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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:05

 

 


 

 

Déroch, fils de Riwal II, le fondateur du royaume de Domnonée, venait de monter sur le trône, lorsque l'un de ses cousins, nomméTugdual, vint aborder sur la côte occidentale du pays de Léon, avec soixante-douze moines qui, depuis quelques années, pratiquaient la vie monastique sous sa direction. C'est non loin du Conquet, dans un petit havre de la paroisse de Ploumoguer, que s'établirent les pieux fugitifs. Mais bientôt le zèle ardent du fils de sainte Ponpaïa les conduisit du cap Saint-Mahéàla presqu'île de Tréguer, où fut fondé, vers le milieu du vie siècle, le célèbre monastère de Trécor. Des hagiographes prétendent qu'il y. avait alors à Cos- Guéodet (qu'ils nomment aussi la cité de Lexobie) un siège épiscopal sur lequel s'étaient assis, avant l'arrivée de saint Tugdual, soixante-sept ou soixante-huit prélats.

 

 

 

Abbaye de Bégard

 

Ce n'est là, l'on s'en doute bien, qu'une pure fable ; mais comme elle remonte assez haut, il faut expliquer quelle en fut primitivement l'origine. Les clercs du moyen âge, comme beaucoup d'hommes instruits de notre temps, ignoraient que l'appellation d'Armorique se fût étendue à d'autres régions qu'à la Bretagne. Aussi ne manquaient-ils jamais de placer dans la péninsule les Diablintes, les Ambiliates, les Unelli, les Lexovii et autres nations nommées Armoricaines par César. Or, ayant sans doute ouï parler d'une visite de Tugdual dans la cité des Lexovii de l'Armoriquel, ils en conclurent que le saint homme devait avoir occupé en Bretagne un siège nommé Lexobie. Mais existait-il, en ces temps reculés, autre chose qu'un grand monastère à Trécor ?

 

 

 

Abbaye Sainte-Croix de Guingamp

(cliché Wikipedia)

 

Plusieurs en doutent, car la Chronique de Nantes déclare formellement que le siège de Tréguer fut créé trois cents ans plus tard par le roi Nominoë. Cependant le fait de l'épiscopat de Tugdual et de quelques successeurs, avant le IXe siècle, n'en est pas moins certain. On n'a pas oublié ce que nous avons dit des prélats sans diocèse de la Bretagne insulaire. Or, en racontant tout à l'heure le rôle de saint Samson en Domnonée, nous établirons, d'après un texte précis, que les évêques de Tréguer, de Saint-Brieuc et d'Alet doivent être considérés, du vie au IXe siècle, comme de véritables suffragants, mais sans sièges fixes, des prélats de Dol. Tout le monde sait que, vainqueur de Charles le Chauve et maître de toute la Bretagne à laquelle il avait ajouté les comtés de Rennes et de Nantes, Nominoë fit déposer comme simoniaques plusieurs évêques hostiles à ses projets. Après leur expulsion, qui fut promptement suivie de celle d'Actard, malgré sa conduite irréprochable, le siège de Dol fut érigé en métropole; les églises de Saint-Brieuc, de Tréguer et d'Alet, gouvernées jusque-là par des évêques régionnaires, sous la juridiction supérieure des successeurs de saint Samson, acquirent, avec un territoire fixe, le titre régulier de diocèses. Par cette mesure, les divers sièges de la Bretagne se trouvèrent placés dans la même situation que tous les autres évêchés de la Gaule.

 

 

 

Cathédrale de Tréguier

 

Depuis cette érection régulière jusqu'à l'époque de la révolution française, le diocèse de Tréguer paraît être resté circonscrit dans les limites suivantes : A l'est, il avait pour frontière commune avec l'évêché de Saint-Brieuc la rivière de Leff depuis sa source, auprès du Leslay, jusqu'à sa jonction avec le Trieuc, qui, de ce point à là mer, continuait la délimitation. A l'ouest, le cours du Kefleut lui servait de borne jusqu'à la ville de Morlaix, dont une partie appartenait au Léon. De Morlaix, la ligne de séparation se dirigeait vers le sud, en inclinant un peu vers l'orient, et s'arrêtait au pied des montagnes d'Arez, non loin dés bois du Relec. Là commençait la limite méridionale, qui allait atteindre, après diverses sinuosités, la source du Leff. Au nord, le pays trécorois, baigné par la Manchequi formait de ce côté une frontière naturelle, s'étendaitde l'embouchure du Trieuc à celle du Kefleut.

 

 

 

Plougasnou

 

L'évêque de Tréguer était possesseur de la seigneurie universelle de sa ville épiscopale. Son regairecomprenait, en entier, onze paroisses ou trêves, dont sept étaient situées sur la rive gauche et quatre sur la rive droite du Jaudy. Le domaine proche du prélat était considérable; il s'étendait particulièrement dans les paroisses de Ploulantréguer, Langoat, Prat, Plougrescant et Ploulech. Les droits et coutumes de l'évêque au havre de Tréguer ne manquaient pas non plus d'importance Il est souvent parlé dans l'histoire de Bretagne de l'asile ou minihi de Tréguer. Il ne s'étendait pas seulement, comme on l'a supposé, à la paroisse de Ploulantréguer, mais embrassait les onze paroisses citées plus haut. Le diocèse de Tréguer renfermait, vers le milieu du XIIe siècle, trois abbayes. Deux collégiales y furent plus tard fondées. Le chapitre de la cathédrale se composait, en 1516, de onze chanoines. Le Pouillé de cette époque ne mentionne que treize prieurés; mais le nombre en était certainement plus considérable.  

 

 

 

Ancien palais épiscopal de Tréguier

(cliché Wikipedia)

 

Subdivisions ecclésiastiques.


 

L'évêché de Tréguer, comme les diocèses de Léon, de Dol et de Saint-Brieuc, ne renfermait qu'une seule subdivision ecclésiastique, celle par archidiaconé. Le principal archidiaconé du diocèse, celui de Tréguer (archidiaconatus Trecorensis, archidiaconatus meyor), renfermait cinquante-sept paroisses et vingt-deux trêves; il était borné à l'ouest par le Guer, à l'est par la rivière de Leff, au nord par la mer, au sud par la Cornouaille, depuis la source du Guer jusqu'à celle du Leff, non loin du Leslay. L'archidiaconé de Plougastel, ou plutôt de Pou-Castel, se composait de vingt-neuf paroisses et de dix trêves. Il avait pour limites: à l'ouest, la rivière de Morlaix; à l'est, celle du Leguer; au nord, la mer; au sud, les montagnes d'Arez et le diocèse de Cornouaille.

 

 

 

Ancien couvent des Jacobins de Morlaix

 

La dénomination de Pou-Castel indique, non pas un viens, une paroisse (Plou), mais la région beaucoup plus étendue dont Cos-Guéodet (Vetus civitas) était le chef-lieu. C'est donc à tort que M. J. Desnoyers suppose que Châtel-Audren pourrait bien avoir donné son nom à l'antique pagus Castelli. Ce castellum, cet oppidum, c'était incontestablement Cos-Guéodet, où les évêques de Tréguer, avant les invasions normandes, avaient une de leurs résidences, et qui, dans le pays, était désigné, comme Carhaix en Poher, par ce seul mot: le Château. Les droits et prérogatives de l'archidiacre de Pou-Castel étaient plus importants que ceux des autres archidiacres: il avait une juridiction particulière avec officiai, sénéchal, chancelier, huissiers; il nommait les fabriciens, il examinait leurs comptes ; il possédait la juridiction temporelle en diverses paroisses; bref, sa situation, plus épiscopale que celle de ses collègues, prouvait l'importance de l'antique pagus transformé plus tard en archidiaconé. L'évêché de Tréguer comptait, en 1516, quatre-vingt-huit paroisses, vingt-deux vicariats et quarante-neuf trêves. C'est à peu près le chiffre général que fournit le Pouillé de 1648.

 

 

Saint-Jean du Baly à Lannion

(cliché Philippe Jef, Diocèse de Sait-Brieuc et Tréguier)

Archidiaconé de Pou-Castel (Pagus Castelli).


 

Botsorhel

Garlan

Guerlesquin

Guimaëc

Le Ponthou

Plestin et Trémel, sa trêve;

Plouaret-Vieux-Marché

Ploubezre

Plouegat-Guerrand

Plouegat-Moysan

Plouezoch

Plougaznou

et Saint-Jean-du-Doigt, sa trêve

Plougonvenet Saint-Eutrope, sa trêve

Plougonver et Chapel-Nevez,sa trêve

Plougras, avec Loguivy-Plougras et Lohuec,ses trêves

Ploujean,

Plouigneau et Lanéanou, sa trêve

Ploulech

Ploumiliau et Kéraudy, sa trêve

Plounerin

Plounevez-Moedec

Plourin et Le Cloître, sa trêve

Plouzelambre

Plufur

Saint-Mathieu de Morlaix

Saint-Melaine de Morlaix

Saint-Michel-en-Grève

Trédrez et Loquémeau, sa trêve

Tréduder.

 

 

 

Chapelle Sainte-Geneviève à Saint Michel en Grève

​(cliché : éditionsLe Flohic)

 

 

Archidiaconé de Tréguier, ou grand archidiaconé.


 

Belle-Ile-en-Terre

Berhet

Bocqueho

Botzelau et Lanneven, sa trêve;

Bourbriac et Saint-Adrien, sa trêve

Brélidy,

Buhulien

Cavan et Caouennec, sa trêve

Châtelaùdren,

Coatascorn

Goniimenech

Goudelin et Bringolo, sa trêve

Guénézan et Saint-Sauveur, sa trêve

Gurunhuel

Hengoat

Landebaeron,

Lanmérin

Lannion (Saint-Jean-du-Baly)

Lanlaurent

Lanvézéac

La Roche-Derrien

Le Faouet

Le Merzer

La Trinité de Guingamp

Louannec et Kermaria-Sulard, sa trêve

Louargat

Notre-Dame de Guingamp

Pédernec

Penvenan

Plésidy, avec Senven-Lehart, Saint-Péver et Saint-Fiacre, ses trêves;

Pleubihan

Pleumeur-Bodou

Pleumeur-Gaultier et Lézardrieux, sa trêve

Pleudaniel,

Ploezal et Saint-Yves-de-Pontrieux, sa trêve

Plouegat-Châtelaudren avec Saint-Jean-Kerdaniel et Lanrodec, ses trêves

Plouec et Runan, sa trêve

Plougrescant

Plouguiel

Plouisy et Saint-Michel-de-Guingamp, sa trêve

Ploumagoar,avec Pabu et Saint-Agathon, ses trêves;

Pluzunet

Pommerit-Jaudy et I'lle-Loy, satrêve; Pommerit-le-Vicomte, Pont-Melvez,

Pontrieux

Pouldouran

Prat et Trevouazan sa trêve

Quemper-Guezennec et Notre-Dame des-Fontaines de Pontrieux, sa trêve

Quemperven,

Rospez

Saint-Gilles-le-Vicomte

Saint-Quai-Perros

Saint-Sauveur de Guingamp,

Servel

Squiffiec et Kermoroch, sa trêve

Trézélanet Saint-Norvez,sa trêve. 

 

Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson

 

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Published by poudouvre
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