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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 14:19

 

 

Lorsque l'on prononce le mot de « Richemont » devant des personnes un peu averties, immédiatement celles-ci songent au brillant connétable de la guerre de Cent ans, Arthur de Richemont, qui a illustré le nom, et l'a, en quelque sorte, rendu familier aux oreilles. Mais, si poussant plus avant, on se hasarde à demander ce que représente exactement le nom de « Richemont » ou Richmond, on peut être assuré, dans la plupart des cas, que l'interlocuteur reste muet, avouant ainsi son ignorance. Bien peu de gens, en effet, excepté toutefois en Bretagne, savent que jadis les ducs bretons ont possédé on Angleterre, principalement dans le Yorkshire, des terres assez étendues, appelées improprement « comté de Richemont ». Quant à essayer de faire préciser l'époque pendant laquelle a existé ce « comté » et les grands traits de son histoire, on ne saurait y songer, quelques tares spécialistes des institutions anglaises ou de l'histoire bretonne mis à part. Cette ignorance est d'autant plus extraordinaire que le « comté » ou plutôt, selon l'expression anglaise classique, « l'honneur » de Richmond a joué un rôle de tout premier ordre dans les relations entre la Bretagne et l'Angleterre et, par voie de conséquence, dans les rapports de la Bretagne avec la France. D'un autre côté, les documents anglais du XIe au XVe siècle mentionnent très fréquemment « honneur » de Richmond. A notre connaissance, aucun historien français, pas même Arthur Lemoyne de la Borderie, malgré quelques efforts, n'a tenté de retracer brièvement la physiononiie exacte et l'histoire des vicissitudes du « comté » de Puchmond pendant tout le temps où celui-ci a appartenu aux ducs de Bretagne. Aussi, pour combler dans une certaine mesure celte lacune importante, nous proposons-nous de donner aux cours des pages qui vont suivre, un bref aperçu de l'histoire de l' « honneur », du XIe à la fin du XIVe siècle, période pendant laquelle les ducs de Bretagne ont été étroitement mêlés à sa vie. Nous étudierons à la fois, dans l'ordre chronologique, les « comtes » de Richmond, l'étendue et la consistance de leurs possessions, à chaque époque, et les principales institutions connues du comté, de manière à brosser à grands traits un tableau aussi exact que possible. Avant, de passer successivement en revue les différentes périodes de cette histoire, il nous faut expliquer ce qu'est un « honneur » anglais. Celui-ci peut être défini : un ensemble de terres rarement groupées, mais la plupart du temps très dispersées dans plusieurs « shires » ou comtés administratifs et réunies sous la seigneurie d'un seul personnage qui en a été gratifié par le roi d'une manière essentiellement révocable. Ce personnage prend le nom de l' « honneur » avec le titre de comte. La dispersion des terres a pour but d'empêcher la formation en Angleterre de puissantes seigneuries. Le titulaire possède des prérogatives seigneuriales très variées, limitées, cependant, par les interventions multiples du roi ou de ses officiers qui agissent souvent par voie d'ordres impératifs, le roi restant le souverain maître et passant fréquemment par dessus la tête du seigneur. En un mot, le titulaire, juridiquement, est plutôt un détenteur qu'un possesseur, bien qu'il puisse faire des actes de disposition restreints sans l'approbation royale. Toutefois, dès qu'il s'agit de donations importantes, d'inféodations même qui ne touchent pas à la consistance matérielle de « l'honneur », le roi intervient pour donner l'autorisation. Tels sont les principaux traits caractéristiques des « honneurs » comme le « comté » de Richmond

 

 

 

Alain Le Roux de la Maison de Penthièvre
 

La création de l'« honneur » de Richmond et les premiers comtes bretons (1069/71-1148). Quand Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, entreprend, en 1066, la conquête de l'Angleterre, il est aidé dans son expédition par un certain nombre de Bretons. Parmi ceux-ci figurent cinq fils d'Eudes de Penthièvre, frère du duc de Bretagne Alain III : Alain le Roux, Alain le Noir, Etienne, Brient et Thibaud, tous cousins au 7e degré de Guillaume (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 2). En effet, leur grand-mère Havoise, femme du duc Geoffroi Ier de Bretagne, était la fille de Richard Ier de Normandie. A côté de ces parents du Conquérant, on note la présence du vicomte de Léon, de Robert de Vitré, de Raoul de Fougères, du fils du sire, de Dinan, du sire de Châteaugiron, de Raoul de Gaël, de .ludicaël de Lohéac, etc. Alain Ier le Roux, simple seigneur breton, occupe un poste militaire important : le commandement de l'arrière-garde normande à la bataille d'Hastings. Il semble avoir ensuite participé à d'autres opérations militaires des envahisseurs. En tous les cas, au cours du siège d'York par Guillaume le Conquérant, avant Noël 1069, contre les rebelles du Nord ou, au plus tard en 1071, sur les instances de la reine Maud, il reçoit des mains du roi l'« honneur » de Richmond, que le souverain crée pour protéger le Yorkshire contre les attaques des Ecossais dans le nord, le long des anciennes routes septentrionales passant par Durham et venant de Carlisle par le Westrnorland et Brough-under-Stainmoor. L' « honneur » se compose d'abord des terres prises sur Edwin, rebelle réfugié en Ecosse. Ces terres sont situées dans le North Riding du Yorkshire. Ensuite, en 1075, les nombreux inanors d'Edwin ou d'Algar, pore de ce dernier, devenus le domaine du comte Ralph the Staller (le Maréchal) confisqué en raison de la forfaiture de celui-ci, et situés dans les comtés de Lincoln, de Norfolk et de Suffolk, viennent augmenter le noyau initial du North Riding. A l'époque du Domesday book. c'est-à-dire vers 1086, l' « honneur » de Richmond (Richemont) porte sur onze comtés anglais et constitue le plus grand « honneur » d'Angleterre après celui du comte de Mortain, le demi-frère du Conquérant. L'ensemble comprend, selon nos calculs :


 

63 hundreds et 21 wapentakes. 46 églises 1/2.

606 localités distinctes. 94 localités avec forêt.

226 manors. 69 moulins.

45 berevicks. 8 pêcheries.

127 sokes. 14 salines 1/2.

1 villa.

 

Hundreds : Division principale à l'intérieur de chaque comté administratif, sauf, en ce qui concerne l' « honneur », dans le Yorkshire et le Lincolnshire.

Wapentakes : Division principale à l'intérieur du Yorkshire et du Lincolnshirc analogue aux hundreds des autres shires.

Berevicks : Village, détaché du manor, où probablement le seigneur a quelques terres et quelques fermes, une grange ou un objet semblable, mais où il n'a pas de maison

Sokes : Lieux, où le seigneur a la justice ou des droits de justice, par opposition aux lieux, où il n'a pas de maison


 

le tout représentant une valeur globale variant de 1.011 livres 7 sols 5 deniers à 1.354 livres 19 sols 4 deniers. Dans le Yorkshire qui, à lui seul, constitue 16 % environ de la valeur pécuniaire et plus de 35 % de l'étendue territoriale du « comté », se trouve le centre politique et géographique, occupant complètement et sans aucune enclave à peu près la moitié ouest du North Riding. Ce groupe très compact et très vaste est composé presque uniquement de manors. Au nord et au sud d'York qu'ils enserrent, existent deux groupes secondaires de manors, dont l'un dans l'East Riding. Toutes ces possessions ont beaucoup souffert pendant les diverses révoltes, qui suivirent la conquête. Elles sont dévastées. Le Domesday book les répartit en deux portions : la châtellenie de Richmond et les terres situées hors de la châtellenie.  Presque toutes les terres du Lincolnshire (21 % de la valeur de l'« honneur ») sont situées à la périphérie. On en rencontre dans le Lindsey, où elles forment un groupe important flanqué de deux ou trois groupes secondaires et de quelques parcelles, le long de la mer. Dans le Kesteven, il n'existe que trois groupes secondaires et quatre localités isolées. Enfin, dans le Holland, s'étend une longue bande parallèle à la côte, accompagnée d'un groupe secondaire au sud-est. Par contre, les possessions du Norfolk, soit 11 % de la valeur du « comté », sont éparpillées en une trentaine de tronçons, le plus souvent poussière de terres isolées un peu partout, si on excepte trois tronçons principaux : deux au centre et un en bordure de la mer. Le Suffolk, qui représente 13% de la valeur, comprend deux ilôts principaux de manors et de terres, l'un englobant Ipswich, l'autre au nord-est; quatre autres ilôts plus petits, vers l'est, et cinq localités isolées, le tout, sauf une de ces dernières, dans l'East Riding du Suffolk. En Cambridgeshire (26 %) les possessions forment une sorte de vaste demi-cercle ou plulnt un grand autour de Cambridge, d'une manière continue, avec plusieurs ilôts solitaires. Elles ont fait partie jadis du douaire de la reine Edith. Dans le Hertford (4 %), l'Essex (2 %), le Nottinghamshire (l %) se trouvent quelques terres absolument isolées. Quant au Dorset (moins de 2 %), au Hampshire (1 %) et au Northamptonshire (nul), il s'agit d'un unique petit ilôt. La localité de Richmond n'existe pas encore. Le manor de Neutone en occupe l'emplacement. Le centre de l' « honneur » ost Gilling, qui, de 205 1. T. R. F. (au temps du roi Edouard le Confesseur) est tombé à 44. l. 10 s. Les futures villes de Swafham, Cheshunt ne sont que de simples manors. On ignore à peu près complètement quelle est l'administration du « comté », excepté en ce qui concerne les 127 sokes déjà mentionnés et, d'après Round 12, les 50 chevaliers existant dans le Yorkshire, sans compter les chevaliers plus nombreux dans le reste de l' « honneur ». L'examen des diverses sortes de tenanciers et d'habitants ainsi que des redevances ou droits nous obligerait à entrer dans des détails qui dépassent le cadre de notre étude. Aussi avons-nous jugé préférable d'y renoncer. Toutefois, selon les rolls des sheriffs 13, le danegeld, ordinairement de 2 s. par hide ou carucate, est plus élevé dans le Yorkshire. Alain Ier le Roux, que les historiens anciens ont souvent confondu avec le duc de Bretagne Alain Pergent, en faisant épouser au premier Constance, fille de Guillaume l Conquérant et en réalité femme d'Alain Pergent, vit pour ainsi dire exclusivement en Angleterre avec ses frères et les principaux des siens, attestant très fréquemment de sa souscription de nombreux actes royaux. Il apparaît comme le comte de l'Angleterre orientale, en jouant un grand rôle à la cour du roi, notamment comme intendant de l'armée anglaise dans le Maine, vers 1083-1086, et dans les débats du procès fait à l'évêque de Durham, Guillaume de St Calais, en 1088, etc. Il donne des biens aux monastères de Swavesey, de St Edmund, de Whitby et fonde le monastère de St Mary d'York. Il meurt sans enfant, en 1089, d'après les Margani annales et aurait été enterré à St Edmund. Mais, contrairement aux affirmations de W. Page, on n'est nullement certain qu'Alain ait construit immédiatement un château au centre de son « honneur ». A Alain le Roux succède son frère Alain II le Noir. On sait peu de chose de ce personnage, sinon qu'il réside constamment en Angleterre. Son nom figure au bas d'une charte de donation à l'abbaye d'Akar et, selon une vieille chronique de St Edrnund, il décède sans enfant, en 1093. Son corps repose également à l'abbaye de St Edmund. Etienne, frère d'Alain le Roux et d'Alain le .Noir, mais, semble-t-il, plus jeune que ceux-ci, hérite en 1093 de l' « honneur » de Richmond. A la différence de ses deux prédécesseurs, il passe presque toute sa vie en Bretagne, car il est comte de Tréguier depuis 1079 et de Penthièvre depuis 1093. Cependant, il comble de nombreux dons les monastères de St Edmund, de Swinshed, de Swavesey, de N.-D. de Warwick et surtout de St Mary d'York, dont il est le deuxième fondateur. Vers le 20 avril 1137, date de sa mort à l'âge de plus de 90 ans, il est enterré à Begar en Bretagne, tandis que son coeur repose à St Mary d'York. Trois fils et une fille lui survivent. Son fils aîné et successeur, Alain III le Noir, qui, du vivant de son père, a épousé Berlhe, fille du duc de Bretagne Conan III le Gros, a passé son enfance en Angleterre. Partisan fidèle du roi Etienne d'Angleterre, il reçoit de celui-ci le soin d'administrer le comté de Cornwall en plus de l' « honneur » de Richmond, qu'il détient à titre héréditaire. Peu après avoir réussi à échapper au désastre essuyé par le roi Etienne à Lincoln, il est capturé par ruse, au cours d'une conversation, par Ranulph, comte de Chester. Pour obtenir sa liberté, il est obligé d'abandonner à son ravisseur le comté de Cornwall. Pendant sa captivité, un moine de Savigny en Normandie lui a prodigué des soins. En récompense, Alain donne Englebi à l'abbaye de Savigny, tout en gratifiant largement le monastère de Fors situé dans la région de Richmond. Ces derniers dons le font passer pour le second fondateur du monastère. Avec munificence, il multiplie également les privilèges, en accordant notamment aux bourgeois de Richmond. De retour en Angleterre, en 1145, il meurt bientôt en 1146, en Bretagne, où il est inhumé au monastère de Bégar, non sans laisser trois enfants, tous en bas âge, et un fort mauvais souvenir en Angleterre. Le jeune Conan, son fils, ne se trouvant pas dans un état physique suffisant pour assurer les services de fief, l'administration du « comté » de Richmond paraît avoir passé à sa mère, Berlhe, laquelle se remarie promptement à Eudes II, vicomte de Porhoët, qui devient ainsi le comte effectif de Richmond. Un concours de circonstances va faire entrer presqu'immédiatement l' « honneur » dans le domaine des comtes de Bretagne.

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Published by poudouvre
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