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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 16:20

 

 

Clisson d'après enlumineur Benoît Billion

 

Les premiers documents authentiques qui constatent l'arrivée de Clisson sur le continent, ne sont pas antérieurs à l'année 1359. Il avait alors près de vingt-trois ans. Dès les premiers mois de cette année là, Clisson débarqua en Bretagne. Le 11 juillet suivant, malgré sa jeunesse, il fut promu à un commandement important dans le Poitou : c'était un poste d'avant-garde, puisque ce pays était un des points les plus avancés des possessions anglaises à l'ouest de la France. Le jeune Olivier revenait ainsi clans son pays d'origine, à quelques lieues du château-fort bâti par ses ancêtres, mais encore occupé par les troupes françaises depuis les confiscations de Philippe VI. Ce fut cette année même que la mort de Walter Bentley, suivie de près par celle de sa femme mère dudit Clisson, mit Olivier en possession effective d'immenses domaines. Par un acte daté du 30 décembre 1359, le roi d'Angleterre ordonnait à son lieutenant Robert de Herle de mettre Clisson en jouissance de tous les biens possédés par Walter Bentley et Jeanne de Belleville, « qui venaient de suivre la voie que suit tourte chair mortelle. » Mais il était stipulé, dans les titres de possession, que le jeune héritier devrait, avant la saint Michel, faire hommage de ses biens, non au duc de Bretagne, mais au roi d'Angleterre, comme à son suzerain. Confiant dans « la fidélité, loyauté et sagesse de son amé et fidèle, Olivier de Clisson », il lui donna la garde du château et du pays de Pymmere ou Kymmerch, avec les rentes, revenus et émoluments de cette seigneurie, moyennant un prélèvement de 1000 écus d'or, que le roi anglais retenait à son profit. Si nous nous sommes un peu étendu sur ces détails, c'est pour bien montrer que le roi d'Angleterre traitait la Bretagne en pays conquis et qu'il prétendait l'administrer comme tel. S'il en eût été autrement, les revenus des terres bretonnes auraient été mis à la disposition du jeune duc Jean IV, majeur en droit depuis plusieurs années. Or, ni dans les hommages, ni dans l'administration des biens, il n'est encore question de ce dernier. Clisson devait déjà jouir, en biens immeubles, d'une fortune au moins égale à celle dont l'avait privé la condamnation de son père : il héritait en outre des trésors amassés par son beau-père, Walter de Bentley, trésors si considérables qu'à un moment Edouard III avait fait incarcérer cet Anglais rapace pour ses trop grandes « pilleries et voleries. ». L'année suivante, Olivier recouvrait encore d'un seul coup tous ses biens patrimoniaux jadis confisqués par le roi de France. Le traité de Brétigny (25 mai 1360) stipulait en effet que tout lui serait rendu. A la tête d'une immense fortune, le jeune chevalier allait encore accroître son influence. Un magnifique mariage assura bientôt à Olivier de nouvelles richesses et d'étroites relations avec les plus grandes familles bretonnes. Le rival de Charles de Blois, l'ancien comte de Montfort, avait eu une sœur Béatrix de Bretagne, mariée au sire de Laval : ce fut une jeune fille issue de cette union, Catherine de Laval, que Clisson épousa en février 1362.

 

 

 

 

Il devenait ainsi le cousin-germain de Jean IV et de Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois. Ce dernier était le neveu propre du roi de France : Clisson, favori du roi d'Angleterre, allait donc encore, par son mariage, entrer en relations de parenté avec la maison royale de France et avec les deux puissantes familles qui se disputaient le duché de Bretagne. Toute la haute noblesse bretonne dut se rencontrer aux fêtes données à l'occasion du mariage d'Olivier de Clisson : cette union de deux grandes familles de parti opposé semblait d'un bon augure pour l'apaisement des sanglantes discordes qui bouleversaient depuis si longtemps la Bretagne. Clisson y fit sans doute connaissance avec un grand nombre de seigneurs qui, comme le sire de Laval, suivaient le parti de Charles de Blois : nous nous expliquons ainsi facilement pourquoi, trois ans plus tard, il était l'ami de Beaumanoir, le vainqueur des Trente. Cette guerre interminable de Blois et de Montfort avait si profondément divisé et comme embrouillé tous les sentiments et toutes les familles qu'il était difficile que le défenseur d'une cause n'eût pas dans le parti contraire quelque parent ou quelque ami.

 

 

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Published by poudouvre
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