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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 14:10

 

 

Dans une Vie manuscrite de saint Samson, -Vîe presque aussi ancienne, selon Dom Le Gallois, que la légende insérée dans les Actes de l'ordre de Saint-Benoît, -on lit le curieux passage que voici : « Judual traita saint Samson (qui l'avait rétabli sur le trône) comme s'il était à la fois et son père et sa mère; et il lui concéda, à lui et à ses successeurs, la juridiction spirituelle de la Domnonée tout entière. » Ces paroles nous donnent la clef de toutes les difficultés qu'on s'est plu, pour ainsi dire, à entasser au sujet de la métropole de Dol. Que saint Samson, évêque ou archevêque, dit Dom Taillandier, ait établi son siège à Dol, au VIe siècle, et ait eu pour successeurs saint Magloire, saint Budoc et saint Thuriau, c'est une vérité constatée par les Actes de ces saints évêques.» Nul doute, en effet, que saint Samson n'ait exercé à Dol les fonctions épiscopales; nul doute, comme le dit encore le docte bénédictin, que, du temps de Nominoë, « les territoires de Tréguer et de Saint-Brieuc -j'ajoute:et de Saint-Malo, n'aient été gouvernés par l'évêque de Dol, qui y possédait des églises et pouvait facilement veiller sur tout le pays ,» Ci-dessous l'Ancien Palais Episcopal de Dol

 

 

Mais ce n'est pas à dire pour cela, nous le répétons,qu'un siège fixe, une véritable métropole, existât dès lors à Dol. Sur ce point, nous l'avons établi plus haut, les Bretons avaient d'autres usages que les Gallo-Romains:«Il faut se représenter, dit Dom Le Gallois dont l'opinion a tant de poids en ces matières, il faut se représenter que les Bretons, étant venus de l'île avec leurs prêtres et leurs prélats, cette Église transplantée, qui, dans les commencements, n'avait aucuns rapports politiques avec les Francs, nouveaux venus. Se renferma dans le pays qu'elle occupait, d'autant plus qu'elle avait sa langue particulière, ses princes propres et ses moeurs différentes. Ajoutons qu'il n'eût pas été facile d'aller trouver un métropolitain dépendant des Goths ariens. Chaque principauté des Bretons eut donc ses propres pasteurs venus de l'île, et qui, dans leurs nouveaux établissements,gouvernèrent de la même manière et avec la même indépendance des évêques gaulois, qu'ils avaient delà la mer, mais sans avoir aucune ville affectée à leur dignité.  Ci  dessous, fresques du Haut Moyen Âge à Langast.

 

 

Ces évêques, venus du dehors, étant morts, il fallut leur donner des successeurs, et, pour peu qu'on ait lu la Vie des saints qu'on nomme communément premiers évêques des diocèses de la Bretagne armoricaine, on reconnaît aisément que les successeurs des évêques bretons insulaires ne le furent que de leurs dignités et de leurs charges, sans l'être de leurs évêchés. C'est ainsi que saint Tugdual fut évêque de Tréguier saint Samson et, après lui, saint Magloire et saint Budoc évêques des pays de Dol, etc.» Bien que saint Samson, selon la coutume des évêques de son pays, n'eût point de siège fixe affecté à sa dignité, rien n'empêche de croire qu'il ait exercé sa juridiction sur les territoires de Saint-Brieuc, de Tréguier et de Saint-Malo. Soutenir, avec quelques érudits modernes, que «Dol n'était qu'un monastère compris dans le diocèse d'Alet,» me paraît, qu'on me passe l'expression, une sorte d'énormité. Une telle opinion n'eût jamais été mise en avant si l'on ne s'était avisé de confondre,pour le besoin d'une thèse impossible, l'histoire des Bretons avec celle des Gallo-Francs, leurs voisins. Ci dessous, ruines de l'église de Saint André des Eaux 

 

 

 

Dom Taillandier fait judicieusement observer que Nominoë ne fit autre chose qu'ériger en diocèses fixes et régulièrement délimités les territoires sur lesquels saint Samson, saint Brieuc et saint Tugdual avaient exercé les fonctions épiscopales. De son côté, Dom Lobineau soutient que, délivré par son coup d'état des évêques qu'il regardait comme des factieux, «le roi des Bretons établit un évêché dans le lieu où saint Brieuc avait fini sa sainte vie, rétablit celui de Tréguer et donna la qualité de métropole et d'archevêché au siège de Dol. » Ces assertions ne sont pas contestables, et il n'est pas moins certain que, en 848, Salacon, l'un des prélats expulsés, occupait le siège de Dol, et non pas celui d'Alet, où Maen était alors assis. L'évêché de Dol, le moins étendu de tous ceux des quatre Lyonnaises, était limité, au nord, par la mer; au sud, par le diocèse de Rennes; à l'ouest, par celui de Saint-Malo; à l'est, par le diocèse d'Avranches, qui dépendait de la deuxième Lyonnaise ou province de Rouen. Le peu d'étendue de l'évêché de Dol, où n'existait qu'un seul archidiaconé et qui ne renfermait (en ne tenant aucun compte de ses enclaves) que quarante et quelques paroisses, ne permet pas de supposer qu'il y ait eu des doyennés sur un territoire aussi restreint. Il est question, à la vérité, de decani Dolenses, dans quelques chartes des xne et XIIIe siècles; mais rien n'indique qu'on les doive considérer comme des doyens territoriaux établis dans le pagus Dolensis proprement dit.

 

 

Cathédrale de Dol

 

 

De tous les diocèses de France, Dol était celui qui possédait, en dehors de son territoire propre, le plus grand nombre d'enclaves disséminées dans d'autres contrées. L'évêché de Saint-Malo en renfermait vingt-trois; celui de Saint-Brieuc, douze; celui de Tréguer, neuf; celui de Léon, une; celui de Rennes, trois; enfin, le diocèse de Rouen, quatre. L'origine de ces enclaves a été diversement expliquée. Dom Taillandier n'hésite pas à l'attribuer à l'espèce de primatie exercée par saint Samson sur les autres évêques régionnaires du royaume de Domnonée : « De là vient, dit-il, que les lieux qui appartenaient en propre à l'évêque de Dol, lors de l'érection des évêchés de Saint-Brieuc et de Tréguier, sont demeurés et sont encore aujourd'hui sous la juridiction des évêques de Dol.C'est pour la même raison que, dans le territoire de Rouen, les paroisses de Saint-Samson, sur la rivière de Lizaire, et celle de La Roque sont soumises àl'évêché de Dol. Ces églises dépendaient du monastère de Saint-Samson et y sont demeurées annexées, par respect pour le savant prélat, lorsqu'on a érigé les nouveaux évêchés. Ci dessous Coëtmieux

 

 

Quelle autre raison pourrait-on donner d'une telle dispersion d'églises dans un seul et même évêché ?» Malgré ces observations pleines de justesse, et qui concordent si bien d'ailleurs avec le texte par lequel débute ce paragraphe, quelques écrivains ne veulent voir en saint Samson que l'abbé d'un important monastère du Porhoët, et ils prétendent expliquer les anciennes enclaves de Dol par l'obligation où se serait trouvé Nominoë d'imposer aux autres prélats de la Bretagne une cession partielle de leur territoire en faveur de la nouvelle métropole. L'hypothèse paraît spécieuse, au premier abord; mais si le libérateur de la Bretagne avait en effet pris la décision qu'on lui attribue, comment se fait-il qu'en dehors de la Domnonée, Nantes, Vannes et Cornouaille se soient dispensés de tout sacrifice, et que le diocèse de Léon n'ait jamais renfermé qu'une seule enclave de Dol, Locunolé ? Ci-dessous Ruines de l'ancienne église de Saint Judoce

 

 

Ce fut seulement sous le pontificat d'Innocent III et durant la minorité du jeune Arthur, en 1199, que l'église de Dol cessa d'être la métropole des Bretons.Dans la dernière moitié du XVe siècle, le cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, remplaça les anciens doyennés, ou groupes de paroisses situées hors du pagus Dolensis, par cinq officialités. L'official de Dol eut dans son ressort l'archidiaconé de Dol et les enclaves du diocèse de Saint-Malo; ceux de Lanmeur et de Lannion furent chargés des enclaves de Tréguer; l'official de Lanvollon gouverna les paroisses de Saint-Brieuc, et, enfin, l'official de Saint-Samson reçut la direction des paroisses de la Normandie. L'évêque de Dol était seigneur temporel dans la ville et dans la circonscription qu'on appelait le franc-regaire de Dol, dans la paroisse de Coetmieux, en Saint-Brieuc, et dans les paroisses de La Roque et de Saint-Samson-sur-Risle. Tout le monde sait que l'évêché de Dol a été supprime en même temps que ceux de Saint-Pol-de-Léon, de Tréguer, de Saint-Malo, et que le territoire de l'ancienne métropole bretonne a été annexe au département d'Ille-et-Vilaine. Ci dessous église de Bréhat (Inventaire de Bretagne) 

 

Doyenné de Dol :


 

Baguer-Morvan

Baguer-Pican

Bonaban

Bonnemain

La Boussac

Broualan

Carfantin

Cendres

Chapelle aux Filzméens

Cherrueix

Cuguen

Abbaye de Dol

Crucifix de Dol.

Notre-Dame de Dol

Epiniac

La Vieuville

La Fontenelle

La Fresnais

Hirel

Lanhelin

Lanvallay

Lillemer

Meillac

Miniac-Morvan

Mont-Dol

Pleine-Fougères

Plerguer

Plesder

Pleudihen

Pleugueneuc

Rimoux

Roz-Landrieux

Roz sur Couesnon

Sains

Saint-Broladre

Saint-Georges de Gréhaigne

Saint-Guinoux

Saint-Helen

Saint Leonard

Saint-Marcan

Saint-Pierre de Plesguen

Saint-Rémy du Plain

Saint-Solein

Tréméheuc

Tressaint

Tressé

Vildé-Bidon

Vildé La Marine

Le Vivier


 

Doyenné de Bobital


 

Aucaleuc

Bobital

Illifaut

La Landec

Langan

Languenan

La Nouaye

Le Hinglé

Le Lou du Lac

Saint André des Eaux

Saint-Carné

Saint Coulomb

Saint Ideuc

Saint-Jacut

Saint-Judoce

Saint- Launeuc

Saint-Méloir des Bois (près Bourseul)

Saint-Méloir-sous-Hédé

Saint-M'Hervon

Saint Samson Jouxte Livet

Saint-Thual

Saint-Uniac

Sainte-Urielle

Trébédan


 

Doyenné de Lanvollon


 

Bréhat

Lanlou

Perros Hamon

Saint Quay


 

Doyenné de Coëtmieux


 

Coëtmieux

Landébia

Langast

Saint-Glen


 

Doyenné de Lanmeur


 

Locquénolé

Coadout

Lanmeur


 

Doyenné de Lannion

 

Loguivy-Lès-Lannion

Perros-Guirec

Trevou-Treguignec


 

Doyenné de Saint-Samson

(quatre paroisses en Normandie)

 

Conteville

Marais Vernier

Saint Samson de la Roque

Saint Samson sur Risle

 

Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson. Ci-dessous, église de Perros-Guirec (cliché Wikipedia)

 

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Published by poudouvre
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commentaires

contes-et-merveilles.com 15/10/2016 18:23

François Duine (La métropole de Bretagne, p. 183) :
« Ce diocèse avait moins l'aspect d'une circonscription administrative que d'une fédération de petits territoires adjoints au pagus dolensis, ou disséminés dans la Domnonée, dans le Poutrecoët, et jusqu'en Neustrie. On dirait une puissante maison-mère enrichie de colonies. A ce caractère, nous reconnaissons une abbaye-évêché du type celtique »

poudouvre 15/10/2016 19:47

bonsoir
effectivement, à y regarder de plus près, et pour avoir abordé le sujet du pagus, les diocèses en épousaient les contours....Cependant, l'évêché de Dol semble s'être constitué avec des restes, car ces paroisses pour la plupart étaient bien pauvres.