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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 13:05

La fille Legoff a été décrétée de prise de corps, et la compétence prévôtale ayant été déclarée le 2 mars, son jugement est imminent. Elle ne l'attendra pas. -Le 5 mars, vers les 7 heures du soir, messire Hervé Gabriel de Silgu, sénéchal et premier magistrat .de Cornouaille au siège présidial, était chez lui, s'entretenant avec le sieur Huchet d'Angeville, avocat du roi au même siège et procureur du roi à la maréchaussée, quand on vint le prévenir d'un tumulte aux prisons et dans l'étroite : et sombre rue (rue Obscure) où elles étaient situées. Les deux magistrats requièrent à la hâte un sous brigadier et un cavalier de la maréchaussée et se dirigent avec eux du côté où on leur a signalé le tapage. Ils trouvent en effet un rassemblement de personnes, -qui leur disent que depuis 6 heures, on n'entend que cris et bruits dans la maison. Ils frappent à la porte et après quelque attente, ils voient paraître à la fenêtre delà cuisine la femme du geôlier, toute échevelée et animée de colère, trop hors d'elle-même pour parler. Sur sommations répétées, le geôlier se décide à ouvrir la porte, et les magistrats accompagnés des hommes de la maréchaussée,.de l'individu qui est venu les prévenir (le facteur de la messagère) et par un clerc tonsuré qui s'est rencontré là, se trouvent en face d'un couple en état singulier ! « Allés, messieurs, leur crie la geôlière, leur indiquant son mari, vous allés voir sa fille, sa gueuse; il l'a mise dans la cour, entrez, vous l'y rencontrerez» « à quoy le geôlier a répliqué: Messieurs ne l'écoutez pas, elle est soûle, je l'ai corrigée, elle m'a dépensé beaucoup aujourd'huy et je la corrigerai, elle m'a soté à la fasse et aux cheveux. Sur quoy la femme répliquât : Comment, misérable, vous verres. » Tout s'éclaircit bientôt. Il y a dans la chambre civile, sept prisonnières dont les dépositions vont aider la vérité à se dégager. Le renfermement n'est pas bien sévère, les femmes ont voulu boire du cidre, et la fille. Legoff, malgré qu'elle soit placée dans un cachot à part, avec une autre détenue, s'est offerte pour en aller demander au geôlier. Celui-ci probablement l'a suivie jusqu'à la chambre, et se laissant aller à des galanteries que la bonne peste n'avait garde d'écarter, il l'aurait embrassée. La femme défiante et jalouse, avait justement l'oeil à la serrure : brusquement elle se présente, administre un soufflet à la fille, prend aux cheveux son mari, et le tapage commence. Pendant ce temps, la fille Legoff sortait, remarquait d'un coup d'oeil un coin de bâtiment ruiné, d'où il était assez facile de grimper sur un toit, pour de là se laisser choir dans un jardin voisin, proche d'une route, et elle prenait son élan vers la liberté, Ce fut en vain qu'on la rechercha, on ne la rattrapa pas. Cette jeune-personnes bien douée arrêta-t-elle là ses prouesses? Nous l'ignorons. Peut-être la retrouvera-t-on plus tard en quelque dossier encore non dépouillé. Mais l'aventure de son évasion n'est pas sans être instructive sur les moeurs des prisons du siècle dernier. Il ne semble pas que le geôlier ait été remplacé ou puni pour sa négligence. La procédure ne continua pas moins contre l'évadée, et sur les conclusions du procureur du roi à la maréchaussée, sentence définitive fut rendue le 8 juin 1753.

 

 

Ancienne prison de Quimper

 

« De par le Roy, Messire Guy Alexandre Piquet, chevalier, seigneur de Melesse, -prévôt général commandant la maréchaussée de la Bretagne. Entre le.procureur du Roy de la maréchaussée de Bretagne, au département de Quimper, de son office demandeur et accusateur, et Catherine Legoff, deffenderesse et accusée de vol et attaque sur le grand chemin. Vu par nous, escuyer François Begnoult, sieur Desmarets, lieutenant général de la maréchaussée de Bretagne au département de Quimper, et les gens tenans le siège présidial, ordonné et établi par le Roy notre sire à Quimper, air procès criminel instruit et poursuivi à la requête du procureur du Roy de la maréchaussée, de son office demandeur et accusateur contre ladite Catherine Legoff, deffenderesse et accusée, -lettre missive du 13 février 1753, adressée de la part du sieur de Muzillac à Recourt, brigadier de Carhaix, -autre lettre missive écrite par le sieur Lenevez, prêtre, à la dame de Muzillac, dudit jour 13 »


 

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Published by poudouvre
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