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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 09:35

IX.-Conclusion.


 

Résumons-nous.De six chapelles dites jusqu'à ce jour les Sept-Saints, une seule est consacrée -et seulement depuis trente ans -aux Sept-Saints de Bretagne. D'où vient cet injuste oubli de nos Sept-Saints,et ces bizarres substitutions de saints étrangers à nos saints nationaux si chers à nos pères ? Une raison se présente tout d'abord à l'esprit. Le malheur a voulu que au lieu de dire, comme nos historiens, les Sept-Saints de Bretagne, l'usage dit par abréviation les Sept-Saints. Cette abréviation a effacé, si j'ose le dire, leur marque d'origine. Si on eût dit tes Sept-Saints de Bretagne, l'ignorance ou la fantaisie aurait pu faire erreur sur leurs vrais noms, substituer un saint breton à un autre ; mais personne n'aurait eu l'idée -qui eût été bien saugrenue -d'aller chercher sept frères étrangers réunis dans le martyre pour les assembler dans un culte commun en Bretagne comme saints bretons. Mais je n'ai parlé que des chapelles, des ruines de chapelles ou des souvenirs gardant encore le vocable des Sept-Saints ; or, d'autres chapelles originairement et jusqu'à la fin du XVIIe siècle consacrées aux Sept-Saints de Bretagne ont reçu depuis un autre vocable : un plus grand nombre vendues nationalement comme carrières ont été démolies ou tombées en ruines ont disparu. N'en resterait-il pas quelque trace ou quelque souvenir, surtout aux abords des vieilles voles romaines ? C'est une enquêta à faire. Mais est-ce tout que de rappeler le souvenir de nos Sept-Saints de Bretagne ? A Quimper, leurs images ont été rétablies, à Erquy, ils sont honorés d'un culte collectif. Ces exemples donnés par les diocèses de Quimper et de Saint-Brieuc ne seront-ils pas suivis ? Je ne puis me résigner à le croire ; et, sous forme de conclusion à ce trop long et pourtant insuffisant travail, je prends la liberté d'émettre quatre voeux. Le premier s'adresse à vous.Messieurs,et aux ecclésiastiques qui habitent les campagnes et dont plusieurs m'ont déjà fourni d'utiles renseignements. Le voici : Que l'on recherche les anciens rocades des vieilles chapelles situées surtout le long des anciennes voies romaines et spécialement le long des voies ayant été le chemin des Sept-Saints; -que, ce travail fait, il soit dressé une liste générale des chapelles, fontaines ou lieux nommés des Sept-Saints. Les trois autres voeux sont à soumettre à S. E. le Cardinal Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, et. à ce titre, successeur de saint Samson et sairt Malo, à Nos seigneurs les Evêques de Saint-Brieuc et Tréguier, Quimper et Saint-Pol, enfin Vannes. Mais je n'ai pas spécialité comme l'Association Bretonne pour soumettre ces voeux aux vénérables prélats : c'està vous, Messieurs, que je les soumets :


 

1° Qu'à l'exemple de la cathédrale de Quimper, les six églises stations principales du pèlerinage aient une memoria (comme on disait anciennement), sinon un autel des Sept-Saints de Bretagne.


 


 

2° Que les chapelles gardant encore le nom des Sept-Saints, et celles qui seront reconnues comme ayant eu ce vocable, reprennent le vocable des Sept-Saints de Bretagne, et aient une memoria des Sept-Saints.


 

3° Que, dans les églises ou chapelles dédiées à l'un des Sept-Saints, le souvenir des six autres soit associé à celui du patron, par une memoria quelconque, fût-ce une simple inscription portant les noms des Sept-Saints de Bretagne. Si vous approuvez ces voeux, je mettrai en toute confiance au pied de la requête aux vénérés successeurs des Sept-Saints de Bretagne la formule finale, quelquefois un peu hasardeuse, des requêtes auxquelles je répondais jadis : Et ce sera justice.


 

 

 

 


 

Post Scriptum


 

Depuis que ces pages sont écrites, une grande solennité religieuse a été célébrée à Saint-Pol-de-Léon, et des milliers de pèlerins bretons sont accourus au rendez-vous donné dans la vieille cathédrale. Rendant compte de ces fêtes, des journaux ont montré des pèlerins visitant dans la cathédrale le tombeau de Conan Mériadec, qui fut le fondateur et le premier roi de Bretagne. Cette nouvelle a éveillé l'attention ; et voilà un sarcophage du XIIe siècle, aujourd'hui bénitier, devenu une preuve nouvelle de l'existence et de la royauté de Conan huit siècles auparavant I.… Eh bien ! non : la fondation de la Bretagne ne fut pas l'oeuvre du fabuleux Conan, et elle n'a pas été au prix de ces tueries d'hommes auxquelles les peuples attachent la gloire. Chassés de l'Ile de Bretagne, les Bretons durent chercher une autre patrie, et ils abordèrent aux rivages de l'Armorique comme émigrés et suppliants. Aux Ve et VIe siècles, ils débarquent en petites troupes, conduits quelquefois par leurs princes, d'ordinaire par des prêtres et des moines. Parfois aussi, c'est un chef de monastère qui passe la mer avec ses moines, comme saint Brieuc débarquant avec plus de cent soixante frères. Qu'ils soient venus comme chefs d'une troupe d'exilés ou seuls, les moines se mettent à l'oeuvre. Ils s'emparent de la terre: elle est couverte de bois et inculte, ils la défrichent et l'ouvrent à la culture. Ils s'emparent de la population: elle est livrée pour la plus grande part à un grossier polythéisme : les moines prêchent l'Evangile qui fut alors et qui reste le plus puissant élément de civilisation, lis réunissent les exilés et les Armoricains en petites colonies qu'ils nomment ptov.Avec le temps les plou se multiplient, s'élargissent, se rapprochent, se groupent ; au milieu du VIe siècle, le travail de groupement est assez avancé pour qu'il se trouve en Armorique quatre petits Etats. Voilà notre Bretagne fondée ! Donc l'Armorique a été conquise par les prêtres et les moines, nos saints bretons ; et parmi ces conquérants pacifiques brillent les Sept-Saints de Bretagne. Or, des Sept, deux seulement ont été nommés à Saint-Pol, Paul Aurélien et Corentin, fondateurs des deux évêchés aujourd'hui réunis de Saint-Pol et de Quimper. Mais le mot les Sept-Saints de Bretagne n'a pas été prononcé ; et du culte collectif des Bretagne, pas un mot ! Un éloquent orateur,qui parle arec un égal talent les deux langues française et bretonne, s'est fait entendre en breton. Que nous eussions voulu qu'il rappelât ce grand acte de foi bretonne, le pèlerinage des Sept-Saints ; -qu'il montrât seigneurs et grandes dames et même un duc et un amiral de Bretagne suivant les vieilles routes avec le pauvre peuple : -qu'il dit aux pèlerins -ce qui est vrai : « Pas un de nous, vieux Bretons, dont les pères n'aient fait le Tro-Breiz. Ils ont prié sous ces voûtes ; mais le pavé de l'église, il a fallu le renouveler, les genoux de nos pères, pieux pèlerins des Sept-Saints, l'avaient usé. » D'un mot, l'orateur aurait ravivé la mémoire et le culte de nos Sept-Saints ! Nous faut-il expliquer pourquoi nous avons pris la liberté de signaler le silence gardé à Saint-Pol sur les Sept-Saints et leur pèlerinage ? Il ne s'agit pas d'une critique malséante ; mais nous faisons de ce silence un argument en faveur des requêtes exposées plus haut : il montre en quel oubli est tombé le culte collectif de nos Sept-Saints. Plus cet oubli de la Bretagne envers ses Sept-Saints est complet, plus il est injuste.historiquement et religieusement, et plus il appelle la réparation que nous sollicitons.

 

J. Trévédy. Ancien Président du Tribunal de Quimper, Vice-pr. Honoraire de la Soc Arch. du Finistère.

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Published by poudouvre
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