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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 13:19

Comme l'église de Saint-Malo de Dinan étoit un membre de celle de l'île d'Aaron, et que le service divin y étoit entièrement négligé, Benoît, à qui ce désordre pesoit sur la conscience, craignant que Dieu ne lui fît rendre un compte fort exact, songea au moyen de le faire cesser. Le mal étoit grand, et après y avoir bien pensé, il crut que le plus prompt et le plus souverain remède qu'il pût y apporter, étoit d'y mettre des religieux de Marmoutier. L'édification que son diocèse retirait déjà de ceux qu'il avoit mis en l'île d'Aaron, lui fit regarder cette pensée comme une inspiration du Saint-Esprit, et il sembloit assez naturel qu'ayant déjà la mère, il leur donnât aussi la fille. C'est ce qu'il fit l'an 1108, auquel il confirma de nouveau la donation de l'île d'Aaron, se réservant seulement un droit de repas pour lui ou pour ses successeurs et pour dix hommes trois fois l'année, et un pêcheur qui pût pêcher avec deux serviteurs en tous les endroits que les pêcheurs des religieux pécheraient. Et comme il y avoit des paroisses dans ces deux églises et dans plusieurs autres qui en dépendoient, il ordonna que l'élection des curés se ferait par les religieux qui les présenteraient à l'évêque pour recevoir de lui le soin des âmes. Néanmoins, comme ce droit de repas et de pêche pouvoit être à charge aux religieux dans la suite du temps, il le changea presque aussitôt, et fit dresser une nouvelle charte, dans laquelle, au lieu de ce droit il se réserva la cinquième partie des revenus de l'île d'Aaron seulement pendant sa vie. Geoffroi, seigneur de Dinan, confirma ces deux donations, et pour donner des marques sincères de sa piété et attirer sur lui et sur sa famille les grâces du Ciel, il donna lui-même aux religieux de Marmoutier, tout;ce qu'il possédoit dans ces deux églises et dans leurs dépendances, ce que Radégonde sa femme et ses fils Olivier, Guillaume, Rolland et Goscelin approuvèrent, et il porta le titre de la donation avec son fils Olivier sur l'autel du crucifix de Saint-Malo de Dinan, que l'abbé Guillaume reçut en présence de plusieurs personnes de qualité. L'année suivante, le pape Paschal confirma ces donations et menaça de peines très-sévères ceux quis'y opposeraient. Il faut joindre à la fondation du prieuré de Saint-Malo de Dinan celle du prieuré de Notre-Dame de Jugon au diocèse de Saint-Brieuc, dont on ne sait pas précisément l'année. Nous en sommes redevables au seigneur Olivier, fils aîné de Geoffroi, seigneur de Dinan. Un jour qu'Olivier étoit avec son père et son frère Guillaume, surnommé l'Abbé, au monastère de Saint-Malo de l'île d'Aaron, il donna une place dans sa ville de Jugon aux religieux de Marmoutier avec un fonds pour y bâtir un monastère et y entretenir un nombre de religieux. Guillaume, abbé de Marmoutier, qui se trouva présent, reçut la donation,que le seigneur Olivier porta ensuite sur l'autel de Saint-Malo, en présence de plusieurs témoins. Dans la même semaine, l'abbé Guillaume vint à Jugon, où Olivier ajouta de nouvelles donations à la première, et les fit confirmer par Gunnor son épouse et ses deux fils Geoffroi et Guillaume. Olivier, pour tant de bienfaits, ne demanda rien autre chose à l'abbé de Marmoutier que d'être admis à la participation des bonnes oeuvres de son monastère, et qu'après sa mort on fît pour lui les mêmes suffrages que pour les religieux défunts. Un certain Bertrand ajouta à cette donation une chapelle de la Vierge au-delà de la rivière de Jugon, dans laquelle on avoit autrefois enterré les pèlerins et les étrangers, avec quelques terres. Geoffroi, seigneur de Dinan, souhaitait avec passion d'avoir quelque part à la fondation de son fils. Il destinoit à cela quelques églises et des dîmes qui étoient dans le fief des Briens, Briensensium, lequel fief étoit sur ses terres; mais comme il les leur avoit ôtées de force, il deputoit s'il pouvoit en faire un sacrifice a Dieu, il consulta là-dessus quelques personnes de piété, qui lui répondirent que Dieu avoit en haine la rapine dans l'holocauste qu'on lui offre, et que; s'il vouloit que son aumône lui fût agréable, il devoit avant toutes choses Obtenir le consentement de la famille des Briens et le leur demanda, et le seigneur Brient, surnommé le Vieux, dont le fils aîné s'étoit fait religieux à Marmoutier, délirant procurer le salut,de Geoffroi, aussi bien que de ses propres enfants G. le Vieux et Gautier Tasche, vint à Dinan puis il le trouva dans le cloître de Saint-Malo avec les religieux et plusieurs de ses barons, et là, du consentement de toute sa famille, lui céda tout ce qu'il leur avoit ravi par violence ; mais à condition qu'il en feroit donation à Marmoutier, et non à d'autres religieux. Geoffroi exécuta aussitôt la condition. Eviu, fils de Rannulfe, désirant se faire religieux à Marmoutier, ajouta à cela la terre de Carmoith, et parce que le château de Jugon avoit appartenu autrefois aux aïeux du comte Etienne, avant qu'il vînt sous la domination des seigneurs de Dinan, un jour que ce prince retournant de la cour du roi d'Angleterre passa par Jugon, les religieux le supplièrent de confirmer les donations qui leur avoient été faites, ce qu'il fit avec une bonté digne d'un grand prince. Il se fit encore quelques donations à ce prieuré par des particuliers qui en augmentèrent le revenu. Lorsque nous ayons parlé de la donation de l'île d'Aaron, nous avons dit que l'évèque Benoît y étant, un certain Guagoneus, qui prend la qualité de vicaire, l'y envoya quérir pour recevoir de lui l'absolution de ses crimes. Je ne sais si ce ne serait point le même ,que le prêtre Gingoneus ou Ginguenoius, qui étant à l'extrémité donna à Marmoutier l'église à Aienciaci, et la moitié de la cure de Martini, dimidium presbyteralum Martiniaci. Marbodus, évêque de Rennes, confirma cette donation et en investit l'abbé Guillaume l'an 1108. Il dit dans ses lettres que, désirant faire du bien à son âme, et reconnoissant qu'il avoit besoin des prières des saints, et ayant grande confiance en celles des religieux de Marmoutier, qu'il appelle les amis de son Eglise, amici Ecclesise nostroe, il leur cède ce que Ginguenoius leur avoit donné.. Environ ce temps-là Guntier, abbé de Torvée en Angleterre, introduisit dans son monastère les usages de Marmoutier. Il étoit natif du Mans; il avoit été archidiacre de Salisberi,.,et s'étant fait moine au monastère de fiello, il en fut tiré pour succéder à Bouchard, abbé de Torvée, ancien monastère fondé dans une île d'Angleterre si déserte, qu'il n'y avoit point d'autre habitation que celle des moines. Les femmes n'y venoient que pour prier, encore ne leur permettoit ou pas d'approcher plus près du monastère que de neuf milles.

 

 

 

Saint-Malo de Dinan, le bénitier

 

Comme depuis longues années Geoffroy, seigneur de Dinan, ne savait s'il avait ou non le droit de concéder, à titre d'aumône, la moindre chose de ce qui appartenait aux églises ou à leurs dîmes, sur le territoire enclavé dans le fief des Brient, fief qui faisait partie de la seigneurie de Dinan, et dont Geoffroy s'était emparé contre tout droit et toute justice; Brient, surnommé le Petit Vieux, seigneur supérieur de tous les Brient et leur aîné (summus dominus Brientensium), voulant pourvoir au salut de l'âme tant des seigneurs de Dinan que de ses propres parents et de ses fils, à lui Brient, se présenta, avec le consentement et l'autorisation de ces derniers, dans le monastère de Saint-Malo de Dinan, suivi de Gilduin, fils de Gilon, dont il avait épousé la sœur. Là, au milieu des moines, il trouva Geoffroy, seigneur de Dinan, entouré d'un grand nombre de ses barons. Ce dernier ayant appris que Brient arrivait avec un acte de consentement dressé tant en son nom qu'en celui de sa parenté, en éprouva une grande joie. Et, en effet, l'acte susdit renfer mait la concession suivante : « Moi, Brient, surnommé le Petit Vieux, et mes fils, et toute notre parenté, nous voulons, qu'il soit fait don à saint Martin et à nul autre, et cela en vue du salut des âmes de tous les membres de notre race, morts et vivants, de telle quantité de terre dont il plaira au sire de Dinan de disposer dans notre fief, lequel, comme chacun sait, nous a été injuste ment enlevé par lui et par sa parenté ». Cum Gofredus dominus Dinanensis longo tempore dubitasset si posset dare an non in eleemosynam aliquid de ecclesiis vel de decimis earum, de feodo Brientensium, quod habet in terra sua, et tollit eis perviolentiæ rapinam, et nullum utile consilium invenisset sine assensu et voluntate illorum, etc. Brientius, cognomine Vetulus, Brientensium summus dominus, et eorum primogenitus ac Sancti Martini monachus, quærens tam salutem animarum Dinanensium dominorum quamparentum filiorumque suorum. impetrato acceptoque ab omnibus illis assensu avoluntaria concessione, ad sanctum Maclovum Dinanensem venit cum Gilduino filio Gilonis cujus soro rem uxorem habuerat. In quo claustro Gaufredum Dinanni dominum cum monachis turbaque baronum suorum invenit : cui cum suum suorumque assensum retulisset, Gaufredus valdegavisus est. Concessio ergotalis fuit : « Ego Brientius Vetulus et filii mei et omnis parentela mea.volumusut de feodo nostro quod nobis, ut omnes sciunt, injuste tollitis, tu et parentela tua, Sancto Martino soli et nullis aliis sanctis donetis in perpetuum pro sa lute et remedio animarum totius generis nostri, etc. »(Titres de Marmoutier; dom Morice, Preuves, t. 1, col. 520.).

 

Un indice précieux nous est fourni au sujet de la femme de Brient le Vieil, ainsi qu'il l'est dit ci-dessus :  Brient, se présenta, avec le consentement et l'autorisation de ces derniers (les seigneurs de Dinan), dans le monastère de Saint-Malo de Dinan, suivi de Gilduin, fils de Gilon, dont il avait épousé la sœur . Il semblerait qu'il soit fait allusion à Gilduin comte de Dol, mort l'an 1077, fils de Riwalon dit Chèvre-Chenue. En ce cas, le personnage que Kerviler assimile au fondateur de la Maison de Bréhant n'est nullement ce Brient le Vieil. Et s'il épousa la fille du Comte de Dol, il n'était donc pas fils de Eudon de Penthièvre, fondateur de la Maison de Châteaubriant. On sait que devenu veuf lui même se retira dans l'Ordre de Marmoutiers et qu'il laissait deux fils : Tasche Gautier fils aîné de Brient le Vieil, était aussi retiré dans les ordres ; quant au cadet, Guillaume dit Le Vieil, il fut le probable père de Conan de Moncontour, cité comme témoin, lors de la confirmation des libéralités accordées par Eudes de Porhoët l'an 1090 au Prieuré de Josselin. (voir le site défensif de Moncontour, page n° 1). Il faut sans doute comme le pensent le Marquis de Brehant ou Anatole de Barthélémy, rattacher Brient le Vieil aux souverains de Domnonée, et comme étant très proche parent de Ranulf de Gaël -peut-être son frère et donc fils de Rulf Stair. Quant à Brient « ex optimalibus Erispoë », cité  à Gaël, en 851 et mentionné dans le Cartulaire de Redon, sans doute faut-il voir en ce personnage, un parent commun aux souverains de Domnonée, aux Sires de Gaël  ainsi qu'à Brient le Vetulus. Quand à Brient  qui se disait en 1184 descendant des comtes de Porhoët, rien  n'exclue qu'il n'eut pas pour aieul Brient Vetulus. 

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Published by poudouvre
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