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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 21:52

Michel, Julien, Alain, Picot de Clorivière, écuyer, était né en 1734 dans les environs de Saint-Malo, pays adopté par ses ancêtres venus de Normandie à la suite d'un mariage. Michel Picot avait un frère Pierre qui se fit prêtre et jésuite, qui mena pendant la période révolutionnaire une vie mouvementée, fut incarcéré pendant plusieurs années et devait mourir en odeur de sainteté en 1820. Il avait aussi une soeur mariée à M. Désilles de Cambernon dont le fils André, officier au Régiment du Roi, fut blessé mortellement en 1790, à l'affaire de Nancy et fut triomphalement inhumé dans la cathédrale de cette ville où son tombeau se voit encore. La situation des Picot de Clorivière était assez modeste. Pour s'enrichir, Michel Picot s'intéressa aux affaires de la Compagnie des Indes. Il suivait, ce faisant, l'exemple de beaucoup de gentilshommes de sa région. Ses spéculations furent heureuses et lui procurèrent d'importants capitaux. Il avait su réaliser au bon moment et fit preuve d'une prudente sagesse en achetant des terres. Le 25 Juillet 1758. conjointement avec le Comte et la Comtesse de Bruc, il devenait acquéreur, en l'étude de M. Vallet, Conseiller du Roi, notaire au Châtelet de Paris, des terres, fiefs et seigneuries de Broons, Beaumanoir, Beaumont, et la Grande-Bouëxière (voir histoire de Broons, page n° 5 - Le château de Beaumont en Guitté). La vente était conclue pour l'énorme somme de 470.000 livres Monsieur et Madame de Bruc associés seulement à M. de Clorivière, pour le contrat, ne gardèrent pour eux que la seigneurie de Broons. Leur associé devenait Seigneur de Beaumanoir, Limoëlan, Beaumont et la Grande Bouëxière. Ces quatre domaines avaient leurs juridictions distinctes. Beaumont et Limoëlan possédaient chacun leur château et leur haute justice ainsi que de nombreuses métairies, futaies, bois d'ornements,et étaient dignes en tous points de leur origine princière. Aucun des deux manoirs n'était en état d'être habité sans qu'il y fut fait de sérieuses transformations. Monsieur de Clorivière voulait s'installer en grand seigneur. Peut-être hésita-t-il entre les deux résidences ? Ce fut en tout cas Limoëlan qui eut ses préférences. Dès lors il prit, suivant l'usage du temps le nom de sa seigneurie et fut le premier Picot de Limoëlan.

 

 

Le vieux château de Limoëlan -ci dessus, était une maison forte dont il ne reste aujourd'hui qu'une partie qui a gardé fort grand air. Il était construit dans une île au milieu d'un petit étang et présentait une enceinte en forme de trapèze entourant une vaste cour d'honneur. Les bâtiments élevés surmontés de grands toits sont en granit de bel appareil les façades extérieures destinées à la défense ont les pieds dans l'eau et sont percées de fenêtres étroites et peu nombreuses. L'entrée principale restée presque intacte consiste en une large et haute porte à plein cintre qu'un pont-levis défendait pont-levis qui a disparu et a été remplacé par une simple levée de terre. La façade sur cour, largement éclairée par des fenêtres plus importantes, donne accès par de nombreuses portes aux anciens appartements, grandes salles ornées de cheminées monumentales, aux hauts plafonds dont les poutres de chêne n'ont pas fléchi sous le poids des siècles. Une grande partie des bâtiments furent démolis et fournirent des matériaux pour la construction d'un nouveau château. Celui-ci fut édifié à l'ouest de l'ancien, à mi-coteau.

 

 

 

 

Le site était bien choisi et la nouvelle demeure, moderne, bien aspectée, conçue selon les règles de la belle architecture du XVIIIe siècle,était digne de son époque. Il est resté de nos jours ce qu'il était alors. Abrité au Nord Ouest et au Sud par la déclivité du terrain et par de belles futaies, Limoëlan, de sa façade principale, embrasse, au levant, un large panorama dont le centre est la petite ville de Broons, patrie de Du Guesclin. Les ouvertures de cette façade donnent sur une large terrasse surplombant l'ancien potager, s'étendant sur plus d'un hectare et entouré de murs. Nos pères aimaient avoir sous leurs yeux même l'abondante ordonnance et les fruits prometteurs de leur jardin. Une large allée le partageant par moitié menait en ligne droite à une grille s'ouvrant sur l'entrée du vieux manoir fortifié. De la terrasse, le pittoresque monument, posé sur son miroir d'eau, constitue le premier plan du paysage, Broons en étant le dernier. Les futaies, les avenues, les massifs, disposés avec art et sur plan bien étudié, font un beau cadre au château moderne qui mérite une description Le nouveau Limoëlan, sans égaler en élégance, les châteaux de la même époque construits dans l'Ile de France, était cependant un beau spécimen d'architecture, avec ses façades régulières aux fenêtres serties de beau granit taillé, avec son fronton surélevé et finement armorié, coiffé d'un curieux toit en forme de carène de navire renversée, avec ses ardoises épaisses taillées en écailles et ses pinacles de plomb découpé ornant les toits à la Mansard. La maison un peu basse et trapue, aux murs épais, donnait une impression de confort sérieux que confirmaient l'heureuse proportion des appartements et la hauteur moyenne des plafonds rendant le chauffage facile en hiver. La salle à manger aux angles arrondis et dont les boiseries sont demeurées intactes, le grand escalier aux balustres et à la rampe de chêne massif, les salons d'aspect riant, constituent à l'heure actuelle un ensemble qui n'est pas démodé. Le Limoëlan de nos jours est resté ce qu'il était avant la Révolution, garni de ses anciens meubles, de ses grandes glaces et de ses consoles Louis XV sa bibliothèque aux rayons de chêne patiné renferme encore les vieux livres gainés de cuir que feuilletaient les anciens châtelains. Après avoir fondé la maison, il fallut songer à créer la famille. C'est le 18 juin 1765, à Pont-Saint-Martin près de Nantes que fut célébré le mariage du Seigneur de Limoëlan avec Renée-Jeanne Roche, fille de Nicolas Roche, Seigneur de Fermoy, Pont-Saint-Martin et autres lieux, et de Renée, Jeanne Philippe.

 

 

 

Ancienne chapelle de Limoëlan

 

Les Roche, ou O'Roche, famille d'origine irlandaise, fixée en France au commencement du XVIIe siècle, y avaient été reconnus nobles avec la qualité d'écuyer. Madame Roche, née Philippe, était fille de Jean-François Philippe, négociant au Cap, en l'île de Saint-Domingue.Cette origine plébéienne nous donnerait peut être la raison de la grande différence qui régnait entre les sentiments de Monsieur de Limoëlan et ceux de sa femme. Monsieur de Limoëlan, quoique ayant vécu dans le monde des affaires et s'étant adonné pendant quelques années à une branche de commerce, qui du reste n'entraînait pas la dérogeance, était resté gentilhomme dans toute l'acceptation du mot, fidèle aux principes de sa race, profondément attaché à la Religion et à la Royauté. Lorsque les événements de 1789 déchaînèrent l'affreuse tourmente révolutionnaire, les nobles bretons n'hésitèrent pas à tout sacrifier à la cause de la monarchie. Monsieur de Limoëlan, parent du Marquis de la Rouerie, s'engagea avec enthousiasme dans l'Armée Royale de Bretagne et se trouva compromis dans la conspiration fomentée par le fougueux organisateur, conspiration qui eut le tragique dénouement que l'on sait. Il se trouvait à la Fosse-Hingant chez sa soeur Madame Désilles lorsqu'eut lieu la perquisition machinée par le traitre Chèvetel. La découverte, escomptée. de tous les documents du Marquis de la Rouerie, mort quelques jours auparavant au château de la Guyomarais, documents renfermés dans un bocal et enterrés au pied d'un arbuste dans le jardin de la Fosse-Hingant, révéla les noms des conjurés et ceux des bailleurs de fonds et parmi eux celui de Limoëlan souscripteur d'une somme de 1,200 livres. Arrêté avec vingt autres suspects, parmi lesquels ses trois nièces, Mesdames d'Allérac, de Virel et de la Fonchais, il fut dirigé sur Paris pour y être déféré ainsi que ses infortunés compagnons au terrible Tribunal révolutionnaire. Monsieur Lenôtre nous a conté, avec son grand talent, le pénible voyage de la Fosse-Hingant à Paris où les prisonniers arrivèrent dans les premiers jours du mois de Mai 1793, et le procès rapidement mené, suivi de l'exécution, le 18 Juin, sur la place Louis XV de la plupart des prévenus et entre autres de Limoëlan et de sa nièce de la Fonchais. Madame de Limoëlan était accourue à Paris, mais elle ne put revoir son mari détenu à la sinistre prison de l'Abbaye où il avait été mis au secret. Il semble que c'est à partir de ce moment qu'elle se fixa à Versailles où elle demeura pendant la Terreur et les années qui suivirent. C'était une femme, grande et sèche, aux cheveux châtains un peu ardents, aux yeux bleus sous un front haut et bombé. Le nez long, la bouche mince d'une expression très particulière ! étaient encadrés d'un ovale allongé et plutôt maigre. Elle ne partageait pas la manière de voir de son mari beaucoup plus pratique si l'on peut dire, elle était certainement portée vers les idées nouvelles et lorsque le Général Bonaparte, auréolé de ses premières victoires, devint membre du Directoire puis 1er Consul et enfin Consul à vie, elle s'éprit pour lui d'un enthousiasme dont elle ne songeait nullement à se cacher. Et quand son fils Joseph se lança dans les aventures de la chouannerie et dans les conspirations anti-bonapartistes, elle désapprouva sa conduite. II n'y a aucun doute qu'elle n'ait tendrement aimé son mari et qu'elle ne l'ait sincèrement pleuré tout en pensant d'une façon différente. II y a une chose certaine, M. de Limoëlan se trouvait davantage en communauté d'idées avec ses filles auxquelles il écrivait pendant sa captivité et avec son fils Joseph, royaliste fervent et admirateur passionné des vertus de son père, il devait être dans les sentiments d'une parfaite sympathie. Combien il est poignant en tous cas de revivre les angoisses d'une famille comme celle-ci, ayant traversé les horreurs d'une telle époque et combien s'explique envers un régime dont il ne voit que les crimes et la bassesse, la haine d'un fils désireux de venger la mort d'un père tendrement aimé.

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Published by poudouvre
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