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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 12:08

VII. -Souvenirs actuels des Sept-Saints.


 

Mais me direz-vous pas: « Aux temps anciens, les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage lui-même si populaire, n'ont-ils pas eu une histoire écrite ? » Au milieu du XVe siècle il existait un légendaire des Sept-Saints ; c'est-à-dire un recueil où étaient réunies leurs vies. L'évêque Jean de Coëtquis, évêque de Tréguier de 1454 à 1464, en donna un exemplaire à son église ; et le Chapitre tenait ce cahier en telle estime que, en 1468. après la mort de l'évêque, il dépensa pour le faire relier la somme « de III sols VIII deniers, » le tiers d'une livre de 20 sols, environ 10 fr. 50 monnaie actuelle. Si ce recueil n'a pas été imprimé dans les années qui suivirent., ne nous étonnons pas trop qu'il ait disparu. C'est une chose surprenante que le souvenir des Sept-Saints, qui allait vivre en Cornouaille jusqu'à la Révolution, se soit, dans les dernières années du XVIIe siècle, presque subitement perdu dans les autres évêchés bretons, même dans le clergé. Les hésitations et les erreurs de Lobineau, qui imprimait son Histoire en 1707, sont une première preuve de ce fait singulier. Mais voici une autre preuve bien plus certaine encore. Nous la tirerons d'une brève notice sur chacune des chapelles existant aujourd'hui, au moins a l'état de souvenir, sous le vocable des Sept-Saints. Nous en avons retrouvé sept : une à Brest, trois dans le département actuel des Côtes-du-Nord, au Vieux-Marché. Yffiniac et Erquy, deux dans le Morbihan, à Kergrist-Neuliac et Erdeven, une dans la Loire-Inférieure.


 


 

I. -La chapelle des Sept-Saints à Brest était un ancien prieuré de l'abbaye de Saint-Mathieu, selon le P. Champion, seule de ce vocable en Bretagne, elle fut église paroissiale, elle avait ce titre dés le commencement du XVIIe siècle et elle le garda jusqu'à la fin du siècle. Au dernier siècle, la chapelle conservait le vocable ancien des Sept-Saints ; mais ces sept saints étaient les sept frères, fils de sainte Symphorose, martyrs arec leur mère, à Tibur, au IIe siècle.Au moins, un tableau sauvé de la chapelle et conservé à l'église Saint-Louis, représente-t-il le martyre de sainte Symphorose et de ses sept fils. d'autres, dans les Sept-Saints de Brest, voyaient les sept fils de sainte Félicité Romaine, martyrisés avec leur mère, à Rome. au IIe siècle. La preuve de cette confusion, faite au dernier siècle, se tire même du vocable des Sept-Saints : Les sept martyrs, fils de sainte Symphorose ou de sainte Félicité, ne figurent pas au martyrologe sous le nom des Sept-Saints, mais des sept frères martyrs. Et puis, comment expliquer que le vocable d'une chapelle dédiée à une mère et à ses fils omette le nom de la mère ? La vérité est que la chapelle était encore, en 1683, dédiée aux Sept-Saints de Bretagne ; que les noms de ces saints, rappelés par le P. Champion, étaient oubliés quelques années après lui ; et que, sans prendre la peine de s'en enquérir, on a cherché au martyrologe sept saints honorés ensemble, pour leur rendre un culte collectif sans changer le vocable de la chapelle. Nous allons voir le même fait se produire ailleurs.

 

 


 

II. -La chapelle des Sept-Saints, autrefois commune de Plouaret, aujourd'hui du V Elle offre cette particularité unique de couvrir un dolmen. M. de Courcy suppose, avec toute vraisemblance, que le culte des Sept-Saints a été substitué à quelque pratique païenne attachée au dolmen. Mais est-il dans le vrai quand, acceptant sans objection le sens donné actuellement au vocable, il reconnaît pour patrons les Sept Dormants d'Ephése ? Voici une objection. Le remplacement par une consécration chrétienne de quelque culte païen n'a pu se faire qu'aux temps qui ont suivi l'évangélisation des Ve et VIe siècles. Or, comment à cette époque, la chapelle aurait-elle été dédiée aux Sept-Dormants ? Si je suis bien informé, leur histoire n'a été révélée à l'Occident que par Jacques de Voragine. Celui-ci écrivait dans la seconde moitié du XIIIe siècle (il est mort en 1208). Sa Légende dorée, traduite en français seulement en 1470, n'a pu devenir populaire en France qu'à la fin du XVe siècle. Or, dès le temps ou Voragine écrivait, les Sept-Saints de Bretagne étaient en grand honneur, et leurs pèlerins passaient sur la voie qui borde la chapelle. Le vocable des Sept-Saints ne dut-il pas originairement s'entendre des Sept-Saints de Bretagne? Et n'est-ce pas seulement à la reconstruction de la chapelle, entre 1701 et 1711, que le titre des Sept-Saints fut transféré aux sept Dormants ? C'est alors aussi que naquit la légende d'après laquelle sept statues de pierre furent miraculeusement trouvées dans le dolmen. On sait le goût des habitants des campagnes bretonnes et leur naïve croyance au merveilleux. Or, ni la légende des saints de pierre, même rimée en un cantique breton de cinquante-quatre couplets en l'honneur de sept Dormants, ni leurs sept statuettes posées dans la chapelle n'ont convaincu les doyens de la paroisse ! Interrogez-les : ils vous diront que les Sept-Saints patrons de la chapelle sont les Sept-Saints bretons. Ces braves gens ont assurément reçu cette indication de vieillards qui pouvaient la tenir de contemporains de la chapelle remplacée en 1711 par la chapelle actuelle. Leur parole n'est-elle pas l'écho fidèle de l'antique tradition ? 

 

 

 

 

III. -La chapelle de Saint-Laurent, de Saint-Laurent des Sept-Saints, ou simplement des Sept-Saints aux confins de la commune d'Yfflniac, au bord de la voie romaine de Carhaix à Alet, touchant au fond de la baie de Saint-Brieuc. Presque entièrement reconstruite en I850, elle a remplacé une chapelle dont un linteau portait la date 1681, mais dont la fondation était bien antérieure. Elle était le but d'un pèlerinage très suivi. Le pardon se célébrait le premier dimanche d'octobre. La chapelle, vendue nationalement, tombait en ruines quand la fabrique l'a acquise en 1833. Près de la chapelle se voit une fontaine ancienne dite aussi des Sept-Saints, et contenant sept niches depuis longtemps vides. Dans la chapelle, au-dessus de l'autel, sont sept statuettes toutes modernes, mais auxquelles on n'a pas imposé les noms des Sept-Saints de Bretagne. II est même à remarquer qu'ici on ne s'est pas préoccupé,comme à Brest et au Vieux-Marche, de trouver sept saints qui, rapprochés dans la vie ou dans une mort glorieuse, pouvaient raisonnablement être unis dans un culte collectif. Voici les sept saints d'Yffiniac : Pabu, Meen, Armel, Cadoc, Laurent, Fiacre, Lubin; Tugdual, dit en ce pays Pabu, est le seul des Sept-Saints de Bretagne figuré dans la chapelle. Saint Brieuc, qui vécut à si peu de distance, n'y a pas trouvé place. Les quatre premiers saints bretons du VIe siècle ont pu se rencontrer sur terre ; et, bien que l'hagiographie ne leur attribue pas une action commune, on peut admettre à la rigueur qu'ils aient été rapprochés en tant que contemporains. Mais voici où la fantaisie s'est donné libre carrière. Le cinquième saint est Laurent, le célèbre diacre romain, martyr au IIIe siècle. Le sixième est Fiacre, moine irlandais du VIe siècle, patron des jardiniers, et sans doute introduit sur la liste par les nombreux maraîchers d'Yfflniac. Le septième, enfin, est Lubin, né à Poitiers, évêque de Chartres en 511, patron des hydropiques, parce qu'il en guérit un, des fabricants de chandelles, à cause d'un miracle arrivé lors de sa sépulture, et enfin, on ne sait trop pourquoi, des déchargeurs de vin à Rouen. On no voit pas qu'un de ces patronages ait pu déterminer la nationalisation de saint Lubin à Yffiniac. Aujourd'hui, saint Cado surtout est invoqué pour la guérison des coups et blessures. Les pèlerins, après avoir visité la chapelle, ne manquent pas de visiter la fontaine

 

 

 

 

 

 

La chapelle de Saint-Laurent des Sept-Saints à Hillion

 

 

 

IV. -Au bourg d'Erquy, l'ancienne Reginea, près de la voie conduisant de Reginea à Corseul, la chapelle nommée Notre-Dame des Sept-Saints. Cette chapelle a été rebâtie, il y a une trentaine d'années, en place d'une très ancienne chapelle entourée de sept croix, dont on voit encore les soubassements. Le souvenir des Sept-Saints bretons avait persisté à Erquy ; et leur culte y a été heureusement rétabli, il y a quelque trente ans. Un évêque de Saint-Brieuc, de pieuse et érudite mémoire. Mgr David, consacra la nouvelle chapelle et lui fit don d'un beau reliquaire, à sept arcades ogivales, contenant des reliques des Sept Saints de Bretagne. « Voilà donc un sanctuaire bien et dament consacré à nos chers Sept-Saints » Mais hélas ! c'est le seul.


 

 


 

V. -En la paroisse de Kergrist-Neuliac, à peu de distance de la voie de Carhaix à Rennes la chapelle dite de Saint-Mérec, abbé ou évêque, renferme les statuettes de nos Sept-Saints de Bretagoe en évêques et en costume du XVe siècle. -La chapelle porte encore le nom de chapelle des saints Mérec ou Mairet. On conte que les sept frère ?, nourris par une chèvre ou une biche dans un bois voisin devinrent évêques. Ajoutons que, à quelques centaines de mètres au Nord de la chapelle, dans une lande voisina de l'ancien manoir de Perchennic, près de la limite de Saint-Connec,il y a une fontaine en granit sous le vocable de saint Patern

 

 

 

 

 

VI. -En la paroisse d'Erdeven, sur la côte du Morbihan, se trouve un village dit des Sept-Saints, où était autrefois une chapelle, but, selon la tradition, d'un pèlerinage très suivi avant la Révolution. La chapelle, qui paraissait dater du XVe siècle, était tombée en ruine, et ses débris ont servi, il y a quarante ans, à l'agrandissement d'une chapelle au bourg. A cinquante mètres, il y a une fontaine dite des Sept-Saints, aujourd'hui ruinée, mais dans laquelle les pèlerins jettent souvent des pièces de monnaie. Du reste, de nos jours encore, le culte des Sept-Saints, non autrement désignés, est en honneur dans la paroisse, et chaque dimanche, à la grand'messe, il se fait une quête en l'honneur des Sept-Saints. Le pèlerinage existe encore; il se fait surtout les trois premiers samedis de mai. -Le pardon avait lieu le premier dimanche de mai.

 


 


 

VII. -A cette liste de chapelles des Sept-Saints, situées dans les limites de leurs anciens diocèses, il faut en ajouter une autre située dans le diocèse de Nantes. En la commune de Conquereuil (canton de Guémené-Penfao, arrondissement de Saint-Nazaire), prés du château de Pont-Veix, au bord même de l'ancienne voie romaine conduisant de Blain vers la Vilaine, il existe une chapelle placée sous le vocable de Saint-Anne, mais nommée autrefois chapelle des Sept-Saints, autrement (par corruption) de Lessaint (les Saints). On voyait autrefois dans la chapelle sept statuettes en bois, très anciennes, occupant sept niches distinctes, représentant sept saints avec leurs attributs ; mais les noms de ces saints étaient perdus, il y a prés d'un demi siècle. A cette époque, vers 1852, la chapelle fut reconstruite ; et avec le goût qui préside d'ordinaire à ces réfections, les sept niches furent supprimées. Il y a vingt ans les statuettes furent offertes à un brocanteur qui n'en voulut pas ; six d'entre elles furent remisées au grenier de la chapelle neuve ; la septième, moins vermoulue que les autres, fut placée dans le choeur de la chapelle ou elle figure encore sous le nom de saint Mêen. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage

 

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Published by poudouvre
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