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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 17:39

 

Quand Olivier V de Clisson s'éteignit en 1407, il fit une multitude de legs qui attestent l'immense fortune qu'il s'était créée. En Bretagne, sa mère, Jeanne de Belleville et son beau-père, Gautier de Bentley, avaient laissé à Olivier la châtellenie de Pontcallec, les paroisses de Bubry et de Questerguset de nombreuses terres à Guémené, Brorot et Lizquel, sans compter la seigneurie de la Roche-Moysan et une partie de l'île de Groix, dons du roi d'Angleterre. Les forteresses de Blain et de Clisson, avec leurs dépendances, appartenaient aussi au connétable, comme biens patrimoniaux. Le roi de France lui avait donné la terre de Guillac confisquée au duc de Bretagne. Quant à Josselin et aux droits seigneuriaux sur le comté de Porhoët, Clisson les avait acquis pour des terres en Normandie et pour ses droits sur les foires de Champagne. Les droits qu'il abandonnait ainsi s'élevaient à 2,000 livres de rente annuelle : il les tenait de sa première femme, Catherine de Laval, qui lui avait encore apporté en dot la seigneurie de Villenomble. Sa seconde femme, Marguerite de Rohan lui procura les terres et bailiages de Pleugriffet, Pontguégan et Gourmené. Au moment de l'attentat de l'Hermine, nous savons que Clisson occupait encore Lamballe, Broons, Jugon et le Guido.

 

 

En ajoutant Cesson et Erquy, des maisons et des jardins à Nantes, nous avons la liste des principales possessions de Clisson en Bretagne. Tous ces domaines ajoutés à ceux du vicomte de Rohan et de Jean de Penthièvre comprenaient le quart de toute la province Dès l'âge de vingt-huit ans, Clisson avait arraché au duc de Bretagne la forteresse de Gâvre et l'avait démolie : plus tard, malgré le duc, il s'implanta à Josselin. En 1380, Olivier avait prêté au duc de Berry 10,000 francs « de bon or et de bon pois. » Trois ans plus tard, le duc de Berry avait rendu au connétable ces dix mille francs, que celui-ci avait « baillé en pur prest. » Pour avoir la somme prêtée, le duc avait livré en gage les « chastel, ville et chastellenie de Fontenay-le-Comte. » Le connétable ayant recouvré son argent rendit la caution. Clisson possédait d'immenses domaines dans cette province du Poitou. Dans le Poitou, nous pouvons énumérer comme appartenant à Olivier, du chef de sa mère, Belleville, Beauvoir, Ampant, La Baye, Châteauneuf, Noirmoutiers, Chauvet et Boyns. Il s'acquit encore en ce pays : Châteaumur, Montagu, le fief Lévesque, Palluau Mauléon ; à cette dernière seigneurie se rattachaient les Deffans, Thouarçais, Saint-James et Biron en Anjou, Clisson possédait La Garnache et les terres de Champtoceaux. Il avait aussi acheté pour 22,000 fr. d'or  la magnifique seigneurie de Montfaucon. Dans la Normandie, le roi de France avait donné en gage au connétable la garde et les revenus de Pontorson ; plus tard il lui céda cette seigneurie par un engagement indéfini. Olivier de Clisson possédait encore dans cette province « les minières de fer de Beaumont les terres de Goulaine et de l'Epine », les quatre gros villages de Bolon, Antressi, Saint-Laurent de Condeels et Aignend, Gramesnif.

 

 

La baronnie de Tuis lui avait aussi appartenu ;  mais il l'avait échangée contre Josselin et le Porhoët Non loin de Paris, le connétable avait la garde de la forteresse de Montléry, sur la route de Bretagne. A Paris même, nous connaissons le magnifique hôtel qu'il s'était construit. Du chef de sa mère, il avait encore le privilège de délivrer des Brefs (brevets de navigation) aux navires sortant du port de Bordeaux : mais il est probable que les Anglais, qui occupaient ce port, lui enlevèrent cette source de revenus, quand il se déclara ouvertement contre eux. Toutes ces possessions, que nous venons d'énumérer, ne constituaient qu'une partie de la fortune d'Olivier de Clisson : ses valeurs mobilières étaient encore très considérables. Au moyen âge, on ne connaissait guère ce que nous appelons aujourd'hui les valeurs en portefeuille (actions, obligations, bons au porteur...) : en revanche, l'usage des métaux d'or et d'argent, surtout à l'état non monnayé, était plus fréquent que de nos jours. Les divers souverains, se réservant le droit de battre monnaie, modifiaient fréquemment, mais toujours à leur profit, les lois qui réglementaient la frappe des métaux. La refonte des anciennes pièces n'était autre chose qu'une soustraction opérée sur chacune d'elle, au profit du trésor. En fait, l'argent monnayé avait donc toujours une valeur intrinsèque inférieure à son titre légal. De là, avantage pour les financiers et les riches à garder le plus longtemps possible leurs valeurs en métal, au lieu de les convertir en espèces. En cas de nécessité, le souverain était obligé de porter à la Monnaie ses Arases d'or et d'argent, où bien il traitait avec les financiers et les riches, qui possédaient les métaux précieux. Clisson fournit au roi de France, à plusieurs reprises, de grandes quantités d'or. En une seule fois, le 6 janvier 1385, il apporta au roi, pour être monnayé, 600 marcs d'or. Il reçut en retour « 67 livres et 10 sols pour chacun marc. »

 

 

Les grandes richesses de Clisson lui venaient d'abord de tous les revenus que produisaient ses nombreux domaines, mais aussi de tous les profits que la guerre lui avait procurés. Depuis vingt cinq ou trente ans qu'il portait l'épée, il s'était toujours trouvé du côté des vainqueurs. Elevé à l'école des Anglais, pour qui la guerre était un moyen de faire fortune, il dut largement profiter de leurs leçons. Quand il passa au service de la France, on avait trop intérêt à ménager un tel homme pour ne pas le laisser libre de faire la guerre à sa façon. Il commença par prendre à Chandos des pierres pour se bâtir un château, mais il ne tarda pas à s'emparer d'une infinité d'autres villes, châteaux et forteresses, où beaucoup de riches Anglais étaient enfermés et qui furent mis à rançon. Or Clisson se montra toujours fort exigeant pour ceux qu'il n'aimait pas et qui s'étaient mis dans ses dettes. En une seule fois, le roi de France lui abandonna, comme nous l'avons vu, « toutes les rançons payées ou à payer par les garnisons des forteresses occupées par les Anglais sur les frontières de Poitou, de Guyenne et de Bretagne. » Un autre jour, il reçut comme gratification tout ce que les Anglais possédaient en Flandre. Cette malheureuse Flandre fut sillonnée, pillée et ravagée, pendant plusieurs années, par les troupes de Clisson ; c'était une riche province, peut-être la plus commerçante et la plus industrieuse de l'Europe, dans tous les arts textiles. Nous pouvons à peine nous faire une idée de ces immenses rapines, de ce pillage en grand de tout un peuple jusque-là si prospère, alors que les simples soldats amenaient avec eux des bêtes de somme, pour emporter une plus lourde charge de larcins. -Tout le butin, excepté l'or, l'argent, et les prisonniers, appartenait d'abord au connétable : il est donc probable que ce dernier, dont le désintéressement n'était pas la vertu favorite, retira d'incroyables profits de toutes ces expéditions. En outre, Olivier de Clisson, avant même qu'il ne fût connétable, réclamait toujours énergiquement sa solde intégrale et pour lui et pour ses troupes : car il entendait bien ne pas faire la guerre au dépens de sa fortune privée. Il est vrai qu'il fut souvent obligé de faire quelques avances personnelles, mais il en tenait un compte exact et, le moment venu, réclamait les 50 ou 60,000 francs que lui dut somment le trésor royal. Devenu connétable, ses appointements se montèrent à 24,000 francs par an. Quand on tardait trop à le payer, ce qui arrivait fréquemment, il en profitait pour obtenir de magnifiques gages, tels que les seigneuries de Pontorson, de Montléry et de Champtoceaux, dont les revenus lui permettaient de prendre patience et d'attendre le paiement des capitaux qui lui étaient dus paiement des capitaux qui lui étaient dus. Bien qu'il achetat toujours de nouveaux domaines, qu'il restaurât à grands frais ses châteaux-forts et qu'il se fût construit à Paris même un véritable palais, il trouva le moyen de prêter de l'argent à tout le monde, au roi de France, au duc d'Orléans, au duc de Berry, à la reine de Sicile, à la comtesse de Penthièvre, au comte de Flandre, au sénéchal du Hainault, à Bureau de la Rivière, au pape lui-même ! Un document trouvé aux archives du Vatican nous aprend en effet qu'au mois de juin 1384, Olivier de Clisson prêta à Clément VII pape d'Avignon, une somme de 7,500 florins (472. 600 fr. en monnaie actuelle). Cette petite étude sur la situation politique et financière du connétable Olivier de Clisson nous fera mieux saisir les causes de beaucoup d'événements qui vont suivre. Si sa haute dignité, l'amitié du roi, ses services passés, ses grandes richesses lui assuraient à la cour de France une influence considérable, il avait néanmoins à craindre les jalousies et les haineuses persécutions de personnages, qui étaient plus élevés que lui par la naissance, et à qui sa haute situation portait secrètement ombrage. Des aides avaient été établies dans tout le Poitou pour subvenir aux frais de la guerre. Mais le sire de Clisson avait obtenu, sur les terres qu'il y possédait, la permission de prélever, pour lui-même, d'abord la moitié, et ensuite la totalité de ces impôts. Or Clisson ne leva pas ces aides dans ses fiefs, de sorte qu'une foule de marchands et de gens riches vinrent s'établir et trafiquer dans les lieux exempts d'impôts, amenant avec eux le commerce et la prospérité, au détriment des pays voisins. Bien plus, l'habile grand, seigneur accorda la remise personnelle des aides à tous ceux « qui se voulaient advouer ses subgiez » et qui mettaient ses armes sur leurs maisons. Il s'arrogeait en outre sur ses terres et même dans tout le Poitou les droits d'un véritable souverain, jetant dans ses prisons les seigneurs qui, comme les sires d'Argenton et de la Sepoye, osaient lui résister.

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Published by poudouvre
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