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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 15:26

 

Ermengarde d'Anjou, fille de Foulques Réchin, comte d'Anjou, et d'Hildegarde de Baugenci, naquit à Angers entre 1075 et 1080. En 1093, elle épousa Alain Fergent, duc de Bretagne, veuf depuis 1090 de Constance, fille de Guillaume le Conquérant Alain Fergent, trois ou quatre ans après son second mariage, s'engagea dans la croisade prêchée par Urbain II, et prit part à la conquête de Jérusalem. Il avait deux fils d'Ermengarde Conan, surnommé le Gros, et Geoffroi. Pendant l'absence du duc, qui fut longue, Ermengarde fut chargée du gouvernement de la Bretagne et de l'éducation de ses enfants. L'histoire nous dit que la Bretagne fut tranquille sous l'administration de la sage princesse, et qu'elle fut constamment attentive à inspirer à ses fils la piété dont elle était elle-même animée. Ayant construit sur une des tours de Rennes, une église à la sainte Vierge, et sollicitée par l'évêque Marbode d'assurer des fonds suffisants pour l'entretien du prêtre qui serait appelé à desservir cet oratoire, elle pensa qu'elle devait accoutumer de bonne heure ses jeunes fils à honorer l'Église et le culte saint; elle voulut que ce fût son fils aîné, quoiqu'il n'eût que six ans, qui dotât lui-même l'église de la sainte Vierge, et le jeune enfant se porta à tous les mouvements que lui inspira sa pieuse mère. Ce fut à la prière d'Ermengarde, qu'Alain Fergent, à son retour, en 1101, confirma les religieux de Marmoutiers dans toutes les possessions qu'ils avaient dans le diocèse de Nantes. En 1104., le duc et la duchesse allèrent dans cette dernière ville tenir leur cour. Au mois de janvier de l'année suivante, il y eut en leur présence une assemblée solennelle de prélats parmi lesquels figuraient Marbode de Rennes, Guillaume abbé de Saint-Florent de la maison de Dol, Lambert, abbé de Saint-Nicolas d'Angers, et Foucher, abbé de Beaulieu, prés Loches. Le but de cette réunion était encore la confirmation des religieux de Marmoutiers dans quelques possessions pieuses. Dans le même temps, le jeune Conan tomba malade, et fut réduit en quelques jours à la dernière extrémité. La duchesse, élevée à Angers, où elle avait puisé dès l'enfance une confiante dévotion envers saint Nicolas, en l'honneur de qui Foulques Nerra, grand oncle d'Ermengarde, avait fondé, en 1020, la célèbre abbaye angevine de ce nom, voua son fils au saint évêque, et en obtint la guérison. Aussitôt que Conan fut en état de marcher, Ermengarde l'amena à Saint-Nicolas d'Angers, acquitter son voeu, et le fit accompagner par son autre fils, Geoffroi, et par le baron Robert de Vitré. Les princes se présentèrent à l'autel pour rendre grâces à Dieu, par l'intermédiaire du saint évêque de Myre. Conan, Geoffroi, son père et Robert de Vitré coupèrent une partie de leurs cheveux, les laissèrent sur l'autel en signe d'hommage lige, et la duchesse fit don à l'abbaye de la meilleure des trois écluses qu'elle possédait sur la Loire. La joie qu'éprouva Ermengarde à la guérison de son fils, fut bientôt interrompue par la mort funeste de son propre frère, Geoffroi Martel, prince doué de toutes les vertus chrétiennes, civiles et militaires. Ce prince, le deuxième de son nom qui apparaisse dans notre histoire d'Anjou, venait de prendre le gouvernement de la province, et sa bravoure, tempérée par les plus nobles qualités de l'esprit et du coeur, promettait de faire oublier le règne violent de Réchin. L'Anjou était infesté de voleurs et de pillards; un grand nombre de barons étaient de petits tyrans qui ne reconnaissaient plus de maître, et dont le chef était le seign eur de Montrevault et de Candé. Geoffroi voulut assainir son pays du fléau qui l'opprimait, et pour commencer, il s'efforça de faire rentrer dans le devoir les vassaux et les grands. Il fallut en venir aux armes pour réduire à l'obéissance les nobles guerroyeurs. C'est alors que Geoffroy Martel, assisté du duc de Bretagne et de Robert de Bellême, vint assiéger Candé, au mois de mai de 1106. Il flèche empoisonnée. Le jeune comte eut le bras percé, et mourut le jour suivant, dans la troisième année d'une dignité que, pour le bonheur de ses peuples, il eût dû posséder plus longtemps. Ermengarde était à Rennes en 1108 avec le duc Alain Fergent; il s'y tint en leur présence, le 10 mai, une assemblée d'évêques et de prélats où l'on voyait Marbode, évêque de Rennes, Baudri, évêque de Dol, Renaud de Martigné-Briand, évêque d'Angers, Gautier, abbé de Saint-Serge, Guillaume, abbé de Saint-Florent, et Foulques, abbé de Beaulieu. Dans cette réunion, Marbode, du consentement de son chapitre, confirma à l'abbé de Saint-Serge la présentation de plusieurs églises du diocèse de Rennes. Quelque temps après, le duc et la duchesse marièrent leur fils aîné à Mahaut, l'une des filles naturelles du roi d'Angleterre. Ce fut l'une des dernières actions d'Alain Fergent comme duc de Bretagne car l'an 1112, se sentant atteint d'une dangereuse maladie, il résolut de quitter le monde, et de se renfermer à l'abbaye de Redon, pour le reste de ses jours. Conan prit le gouvernement de la Bretagne, et Ermengarde, imitant l'exemple de son époux, se retira à Fontevrault, sous la direction de Robert d'Arbrissel. Elle est qualifiée religieuse dans le nécrologe de cette abbaye; cependant, il ne paraît pas qu'elle y ait jamais fait de voeux solennels, car, à la mort du bienheureux Robert, rappelée en Bretagne pour pourvoir aux nécessités de l'État elle quitta le cloître et revint au duché. Cette conduite lui valut les blâmes du célèbre Geoffroi de Vendôme; mais la présence d'Ermengarde était nécessaire en Bretagne, et loin de lui reprocher son retour dans le monde, l'histoire l'a béni, puisqu'il eut pour résultat le rétablissement de la paix troublée dans ce pays. Ermengarde n'avait pu être fille de Robert d'Arbrissel, sous le cloître. de Fontevrault, sans avoir été prévenue d'estime pour Raoul de la Futaie, l'un des plus illustres compagnons du saint fondateur. Raoul venait d'établir dans la forêt de Rennes un monastère de femmes dirigé par une petite communauté de prêtres, à peu près dans le même esprit et sur le modèle de Fontevrault. Ce monastère, devenu l'abbaye de Saint-Sulpice, reçut les bienfaits d'Ermengarde et de son fils le duc Conan, et fut dans la suite une des maisons les plus célèbres de la Bretagne. Un ou deux ans après, l'église de Redon, où Alain Fergent s'était sanctifié par la retraite et la pénitence, fut profanée par le seigneur de Pont-Château et quelques autres révoltés de son parti, qui y tinrent le siège contre Conan leur souverain. Ils furent pris, mais le lieu demeura un objet d'horreur, au lieu d'un objet de vénération qu'il était auparavant. Le duc envoya, l'an1126, l'abbé de Redon et l'abbé de Saint-Melaine au pape, pour implorer le secours des armes spirituelles contre les rebelles, et le pape ordonna à son légat en France, à l'archevêque de Tours et aux évêques de Bretagne, d'employer toute la sévérité épiscopale pour faire rendre à l'église tout ce qui lui était dû.

 

 

Il permit aussi à l'abbé de Redon d'appeler qui bon lui semblerait pour réconcilier son église. La cérémonie s'en fit le 22 octobre de l'an 1127 par Hildebert, archevêque de Tours, assisté de Hamelin, évêque de Rennes, de Donoal, évêque d'Aleth, de Lalo, évêque de Léon, et de Robert, évêque de Quimper. Le duc était présent avec sa mère Ermengarde. Après la cérémonie, l'archevêque se transporta à Nantes, pour y tenir son concile provincial, et remédier, par les ordres du pape, à plusieurs abus qui s'étaient insensiblement introduits en Bretagne, et qui, autorisés par l'usage, passaient enfin pour des lois. Il y en avait un qui intéressait extrêmement le duc, c'était le droit de bris ou de lagan droit cruel qui livre à la rapacité des hommes ce que la mer impitoyable n'a pas encore ôté aux malheureux dont elle a brisé les vaisseaux. Le duc eut besoin, dans cette rencontre, des remontrances et des fortes sollicitations d'une mère aussi chrétienne et aussi charitable que l'était la sienne, pour renoncer à un droit que l'usage et la possession, favorables en cela à la rudesse de son caractère, lui faisaient regarder comme un apanage de sa souveraineté. Il y renonça cependant, et pria même les évêques de vouloir prononcer l'anathème contre ceux qui voudraient en user dans la suite. Le duc et sa mère eurent encore à Nantes, l'an 1128, un autre concile tenu par le légat du Saint-Siège. Le concile fini, le légat se retira, et les évêques, qui étaient restés, assistèrent, le 15 mars, à la restitution qui fut faite, en présence du duc et d'Ermengarde, à l'abbaye du Roncerai d'Angers de l'église de Saint-Cyr, qui lui avait été autrefois donnée par le comte Budic, et depuis usurpée par des prêtres mariés qui en avaient fait leur héritage. L'année suivante, le duc entreprit plusieurs voyages de dévotion, et, accompagné d'Ermengarde, sa mère, il commença par l'abbaye de Fontevrault, à laquelle il fit une donation considérable en faveur de Mathilde d'Anjou, sa cousine, jeune princesse qui s'était trouvée veuve à l'âge de treize ans, et qui depuis ce temps-là n'avait plus voulu que Dieu pour époux La duchesse Ermengarde ne suivit pas le duc son fils dans tous ses autres voyages. Elle reçut le voile de religion de saint Bernard, abbé de Clairvaux, et se consacra à Dieu sous les lois du nouvel institut des Cisterciens. C'était la situation où elle se trouvait, lorsque le duc, son fils, l'alla voir au prieuré de Larré, auprès de Dijon, et lui donna l'île de Caberon qui est au-dessous de Nantes, qui fut depuis une des propriétés les plus considérables dont fut composée la fondation de Buzai. Foulques d'Anjou, frère aîné d'Ermengarde, étant devenu dans le même temps, c'est-à-dire vers l'an 1130, roi de Jérusalem, invita sa soeur avec tant d'instance à venir dans la Palestine, qu'elle ne put refuser de faire le voyage. Elle s'établit à Sichem, et commença à bâtir sur le puits de Jacob une église qui devait porter le nom du Sauveur. Mais avant que cet édifice fût entièrement achevé, elle se vit obligée d'abandonner un lieu trop exposé aux ravages des ennemis et s'en revint en Bretagne, où elle était le 28 juin 1135, lorsque le duc, son fils, à sa prière, fit la première fondation de l'abbaye de Buzai, en donnant aux religieux de Clairvaux l'île de Caberon, dont il investit à Nantes Nivard, frère du saint abbé de Clairvaux. La duchesse était encore à Nantes le 5 novembre de la même année, et ne contribua peut-être pas peu à porter son fils à rendre à l'évêque de Nantes plusieurs églises dont, il avait disposé d'une manière dont l'évêque avait cru devoir se plaindre au pape. Dans l'acte passé à Nantes le 28 juin, il est parlé de la comtesse Mahaud, épouse de Conan. C'est la seule fois qu'il soit question d'elle depuis son mariage, excepté à la donation faite à Saint-Sulpice. Le duc avait de très-violents soupçons de sa conduite, et de deux enfants qu'elle avait eus, Berthe et Hoel, le duc ne reconnaissait que Berthe, et regardait Hoel comme bâtard. Cependant ses ressentiments n'éclatèrent dans le public qu'après la mort d'Ermengarde, et l'on ne peut attribuer qu'aux conseils d'une mère si vertueuse la violence que se fit Conan pour conserver quelques ménagements et quelque apparence d'union avec une femme par laquelle il se croyait déshonoré. Ce fut apparemment pendant le temps qu'Ermengarde était retirée au prieuré de Larré, avant son voyage de Palestine, que saint Bernard, son père spirituel, lui écrivit quelques lettres, où il exprime des sentiments si tendres pour elle, mais de cette tendresse que forme la charité, et où les sens n'ont point de part. Saint Bernard ne désapprouva peut-être pas le voyage d'Ermengarde en Palestine, parce qu'il y a de l'apparence que si elle eût pu former un établissement solide à Sichem, elle y aurait fait fleurir l'institut de Citeaux. Aussitôt après son retour, elle procura en Bretagne ce qu'elle n'avait pu faire en Syrie; elle établit des enfants de saint Bernard à Buzai, leur fit du bien, et porta son fils à leur en faire. Mais il était arrivé, bientôt après, que le duc, ayant eu la guerre à soutenir contre ses barons, fut contraint d'ôter à Nivard et aux autres religieux de Buzai une partie des propriétés qu'il leur avait données. Saint Bernard vint en Bretagne visiter ses religieux vers l'an 1144, et trouvant le lieu pauvre et incommode, il en eut une douleur sensible, reprocha au duc un peu vivement le peu de sûreté qu'il y avait à se fier à ses promesses, et commanda à l'abbé et aux autres religieux de Buzai de s'en retourner à Clairvaux. Ermengarde et le duc, son fils, affligés de cette résolution, empêchèrent les religieux de s'en aller, calmèrent le saint abbé, et, par une fondation plus ample que la première, assurèrent à l'abbaye de Buzai une subsistance commode; et, en effet, c'était la plus riche abbaye de Bretagne. Le duc voulut que la postérité fût instruite que c'était à la prière de sa chère mère Ermengarde, .qu'il avait fait cette seconde fondation, et qu'il avait augmenté si considérablement la première. Cet acte eut lieu en présence de Rotaud, évéque de Vannes, d'Alain, évêque de Rennes, de Jean, évêque de Saint-Malo, d'Itérius, évêque de Nantes, et de Pierre, que saint Bernard avait établi abbé de Buzai à la place de Nivard que l'on avait jugé plus nécessaire ailleurs. Trois ou quatre ans auparavant, le duc avait de même, à la prière d'Ermengarde, augmenté la fondation de la chapelle qu'elle avait bâtie sur une des tours de la ville de Rennes, et qu'il avait dotée à l'âge de six ans; et à la prière de la même princesse, il avait donné ce bénéfice aux chanoines réguliers de l'abbaye de la Roë, en Anjou. Depuis la seconde fondation de Buzai, l'on ne parle plus d'Ermengarde. On dit à Redon qu'elle s'y retira sur la fin de sa vie, avec des personnes de son sexe qui avaient renoncé au monde, que l'on appelait béguines, et qu'elle fut enterrée dans l'abbaye comme Alain Fergent, son époux. Son corps a été conservé dans cette abbaye jusqu'à la Révolution; mais elle n'y recevait aucun culte. Sa mort arriva le premier jour de juin de l'an 1147. Elle avait eu trois enfants d'Alain Fergent Conan III, surnommé le Gros, qui fut duc de Bretagne après son père; Geoffroi le Roux, qui mourut à Jérusalem, l'an 1116 ; et Havoise ou Agnès qui fut mariée à Beaudouin, pour cause de parenté, par le pape Pascal II, quoique cette parenté ne fût qu'au sixième degré de consanguinité, selon Yves de Chartres. Le P. Albert le Grand place Ermengarde le 25 septembre mais on ne sait pourquoi, si ce n'est en suivant le ménologe de Cîteaux car elle mourut le 1er juin, comme nous l'apprenons des nécrologes de Fontevrault et de Saint-Maurice d'Angers. Ni l'un ni l'autre ne lui donne la qualité de Bienheureuse dont l'a honorée le P. Albert le Grand mais sa mémoire est restée vénérée, et tous les hagiographes bretons lui ont consacré une notice biographique.

 

 

D'après notes laissées par M. Gustave Couchot.

 

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Published by poudouvre
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