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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 13:04

La légende doit avoir sa place dans cette étude. Le compte-rendu de l'enquête malheureusement insuffisante que nous avons pu faire serait incomplet si nous ne faisions pas connaître les légendes qui ont pris la place de l'histoire des Sept-Saints, et qui se répètent et sont encore acceptées de nos jours. Ces légendes se retrouvent en particulier à Erdeven, aux environs de Ploërmel, à Kergrist-Neuliac et environs, à Yffiniac. Leur énoncé n'est pas inutile. Quels que soient les ornements dont l'imagination les ait parées, elles ont, vous le verrez, un fonds commun ; et vous reconnaîtrez sans peine qu'il est vrai de dire :

 

Souvent un peu de vérité

Se mêle au plus grossier mensonge.

 

Voici ces quatre légendes :

 

Légende de Erdeven. -Une pauvre femme d'une seule couche avait eu sept fils. Résolue d'en garder un seul, elle chargea une servante d'aller noyer les six autres. La servante mit les six enfants dans un crible, et se hâta vers la rivière. A mi-chemin, pour se reposer, elle déposa le crible sur un bloc de granit et partit après. Aussitôt elle vit le crible s'enfonçant dans le granit ; épouvantée elle voulut se lever ; mais elle même était collée à la pierre. Eperdue, elle entendit une voix disant ; « Rapporte les enfants auprès de leur frère. » La femme, tout à l'heure attachée au rocher, se sent libre, prend le crible et marche.En route, elle trouve le père des enfants revenant de son ouvrage. Celui-ci mit les enfants en nourrice : tous les sept devinrent évêques Leurs noms, direz-vous ?... On ne les nomme pas. En preuve de ces dires,on vous montrera à cinquante mètres de l'emplacement de l'ancienne chapelle des Sept-Saints le bloc do granit sur laquelle fut posé le crible. Sur ce bloc, on remarque une dépression de quatre ou cinq centimètres de profondeur, à peu près circulaire. C'est l'empreinte du crible. A côté se voient des lignes irrégulières. Ce sont les marques laissées par les vêtements de la femme qui s'est assise là. Dans l'arrondissement de Vannes, au sud de l'Oust, nous trouvons une légende analogue. Ce n'est plus une pauvre femme qui met au monde sept enfants : c'est une reine d'Irlande. En l'absence du roi, elle ordonne de les noyer. Mais la femme qui portait le panier les renfermant rencontre le roi revenant d'une expédition lointaine. Le roi entend des plaintes sortant du panier, il l'ouvre : la femme avoue l'ordre qu'elle exécutait. Le roi lui pardonne à la condition qu'elle laisse croire à la reine que les enfants sont noyés. -Le roi les fait élever et, quand ils ont grandi, les présente à la reine qu'il condamne à mort. Mais les sept intercèdent pour leur mère et le roi pardonne. -Bientôt ils demandent à se retirer du monde. Le roi consent à contre coeur ; mais il en garde un. Les six autres passent la mer, débarquent en Bretagne où ils sont bientôt rejoints par leur frère ; et tous sept deviennent moines ou évêques. Les noms de ceux-ci sont connus : c'est Jacut, resté le dernier en Irlande, Maudez, Congar. Gravé, Perreux, Corgon et Dolay. Cinq d'entre eux. Jacut, Congar, Gravé, Perreux et Gorgon sont patrons de paroisses portant leurs noms, situées entre l'Oust et la Vilaine (arrondissement de Vannes). Dolay a sa paroisse dans le même arrondissement, mais sur la rive gauche de la Vilaine. Maudez a une chapelle avec une fontaine aujourd'hui comblée dans la commune de la Croix-Helléan, près de Josselin. Ci-dessous Saint-Maudez d'après vitrail de la Croix-Helléan.

 

 

 

 

D'après la légende, les sept enfants di la reine d'Irlande devaient être noyés dans cette fontaineVoici une troisième légende répandue dans la partie de l'ancien évêché de Cornouaille comprise aujourd'hui dans les Côtes-du-Nord et le Morbihan, notamment cantons de Mûr et Pontivy. Sept enfants, nés ensemble, comme ceux dont nous venons de parler, furent abandonnés, disons mieux, exposés par une mère dénaturée. La légende dit le lieu : ce sont les bois du Quélenec. appartenant à notre savant confrère, mon vieil ami Charles de Keranflec'h-Kernezne. Ces enfants furent nourris par une chèvre blanche, disent la plupart, une biche, disent quelques-uns. Mais tous sont d'accord sur le lieu où ils furent élevés. Dans le bois il y a un rocher do la Chèvre, une fontaine de la Chèvre et un canton des Sept-Fontaines… C'est là !… Les sept enfants grandirent et devinrent tous évêques. -Tous sont honorés sous un seul nom pris apparemment comme nom de famille, les saints Malret ou Mairec. En récompense de ses bons soins, la chèvre vit encore ; et elle s'associe à sa manière au culte rendu à ses nourrissons. Elle a même sa part moleste, il est vrai, mais bien méritée, dans les hommages populaires. Elle ne manque pas de venir chaque année, visiter la chapelle de Kergrist-Neuliac, la veille de la fête des saints. Aussi était-il d'usage de faire pour elle une litière de paille fraîche sous le porche de la chapelle. Depuis quelques années, cet usage a cessé. Mais la chèvre revient toujours. Notre confrère Keranflec'h, bien que voisin, ne l'a jamais vue; mais il pourrait nous montrer nombre de braves gens qui, plus heureux que lui. l'ont rencontrée sur les landes de Saint-Guen et de Saint-Connec courant vers la chapelle, la veille de la fête au soir. Enfin, à Yffiniac, on a pu recueillir, en 1851, la légende qui suit : «  Un seigneur, de retour d'une lointaine expédition, aurait, égare par la jalousie, martyrisé dans ce lieu (auprès de la chapelle ou de la fontaine des Sept-Saints) ses sept enfants, tous d'une ressemblance frappante et vêtus habituellement de la même manière. » Si la légende a été exactement reproduite, il faut reconnaître qu'au premier abord elle semble bien éloignée des autres. Ici ce n'est plus la mère, c'est le père qui résout la mort de ses enfants ; ceux-ci n'échappent pas à la mort, ne deviennent pas évêques. La légende a pourtant quelques points de contact avec les légendes qui précèdent; l'un d'eux nous est révélé par ce détail puéril : « Ils étaient habituellement vêtus de la même manière.  Qu'est-ce à dire ? Que tous les sept étaient du même âge ou jumeaux, comme ceux dont nous avons parlé. De plus, les sept enfants martyrs de la démence de leur père sont les sept saints honorés primitivement dans la chapelle : autrement quelle raison avait-on d'indiquer la chapelle comme le lieu de leur mort ? Ne faut-il pas entendre qu'ils furent noyés dans la fontaine, comme les sept autres dont nous avons parlé ? Voici maintenant des lieux qui ne gardent pas le nom des Sept-Saints, mais ou la légende semble garder d'eux un lointain souvenir.» Un auteur qui semble parler sérieusement écrit sans dire ou il a puise ce renseignement : « Sous le règne de Clovis, une petite colonie irlandaise, composée de sept frères et trois soeurs, vint chercher un asile sur le continent. Elle débarqua à l'embouchure de la Rance, croyons-nous...elle édifia tout le pays par ses bonnes semences… Les sept frères, c'est-à-dire les sept saints, se nommaient Gobrien, Helen, Petran, Germain, Veran, Abran et Tressaint.  Or, au pays de Dinan, on trouve les paroisses de Saint-Helen, de Tressaint, de Saint-Germain de la Mer, de Saint-Abraham au diocèse de Saint-Malo, et, dans le diocèse de Saint-Brieuc, les communes de Saint-Veran et de Trévérec, toutes les deux sous le patronage de saint Vran ou Veran. Nous pensons que cette famille a donné le nom de chacun de ses membres aux paroisses que nous venons de citer. » Toute cette géographie est assez inexacte, et de cette légende apparemment recueillie aux bords de la Rance, et transformée en un renseignement historique, nous ne pouvons retenir qu'un point : les sept saints frères venus d'Irlande et évangélisant cette partie de la Bretagne. Autre légende recueillie dans les mêmes parages. On raconte à Lancieux que huit frères passèrent de l'Angleterre en Bretagne pour prêcher l'évangile. On les nomme Cast, Jacut, Cieux, Briac, Lunaire, Enogat, Malo et Serran. Remarquez-le, ce sont les noms de huit paroisses voisines, sinon limitrophes. Les deux premières étaient du diocèse de Saint-Brieuc ; et des six autres situées au diocèse de Saint-Malo, quatre sont contigues; enfin au dernier siècle, Saint- Servan n'était que la paroisse rurale de Saint-Malo. Il semble permis d'admettre que Saint-Serran a été ajouté & la liste pour flatter l'amour-propre de la paroisse, peut-être pour ne pas ajouter un ferment de plus aux jalouses querelles des deux villes. Dans cette hypothèse, que je n'imagine pas, la légende primitive nommerait sept frères seulement venus d'Angleterre. Un seul d'entre eux fut évêque; mais il suffit que les autres soient représentés comme évangélisateurs du pays, pour que nous puissions retrouver dans la légende un souvenir des Sept-Saints de Bretagne. Enfin on conte ce qui suit à Saint-Cast: Sainte Blanche, que la légende fait originaire du lieu même, eut sept fils qui devinrent évêques et missionnaires du pays. -Ceux-ci, à la différence de la plupart des autres, ne viennent pas d'Angleterre ; mais leur nombre, leur qualité de frères, leur titre commun d'évêques n'autorisent-ils pas à rapprocher cette légende de celles qui précèdent ? La plupart de ces légendes ont un fond commun qui n'échappera à personne. N'est-il pas permis de retrouver dans ces fables comme un écho lointain de la vérité? Nos Sept-Saints étaient frères en ce sens qu'ils avaient la même origine ; ils furent délaissés ou condamnés par leur mère, en ce sens qu'ils durent quitter la patrie envahie,devenue pour eux inhospitalière; enfin, d'après une tradition acceptée historiquement pendant des siècles, tous les sept devinrent évêques. Voilà les légendes substituées aux histoires des Sept-Saints de Bretagne, qui furent les apôtres et « les vrais pères de la nation bretonne en Armorique. » N'est-il pas temps que l'histoire reprenne la place que l'ignorance et l'insouciance lui ont fait perdre ?... Mais ce n'est pas assez demander. Il y a plus et mieux à faire. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.  

 

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Published by poudouvre
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