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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 07:21

 

 

La louable attention que mettait le duc Conan III à corriger les abus ne rendait pas son intérieur plus heureux : depuis longtemps la douce confiance en était bannie. La duchesse Mathilde, traitée par lui comme une étrangère, ne l'accompagnait presque jamais en public, non plus que Hoël, son fils et son successeur présumé. Dans les assemblées solennelles, c'étaient Ermengarde, sa mère, et Berthe l'aînée de ses deux filles, qui prenaient place à ses côtés; et il ne paraît pas que sa cour l'ait taxé d'injustice, ni que Mathilde en ait été plainte, comme on l'eût fait d'une épouse innocente. Conan ne se contenta pas de ce témoignage de froideur; il nourrissait secrètement un projet de vengeance, dont il commença l'exécution en mariant la princesse Berthe, sa fille, à Alain le Noir, comte de Richemont. Ce jeune guerrier, déjà célèbre, était le second fils du comte Étienne de Penthièvre ; et, dans le dessein où était, le duc de le faire son héritier au préjudice d'Hoël, il l'avait choisi comme étant le plus capable de faire valoir ce choix. La mort prématurée du comte de Richemont vint déranger le plan, mais non changer la volonté du duc. Le fils de Berthe, nommé Conan comme son .grand-père, d'une constitution faible, n'offrant pas une garantie suffisante, le duc prit le parti de remarier la jeune veuve à Eudon, fils du vicomte de Rennes et de Porhoët. Conan survécut peu à ces secondes noces. Il déclara, sur son lit de mort, que le prince Hoël n'était pas son fils, et qu'il n'avait aucun droit à sa succession. Ermengarde était morte elle-même quelque temps auparavant. Les suites de l'imprudente déclaration de Conan III étaient faciles à prévoir, et ne tardèrent point à mettre en rumeur toute la Bretagne. Deux partis se formèrent d'abord : l'un se déclara en faveur d'Hoël, le prince déshérité ; l'autre reconnut pour son chef le comte Eudon, second époux de Berthe, fille de Conan. Les deux compétiteurs n'avaient point un mérite égal. Hoël, qu'il fut ou non l'héritier légitime, se montra bientôt incapable de soutenir ses prétentions. Sa nullité fut telle, que ses plus chauds partisans s'en dégoûtèrent ; et lui-même, se rendant justice, se retira volontairement du théâtre de la politique pour rentrer dans la vie privée; mais la place qu'il abandonnait ne tarda pas à être remplie de nouveau, et la guerre recommença avec plus d'acharnement que jamais.

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Published by poudouvre
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