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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 13:43


 

Catherine Legoff .


 

-Le 12 février 1753, une vieille femme est recueillie sanglante dans un village situé, sur le grand chemin de Carhaix à Châteauneuf.On apprend « qu'elle est de condition », qu'elle a été attaquée, blessée et volée par une jeune fille domestique. Sur l'avis qui lui est aussitôt envoyé par le prêtre de l'endroit, le sieur de Muzillac, châtelain de Pratulo, commence une enquête immédiate : La coupable est arrêtée dans une auberge, et remise à la maréchaussée, car le cas; est prévôtal. C'est une jeune fille, Catherine Legoff, que. l'interrogatoire fera tout à l'heure connaître, et sa victime est la douairière de Porsmoguer, la dame Marie Magdeleine de Kerléon, qui malgré son grand âge, avec la simplicité et la verdeur qu'il n'était pas très rare de rencontrer alors chez les gens de noblesse rurale, revenait de. Rennes, seule, à pied, son maigre bagage à la main, dans un sac d'étoffe. Les interrogatoires ont lieu par-devant François Regnoult, sieur Demarest, lieutenant général de la maréchaussée à la résidence de Quimper. L'accusée « jeune fille de moyenne stature, visage plein et rond, grand nez. bien fait, grosses lèvres, yeux gris, sourcils et cheveux bruns, de forte corpulance, portant coeffes plates, de Quintin, vêtue d'un Justin noir, jupe bleue, tablier de..., bas de laine bruns et des sabots aux pieds » est originaire de la paroisse de Plouguernevez (évêché de Quimper), et âgée de 19 ans ; avant sa détention elle était servante à Carhaix, chez la veuve Du Clerc. « Répond en langue françoise avoir été arrêtée près du pont de Pratulo, dans un cabaret, par un monsieur qu'elle ne connoît pas, pour avoir été en dispute avec une vieille femme qui venoit de Rennes et que l'interrogée ne connoît pas, qui lui avoit parlé au Moulin-du-Roy près de Carhaix, où l'interrogée buvoit du cidre et où cette femme lui proposa de faire route ensemble jusques à Châteauneuf, ce que l'interrogée accepta. » L'excellente personne ayant vu sa compagne tomber dans un fossé sur le rebord duquel il y avait « un chicot de bois » et remarqué qu'elle s'était blessée, lui donna la main pour la relever, puis, comme, elle avait fait une nouvelle chute, cette fois sur un tas de pierres, où elle s'était encore blessée, la trouvant très faible, elle lui avait pris son. paquet afin de «l'alléger ». Mais la vieille s'était mise en colère, l'avait menacée de la corde ; alors à son tour, elle s'était fâchée, avait envoyé par terre l'injuriante « d'un coup de main sur le dos et d'un coup de sabot sur la tête ». puis l'avait abandonnée ; mais elle avait emporté la sacoche jusqu'à l'auberge où elle était venue, dans la crainte qu'on ne l'enlevât et qu'on ne l'accusât elle-même d'un vol. Elle n'a jamais été auparavant poursuivie en justice ; le juge cependant affirme le contraire, elle aurait déjà été recherchée pour vagabondage et vol. La dame de Kerléon, veuve de messire René de Porsmoguer, chef de nom et d'armes, demeurant ordinairement au manoir de Kernaton à Saint-Renan, et âgée d'environ 72 ans, dépose ainsi : « Douzième du présent mois, faisant route sur le grand chemin de Carhaix à Châteauneuf, elle rencontra vers midi du même jour sur la porte du cabaret du Moulin-du-Roy, une fille vêtue d'un Justin noir, jupe bleue et tablier de... portant sabots à ses pieds, laquelle demanda à la déposante où elle alloit ; qu'elle lui répondit qu'elle alloit au bourg de Cledenpoher, à quoi ladite fille répondit qu'elle y aloit aussi et la suivit ; qu'aïant avancée en route ensemble, ladite fille devança la déposante de quelques pas et sur ce qu'elle regardoit de tems en tems derrière elle, la déposante lui demanda ce qu'elle regardoit, à quoi ladite fille répondit qu'elle attendoit un nommé Thomas, cavalier, avec lequel elle devoit être mariée à Châteauneuf ; qu'en causant ainsi elle fit passer la déposante par un champ en friche et estant arrivée au lieu d'un fossé sur lequel il y avoit des bouts de bois plantés exprès pour servir de barrière, ladite fille qui avoit passé devant la déposante, lui donna la main pour passer ; mais étant tombée sur ces bouts de bois par la violence dont ladite fille l'avoit. tirée, la déposante se sentit blessée par un de ces bouts de bois au bas-ventre ; que malgré les cris.qu'elle faisoit, ladite fille ne cessa de la tirer et de l'arracher dessus ces bouts de bois ; qu'étant enfin tirée, elle s'aperçut-qu'elle perdoit beaucoup de sang, elle dit à cette fille qu'elle l'avoit tuée, à quoy elle lui répondit qu'elle ne l'avoit pas fait exprès et que si elle vouloit lui donner son paquet à porter, elle l'en débarrasseroit d'autant, et qu'à la première maison elle la panseroit de sa blessure ; la déposante lui donna son paquet à porter, qui consistoit en deux poches de toile qui contenoient deux chemises, deux paires de souliers, une paire de bas bruns de laine drapée, quatre coeffes, deux couteaux, dont un à guène (gaîne) et l'autre forme anglaise, plusieurs papiers concernant un retrait de terre et un acte de partage et autres papiers ; qu'en continuant ainsi de faire route, étant à la distance de deux cens pas de l'endroit où la déposante avait été blessée, cette fille lui proposa d'entrer dans un champ, pour éviter, disait-elle, le mauvais chemin; qu'y étant avancée de quelques pas, la ditte fille dit à la déposante: Vous n'irez pas plus loin, voici où vous mourrez,j'aurai votre vie, votre argent et vos hardes, combien avez-vous d'argent ? -à quoi la déposante lui dit de prendre son argent et ses hardes et de lui laisser la vie, qu'à cette réponse la ditte fille se jeta sur la déposante, lui prit sa cape, son tablier et lui arracha ses poches, dans lesquelles il y avait environ quatre francs ou cent sols en menues monnaies, un cachet de métal et un chapelet ; que la déposante tomba des coups de main que ladite fille lui donna au visage, et que, lorsqu'elle fut renversée, ladite fille lui donna plusieurs coups de pied sur l'estomac et à la tête avec ; ses sabots, qu'elle lui mit même les doigts dans la bouche pour lui arracher la langue, lui tourna la tête de côté et d'autres, pour couteau dont elle la menaça, mais qu'aïant sur ces entrefaites entendu du monde, elle le ramassa, ainsi que toutes les hardes de la déposante dont elle se saisit et les emporta en lui disant : si tu me suis, je t'achèveray. La déposante voïant que ladite s'était retirée, se releva le mieux qu'elle put, gagna le village de la Haye-Provost, où s'étant présentée à une maison, on refusa de la recevoir et le nommé Jean Conan du même lieu la vint conduire chez Pierre Louarn, où elle est depuis alitée de ses blessures, D'où elle a fait prier M. de Muzillac de faire rechercher la fille, qui l'avoit attaquée et volée. »

 

 

Saint-Renan

 

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Published by poudouvre
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