Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 13:00

La fin de la possession temporaire de l' « honneur » de Richmond par les ducs de Bretagne (1334-1398).


 

Jean de Bretagne mort, l' « honneur », selon la coutume, est mis en la « main » du roi. Quelques mois après, le neveu du défunt, Jean III, duc de Bretagne, recueille en héritage le « comté », faisant ainsi rentrer de nouveau ce dernier dans le domaine ducal breton, à la fin de mars 1334, après 29 années de séparation. Aussitôt la fidélité reçue, le duc entre en possession de Richmond. Comme ses prédécesseurs, Jean III n'acquitte pas toujours ponctuellement à l'Echiquier les rentes qu'il doit en raison de ses terres. Il obtient d'Edouard III de nombreux répits, entre 1335 et 1341. D'autre part, les nécessités de la politique sur le continent l'empêchant de quitter la Bretagne pour passer outre Manche dans son « honneur », il est fréquemment autorisé à recourir à des « attournés » et il ne semble pas s'occuper beaucoup du comté. Les ménagements d'Edouard III à l'égard de Jean III, fidèle allié de la France, évitent au duc de voir confisquer son « honneur » et les biens de ses sujets bretons en Angleterre, malgré une lutte féroce que se livrent sur mer marins et marchands anglais et bretons. Il est donc inexact, ainsi que l'a répété dom Lobineau après Froissart, que le « comté » de Richmond ait été enlevé à Jean III pour être donné (même passagèrement) à Robert d'Artois. En résumé, Jean III parvient à entretenir des relations sinon très cordiales, du moins normales, avec le roi d'Angleterre, tout en prenant militairement le parti du roi de France. Le fait mérite d'être souligné, car il contraste, par exemple, avec l'attitude que nous avons vu prendre précédemment par un Pierre Mauclerc. Au décès de Jean III, le 30 avril 1341, l' « honneur » de Richmond dont le château est dans un état lamentable, faute de réparations, revient « en la main » du roi, mais celui-ci en affecte les revenus à la « soutenance » de ses enfants : Lionel, Jean (de Gand), Isabelle et Jeanne. La reine Philippa a la garde des terres, évaluées à 2.000 marcs de revenus annuels. La querelle de la Succession de Bretagne, marquée par le célèbre arrêt dit de Conflans, du 7 septembre 1341, lance le compétiteur malheureux, Jean de Montfort, contre le roi de France qui soutient la candidature de Charles de Blois. Dès le 24 septembre, Edouard III donne à Jean de Montfort l' « honneur » de Richmond, en guise de compensation pour le comté de Montfort confisqué par Philippe VI de Valois. En février 1342, Jean de Montfort et Edouard III conviennent que le premier jouira du « comté » de Richmond jusqu'à l'assignation de terres de valeur égale en France. Cet accord restera lettre morte. En effet, le 20 septembre suivant, Jean de Gand, qui n'a pas 3 ans, est investi du « comté » au moyen du ceinturon de l'épée, avec les prérogatives de feu Jean III. L' « honneur » reste en la main du roi, sous la garde de la reine Philippa jusque vers 1355-56. Jean de Montfort qui, pratiquement, n'a jamais eu entre les mains le « comté » de Richmond et, par conséquent, n'a pas eu à prêter hommage pour ce dernier, continue à porter, à côté de son titre de duc de Bretagne, les titres de comte de Richmond et de Montfort, ainsi que de vicomte de Limoges, jusqu'à sa mort en 1315. Son fils Jean (le futur duc Jean IV) est alors placé sous la tutelle d'Edouard III. Puis, en 1353, ce dernier confirme à Jean de Gand la possession de Richmond. En 1356, on voit que non seulement Jean de Gand n'est plus « underage » ou en « nonage », mais encore qu'il possède effectivement Cheshunt et Bassingbourn. Il a la « rape » d'Hastings. En 1358, il reçoit de son père le produit des fines pour réparer son château de Richmond et les murs de la ville. Des réparations y sont encore effectuées dans les années postérieures. En attendant, Edouard III donne à Jean, en 1360, le château et la ville d'Hertford pour résidence correspondant à son « état ». Quelques mois auparavant, il lui a confirmé la détention de l' « honneur » de Richmond, après que Jean IV, duc de Bretagne, eut abandonné tous les droits qu'il pouvait avoir sur le « comté ». Dès 1361, Jean de Gand est comte de Lancastre (puis, bientôt duc), de Derby et de Lincoln, voire de Leicesler, en même temps que comte de Richmond. Il est appelé à une plus haute fortune. Il devient roi de Castille et de Léon. Aussi Edouard III, le 25 juin 1372, lui échange-t-il le petit « honneur » de Tickhill contre l' « honneur » de Richmond. Ce faisant, il prépare la réalisation d'un dessein qui nous intéresse particulièrement. Le 20 juillet suivant, Edouard III donne le « comté » à Jean IV, duc de Bretagne, qui, adolescent, a vécu à la cour du roi, tel Jean II avec Henri II, et qui a épousé en premières noces Marie, fille d'Edouard; en secondes noces, Jeanne Holland, veuve de Thomas Holland et fille du comte de Kent. Jean IV, vassal du roi de France depuis son hommage de 1366, n'hésite pas à conclure, en novembre 1372, une alliance étroite avec l'Angleterre pour prix de la restitution à lui faite de l' « honneur » de Richmond. Les armées françaises et le mécontentement de ses sujets bretons obligent le duc, dès 1373, à se réfugier en Angleterre, où il vit des revenus de son « comté » de Richmond. Après de vains efforts militaires anglais, Jean IV, rappelé en Bretagne, en 1379, par suite de maladresses de Charles V, prête de nouveau hommage à ce dernier, en 1381. Mais la duchesse Jeanne Holland, soeur de Richard II étant restée en Angleterre, l' « honneur » lui est assigné par son frère, en novembre 1382, pendant tout le temps où elle demeurera en Angleterre. Cette situation dure jusqu'à la fin de 1383. II semble qu'alors Jean IV ait joui quelques mois encore, de Richmond. En tous cas, au mois de novembre 1384, le Parlement, après avoir déclaré que Jean IV a « forfait », adjuge à Richard II l' « honneur » de Richmond. Le roi aie le conserve pas longtemps pour lui : en décembre, il en fait don à sa femme, la reine Anne de Bohême, sa vie durant. A la suite de la paix survenue entre la Bretagne et l'Angleterre, le 1er mars 1387, Richard II rend à Jean IV par une nouvelle donation, au moins théorique, le « comté, la ville et l'honneur de Richemont ». Cependant, le 3 novembre 1388, la reine Anne abandonne à Henri Fitz Hugh pour 12 ans les châteaux de Richmond et de Bowes avec les terres et services. Le 20 novembre, sous l'influence de son Conseil, et pour d'autres raisons, le roi restitue l' « honneur » à Jean IV. Mais il apparaît bien que Richard II, s'il a promis, ne s'exécute pas encore facilement. Le « comté » reste pratiquement sans doute pendant quelque temps aux mains de la reine Anne, car, en juillet 1391, le duc de Bretagne envoie en Angleterre une ambassade nombreuse et importante pour demander et accepter la délivrance de l' « honneur » . Jean IV obtient probablement satisfaction, puisqu'en décembre de la même année, Richard II donne à vie à la reine Anne diverses terres situées en Angleterre et dans le pays de Galles, en remplacement du « comté » de Richmond. Jean IV ne doit plus jouir bien longtemps du domaine de ses ancêtres. Après avoir pompeusement conféré le titre de comte de Richmond à son second fils, Arthur (le futur connétable Arthur III de Richemont), en août 1393, il se voit brusquement retirer l' « honneur » en 1398, au profit de sa soeur Jeanne, femme de Raoul Basset de Drayton. Ce geste du roi d'Angleterre marque la dépossession définitive des ducs de Bretagne, au bout de quelque 250 ans de jouissance plus ou moins troublée et interrompue du « comté » de Richmond. Toutes les réclamations, qui seront adressées ensuite par les ducs bretons au roi d'Angleterre, demeureront vaines et se heurteront à l'attribution successive de l' « honneur » à divers personnages anglais. Vers 1398 environ, le livre des domaines ducaux sis en Angleterre nous l'enseigne très exactement sur la consistance de l' « honneur » et son administration, dans leur dernier état. Il faut distinguer entre les fiefs et les vassaux des fiefs. Les fiefs principaux comprennent : Arkelgarth ou la « nouvelle Foreste », Bowe, Adbrough, Forsett, Gatterick, Bainbridge, Saxby, Moulton, Gilling, la ville et le château de Richmond. Dans les biens tenus par les vassaux des fiefs figurent : Cheshunt, Darfield, Growhurst, Burghersh, Beuning-Holme, la baronie d'Hastings, Benningbrough, Badingham, Swafham, la ville de Boston, Frampton, Wisk, Washingborough, Shirbeck, Kirton, Gayton, Bonby et Leadenham. Le total des redevances dues par les vassaux, tenanciers et « hommagers » monte à 1.118 l. 8 s. 4 d. Voici schématiquement le tableau du personnel administratif du « comté » :

le « steward » général et lieutenant ;

le « restemour » général ;

le connétable des châteaux de Richmond et de Bowes ;

le bailli errant de Richmond, avec 5 baillis sous ses ordres ;

- - « en la conté de Nicole » (Lincolnshire), en même temps « steward restemour », avec 4 baillis secondaires;

- - de Swaffham, avec 4 baillis secondaires;

- - de Badburham e! Bassingboun, avec 4 baillis secondaires;

- - de Cheshunt ;

et le bailli de Boston ;

- - du Sussex ;

le « steward » de Swafham ;

- - de Cheshunt ;

- - du Sussex ;

les 8 forestiers de Wynceldale ;

le maître mineur de plomb ;

le garennier de Moulton ;

- - de Wassingborough ;

- - du Norfolk et du Suffolk ;

le portier du manoir de Boston ;

le « parker » de Cheshunt ;

de Crowhurst ;

- - de Burghersh.

Ainsi que l'on peut s'en rendre compte, l'  « honneur » de Richmond est administré par un solide corps d'agents de tout ordre, plus collèrent, semble-t-il, qu'au temps de Jean de Bretagne, mais qui coûte vraisemblablement assez cher au comte, autant qu'il nous est permis d'en juger d'après leurs salaires.

 

 

Le duc Jean IV de Bretagne


 

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires