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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 18:48

Organisation politique et social de la Bretagne au IXe siècle. Constitution du Plou -Le Machtiern.

 


 

An IXe siècle, la constitution de la Bretagne comprenait trois degrés hiérarchiques : le roi, les comtes, les machtiems. Le roi était le chef de la nation; il l'appelait aux armes et la représentait vis-à-vis des peuples étrangers, mais il ne pouvait prendre aucune mesure d'intérêt général sans l'assentiment des comtes, des évêques et des principaux seigneurs réunis en assemblée plénière. Les comtes étaient les descendants ou représentants des petits souverains antérieurs au IXe siècle. Ils dépendaient immédiatement du roi et lui devaient fidélité, service militaire et obéissance à son tribunal. Chaque comte était souverain dans son comté, sauf pour les affaires d'ordre général et extérieur. Le comté se composait d'un certain nombre de plous ou paroisses. Le machtiern ou princeps plebis était le chef héréditaire du plou; il exerçait l'autorité judiciaire, percevait certaines redevances et possédait certaines terres composant sa dotation. Les hommes du plou (plebenses) par le fait seul de leur naissance ou de leur habitation, lui devaient fidélité et assistance ; ils pouvaient, il est vrai, s'engager envers d'autres par les liens de la recommandation et du vasselage (ordinairement pour obtenir quelque terre à titre de bénéfice), mais si ces obligations nouvelles venaient à se trouver opposées à celles qui unissaient les plebenses au machtiern, elles s'effaçaient devant ces dernières. Le lien entre le machtiern et les plebenses avait pour origine, non pas un ontrat ni une convention quelconque, mais la fondation même du plou, et rien ne pouvait les rompre. -Le machtiern pouvait réclamer main-forte de ses plebenses pour défendre sa personne ou pour assurer l'exécution de ses jugements, mais il n'avait pas le droit de guerre privée. Il devait au comte la fidélité, l'obéissance à son tribunal et le service militaire avec les hommes de son plou.


 

 

Organisation judiciaire.


 

 

-Il y avait en Bretagne trois ordres de juridiction : la cour du roi, celle du comte et celle du machtiern. La première avait juridiction sur les comtes, la deuxième sur les machtierns, et la troisième sur les hommes du plou. Tout sujet d'un plou était soumis au tribunal de son machtiern, même s'il s'était constitué le vassal ou fidèle d'une autre personne. Ces divers tribunaux suivaient une procédure analogue à celle du jugement par jurés.


 

 

 Etat des personnes.

 

 

 

On distinguait trois classes de personnes : les serfs, les colons, les hommes libres. Les serfs avaient une condition moins dure que les esclaves de l'époque gallo-romaine, cependant ils étaient encore considérés juridiquement comme des choses et non comme des personnes. Quelques-uns étaient affectés au service personnel de leurs maîtres ; le plus grand nombre était attaché à la culture des terres, mais pouvait en être distrait. Les colons composaient la classe la plus nombreuse des cultivateurs; ils étaient inséparablement voués à la culture et liés au sol qu'ils exploitaient, au point de le suivre dans toutes ses mutations de propriété; ils ne pouvaient ni le quitter de leur propre volonté, ni en être séparés par la volonté du maître. Leur tenure était héréditaire ; les services qu'ils devaient n'étaient pas arbitraires, mais fixés par la coutume ou la convention des parties; ils pouvaient ester en justice. Leur situation présente beaucoup d'analogie avec le servage de la glèbe du XIe siècle. Le colonage disparut après les invasions normandes. Les hommes libres étaient libres d'origine (ingenui) on affranchis (liberti). Les plus notables s'appelaient nobiles, optimales, mais il n'est pas probable que la noblesse fût déjà héréditaire. Dans chaque plou, les nobles et les notables, sous le nom de principes, optimales, boni viri, se réunissaient en assemblée et remplissaient le rôle dévolu plus tard à la fabrique; ils exerçaient en outre, dans certains cas, une juridiction gracieuse (conciliation, arbitrage) ; ils formaient un jury d'enquête destiné à éclairer la juridiction du comte ou du machtiern, et ils leur étaient même parfois substitués par voie de délégation pour la juridiction contentieuse. Cette organisation quasi-patriarcale resta en vigueur jusqu'aux invasions normandes. Avant d'aller plus loin, il faut donner le sens de ce titre de machtiern. Il est composé de deux mots bretons : mach et tiern, originairement tigern. Ti ou tig signifie maison ; tigern, c'est le maître de la maison, le seigneur, le prince; tiern vient de ti, comme en latin dominas vient de domus. Quant au mot mach, il désigne celui qui remplace un autre et est synonyme du mot vice dans vice-roi ; le machtiern est donc le vice-seigneur. Dans l'usage, il est synonyme de tiern, seigneur; dans un texte gallois, on appelle Dieu le «machtiern du monde. » Les chartes désignent indifféremment les chefs de la paroisse sous les noms de machtiern, tyrannus (calque de tiern), princeps plebis, ou même cornes plebis.


 

 

Nature du lien qui unissait le machtiern d'une part aux Plébenses, d'autre part au Comte.

 


 

Les institutions bretonnes à cette époque n'avaient, nous l'avons dit, rien de féodal ; le machtiern était héréditaire, mais il n'existait aucun lien féodal entre lui et ses plebenses, ni entre lui et le comte. Dans la féodalité, le lien qui unit le vassal à son suzerain a pour première origine un contrat volontaire passé entre deux personnes qui étaient jusqu'alors étrangères l'une à l'autre; c'est là son caractère essentiel. Après la chute de l'Empire romain, le pouvoir central n'était pas assez fort pour protéger les faibles, alors les faibles se recommandèrent aux forts, se mirent sous leur patronage, en leur promettant fidélité, service et obéissance. C'est là le trait essentiel de l'institution féodale. Mais dans la constitution de la féodalité territoriale, dont l'avènement date en France du Xe siècle, il y a autre chose; il y a la jouissance héréditaire d'un fief donnée par un seigneur à son vassal sous certaines obligations, jouissance subordonnée à l'exécution de ces obligations, et qui cesse si ces obligations ne sont pas exécutées. L'état de la Bretagne avant les invasions normandes était tout autre; les institutions en vigueur étaient alors celles des Bretons insulaires des Ve et VIe siècles; la nation était partagée en tribus, le chef de la tribu était l'auteur de la race, et le lien qui l'unissait à sa tribu était indissoluble; ce lien résultait, non d'un contrat volontaire, mais d'un fait primordial et naturel, la communauté de sang et d'origine. On appelle plou la colonie formée sur le continent par chaque bande d'émigrés bretons, et le plou fut la molécule primitive de la nation bretonne en Armorique; le chef du plou était le chef de la bande d'émigrés ou l'aîné de ses descendants. Il n'y avait là ni recommandation, ni patronage, partant rien de féodal. Il n'y avait non plus aucun lien féodal entre le machtiern et le comte. Les plous se groupèrent, dans un esprit de défense, en plusieurs confédérations, et formèrent ainsi des comtés ou petites principautés indépendantes, mais les comtes n'ont jamais fait aux machtierns aucune concession territoriale. De ce que nous trouvons dans le Cartulaire de Redon des terres et des machtiern héréditaires, il ne faut donc pas conclure (comme l'a fait le docte éditeur de ce document) à l'existence de la féodalité territoriale héréditaire en Bretagne dès le commencement du IXe siècle, car c'est ici purement et simplement le régime de la tribu. A côté de ces institutions paraissent au IXe siècle les éléments du système féodal. L'existence de la recommandation est attestée, en effet, par plusieurs chartes : on voit dès cette époque des terres données en bénéfices, mais seulement à titre viager et révocable. Les obligations nées de ce contrat n'étaient pas, nous l'avons dit, aussi étroites que celles produites par la communauté de race, et si ces diverses obligations devenaient, par suite d'une guerre, par exemple, opposées les unes aux autres, le vassal devait abandonner son fief pour rester sous l'obéissance de son machtiern. L'occupation normande détruisit toutes les institutions antérieures. Lors du retour des émigrés, il fut impossible de reformer les anciens liens des tribus, et les Bretons appliquèrent à leur pays les institutions féodales qu'ils avaient vu fonctionner en France et en Angleterre. En face de la faiblesse du pouvoir central on eut recours au patronage, les faibles se groupèrent autour des forts par un contrat, et l'on rétablit sur ces principes une forme de société.Le vieux régisse celto-breton disparut avec le machtiern et le plou, et céda la place au régime franco-breton, c'est-à-dire au régime féodal. C'est là pour notre histoire une révolution d'une importance capitale, qui n'avait pas jusqu'ici été signalée. Le conférencier termine cette leçon pur une étude rapide des trop rares monuments bretons antérieurs à la fin du Xe siècle qui sont venus jusqu'à nous.

 


 

Lec'hs.

 


 

-Ces monuments, signalés pour la première fois par M. de Keranflec'h, sont la transformation du menhir celtique ; l'usage des menhirs, qui marquaient la plupart du temps une sépulture, se perpétua chez les Bretons, mais on les civilisa, on les tailla, on leur donna une forme régulière, ordinairement pyramidale; parfois même ils furent ornés de sculptures et d'inscriptions ; la forme des lettres permet de déterminer à peu près leur âge et de les reporter au moins à une époque antérieure au Xe siècle. Quelques lec'hs offrent des particularités intéressantes, entre autres, celui qu'on appelle la Pierre du Moine (Men Manac'h), dans l'Ile de Locoal (Morbihan), qui. à une certaine distance, ressemble à un moine, tête rase, vu de dos, et le lec'h du cimetière de Plouagat-Chatelaudren, portant gravée une figure grossière qui a peut-être eu la prétention de représenter le tiern Vormmini, enterré sous ce monument.

 


 

Croix. (voir croix du haut moyen âge : Plessala, Corseul, Brusvily, Languédias, Pluduno, Plancoët, Bobital, Yvignac, Collinée -page n° 4)

 


 

-Il existe en Bretagne un certain nombre de croix grossièrement taillées, assez plates, qui ne présentent aucun des caractères des XI et XIIe siècles, et qui doivent être attribuées aux époques mérovingienne ou carolingienne. Un chroniqueur du XVIe. Siècle, Rioche, religieux Cordelier de Saint-Brieuc, relate une tradition qui les rapporte au règne de Charlemagne.


 


 

Sarcophages.


 

 

-En pierre. Ils ne sont pas très rares. Celui de sainte Trifine (à Sainte-Tréphine, Côtes-du-Nord), placé au-dessous du sol, est entouré de grosses pierres taillées en forme globuleuse ou ovoïde.

 

 

 

 

Sarcophage de Sainte-Triphine d'après publication wikipedia

 


 

Monastères.

 


 

-Les constructions monastiques, chez les Bretons de l'Ile et du continent et chez les Scots (Irlandais), avaient à cette époque un caractère très particulier. Les moines se réunissaient à l'église pour les offices, ils prenaient probablement aussi leurs repas en commun, mais chacun d'eux habitait une cellule séparée. On a découvert récemment dans l'Ile Lavret, près de Bréhat, l'emplacement d'un monastère de ce genre; au centre de l'Ilot, qui a huit ou dix hectares forme rectangulaire, restaurée à une époque barbare et près de laquelle on a trouvé des objets romains et mérovingiens; la tradition appelle cette ruine l'église de Budoc. On a remarqué qu'en automne, autour de cette construction, l'herbe séchait dans certains endroits plus promptement qu'ailleurs et que ces emplacements affectaient une forme à peu près circulaire de trois mètres environ de diamètre; on en conclut à l'existence de substructions, et les fouilles exhumèrent les soubassements de huit ou dix logettes, isolées les unes des autres et qui devaient dater du Ve ou du VIe siècle : c'était là, en effet, le monastère de saint Budoc, mettre de saint Gwenolé. Il existe encore une cellule semblable et complète dans l'Ile Modes, voisine de la précédente ; elle a la même forme et le même diamètre, sa hauteur est de 6 mètres, mais sa voûte en calotte semble d'une époque plus récente. Cette construction sert aujourd'hui de signal pour les navires et c'est à cette circonstance qu'elle doit sa conservation. A côté d'elle, on voit encore les substructions d'une autre cellule circulaire s'élevant à deux ou trois pieds au-dessus du sol. Or la Vie de saint Maudez signale précisément un monastère breton dans cette Ile.

 


 

Maisons privées.


 

 

-Il n'en reste aucun vestige, car ces maisons étaient de bois. Le Cartulaire de Redon apprend qu'au IXe siècle, un homme riche nommé Roswallon avait fait aux moines donation de sa maison de bois (ex tabulis ligneis fabricatam), et que l'on envoya des charrettes et des boeufs pour la transporter à l'abbaye.


 


 

Eglises.

 


 

-Ordinairement aussi elles étaient en bois, quelques-unes cependant en pierres (voir Les fresques de l'église Saint Gal de Langast) ; l'on sait, en effet, que l'église de Lehon fut construite en 850 avec des matériaux enlevés aux ruines de Corseul (voir l'abbaye de Léhon). La crypte de la cathédrale de Nantes, construite au plus tard en 990, est forcément en pierre.

 

 


 

Crypte romane de la cathédrale de Nantes d'après cliché publié par www.culturecommunication 


 

Manuscrits

 

 

 

-Les moines, en fuyant les invasions normandes, emportèrent avec eux leurs reliques et leurs manuscrits ; ce n'est donc pas en Bretagne qu'il faut chercher ces derniers, mais dans les pays où leurs possesseurs ont reçu asile. Il existe à Tongres, près de Liège, un évangéliaire qui doit remonter au Xe siècle; d'après l'inscription qu'il porte, il a été donné au monastère de Saint-Bern, dans l'évêché de Saint-Machut; l'évêché est évidemment celui d'Aleth ou Sainl-Malo, et bien qu'on ne sache où placer l'abbaye de Saint-Bern, il est néanmoins certain que le manuscrit a une origine bretonne. C'est le seul manuscrit breton de cette époque, orné de peintures, que l'on puisse citer.


 

 

Evangiles de Landevennec, vers 900 : représentations anthropozoomorphiques des quatre apôtres. 


 

Forteresses.


 

 

-Il existe en Bretagne quelques spécimens de forteresses de ces temps reculés. L'un est Castel-Cran, appelé aujourd'hui le Bonnet-Bouge, près de Gouarec; le Cartulaire de Redon le mentionne à l'année 871. Les fouilles de M. de Keranflec'h y ont fait découvrir une motte pentagonale d'une superficie de 20 à 30 ares, maçonnée en pierres brutes, sans tours ni saillants. Un autre est situé sur le promontoire de Castel-Finans que contourne le Blavet, à 200 pieds au-dessus de la rivière ; plateau long de 260 mètres et large de 50 à 60 mètres, entouré d'une grosse muraille qui semble n'avoir jamais été cimentée : cette construction n'est certainement ni gauloise, ni romaine; elle est, certainement aussi, antérieure au XIe siècle et doit forcément être attribuée aux époques mérovingienne ou carolingienne.

 

 

 

Reste du camp de Castel Finans (document wikipedia)


 

Murailles de villes.

 


 

-Il n'existe plus, de cette époque, de murailles de villes intactes, mais on possède encore quelques restaurations partielles bien caractérisées. Dans l'enceinte qui précède la tour Solidor, à Saint-Servan, on observe quelques lignes de briques qui sont une mauvaise imitation de l'époque romaine. Rennes même fournit un deuxième exemple. Nominoé s'empara de Rennes en 850 et y fit de larges brèches qu'il répara ensuite; or, en 1899, on a trouvé, rue Rallier, une de ces brèches, avec vingt bornes milliaires romaines, et le mur offre en cet endroit une mauvaise imitation des constructions romaines. Ce sont là des reliques vénérables de nos premiers ancêtres, de ceux qui ont créé la Bretagne. Cette brèche des murs de Rennes, quel Rennais pourrait la regarder sans émotion et sans respect ? C'est par là qu'au milieu du IXe siècle la Bretagne a passé pour entrer dans la ville et l'attacher à sa cause par les liens de ce patriotisme breton auquel elle est toujours restée si fidèle

 

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Published by poudouvre
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