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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 13:11

III. -Origines du pèlerinage des Sept-Saints.

 

Maintenant voici des actes qui prouveront de manière authentique l'existence de la liste et du culte des Sept-Saints sinon au Xe du moins au XIIe siècle, c'est-à-dire avant la sentence de 1199.

 

1° Dans la vie de saint Genulfe ou Genou, évêque de Cabors ou plutôt de Bourges, écrite au Xe siècle, on lit le fait que voici : « Un pauvre breton allait mourir dans l'abbaye dédiée à saint Gildas, un saint breton, en Berry. Trois évêques bretons : Paul, Malo et Samson vinrent ensemble l'assister dans l'agonie. » Faut-il voir dans ce rapprochement des noms de trois des Sept-Saints une première ébauche de la dévotion aux Sept-Saints. La question posée est restée sans réponse certaine. Pour nous, du rapprochement , de ces trois noms, nous n'osons pas conclure la preuve de l'existence de la liste à cette époque.

 

2° Mais nous trouvons cette liste complète dans un document du XIIe siècle. Au dernier folio d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale, dit Codex parisiensis, on lit en caractères du XIIe siècle : «  Nomina Septem Storum (Sanctorum) Britannie Briocus Samson Machutus seu Macloveus Paternus Corentinus Paulus Tudualus. » Voilà donc, au XIIe siècle, la liste des Sept-Saints dressée et définitivement arrêtée. Voilà nos Sept-Saints fondateurs ou censés fondateurs des évêchés de la province Bretonne. Leur culte collectif a dû suivre leur ségrégation d'honneur et le pèlerinage des Sept-Saints a commencé. J'ai donné plus haut des raisons qui rendent le fait au moins très vraisemblable ; en voici des preuves authentiques.

 

3° Quinze ans après la sentence de 1199, le 10 avril 1215, Guillaume Le Borgne,sénéchal de Goello, fait son testament. Au nombre de ses legs pieux est celui-ci que je traduis mot à mot : « Aux abbayes de Bretagne et aux églises des Sept-Saints cent livres (plus de 10.000 francs de notre monate) à partager entre elles. » Qu'entendre par ces mots les églises des Sept-Saints. Pas une seule église ne porte ce vocable. -Nous entendons par là les six cathédrales et l'église Saint-Patern de Vannes. - Mais, dira-t-on, de ces sept églises deux ne sont pas dédiées à un des Sept-Saints, savoir celle de Tréguier dédiée à saint André, et celle de Saint-Brieuc que le saint lui-même consacra à saint Etienne. Soit ; mais chacun des Sept-Saints était spécialement invoqué dans la cathédrale du diocèse dont il était cru fondateur,comme saint Patern dans son église à Vannes. C'est dans ces églises qu'étaient gardées les reliques de chacun d'eux ; chacun (on n'en peut douter) y avait son autel, sa statue. C'est pourquoi, dès le XIIIe siècle, l'usage était d'appeler chacune de ces églises du nom de son fondateur ; nous allons en avoir la preuve. Le sénéchal de GoëlIo savait, comme le testateur que nous citerons tout à l'heure, distinguer les églises des chapelles ; et en testant, il a pensé aux sept églises principales et non aux chapelles des Sept-Saints semées par toute la Bretagne. Les actes qui vont suivre justifieront cette interprétation. Retenons de ce testament que le culte collectif des Sept-Saints existait en 1315, qu'il était populaire, puisque des legs en assuraient l'exercice ; et du culte collectif, concluons sans témérité au pèlerinage. Une délibération des chanoines de Quimper postérieure de trente-trois années seulement(1248) mentionne dans la cathédrale de Quimper un tronc dit des pèlerins. L'acte ne mentionne pas l'installation du tronc, mais son existence antérieure ; et un acte du même chapitre postérieur de prés de deux siècles, qui semble se rapporter au même tronc, nous apprend qu'il recevait les offrandes des pèlerins des Sept-Saints. Sans doute il en était de même en 1248.

 

4° Voici un second testament postérieur de huit années (1256). C'est le testament de Geffroy de la Soraye, chevalier. Il demeure à la Soraye, paroisse de Quintenic (aujourd'hui canton de Lamballe) ; mais il a des biens en plusieurs paroisses, notamment à Saint-Albin et à Saint-Jacques de Hénansal, sur la voie qui conduit de Saint-Brieuc à Saint-Malo et Dol. N'a-t-il pas vu passer les pèlerins ? Ne les a-t-il pas accompagnés? Voici une disposition de son testament : A l'église (ecclesia) de Saint-Brieuc, XII deniers ; à la chapelle (capella) de Saint-Guillaume, XII deniers ; à chacun des Sept-Saints de Bretagne, XII deniers ; à chacun de leurs sacristains (servientium),VI deniers. » La Soraye distribue ainsi XII deniers à neuf églises. Par les mots de chacun des Sept-Saints, le testateur n'entend-il pas l'église cathédrale ou principale de chacun des Sept-Saints ? Le legs fait aux sept sacristains ne rend-il pas cette interprétation certaine ? Les termes du legs rapprochés des expressions employées par Le Borgne n'autorisent-ils pas l'interprétation que nous avons donnée plus haut du testament de celui-ci ?

 

5° Enfin, voici un autre testament. Il est du 1er mai 1303. C'est le testament de Roland (II) de Dinan. Comme la Soraye (voir Quelques notes sur les possesseurs de la Soraye en Quintenic), Roland était voisin des routes de Saint-Brieuc à Dol et de Saint-Malo à Vannes par Corseul. Il était seigneur de Montafilant, et ces deux voies traversaient sa seigneurie et passaient même en vue de son château. Il dicte : « Aux Sept-Saints de Bretagne, à chacun d'eux, deux sous ; à chacun des sacristains d'eux, douze deniers », c'est-à-dire au sacristain de l'église de chacun des Sept-Saints.


 

Le sens de ces deux testaments est le même : Ces actes nous montrent sept sacristains, donc sept églises, et ces sept églises du diocèse de chacun des Sept-Saints sont les stations principales du pèlerinage. Toutefois, l'enquête faite pour la canonisation de saint Yves (23 juin au 4 août 1330) est, à ma connaissance, le plus ancien document mentionnant expressément le pèlerinage des Sept-Saints. Les témoignages se rapportent à la vie du saint (1253-1303), c'est-à-dire à la seconde moitié du XIIIe siècle. Trois témoins de l'enquête mentionnent le pèlerinage des Sept-Saints.

 

 

 

Saint-Yves

 

Une femme de Lanmeur faisant arec une amie le voyage aux basiliques des Sept-Saints, a rencontré saint Yves et fait route avec lui de Tréguier à Kermartin, le lundi de la Pentecôte 1299 ou 1300. Un domestique (famulus) de saint Yves le quitta pour aller pendant le jubilé aux tombeaux de saint Pierre et saint Paul, puis à Saint-Jacques, en Galice. Il reprit son service près du saint, fit plusieurs fois le pèlerinage des Sept-Saints, et, à son dernier retour, il trouva saint Yves pris de sa dernière maladie (15 au 19 mai 1303). Enfin un témoin dépose qu'un jour saint Yves, donnant à manger à plusieurs pauvres, l'un d'eux dit qu'il allait faire le pèlerinage de Saint-Jacques ou celui des Sept-Saints, et que saint Yves, en l'approuvant, voulut lui-même graisser ses souliers. Dans le texte de la première déposition, il faut relever le mot basiliques, -Ce mot ne s'emploie qu'au sens d'église cathédrale ou l'évêque siège en personne. -Or des sept églises stations principales du pèlerinage six étaient épiscopales. Quand nous parlons des actes de saint Yves, dirons-nous après d'autres que, « très dévot aux Sept-Saints de Bretagne, » il a fait et plus d'une fois le pèlerinage ? C'est très possible et même vraisemblable;mais les actes,parait-il, ne constatent pas le fait. On voit saint Yves en pèlerinage à Saint-Ronan (Locronan, Cornouaille). à Saint-Corentin de Quimper, à Saint-Théliau (Landeleau) sur la route de Quimper, à Notre-Dame de Quintin. On ne le voit pas faisant le tour de Bretagne. Dans le silence des actes à cet égard, nous devons nous garder de rien affirmer. De ce que les actes de saint Yves mentionnent pour la première fois le pèlerinage, conclura-t-on, malgré les documents que nous avons cités, que le pèlerinage venait de commencer ? Le P. Champion que j'ai cité plus haut, écrivait en 1683 ; « Le pèlerinage fut surtout célèbre et fréquenté au temps de saint Yves. » Qu'est-ce à dire ? Qu'il avait commencé longtemps auparavant, car ce n'est pas en un jour ni en quelques années que peut s'établir un mouvement populaire qui, comme nous le verrons, déplace chaque année des milliers d'hommes. Ici arrêtons-nous, et revenant sur nos pas, résumons les résultats de cette étude. Nous avons essayé de démontrer :

 

1° Que la grande vogue du pèlerinage au temps de saint Yves rend vraisemblable son existence longtemps auparavant ;

 

2° Que les testaments du XIIIe siècle, cités ci-dessus, établissent l'existence du pèlerinage à cette époque ;

 

3° Que l'existence de la liste des Sept-Saints au XIIe siècle permet de conclure à l'existence de leur culte et du pèlerinage au temps du procès entre Dol et Tours terminé par la sentence de 1199 ;

 

4° Qu'il est au moins vraisemblable que le culte et le pèlerinage des Saints commencèrent, sinon au temps de la création de l'archevêché de Dol (milieu du IXe siècle), du moins après le départ des Normands et avant l'an 1000. Nous reviendrons bientôt à l'histoire du pèlerinage et du culte des Sept-Saints ; mais auparavant il y a nécessité de faire connaître les conditions du pèlerinage et de tracer le chemin que suivaient les pèlerins. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.

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Published by poudouvre
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