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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 15:06

Dans la Basse-Bretagne, on croit aussi que les morts reviennent visiter leurs familles, leurs maisons, mais dans la nuit de la Toussaint seulement. Voici comment en parle le poète classique des Bretons, Brizeux, si bien informé et si exact :

 

 

Quand novembre amena sa première soirée,

Celle nuit cependant fut une nuit sacrée;

Car du pays de Vanne au pays de Léon,

De Cornouaille en Tréguier, il n'est pas un Breton,

Bûcheron dans les bois ou pêcheur sur les côtes,

Qui, chez lui, ce soir-là, n'attende bien des hôtes.

Dès que le dernier chant de la fête des Saints

Est fini, les voilà, pareils à des essaims,

Ou comme des graviers roulés dans la tempête,

Qui sortent par millions, et volent à leur fête;

Ils vont rasant le sol, pêle-mêle, hagards ;

Et le seuil des maisons, les courtils, les hangars,

Les granges, tout s'emplit; ils remplissent l'étable,

Tous les bancs du foyer, tous les bancs de la table…


 

Ces hôtes nocturnes, la ménagère, comme au temps des Vedas, leur apprête à manger : C'était pour eux qu'Anna, laissant là son rouet, Le front tout en sueur, près du feu travaillait. Elle avait délayé sa meilleure farine, Pris son bois le plus sec, sa graisse la plus fine, Et tandis que son monde à vêpres priait Dieu, Elle, seule au logis, étendait sur le feu Ses crêpes de blé noir pour cette race étrange, Qui dans toute l'année un seul jour boit et mange. Anna, c'est la fille du fermier Hoêl qui venait de mourir. En rentrant de l'église, (Guenn-Du, sa mère, lui vit avec épouvante un balai à la main ; elle s'écria :

 

 

Par une telle nuit balayer la maison 

Vous ne savez donc pas, ô fille sans raison,

Que le monde est couvert ce soir d'âmes en peine,

Et qu'ici votre père en pleurant se promène !

Avec votre balai voulez-vous le blesser?

Les âmes des aïeux, voulez-vous les chasser.'

Anna demande pardon; elle ne savait pas.

On se met à table. 

Cependant la fermière recommande à sa famille :

Ne mangez pas jusqu'aux dernières miettes,

Et laissez quelque chose au bord de vos assiettes :

D'autres tout prendre place autour de ce bahut;

N'égouttez pas le verre où vos lèvres ont bu.

A ces mots, sur la table Anna posa ses crêpes.

Oh ! tous vont là-dessus sauter comme des guêpes,

Dit sa soeur. Mais Lilez, apportez, s'il vous plaît,

La grande jatte au beurre: ils sont friands de lait.

Surtout, reprit Guenn-Du, n'éteignez pas la braise.

 

Après celle dernière recommandation, tout étant prêt, la veuve avec son monde se dispose à se mettre au lit :

 

Les morts ont à manger, à foire, à se chauffer.

 

Voilà comment à de nombreux siècles de distance, d'une extrémité du monde à l'autre, se retrouvent les mêmes superstitions populaires. La Bretagne connaît le mauvais oeil des mourants, le Char de la Mort ou de l'Ankou, le danger que l'âme court en quittant son corps. C'est ainsi que celte même fermière, au moment précis où son mari expirait, s'était écriée avec effarement :

 

Je l'entends ! je l'entends ! c'est le Char de l'Ankou !

Hoël s'en va ! la Mort remporte dans son trou!

Prenez garde en mourant qu un de ses yeux vous voie!

Prenez garde surtout que son âme se noie!

Videz tous les bassins, tous les seaux, tous les muids -tonneaux

Jetez l'eau de fontaine et jetez l'eau de puits  

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Published by poudouvre
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