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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 06:58

 


 

Les murs de cette lourde forteresse de Clisson avaient à la base plus de quinze pieds d'épaisseur; ils étaient solidement assis sur une roche-granitique, dont ils prenaient les contours anguleux. Sa quintuple enceinte, son donjon s'élevant à pic à plus de cent pieds de hauteur, l'habile disposition de ses fossés, de ses bastions, de ses courtines épaisses flanquées d'énormes tours, avec leurs couronnes de créneaux, d'échauguettes ou de hourds circulaires, tout contribuait à donner à cette formidable construction une telle puissance défensive que, pendant tout le moyen-âge, elle ne fut guère attaquée, bien qu'elle fût située entre trois provinces et habitée par des seigneurs belliqueux et remuants. C'est à l'ombre de cette forteresse, que naquit ce 23 avril 1336 Olivier de Clisson, quatrième du nom, fils de Olivier troisième et de Jeanne de Belleville. La Maison de Clisson puisait ses origines la veille de l'an mil à travers un certain Bernard de Clisson, présent à une donation de divers droits et coutumes, l'an 1043 faite en faveur des moines de Marmoutier par Pierre de Chevillé et sa femme Milesende. Baldricus de Cliczone, autre membre de cette dynastie, cité témoin en 1075 lors d »une donation de la Duchesse Berthe, veuve d'Alain III, effectuée à Nantes, en faveur des moines de Sainte-Croix de Quimperlé (voir Histoire de l'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, page n° 1). A maintes reprises, les puissants barons de Clisson s'insurgèrent contre leurs suzerains et, le premier d'entre eux se nommait Olivier premier de Clisson. C'est Guy de Thouars, troisième époux de Constance de Bretagne qui avait, comme cela est consigné dans une charte de 1205, donné la qualification de baron au vaillant guerrier Olivier Ier de Clisson. Vers 1222, celui-ci fut du nombre de ceux qui s'insurgèrent contre les prétentions de Pierre de Dreux, alias Pierre Mauclerc, gendre de la Duchesse Constance et de Guy de Thouars. Et la haine que Olivier de Clisson avait à l'encontre de Dreux ce confirma contre son successeur le Duc Jean Ier le Roux. Il fut du nombre des insurgés Bretons, l'an 1258. Le duc se vengea en faisant raser toutes les forteresses dont disposait celui qu'on nommait alors Olivier Le Vieil, et il fit aussi saisir toutes ses terres. A défaut d'être apte à se servir de ses armes pour récupérer son bien, c'est auprès du tribunal du roi de France qu'il fit appel. Prosper Jean Levot nous donne la manière dont le dossier fut traité : « les choses ayant été ainsi réglées, vers le commencement du mois de février de l'an 1262, les parties en vinrent à un accommodement, en présence du roi qui les concilia. Ce traité porte : 1° qu'Olivier de Clisson renoncera à tous les biens qu'il possède en Bretagne, tantdu côté de son père que du côté de sa mère, et que le duc recevra le jeune de Clisson à faire hommage de ses terres ; 2° que la terre de Pont-Chasteau, qui a été donnée à Eudon du Pont et à Guillaume de Fresnay, frères utérins d'Olivier de Clisson, le jeune, leur demeurera et passera à leurs héritiers; 3° qu'Olivier le jeune payera au duc 4,000 livres tournois en monnaie de Nantes, pour les forfaits de son père, et sera sa caution à l'avenir ; 4° que les deux de Clisson ne pourront demander au duc aucune réparation ou restitution, au sujet de ce qui a été rasé, détruit ou saisi sur eux, excepte la maison de la Verrière qui leur sera rendue ; 5° que si Olivier le jeune meurt avant son père, ce dernier ne pourra rien exiger au-delà de ce qui lui sera assigné pour sa subsistance, après la conclusion de ce traité ; 6° enfin, que-si ce même Olivier le jeune est cité à la cour de Bretagne pour quelque faute commise contre le duc, et refuse de s'y soumettre, le duc pourra saisir les fiefs qu'il tiendra de lui.Telles furent les conditions auxquelles Olivier de Clisson, le Vieux, fit sa paix avec le duc; il avait épousé Constance, fille et héritière d'Eudon, seigneur de Pont-Chasteau et de Constance de Rohan, dont il avait eu un fils nommé Olivier. Constance était veuve de Hervé, seigneur de Blain, dont elle avait eu Eudon du Pont et Guillaume frères utérins d'Olivier de Clisson , le jeune. Mais la terre de Pont-Chasteau étant passée, quelques années après, dans la maison de Clisson, il faut que les deux frères utérins n'aient point laissé de postérité, ou que leur postérité n'ait pas subsisté longtemps. » Olivier-le-Vieil mourut âgé de plus de cent ans. Son fils, Olivier-le-Jeune, avait l'humeur turbulente et batailleuse de son père. De son mariage avec Isabelle de Craon il eut trois fils : Garnier ou Gautier, Amaury et Olivier, père du connétable. Tous les trois furent de rudes guerriers et trouvèrent la mort dans les grandes luttes dites de Blois et de Montfort. Garnier, que les vieilles chroniques appellent un des plus hauts barons de Bretagne, fut tué dès le début des hostilités, en 1341. Il était gouverneur de Brest, quand le comte de Montfort vint assiéger cette ville. Sommé de se rendre, Clisson répondit : « Je n'en ferai rien, à moins d'avoir enseigne et commandement du seigneur, à qui la place doit être par droit. » L'assaut fut aussitôt ordonné. La place, que gardaient seulement 300 défenseurs, ne pouvait longtemps résister : alors son capitaine résolut de tenter une diversion et de jeter par un coup d'audace la terreur et le trouble dans les rangs ennemis. A la tète de 40 soldats choisis, il sortit de la forteresse, se rua à l'improviste sur les assaillants et ouvrit au milieu d'eux une sanglante trouée. Mais l'armée de Montfort revint bientôt de sa première surprise. Garnier de Clisson et sa poignée de braves accablés sous le nombre furent refoulés violemment vers leurs murailles. L'ennemi s'acharnait de préférence sur le capitaine, qui reculait pied-à-pied, et qui multipliait ses coups pour protéger la rentrée de ses compagnons ; presque tous purent se mettre à couvert. Par malheur, la presse fut telle au moment où Clisson allait rentrer, que les assiégés eurent peur de voir tout le flot des combattants pénétrer dans leurs murs : la herse baissée avec précipitation laissa l'héroïque capitaine exposé presque seul aux coups furieux de mille ennemis. Une grêle de projectiles tombant du haut des remparts sur ceux qui attaquaient ralentit la lutte. La herse fut de nouveau levée et Clisson put enfin rentrer dans la place : mais il avait été si maltraité, dans cette mêlée sanglante, qu'il mourut quelques heures après. Olivier et Amaury de Clisson s'étaient, eux aussi, prononcés en faveur de Charles de Blois : mais Jean de Montfort fut assez habile pour les gagner à sa cause. Olivier ne tarda pas à rentrer dans le parti français : Amaury au contraire resta plus longtemps fidèle à Montfort, que les Anglais devaient bientôt soutenir en Bretagne. Vers la fin de l'année 1341,1e comte de Montfort se laissa prendre à Nantes par les Français ; mais il laissait un jeune fils, dont Amaury de Clisson fut nommé tuteur, et une femme, qui par son énergie releva partout le courage et les espérances de ses partisans. Pendant qu'elle s'enfermait dans Hennebont, prête aux derniers sacrifices, Amaury fut envoyé en Angleterre pour obtenir des secours coûte que coûte,même au prix de l'indépendance de la Bretagne. Olivier de Clisson, père du connétable, pendant les trois années qu'avait duré la guerre, avait tour à tour suivi les deux partis, bien qu'il fût resté plus longtemps dans celui de Charles de Blois. Ses sympathies personnelles le rapprochaient en effet de la France ; mais la versatilité de son esprit, l'influence de son frère Amaury et surtout celle de sa femme, Jeanne de Belleville, amie personnelle de la comtesse de Montfort (voir Précis historique sur Jeanne de Flandre, mère de Jean IV, Duc de Bretagne par Jean Baptiste Lesbroussart), l'entraînèrent de nouveau dans le parti anglais. Cette inconstance était explicable : en effet, les droits de chaque prétendant pouvaient donner lieu à l'incertitude et à la discussion. Nombre de seigneurs bretons n'avaient-ils pas, comme les Clisson, changé plusieurs fois d'opinion et de parti ? Néanmoins, Olivier de Clisson semble blâmable d'avoir agi secrètement et d'avoir donné à son changement les apparences d'une trahison. Avant la trêve de Malestroit, il avait été échangé, ainsi que Godefroy d'Harcourt, contre le comte de Stanfort. Quelques mois plus tard, il fut arrêté à Paris, au milieu d'un tournoi, en présence de toute la cour et jeté en prison : sans autre forme de procès, il fut conduit presque nu aux halles en Champeaux, où on lui trancha la tête, le 2 août 1343. Son corps fut pendu, aux fourches de Montfaucon et sa tête exposée à Nantes sur la porte Sauvetour. Godefroy d'Harcourt mis également en accusation, put se réfugier en Angleterre.

 

 

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Published by poudouvre
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