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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 16:30

Conan III dit le Gros (1112-1118).

 

 

Le règne de Conan III marque le triomphe définitif de l'autorité ducale; ce duc n'eut à réprimer aucune révolte féodale, il s'attribua, au contraire, une mission de justicier vis-à-vis des seigneurs qui tyrannisaient leurs sujets ou inquiétaient leurs voisins, tels que Savari de Donges et Olivier de Pontchâteau (1127). Il se laissa même parfois entraîner un peu loin dans ses répressions et écouta trop facilement certaines plaintes peu justifiées ; c'est ainsi qu'il s'empara «le la baronnie de Vitré (1135) et en expulsa le baron Robert II ; celui-ci chercha d'abord un refuge à Fougères, puis à Mayenne, puis à Laval, et enfin dans la forêt «le l.a Guerche, où il continua à batailler contre le duc; il fut assez heureux pour le surprendre au pont de Visseiche et lui infliger un échec. Il rentra alors à Vitré et reprit possession de son fief (1141), mais il se garda bien de continuer la lutte ; l'autorité ducale était si fortement établie qu'il se hâta, au contraire, de se réconcilier avec son suzerain et de lui faire sa soumission. Dès la fin du XIe siècle, les ducs de Bretagne dominèrent définitivement, on le voit, la confédération féodale; c'était là, d'ailleurs, une nécessité, car la féodalité serait devenue l'anarchie si le suzerain n'avait joué un rôle prépondérant et exercé un ministère de justice et de protection à l'égard des faibles : c'est ainsi qu'Alain Fergent et Conan III comprirent et accomplirent leur mission, la duchesse Ermengarde avait puissamment contribué à ce résultat ; son influence sur le gouvernement de son mari et de son fils est attestée par de nombreuses chartes et proclamée par une lettre que lui écrivit Geofroi de Vendôme, l'un des hommes les plus illustres de ce temps. C'est à elle que sont dues deux réformes importantes : elle fit sanctionner par le duc, pour son domaine proche, deux décisions du concile de Nantes de 1127, portant la suppression du droit de bris et d'un droit analogue au droit d'aubaine. Le premier dépouillait les naufragés, au profit du seigneur du littoral, de tout ce que la tempête avait épargné de leur navire et de sa cargaison ; le deuxième accordait au seigneur, en l'absence d'héritiers directs, les biens mobiliers de l'époux prédécédé, à l'exclusion du survivant. Cet exemple ne fut malheureusement pas imité par tous les seigneurs, malgré les anathèmes du concile de Nantes.

 

 

 

Description des principales seigneuries de Bretagne.

 


 

Les fiefs et seigneuries de Bretagne ont été constitués, aux Xe, XIe et XIIe siècles, principalement par les dynasties ducales de Rennes et de Cornouaille. C'est donc le moment d'étudier ce que l'on pourrait appeler la construction de la féodalité bretonne. Dans cette construction, l'une des parties les plus importantes, c'est l'établissement des fiefs-frontières du côté de la France, puisque ce sont les possesseurs de ces fiefs qui furent chargés de repousser les attaques de l'étranger contre la Bretagne. Pour donner plus de force à la frontière bretonne, l'autorité ducale employa deux moyens : d'une part, elle n'y mit point de petits fiefs, elle y constitua une ligne continue de grandes et puissantes seigneuries; d'autre part, elle donna ces fiefs à des Bretons de race, qui amenèrent avec eux des colonies de bretonnants fortement imprégnés du sentiment et du patriotisme bretons. Les grandes seigneuries pouvaient, à un moment donné, constituer pour les ducs un danger intérieur, mais il fallait avant tout fermer fortement le pays aux étrangers, et de petits fiefs n'auraient pu opposer aux envahisseurs une sérieuse résistance. Au Sud de la Loire se trouvait la baronnie de Retz, contenant environ cinquante paroisses, avec les châteaux de Machecoul, Pornic, etc ;...

 

 

-la Benasle, qui comprenait vingt-six paroisses, la moitié poitevines, la moitié bretonnes, et formait la marche du Poitou et de la Bretagne; eette organisation était éminemment favorable au maintien de la paix, aussi se produisit-il fort peu d'attaques de ce côté ; -Clisson, petite seigneurie, mais gouvernée par des seigneurs très remuants ; -Vertou, seigneurie ecclésiastique, flanquée des petites châtellenies de Goulaine et du Palet. Ces deux derniers fiefs -Clisson et Vertou constituaient, l'un par son exiguïté, l'autre par son caractère ecclésiastique, une barrière insuffisante ; aussi furent-ils plusieurs fois envahis par les Angevins, et c'est un des reproches que l'on peut adresser aux comtes de Nantes.

 

 

-Au Nord de la Loire était Ancénis, avec trente à quarante paroisses et les châteaux d'Ancenis, d'Oudon et de Varades; -Châteaubriant, divisé en deux sections, sept paroisses dans le comté de Nantes et quinze dans celui de Rennes ; on y trouvait les châteaux de Châteaubriant, de Teililai, de Vioreau, etc ;... -Vitré, avec plus de quatre vingts paroisses et les châteaux de Vitré, Marcillé, Châtillon-en-Vendelais, Chevré, etc. ; -la Guerche. avec huit paroisses seulement ; -Fougères, avec cinquante paroisses. -Enfin, tout à fait au Nord, était le grand fief constitué par l'archevêque de Dol, Wicohen, s'étendait du Couesnon à l'Arguenon et comprenant environ cent vingt paroisses; mais il se subdivisa promptement et forma les seigneuries de Dinan, de Bécherel, de Châteauneuf, de Dol et de Combour avec de puissants châteaux.

 

 

-Tous ces fiefs, on le voit, sauf Clisson et Vertou, étaient assez forts pour résister efficacement aux attaques du dehors. Le second moyen employé par les ducs pour compléter la défense des frontières fut d'en confier les principaux fiefs à des seigneurs de Basse-Bretagne, qui amenèrent avec eux des colonies de Bretons bretonnants et exaltèrent ainsi le sentiment national jusqu'aux limites extrêmes du pays. L'on trouve la preuve de ce fait dans les noms éminemment bretons des premiers possesseurs de ces fiefs. Pour Retz, ce sont Gestin, Harscooët;... -pour la Benaste, Jarnogon ; -pour Ancenie, Alfrit, Guéthenoc ; -pour Châteaubriant, Tihern, Brient; -pour La Guerche, Manguinoë ; -pour Vitré; Riwallon ; -pour Fougères, Main ; -pour Combour, Riwallon. -Clisson seul fournit des noms d'origine germanique : Baudri, Gui, etc., ce qui est une nouvelle preuve de la négligence des comtes de Nantes pour assurer la défense de leur frontière. Le chroniqueur Le Baud nous apprend comment Riwallon reçut l'investiture du fief de Vitré. Vers l'an 1000, le duc Geofroi 1er tenait à Aurai un grand Parlement, c'est-à-dire une assemblée générale de ses barons et féaux où se décidaient les affaires importantes du duché; au cours de la discussion, le sire de Quémenet-Héboé (c'est-à-dire d'Hennebont), qui comptait dans le pays un grand nombre d'amis et de parents, s'emporta contre le duc au point de lui infliger publiquement un démenti.

 

 

Geofroi Ier, indigné, quitta la salle et aucun des assistants n'osa se retirer à sa suite. Mais Riwallon, informé de ce qui s'était passé, sortit de son château, situé près de là, tua l'insulteur d'un coup de lance, puis alla s'enfermer dans le château de Rennes, dont il avait la garde. Pour le récompenser de son dévouement, Geofroi, en échange de sa seigneurie d'Aurai. constitua en sa faveur la baronnie de Vitré. Les ducs ont de même établi des colonies de Bretons bretonnants dans l'intérieur des comtés de Rennes et de Nantes ; ils les ont ainsi fortement bretonnisés. Aussi quand il s'est agi de se dévouer pour le salut, l'honneur ou la gloire de la patrie, les Bretons de Haute-Bretagne se sont toujours montrés au premier rang.

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Published by poudouvre
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