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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 08:46

Dans la suppression de deux des quatre temporaux avant l'année 1424, nous avons vu un indice de l'affaiblissement de la vogue du tour de Bretagne. On peut croire que la décadence une fois commencée, se continua sans doute en progressant au XVe siècle; et, aux dernières années du siècle, les guerres de religion rendirent impossible cet acte de religion. Et cela s'explique trop bien. Les guerres du XIVe siècle n'avaient pas, nous l'avons vu, interrompu le pieux voyage, parce que les Anglais entrés en Bretagne étaient catholiques comme les Bretons. Mais, pendant les guerres de la Ligue, il en allait tout autrement. Les Anglais venus an secours de Henri IV, les lansquenets allemands, les soldats gascons enrôlés dans l'armée royale, étaient anglicans, luthériens, calvinistes. Ils voyaient des idolâtres dans les catholiques ligueurs ou non : « Ils pillent, disent les Etats royaux pourtant, profanent et foulent les Saints Sacrement aux pieds.» Supposez ces hommes dont l'indiscipline fait une troupe de brigands rencontrant des pèlerins en route ... La prudence recommandait aux pèlerins de ne pas tenter le voyage. Quand enfin la Bretagne retrouva la paix, le pèlerinage interrompu au temps de sa décadence ne reprit pas. Nous savons d'une manière certaine qu'il n'existait plus en 1622. Nous trouvons la preuve de ce fait dans deux mentions des rentiers du prieuré de Locamand, signalé plus haut. Ces mentions, datées de 1622 et 1650 sont relatives aux offrandes déposées à la fontaine de Locmaria-an-hent.

 

 

 

Chapelle Locmaria-Hent

 

Elles sont identiques ; mais au rentier de 1630, il a été fait une rature qui n'est pas sans intérêt. Voici l'extrait de ce dernier rentier : «  Droits seigneuriaux dus au prieuré selon qu'ils ont été extraits du rentier général... au mois d'août 1492 ».«  Item la neuvaine de tout ce qu'une personne déposera en allant le viage des Sept-Saints de Bretagne » (ces deux derniers mots rayés). Et en marge : « C'est une fontaine qui jadis était fort fréquentée de pèlerinage, laquelle est au fief de Logomand, située proche Treffédern. » Cette phrase démontre que, en 1622, les pèlerins ne visitaient plus la fontaine, en d'autres termes, que le pèlerinage avait cessé ; mais que le souvenir en restait encore en 1650. Mais la rature des deux mots de Bretagne nous fournit un autre renseignement. Quels sont l'auteur, la date, la cause de cette rature ? Voici, je pense, la réponse. Les mots les Sept-Saints de Bretaigne existent au rentier de 1622. Le copiste de 1650 a sous les yeux le rentier de 1492, il le copie exactement, puis il se ravise ; il se demande ce que veulent dire ces mots Sept-Saints de Bretaigne ; et ne trouvant pas la réponse, il efface les deux mots qui lui sont une énigme. Après lui d'autres ne seront pas mieux instruits ; et aujourd'hui nous pouvons voir dans la chapelle de Kermaria-an-hent un vieux tableau représentant sept saints, mais pas nos Sept-Saints bretons. Toutefois le souvenir des Sept-Saints de Bretagne, perdu à Locamand, restait vivant ailleurs. A la fin du XVIIe siècle, nous l'avons vu par le témoignage du P. Maunoir; et il faut rapprocher de ce témoignage celui du P. Champion que nous allons donner en entier, et une séquence imprimée au propre de Quimper, en 1702, que nous donnerons ensuite. En 1683, les Bollandistes trouvant dans les actes de saint Yves la mention des Sept-Saints de Bretagne et de leur pèlerinage, interrogèrent le savant P. Champion, jésuite breton résidant à Brest. Ils demandaient -on le voit par la réponse : -Quels sont les Sept-Saints de Bretagne ? Où étaient-ils honorés ? Que fut leur pèlerinage ? Saint Yves l'a-t-il accompli ? Les Sept-Saints ont-ils un jour de fête et quel jour de l'année ? Le P. Champion répondit en donnant les noms des Sept-Saints que nous connaissons, et il ajouta : «  La piété de nos pères a consacré çà et là en Bretagne plusieurs autels et quelques chapelles ; -au nombre de ces sanctuaires est la principale église de la ville de Brest aujourd'hui paroissiale, autrefois seulement chapelle ; -un pèlerinage célèbre et fréquenté surtout au temps de saint Yves se faisait aux sept cathédrales des villes dont ils (les Sept-Saints) furent évoques ; -en ces églises ou en quelqu'autre lieu, les Sept-Saints ont-ils une fête collective et a quel jour de l'année? C'est ce que je n'ai pu savoir. » Les Bollandistes se sont, à ce qu'il paraît, contentés de ces réponses si peu précises. A leur place nous aurions voulu en savoir plus long ; et combien il aurait été facile au P. Champion de les renseigner ! Que ne lui ont-ils adresse cette requête : « Ecrivez en chaque diocèse : chacun vous donnera la liste des autels des Sept-Saints et des chapelles qui leur sont consacrées : et chacun vous dira si dans ses limites il y a une fête des Sept-Saints et quel jour elle est célébrée. » Nous avons essayé de faire l'enquête que le P. champion a négligée. Mais deux cents ans après lui, c'est trop lard ! Jusqu'à ce moment le résultat de cette enquête est presque nul. Ainsi nous n'avons a vous signaler qu'un seul autel des Sept-Saints élevé dans une cathédrale: c'est celui de Quimper que nous connaissions déjà. Quant aux chapelles des Sept-Saints semées par la Bretagne, nous en signalerons seulement neuf -dont quatre sont aà l'état de souvenir : leurs ruines mêmes ont péri. Pour l'office spécial des Sept-Saints, leur fête a un jour de l'année, nous ne les trouvons nulle part, pas même à Quimper. Le propre de Quimper, imprimé après la mort du P. Champion, ne contient pas cet office. Si l'église de Quimper n'avait pas d'office propre, à plus forte raison les six autres églises qui n'avaient pas d'autel des Sept-Saints. Mais si la fête des Sept-Saints n'était pas célébrée dans les églises principales du pèlerinage qui n'avaient pas le vocable des Sept-Saints, ne l'était-elle pas en quelques chapelles portant ce vocable? On ne comprend guère en Bretagne une chapelle rurale sans pardon; et une chapelle des Sept-Saints n'avait-elle pas un jour consacré à la fête patronale et collective des Sept-Saints ? La question reste sans réponse. Mais nous avons la preuve que dans la cathédrale de Quimper les Sept-Saints qui y avaient un autel n'y avaient pas d'office propre. Nom sommes assurés du fait par le propre même du diocèse, imprimé en 1702, et dans lequel se trouve, à l'office de saint Corentin, la séquence a laquelle nous avons fait allusion. Elle commence ainsi :

 

Septem Sanctos veneremur

Et in illis admiremur

Septiformam gratiam :

Qui perversos converterunt,

Qui repleti repleverunt

Dogmate Britanniam...

llis praefulsit Corentinus,

Quem Paternus, Maclovius

Dùm hic locus visitatur

Admirantur nimium.


 

Vénérons les Sept-Saints

et admirons en eux

les sept dons de l'Esprit ;

ils ont converti les infidèles,

remplis de la science sacrée

ils en ont rempli la Bretagne...

A leur tête brille Corentin

que Patern et Malo

le visitant en ce lieu même

admirent sans réserve.

 

Pendant que l'église de Quimper chantait au dernier siècle saint Corentin et les six autres Saints de Bretagne, la cathédrale perdait l'ancien autel des Sept-Saints ; il a subsisté jusqu'aux sacrilèges dévastations de la fin du siècle. L'hymne ne se chante plus. L'autel a disparu ; seul le dais qui le couronnait en marque la place au pilier droit de l'entrée du choeur. Les Sept-Saints sont peints au retable de l'autel de Notre-Dame de la Victoire,dans la chapelle absidale. Souvenir qui ne remplace pas l'autel ! Si Je suis bien informé, c'est la seule image collective des Sept-Saints qui reste dans les sept églises, stations et buts du célèbre pèlerinage. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.

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Published by poudouvre
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