablissement de la régularité dans l'abbaye de Lantenac. Il y avait déjà 45 ans qu'elle était sans religieux ; le père Jean Verdeau, provincial de la Province de Touraine, pour suppléer à ce défaut, y avait envoyé un prêtre séculier de Redon nommé Jean Guyen, afin d'y faire l'office. En 1608, il y joignait son neveu qui s'appelait Julien Le Roy. Le père Jaunay leur donna une règle de Saint-Benoit qu'ils gardaient le mieux qu'ils pouvaient.  

 

 

 

Les religieux embrassèrent la réforme de Saint-Maur en 1646, mais tombèrent dans le jansénisme  au XVIIIe (les Janséistes proposaient la rigueur, et, en ce sens étaient opposés au Jésuites beaucoup plus indulgents envers les pêcheurs). Il fut question de supprimer cette abbaye en 1767, mais trois religieux y demeuraient encore en 1779. Vendue comme Bien National en 1790, elle fut transformée en carrière pour la construction de maisons à Loudéac (voir à travers la ville de Loudéac). Sur son emplacement a été construit un oratoire renfermant des armoiries d'Abbés et des statues anciennes provenant de l'édifice détruit. (notes du Vicomte Frotier de la Messelière).

 

 

Pour mieux comprendre cette Réforme de Saint-Maur, voici un extrait des notes laissées par P. Salmon : Aux origines de la congrégation de Saint-Maur. Ascèse monastique et exercices spirituels dans les constitutions de 1646


 

Pour lutter efficacement contre les sorties fréquentes et les séjours prolongés hors du monastère, engendrant le retour aux usages du monde et à son esprit, un des points saillants des Constitutions de Saint-Maur est l'insistance sur la clôture. Non seulement elles rappellent l'ancienne prescription de la Règle, interdisant de sortir sans la permission et la bénédiction du supérieur, mais elles obligent à utiliser, tant pour les sorties que pour les rentrées, la porte commune. Si, par nécessité, on en utilise une autre, on devra avertir le portier et marquer qu'on s'absente sur le tableau placé près de la porte commune7. Si un moine sortait proprio vitio ou s'enfuyait, son supérieur devait avertir aussitôt le Général, ou au moins le Visiteur, et dresser un procès-verbal. Si le délinquant était pris sur le fait, n'ayant pas encore déposé l'habit monastique, ou s'il rentrait dans les cinq jours, il était puni comme d'une faute grave; si au contraire, il avait déjà quitté l'habit ou ne rentrait pas dans les cinq jours, on devait l'arrêter, le mettre en prison et procéder contre lui « juxta formam in praxi criminali traditam »

 

Différent entre Etienne Du Pont, Abbé de Lantenac et Puissante Dame Marguerite de Rohan dame de la Chaize

 


 

 

 

 

Puissante Dame Marguerite de Rohan dame de la Chaize

 

...Je finis ma visite par la petite abbaye de Lantenac de l'ordre de Saint-Benoît, située en l'évêché de Saint-Brieuc, que l'on tient de la fondation de Rohan, et, ce comme telle, les huguenots en ont longtemps disposé et tout ruiné fors un beau corps de logis abbatial qu'ils avaient conservé comme demeure. Le prieur me dit que la fondation était d'un comte Eudon qui paraissait être de Porhoët et de Rohan et dont les seigneurs de Rohan s'étaient toujours dits issus, il y a plus de quatre cents ans, ce qui me confirme en l'opinion de du Paz qui confondait Rohan et Porhoët, voir Léon, avec les anciens comtes de Vannes, rois de la Bretagne Armorique, dont la grandeur et puissance fut rabaissée par le roi Henry d'Angleterre, duc de Normandie, comte d'Anjou, Touraine et le Maine, et, par sa femme Aliénor, duc d'Aquitaine, comte de Poitou qui réduisit toute la Bretagne à la subjection du comte Geffroy son fils et les comtes de Léon et Porhoët furent, comme plusieurs autres par lui humiliés. Dans le même temps, Jean, évêque de Saint-Brieuc, pour obéir aux sacrés canons, qui ordonnent aux éques de ne donner les bénéfices ecclésiastiques qu'à des fidèles serviteurs, ne crut pas, pouvoir, mettre les églises de Ferrier et de Lantenac situées dans le territoire de Porrohet, in Porri hocensi pago, en de meilleurs mains qu'en celles des des religieux de Marmoutier qui désservoient le prieuré de Saint-Martin de Joscelin. 

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Published by poudouvre
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