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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 15:03

Etat de l’Église en Bretagne aux XIe et XIIe siècles.

 

 


 

La société religieuse avait eu à souffrir, autant que la société civile, des invasions normandes ; les temples, les monastères avaient été ruinés et la succession épiscopale interrompue. Alain Barbe-Torte et ses successeurs se préoccupèrent de rétablir les abbayes et l'organisation ecclésiastique du pays : une charte de Conan le Tort, datée de 990, montre les neuf évêchés déjà restaurés à cette époque ; quant aux abbayes, celle de Landévennec fut relevée vers 910 par Alain Barbe-Torte lui même (voir L'abbaye de Landevennec, page n° 1), celle de Redon le fut par Conan le Tort (voir Histoire de Saint Conwoion et de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, page n 1), celles de Saint-Gildas de Ruis, de Saint-Jacut (voir L'abbaye de Saint Jacut de la Mer, page n° 1), de Gaël ou Saint-Méen (voir histoire de l'abbaye de Saint Meen, page n° 1), et plusieurs autres (voir l'abbaye de Bon Repos à Saint Gelven - L'abbaye de Beauport - l'abbaye de Boquen en Plénée Jugon - Ancienne abbaye de Beaulieu en Languédias  - L'abbatiale de Saint-Méen en images), par Geoffroi Ier et Alain III ; celle de Saint-Melaine de Rennes par Conan II. Cette dernière avait toujours gardé un abbé titulaire, qui en touchait les revenus, mais elle n'avait plus de moines, et le duc, en 1036 confia la restauration à un religieux de Saint Florent de Saumur, Breton d'origine, nommé Even. Du reste, pour relever la discipline ecclésiastique, il était indispensable de restaurer les monastères : il y avait, en effet, à cette époque, de graves désordres dans le clergé séculier ; les évêchés et les paroisses possédaient des domaines temporels et avaient été, comme tels, féodalisés ; les évêchés relevaient du comte, les paroisses du seigneur, et ceux ci, s'arrogeant le droit de nomination aux fonctions ecclésiastiques, en investissaient souvent des guerriers qui n'étaient pas clercs ou qui étaient des clercs fort peu recommandâmes. Il en résulta de regrettables écarts : des prêtres, quelques évêques même se marièrent, et l'on vit des femmes se qualifier de prêtresses, sucerdotissae. L'évêque de Quimper, Orscaitd, obtint d Alain Canhiart, son frère, la permission d'épouser la fille du sire de Crozon, moyennant l'abandon d'une des terres du chapitre ; cette femme, fière et hautaine, refusa un jour de saluer dans la cathédrale la comtesse de Cornouaille, et l'évêque, pour apaiser le courroux du comte, dut lui céder encore un autre domaine capitulaire. Le siège de Rennes compta, au XIe siècle, trois générations d'évêques qui se succédèrent de père en fils. Enfin, l'évêque de Dol, Juthaél (1010-1076), se maria solennellement dans sa cathédrale et dota ses filles avec le domaine temporel de l'évêché. -Ces désordres furent réprimés par le pape Grégoire VII, Juthaël, déposé par lui malgré la protection de Guillaume le Conquérant, fut remplace par Even, le restaurateur de l'abbaye de Saint-Melaine, et depuis lors le siège de Dol a toujours été dignement occupé. Au milieu de ces abus, le clergé régulier avait su conserver intactes ses traditions de science, de discipline et de vertu; aussi vit-on partout les papes, les évêques et les princes favoriser le rétablissement et la fondation des abbayes et confier aux moines l'administration des paroisses; c'est ainsi que furent fondées, au XIe siècle, les abbayes de Saint-Gildas-des-Bois, de Quimperlé, de la Chaume, de Saint-Georges de Rennes, etc. La réforme cistercienne donna une nouvelle impulsion à ce mouvement; la duchesse Ermengarde y contribua puissamment de son côté, si bien que le XIIe siècle vit créer treize abbayes cisterciennes, cinq abbayes bénédictines et neuf de l'ordre de Saint-Augustin : sur quarante et quelques abbayes bretonnes, vingt-sept furent fondées au XIIe siècle. Outre les abbayes bretonnes, l'action des institutions et des vertus monastiques se manifesta en Bretagne par l'établissement de prieurés dépendant des grandes abbayes étrangères, et principalement dé Saint-Florent de Saumur et de Marmoutier, près Tours ; ces prieurés, formés de moines le plus souvent Bretons d'origine, exerçaient autour d'eux une influence salutaire non seulement sur les moeurs, mais encore sur les lettres, sur l'architecture, l'agriculture, etc.; aussi la plupart des seigneurs voulurent-ils en fonder dans leurs fiefs. Le territoire des paroisses de Dingé et Lanrigan, par exemple, était en grande partie occupé par une forêt appartenant au sire de Combour et située sur remplacement dit aujourd'hui Lande-Huan ; le sire de Combour en avait fait don à l'un de ses vassaux, mais le nouveau possesseur ne put parvenir à la défricher et appela à son aide les moines de Saint-Florent sous Dol ; ceux-ci, moyennant l'abandon d'une partie du terrain, mirent tout le pays en culture, et réussirent si bien qu'ils excitèrent les convoitises de leurs voisins ; le sire de Tinténiac, Guillaume l'Ismaélite, s'en empara par la force (1085) et ne le restitua que sur l'intervention du duc. Pendant que les grandes abbayes françaises hâtaient, par la féconde influence de leurs prieurés, le relèvement de la Bretagne, celle-ci donnait à la France deux hommes d'un génie supérieur, Robert d'Arbrissel et Pierre Abailard. Le premier, né près de la Guerche, soulevait les populations par I'ardeur de son zèle et sa brûlante éloquente, et fondait les abbayes de Fontevraud et de Ni-Oiseau en Anjou, de Tyron au Perche, de la Roë, d'Estival et de Savigni au Maine, de Cadouin eu Périgord, d'Orsau en Berri, etc. Le second charmait les clercs et les lettrés par l'élégance de sa parole et la profondeur de son enseignement philosophique, et attirait à ses leçons des milliers de disciples enthousiasmés. Ainsi, dans cette grande époque du XIIe siècle deux Bretons ont dominé la France, l'un au nom de la foi, l'autre au nom de la science, et tous deux par une éloquence incomparable.

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Published by poudouvre
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