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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 06:47

L' « honneur » de Richmond aux mains des rois d'Angleterre (1171-1217).


 

Après la mort de Conan IV, Henri II Plantegenêt, qui s'estime gardien seigneurial de la Bretagne au nom de son fils Geoffroi, fiancé à l'héritière Constance, applique le même principe de droit normand à l' « honneur » de Richmond et le conserve donc en sa « main ». On trouve des traces de cette situation jusqu'en 1183, c'est-à-dire jusqu'après la réalisation effective du mariage de Geoffroi avec Constance, survenue vers juillet 1181. Pendant qu'il administre l' « honneur », Plantegenêt achève le donjon du château de Richmond, en 1172, puis, poursuit la construction du château et de bâtiments : en 1175 notamment et, semble-t-il, ensuite, il fait édifier la façade sud des remparts ou front sur la Swale, la porte d'entrée située à côté du donjon, les murs du « cockpit » et un bâtiment faisant actuellement corps avec Scolland's hall, qui est postérieur. En 1174, le château sert de prison au roi d'Ecosse, Guillaume le Lion. Tous les ans, de 1171 à 1183, d'après les Pipe rolls, les comptes de l' « honneur du comte Conan » ainsi qu'on l'appelle, sont régulièrement rendus à l'Echiquier. A partir de 1183, si on ne trouve pas trace de Geoffroi II devenu effectivement comte de Bretagne on 1181, du moins rencontre-t-on plusieurs actes mentionnant sa femme Constance à propos de l' « honneur » de Richmond dont elle est, la légitime héritière. Geoffroi II ne paraît pas avoir été considéré comme comte de Richmond au droit de son épouse, contrairement à ce qui se passe pour la Bretagne. Constance administre sans doute directement le « comté » de Richmond. En 1183, elle donne des villas aux religieux de Quiniperlé. Vers 1183-84, le scrvitium debitum est représenté par 63 fiefs de veteri feulant ento et la valeur de 5 fiefs 1/2 de novo jeoffamento, soit en tout 08 fiefs et demi. Après la mort de Geoffroi II en 1186, pendant quelque temps Constance continue à exercer seule ses droits, en rendant chaque année des compte duc Arthur Ier, à Ranulph Blundevill, comte de Chester, auquel il donne, au moins théoriquement, l'administration de la Bretagne et celle de l' « honneur » de Richmond. Aussi Ranulph s'intitule-t-il duc de Bretagne, comte de Chester et de Richmond. Son pouvoir, en ce qui concerne ce dernier « comté », est probablement nominal, car l'Echiquier ne connaît alors que la « comtesse de Bretagne », parfois citée sous son véritable nom de Constance. Vers cette époque, le nombre des fiefs qui doivent la garde au château de Richmond s'élève à 60 et quelques fractions, le tout représentant une somme mensuelle de 20 l. 6 s. 3 d. 1/4 ob. ou un total annuel de 242 l. environ. En dépit des affirmations de Gale, la mort d'Henri II Plantegenêt en 1189, suivie de l'avènement effectif de Richard Coeur de Lion, à sa rentrée d'Autriche en 1194, ne provoque pas le retour de l' « honneur » en la « main » du roi d'Angleterre qui, s'il enlève en théorie le « comté » à Ranulph de Chester, à la suite des dissentiments violents (lisez : divorce) survenus entre celui-ci et la duchesse Constance, semble bien avoir laissé à cette dernière l'administration de l' « honneur ».  Ci-dessous armoiries de quelques uns des possesseurs de l' « honneur » de Richmond : à gauche, celles de Arthur de Bretagne, au centre, celles de Ranulph de Chester et à droite celles de Pierre de Dreux. 

 

 

Constance continue, en effet, comme par le passé à figurer dans les Pipe rolls pour ses comptes. Son fils Arthur ayant été proclamé duc de Bretagne et les Bretons résistant aux prétentions de Richard Coeur de Lion, elle est faite prisonnière en Bretagne par le roi, en 1196, et libérée en 1197. Ces incidents, pas plus que son remariage en 1197 avec Guy de Thouars, ne dépouillent, croyons-nous, Constance de son « honneur ». Elle ne cesse de rendre des comptes à l'Echiquier jusqu'à Noël 1197 au moins. Son fils Arthur 1er, duc de Bretagne, commence à administrer lui-même son duché. Il demeure absolument étranger à l' « honneur » de Richmond. En 1198-99, Richard Coeur de Lion crée un archidiaconé à Richmond, ce qui permet de déduire qu'à partir de cette date approximativement le roi garde l' « honneur » pour lui. Contrairement à l'opinion de Gale, il n'en aurait donc pas joui pendant tout son règne. Quoi qu'il en soit, en mourant (1199) il lègue le « comté » de Richmond à son frère Jean sans Terre. Celui-ci conserve I' « honneur » en sa possession, ainsi que le prouvent la reddition de comptes par des gardiens au roi, en 1200 et 1201, la garde du château de Richmond confiée par Jean sans Terre à Alain, fils de Roald, en 1201, etc. Ranulph de Chester a renoncé définitivement au titre ducal de Bretagne en même temps qu'au titre de comte de Richmond. Constance vient alors de mourir, Arthur 1er, duc de Bretagne, lutte contre son oncle Jean sans Terre, qui le fera périr en 1203, sans lui avoir, bien entendu, restitué le « comté » de Richmond, lequel lui revenait par droit héréditaire. Il a dû se contenter de la satisfaction platonique de porter le titre de comte de Richmond dans ses actes diplomatiques. Si étrange que cela puisse paraître, Gui de Thouars, régent de la Bretagne à la suite de la mort d'Arthur Ier, mais par ailleurs « fidèle » de Jean sans Terre dès 1202, paie en 1203 un droit annuel pour l' « honneur » de Richmond. Gui, par conséquent, en est alors le titulaire. Sa situation en Bretagne ne lui permettra pas de le demeurer longtemps. En 1204, parce qu'il a porté les armes contre Jean sans Terre, il se voit retirer l' « honneur », qui est donné à Robert de Beaumont, comte de Leicester. Toutefois, le château de Richmond semble rester à la couronne. Robert étant mort aussitôt, le « comté » revient en la « main » du roi qui, en janvier, a donné aux habitants de Boston (St Botulph) le droit d'élire un bailli. L'année suivante, en 1205, Jean sans Terre attribue le Richmondshire à Ranulph, comte de Chester, en conservant, pense-t-on, les « extenta » du comté de Richmond. C'est ce qui explique sans doute que, en 1206-1207, le roi confère à Hugue Nevill le commandement du château de. Richmond. Et il est plus que probable que Ranulph ne jouit pas très longtemps du don royal. En tous cas, on constate que, en 1212 et 1213, il est toujours question de l' « honneur de Bretagne » a recouvré complètement la possession du « comté » de Richmond. A ce moment, le Liber Feudorum ou Testa de Nevill nous renseigne minutieusement sur la consistance exacte de « l' honneur ». Sans entrer dans les détails, on s'aperçoit, en comparant la composition du « comté » d'après le Domesday book avec la composition d'alors, que l' « honneur » de Richmond a subi des modifications notables. Il est permis de croire, malgré le silence du Liber Feudorum sur cette région, qu'aucun changement important n'est survenu dans le North Riding du Yorkshire. Les possessions du Lincolnshire sont soigneusement réparties dans les différentes parts du shire : Lindsey, Kesteven, Holland et ne paraissent guère avoir varié. Il n'en est pas de môme pour le Norfolk et le Suffolk, où plusieurs manors et de très nombreuses terres semblent avoir irrémédiablement cessé d'appartenir ; l' « honneur ». Les domaines de l'Essex et du Dorset ont complètement disparu. Si les possessions de l'Hertfordshire, du Nottinghamshire, du Northamptonshire et de l'Hampshire ne présentent pas de changement, dans le Cambridgeshire l' « honneur » a perdu l'important manor de Swavesey et quelques autres terres. Par contre, autant qu'on en puisse juger par un examen superficiel, le « comté » de Richmond ne s'est pas encore enrichi dans d'autres shires. Après avoir administré la Bretagne sous l'influence plus ou moins directe du roi de France, en janvier 1213, Gui de Thouars cède la place au français Pierre Mauclerc, que Philippe-Auguste vient de mettre à la tête du duché au moyen du mariage de Pierre avec Alice, héritière de la Bretagne en tantque fille de Constance et de Gui de Thouars. L'avènement du prince français, qui est obligé de combattre aussitôt les Anglais, n'est nullement fait pour modifier l'attitude de Jean sans Terre au regard de l' « honneur de Richmond. Aussi le roi d'Angleterre persiste-t-il à détenir le « comté » jusqu'à sa mort en octobre 1216. Cependant, le 12 août 1215, Jean sans Terre, obligé de se défendre contre ses barons révoltés, sollicite Pierre Mauclerc de venir à son secours moyennant la promesse d'obtenir l' « honneur » après avoir prêté l'hommage. En octobre 1216, le prince Louis de France, placé à la tète d'une expédition, -dont fait partie Mauclerc, - contre le roi d'Angleterre, concède fictivement au duc de Bretagne « toutes les terres qu'il devait tenir en Angleterre du chef de sa femme », c'est-à-dire, l' « honneur » de Richmond, encore aux mains de Jean sans Terre, qui, pour éviter de ses ennemis ne s'emparent du château de Richmond, a ordonné, mais vainement, de le détruire. Les actes successifs de Jean sans Terre et du prince Louis marquent un grand pas vers le retour du « comté » aux ducs de Bretagne. Dès 1217, un commencement d'exécution va se produire au bénéfice de Pierre Mauclerc, dont nous allons suivre maintenant les vicissitudes en qualité de comte de Richmond.

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Published by poudouvre
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