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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 15:06

 

Les vols et les attaques sur les grands chemins semblent assez fréquents. Ils se rencontrent presque exclusivement dans les campagnes accidentées et couvertes de bois, où la difficulté des communications entre les principaux centres d'agglomération favorise l'oeuvre des malfaiteurs, où d'ailleurs un état moins prospère de l'agriculture et du commerce, une moindre retenue des caractères chez les paysans, la misère, la paresse et l'intempérance chez les bas artisans aident au développement des impulsivités antisociales. Pourtant, parmi les individus qui se font détrousseurs, beaucoup ont des-professions avouées et licites, mais qu'ils exercent sur les foires et marchés, où naissent pour eux l'occasion et les moyens calculés des vols les plus profitables. Tous ne sont pas de piètre origine. De temps à autre, il apparaît sur les routes des pillards de bonne souche. Tel ce Pierre Ezou, notaire et sergent des juridictions de Cludon, Kermeno, etc., demeurant en la paroisse de Plougouver-la-Chapelle, -«.-accusé de plusieurs vols commis sur les grands chemins de Callac à Guerlesquin, de Callac à Rostrenen, de Guerlesquin à Guingamp et de Guerlesquin à Plougas. » Dans la seconde.moitié du XVIIe siècle, les souvenirs de la Fronde, et même de la Ligue, ne sont pas si bien effacés dans les maisons nobles, qu'il ne s'élève parfois des mécontentements, bientôt transformés en rébellions ouvertes, ou, sous le prétexte de revendications légitimes, en véritables actes de banditisme. Une dame de Coigneux reçoit en héritage authentique le manoir de Kerlot, pour y fonder une abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux. Le sieur de Pontlo qui occupe la place se refuse à la rendre ; les magistrats prononcent sur lui sentences sur sentences ; il faut requérir les troupes de Concarneau pouf l'expulser... à coups de canon. Mais l'audacieux seigneur, s'adjoignant une poignée de gens sans aveu, se met à ravager la campagne aux environs du manoir, visite à main armée les moulins, les fermes qui en dépendent, extorque aux paysans, par toutes sortes de mauvais traitements, leurs denrées et l'argent de leurs fermages. Malgré une ordonnance du Roi (1664), il continue ses déprédations, si bien qu'il oblige les religieuses à se réfugier à Quimper; il échappe par la mort au bannissement. En général, les guetteurs et batteurs de-chemins sont plus vulgaires, mais non moins. redoutables ; il n'est pas rare qu'ils aient parmi eux des femmes, jeunes le plus souvent, rivalisant avec les hommes d'effronterie et de cynisme, aussi de qualités... à poigne, très appréciées dans un pareil monde. Tarde, en sa Philosophie pénale, fait remarquer qu'autrefois les criminels s'associaient davantage que de nos jours.. « Le nombre des co-auteurs d'un même acte était très élevé, tandis que la récidive proprement dite semblait jouer un faible rôle dans la criminalité d'alors.A chaque famine, à chaque disette, des bandes, s'organisaient par groupes de 40 à 50 hommes parfois, pillaient et ravageaient tout, mais elles se dispersaient ensuite. » Les associations ont un caractère plus permanent, en Bretagne. Les bandes sont peu nombreuses, mais elles sont organisées pour l'exploitation régulière.des régions.ou des localités sur lesquelles elles s'installent. Il est malaisé d'apprécier le rôle de la récidive dans la criminalité antérieure aux statistiques. A notre avis, la récidivité devait être plus commune que ne le pense le distingué magistrat, car on découvre (surtout parmi les auteurs de vols sur les grands chemins), une habitude professionnelle, un choix dans le métier, qui suppose la réitération d'un même genre d'attentats ; elle ressort aussi de la multiplicité plus ou moins grande des condamnations prononcées contre les mêmes sujets pour cause de vagabondage,délit presque toujours compliqué de vol. En Bretagne d'ailleurs la mendicité et la vie errante trouvent comme un encouragement, tacite dans les moeurs rurales, car tendre la main n'est pas déshonorant, c'est un métier tout aussi Jouable et quelquefois plus lucratif qu'un autre.; Cette raison explique, chez un grand nombre d'individus, la conservation d'habitudes qui confinent de près au délit quand elles n'y conduisent pas, la facilité du recrutement des bandes dangereuses et de leur entretien indéfini. Les malfaiteurs ont partout une-sorte d'appui occulte, ou parla terreur qu'ils inspirent ou par une certaine sympathie bizarre qu'ils rencontrent auprès des pauvres paysans, sourdement hostiles à une situation trop dure à la plupart d'entre eux. Puis le Breton a un fonds d'indépendance qui le porte à se défier de l'autorité officielle ; quand il ne s'insurge pas contre elle, il ne lui déplaît pas de voir les autres s'en moquer et l'homme des campagnes, demeuré franchement de sa race, ne s'inquiète guère des attentats commis contre l'homme des villes et l'étranger à sa province, des francisés ou des Français, aussi longtemps qu'il ne souffre pas trop lui-même, des exigences des détrousseurs. Comme ceux-ci arrêtent surtout les marchands et les voyageurs, ils sont assez rarement dénoncés ou repoussés quand ils cherchent un refuge en quelque ferme. Si leurs affaires périclitent ils peuvent, avec de la décision et leur connaissance des lieux très loin à la ronde, échapper à la Maréchaussée ou aux agents des Hauts-justiciers, grâce à l'extrême découpure des territoires des juridictions; ils passent de l'un sur un autre, où, dans le cas d'une suprême mésaventure, ils réussissent maintes fois à se présenter devant les juges, sous les apparences de criminels surpris en première faute. La récidivité est peut être assez rare de fait (relativement), sans l'être de tendance dans le caractère criminel. Seulement elle n'a pas comme de nos jours les occasions de se traduire aussi nette chez les délinquants nés, d'instinctou d'habitude,étantarrêtée dans son germe ou à ses débuts... par la suppression de son générateur. Les crimes où elle se dessine le mieux, où, par la fréquence de la répétition.chez les sujets, que la justice ne condamne pas à la mort, elle laisse entrevoir ce qu'eût été son rôle chez les sujets que les cours prévôtales font exécuter, s'ils avaient eu l'existence plus longue, sont les attentats sur les grands chemins. Il est à remarquer que les bandes sont ordinairement composées par des individus de même nom, et de parenté plus ou moins étroite ou de même lieu et de relations nécessaires : l'idée de l'attentat s'élabore dans un groupe, s'extériorise par le fait au rayonnement de l'exemple et à l'élargissement des contacts. Il n'y a rien de surprenant à ce qu'on trouve la femme à côté du mari, dans, un milieu grossier, où les deux sexes ont toujours mené la même existence précaire ou pénible, les soeurs à côté des frères, les enfants à côté des parents. Néanmoins l'enfance et l'adolescence semblent fournir un médiocre contingent au délit, soit, que les jeunes sujets abandonnés ou de famille très misérable reçoivent de bonne heure une protection, dans les maisons charitables, soit qu'ils rencontrent dès leur plus bas âge le secours moral et matériel chez les parrains ou marraines, gens riches ou possesseurs du fief:dont les parents sont domaniers. En Bretagne, en effet, le maître accepte volontiers pareil rôle vis-à-vis des plus humbles familles et le prend très au sérieux; si la fameuse Marion tourna si vilainement, ce ne fut pas la faute de sa marraine, la dame de Stanghingan. C'est à titre exceptionnel que nous relevons dans l'Inventaire quelques procédures où sont impliqués de très jeunes vagabonds plus ou moins. « véhémentement soupçonnés de vol : une instruite contre une bande de quatre garnements qui ont commis plusieurs vols d'effets et d'argent, (les deux plus âgés, de 19 et 15 ans, sont condamnés aux galères; les deux plus jeunes, d'environ 14 ans, au, fouet, et une autre contre un nommé Guillaume Pariou (16 ans), faiseur de filets de pêche, né sur la paroisse de Poulan, accusé « d'avoir, le dimanche 4 mars 1731, entré par la fenestre chez le nommé Vincent Philipot, au village de Penanroz (paroisse de:Ploudiry) et d'y avoir forcé la serrure d'une armoire et vole la somme de 45 livres, et une bourse de cuir dans laquelle il y avait 25 à 30 sols, d'avoir le premier du mesme mois entré aussi par la fenestre dans la demeure de Guillaume Jusseau du village de Keryven, paroisse de Plounéventer, et d'y avoir enlevé et volé une pièce de berlinge et d'avoir, le 3 du-mesme mois, volé une paire de bas de soie chez Vincent Pammant de la ville de Landerneau », et de quelques autres vols. Il est condamné à être pendu et étranglé après avoir subi la question, ordinaire et extraordinaire, pour avoir révélation de ses complices et receleurs.

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Published by poudouvre
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