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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:39

Nous avons divisé les droits et usages singuliers de la féodalité en Bretagne en quatre catégories ; les deux premières ont été examinées dans la dernière conférence, parlons maintenant des deux autres.

 

III Droits et usages qui concernent la guerre et la chasse : prestations d'armes et de vêtements militaires.


 

On rencontre d'abord de nombreuses prestations d'éperons dorés. -En outre, le seigneur de Châteauneuf de la Noë devait recevoir du tenancier des prairies de la Gabiais une épée avec ses gardes dorées et le fourreau couvert de velours. - A une époque postérieure, il eut droit aussi, pour la jouissance d'une maison située à Cancale, à une livre de poudre à pistolet. -La redevance la plus curieuse de ce genre est celle qui était due, tous les ans. au sire de Combour par les bouchers de Dol, remplissant l'obligation imposée auparavant aux pelletiers : elle consistait en une pelisse blanche en peau, assez grande pour entourer un fût de pipe et dont les manches devaient être assez larges pour qu'un homme armé pût y passer facilement le bras. L'on trouve aussi des prestations de chasse et de fauconnerie, consistant en anneaux, sonnettes, chaperons, gants pour faucons, et même en gibier vivant. Le possesseur du Clos-Lamdeau devait au sire de Coislin en Cambon, près de Pontchâteau, à la Toussaint et à Noël, une bécasse, deux chapons, deux roses naturelles, l'une blanche et l'autre rouge, deux giroflées et une paire de gants.


 

Droits et usages qui ont un but d'utilité publique; exercices de corps et exercices militaires sous diverses formes.

 

 


 

La quintaine.


 

-Le droit de quintaine existait dans toutes les seigneuries de quelque importance. Les nouveaux mariés de l'année devaient fournir devant leur seigneur trois courses à cheval et frapper un poteau avec une longue gaule appelée quintaine ; si l'un d'eux tombait ou ne brisait pas sa gaule à lune des trois courses, il était passible d'une amende de soixante sous. Parfois un mannequin armé d'une lance était fixé au poteau et monté sur un pivot, en sorte qu'il tournait sur lui-même si le coup n'était pas porté juste au milieu de la poitrine, et frappait le coureur maladroit. Ce droit, devenu dans la suite un simple amusement populaire, est évidemment un reste des jeux militaires qui avaient pour but dans le principe d'exercer tous les hommes du fief au maniement des armes. Toutes les quintaines n'étaient pas courues à cheval. Quelquefois le poteau était placé au milieu d'une rivière et les coureurs se plaçaient à l'avant d'un bateau. - A Pontivy, les cordiers devaient fournir un petit chariot avec des cordes, et les mariés de l'année, d'après une liste dressée par le recteur, étaient traînés sur ce chariot par les routeurs de vin et devaient briser chacun trois quintaines contre un poteau; la fête avait lieu le mardi de Pâques, sur la place du Martray. - A Loudéac, la course était fournie à cheval, le lundi de Pâques, et précédée d'une procession du cortège autour de l'église. -A Malestroit, une chute n'entraînait aucune amende, mais les possesseurs de deux maisons du bourg étaient tenus de fournir du feu et de la paille pour brûler... la partie du corps coupable d'avoir quitté la selle. Le saut des nouveaux mariés. -Au Vieux Bourg de Quintin, les nouveaux mariés étaient tenus, le dimanche après la Saint-Jean, sous peine de quinze sous d'amende, de sauter par dessus une fosse remplie d'eau, creusée dans une prairie nommée le Pré de la cave bénite ; une rainure, longue d'environ 10 pieds 3 pouces et pratiquée dans le mur de l'église, au pignon du portail, marquait la largeur de la fosse. Ce droit était assez rare.


 

Le saut des poissonniers,


 

-Celui-ci, au contraire, était fréquent. Il consistait en un bain imposé, le lundi de Pâques, à ceux qui avaient vendu du poisson vert (sec) eu carême; il existait notamment à Guingamp, Bécherel, Chàlcaugiron, Châteauneuf de la Noë, Combour, Saint-Piat près Pleudihen, etc. -A Rochefort, le poissonnier devait se rendre à l'orme de la Tahurte, où se trouvait le duc d'Amour avec les ofliciers du seigneur ; après s'être dépouillé de ses vêtements, il mettait un genou en terre devant le duc d'Amour, qui lui baillait la bénédiction avec le pied gauche, puis il se jetait dans l'étang du Colombier. On ne se contentait pas de cette dure exigence, on y ajoutait l'ironie : un tenancier, pour la jouissance de sa maison, fournissait une chaudière de terre toute neuve, remplie de feu, qui était priée dès le matin sur les bords de l'étang, sous le plaisant prétexte de chauffer l'eau. -A Châteaubriant, le patient était plus humainement Imité : à sa sortie de l'eau il trouvait du feu, du vin et «lu boeuf. -A Pontivy, tous les poissonniers étaient conduits dans une charrette au milieu du Blavet. et ils en sortaient comme ils pouvaient. Il faut, sans doute, voir dans ces cérémonies la vengeance du peuple, à qui les poissonniers avaient vendu fort cher de mauvais poisson pendant tout le carême.


 

La soûle.


 

La soûle était un ballon en cuir, quelquefois une boute en bois lancée par le seigneur ou par son sénéchal, et que se disputaient les hommes mariés et les célibataires ; on la rencontra, non seulement en Basse-Bretagne, mais encore à la Roche-Bernard, à Coislin, à Goulaine, à Bréal sous Montfort, etc. -A Rochefort, la soûle était fournie, le jour des Rois, par le dernier marié de l'année; il devait, sous peine d'amende, la jeter par dessus le four à ban, en ayant un pied bitant contre le mur du cimetière.


 

Les luttes.


 

-Plusieurs aveux mentionnent des luttes devant le seigneur ou son représentant ; des rubans, des ceintures, notamment à Rostrenen, étaient la récompense des vainqueurs.


 

Le cheval Mullet.


 

-Le corps paroissial de Saint-Lumine de Coulais devait au duc de Brelagne, seigneur du lieu, pour la jouissance commune d'un marais situé sur les bords du lac de Grandlieu, un cheval en bois ou en carton, revêtu d'une housse armoriée et percé d'une ouverture dans laquelle se plaçait l'homme chargé de le manoeuvrer. Le jour de la Pentecôte, ce cheval était transporté à l'église dans le banc seigneurial ; à l'issue de la grand'messe, le premier trésorier de la fabrique, velu d'une colle d'armes semée d'hermines, montait sur le cheval, ou plutôt dans le cheval, et faisait trois fois le tour de la place de l'église, au milieu de laquelle on avait planté un mai. Le cortège se composait d'un ou de deux sergents de la juridiction (huissiers du tribunal), de deux tambours, du cheval Mallet et du cavalier, de deux porteurs d'épée qui devaient frapper constamment leurs armes l'une contre l'autre, d'un homme muni d'un bâton ferré aux deux bouts qu'il frappait également contre les épées, et enfin d'un musicien sonnant du cor. Le cortège dînait ensuite à l'auberge aux frais des mariés de l'année, puis se rendait aux vêpres, où le cheval reprenait sa place dans le banc seigneurial; après les vêpres, on recommençait dans le même ordre neuf fois le tour de la place, en faisant embrasser le mai au cheval tous les trois tours, la fête se terminait par une chanson nouvelle chantée par l'homme au bâton ferré; cette chanson devait faire allusion aux événements plaisants ou scandaleux qui s'étaient passes depuis un an dans la paroisse.Cette cérémonie est évidemment un dernier vestige des exercices militaires des hommes du fief; on y reconnaît même les diverses catégories de l'année féodale : le cheval figurait le seigneur, - les porteurs d'épée, les vassaux nobles, -et l'homme armé d'un bâton, les sujets roturiers.

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Published by poudouvre
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