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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 18:29

 


 

Clisson et Charles V s'étaient préoccupés activement des intrigues de Jean IV, qui cachait de moins en moins ses sympathies pour l'Angleterre. Depuis plusieurs années, Clisson avait rompu toute relation avec le duc de Bretagne et le roi d'Angleterre : il n'en fréquentait que plus assidûment la cour de France et celle du duc d'Anjou. L'exil du duc Jean IV de Bretagne eut lieu à la fin du mois d'avril 1373. Dans un premier temps, la population bretonne accepta les troupes françaises, mais les exigences de celles-ci finirent par les rendre impopulaires. Et, quand, au cours du mois de décembre 1378, Charles V exigea, que le duc de Bretagne comparût devant le Parlement de Paris, sans quoi il le destituerait et confisquerait son duché de Bretagne, cette fois, c'est l'ensemble de la noblesse bretonne qui se ligua contre les prétentions françaises, avec à sa tête Jeanne de Penthièvre en personne. Tous réclamèrent  sans contre-partie le retour du duc Jean IV, refusant ainsi de s'associer au décret du souverain français. Le 3 août 1379, à Dinard, Jean IV, assisté des troupes anglaise faisait son retour triomphant sur le sol breton (voir Guerre de Succession de Bretagne. Page n° 5). On peut alors comprendre le sentiment que dû ressentir le duc Jean IV à l'égard de son ancien allié Clisson, et dès lors la vengeance ne cessa d'habiter Montfort à l'égard de celui qui entre temps était devenu connétable de France. La Bretagne accepta obéissnce à Jean de Montfort devenule le duc Jean IV, alias le Vaillant ou le Conquéreur ; mais l'un des fils de son ancien compétiteur, Charles de Blois, vivait encore prisonnier en Angleterre. Olivier de Clisson, connétable de France, paya cent mille livres la rançon de ce prince, qui avait consenti à épouser sa propre fille, et il se disposa à opposer le prétendant Jean de Blois au duc de Bretagne, Jean de Montfort. Ces projets vinrent à l'oreille du duc ; il s'en montra fort courroucé et répétait à tous ceux qui voulaient l'entendre : « Voire me cuide messire Olivier de Clisson mettre hors de mon héritage ; il en montre les signifiances ; il veut mettre hors d'Angleterre Jean de Bretagne et lui donner sa fille. Telles choses me sont moult déplaisantes, et, par Dieu! je lui montrerai un jour qu'il n'a pas bien fait , quand il s'en donnera le moins de garde. » La menace ne tarda point à recevoir son exécution, et, comme le prince avait semblé l'indiquer par ses dernières paroles, la vengeance fut lâche et peu digne d'un chevalier. Après la tenue des états qu'il avait convoqués à Vannes, et où Clisson s'était rendu sur son invitation spéciale, le duc engagea le connétable, Jean de Laval, son beau-frère, et Beaumanoir, un de ses domestiques, à visiter son château de l'Hermine, qu'il avait fait construire auprès de Vannes et qui était à peine terminé (voir Topographie historique de Vannes -Joseph Marie Le Méné, page n° 4). Clisson et Jean de Laval s'y rendirent les premiers. Le duc les y promena longtemps, en les consultant sur la distribution intérieure; puis, lorsqu'il fut arrivé à la porte du donjon, il s'arrêta en bas à causer avec Laval et en gagea le connétable à le visiter; mais à peine celui ci avait-il monté quelques marches que la porte se ferma sur lui ; des gens d'armes arrivèrent qui le dépouillèrent de ses vêtements, le chargèrent de fers et le jetèrent dans un cachot souterrain. Le duc Jean IV, dans le premier moment, ordonna de le mettre à mort, mais on ne se conforma pas à ses volontés, et il ne tarda pas à remercier ceux-là mêmes qui lui avaient désobéi. Il fit plus; il consentit à accorder la liberté et la vie au connétable, à la condition qu'il renoncerait à s'allier au comte de Penthièvre et lui céderait différentes places. Le connétable souscrivit à tout; puis, une fois libre, il se rendit en grande diligence auprès de Charles VI. « Sire, lui dit-il en mettant un genou à terre, vous m'avez revêtu d'une dignité dont je déclare ne m'être point rendu indigne, et si quelqu'un soutenoit le contraire, je lui prouverois qu'il en a menti. » Ici le connétable s'arrêta ; personne ne se leva pour contredire son assertion, et il continua en ces termes : « Le duc de Bretagne m'a pris en trahison et m'a forcé, en menaçant ma vie, de lui abandonner tous mes biens. Cette injure, Sire, a été faite au chef de vos armées, et il ne se peut que vous n'en éprouviez un vif ressentiment. Je vous demande justice, vengeance, et, hors d'état de soutenir convenablement la dignité dont j'étois revêtu, je vous supplie de la reprendre et d'en disposer. » Le roi ordonna à Clisson de garder sa charge; il lui promit justice ; mais il ajouta que, dans sa conduite, il trouvait deux fautes : la première, d'avoir assisté aux états de Vannes ; la seconde, de s'être laissé prendre comme un enfant. Cette réception, pleine de froideur, fit bien voir à Clisson qu'il n'aurait justice ni vengeance s'il ne se la faisait point lui-même. La haine qu le duc Jean IV portait au connétable de Clissonn le fit aussi passer pour être l'instigateur de la tentative de meurtre menée par Alain de Craon, sur la personne de ce même Clisson ; celui-ci se rendait lors à son hôtel particulier à Paris. Le traité conclu à Aucfer, près de Redon, en 1395, mit fin à cette guerre et aux alternatives de succès et de revers au milieu desquelles s'écoula la vie de Jean IV. Il mourut à Nantes en 1399, empoisonné, s'il faut en croire les bruits du temps. Clisson lui survécut huit ans. Ci-dessous, leurs tombes respectives.

 

  

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Published by poudouvre
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