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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 14:16

Le type équestre, différent de celui du franc, se retrouve sur des florins et ducats italiens de la fin du XIVe siècle et du début du XVe siècle : à Milan sous les Visconti, en Savoie ... Le florin au chevalier de Gueldre se présente de manière légèrement différente. Pourtant cette monnaie bretonne n'a ni l'origine française qu'on lui a donnée, ni l'origine italienne que l'on pourrait lui attribuer : c'est en Bretagne qu'il faut rechercher le véritable prototype de cette pièce, mais en dehors du monde de la numismatique, dans celui de la sigillographie : c'est certainement le sceau équestre du duc Jean IV qui a servi de modèle au créateur du type ; les sceaux équestres de Jean V donnent une représentation du duc à cheval légèrement différente L'étude des poids d'exemplaire nous montre que c'est à un système proche de celui du florin qu'est rattachée cette espèce : ces poids s'étalent entre 2,67 g et 3,13 g; mis à part trois exemplaires, deux légers à 2,67 g et 2,76 majorité d'entre elles entre 2,92 g et 3,02 g. Le poids moyen, calculé sur trente-trois exemplaires, ressort à 2,94 g. Tout cela rend probable une taille de 80 pièces au marc de 244,75 g. Nous sommes loin du florin de Florence dont le poids varie autour de 3,50 g, mais un grand nombre de florins de la fin du XIVe siècle et plus encore du début du XVe siècle sont de poids sensiblement plus faible. D'ailleurs, ce nom de florin était donné à tant de monnaies de poids et de valeurs tellement divers qu'il faut le comprendre comme le mot denier dans le sens très général de monnaie; il se distingue de ce dernier par le fait qu'il est réservé à une monnaie d'or. Une autre constatation peut être faite au simple vu de la courbe de répartition des poids d'exemplaire :


 


 

2,66 à 2,70 g X 1

2,71 à 2,75 g 0

2,76 à 2,80 g X 1

2,81 à 2,85 g 0

2,86 à 2,90 g XXX 3

2,91 à 2,95 g XXXXXXXXXXX 11

2,96 à 3,00 g XXXXXXXXXXXX 12

3,01 à 3,05 g XXXX 4

3,06 à 3,10 g 0

3,11 à 3,13 g X 1


 


 

Nous avons affaire à une courbe de répartition typique d'une série parfaitement homogène du point de vue pondéral ; nous pouvons donc en conclure que la taille au marc de cette espèce n'a jamais été modifiée au cours de son existence, et que si cette monnaie a connu plusieurs émissions, ce ne peut être que sur le titre qu'ont porté les affaiblissements. Nous n'avons aucune analyse de ces pièces et nous sommes obligés de nous fier aux données anciennes : les textes du XVIe siècle nous donnent un titre de 22 1/2 carats (937 millièmes); un manuscrit de la seconde moitié du XVe siècle nous donne les empirances 2 s. 1 d. et 6 d., soit les titres 21 1/2 carats (895 millièmes) et 23 4/10 carats (983 millièmes); un livre d'empirance de la première moitié du XVe siècle nous donne 2 s. 3 d. et 17 d. d'empirance, soit 21 3/10 carats (887 millièmes) et 22 3/10 carats (929 millièmes). Gardons-nous bien de considérer ces chiffres comme exprimant le titre réel de ces monnaies : l'empirance n'est qu'une évaluation commerciale, faite par les changeurs d'après leur expérience personnelle, et donc très variable. Une chose est sûre cependant : il y a eu au moins deux émissions dont la seconde, affaiblie en titre, a reçu un signe distinctif que nous précise le manuscrit que nous avons cité en dernier lieu : Ni Bigot, ni Poey d'Avant ne connaissaient ce texte, publié par Saulcy et que Caron fut le premier à commenter. Il n'avait d'ailleurs rencontré aucune monnaie répondant précisément à cette description. Deux trésors récents nous ont révélé des florins de Nantes et de Vannes présentant cette particularité de l'О pointé. Une deuxième certitude est que cette espèce a été frappée dans trois ateliers bretons : les pièces issues de Nantes (lettre d'atelier N) et de Vannes (lettre d'atelier V) étaient connues depuis longtemps ; une monnaie de Vannes est au Cabinet des Médailles depuis le XVIIe siècle. Récemment les deux trésors déjà cités ont révélé des florins portant la lettre d'atelier R, qui furent frappés à Rennes. Mais auquel des ducs Jean devons-nous attribuer ces monnaies : Jean IV (1345-1365-1399) ou Jean V (1399-1442) ? Devons-nous les partager entre ces deux princes ou les attribuer à un seul d'entre eux ? Bigot les partage entre Jean IV et Jean V d'après leur style : « les monnaies de Jean V se distinguent facilement de celles de son père par leur exécution plus soignée. On les reconnaît au premier coup d'oeil. On remarquera que le nom du prince est écrit sur les dernières par un seul N et qu'elles ne portent que ADIVTORIV et GBA au lieu de GRACIA et ADIVTOBIVM. » Cette attribution n'a jamais été remise en question, bien qu'elle ne soit pas toujours suivie par les experts et marchands. Bigot fait reposer son argument stylistique sur la connaissance de six pièces. Il en attribue quatre, toutes de Nantes, à Jean IV, et deux, une de Nantes et une de Vannes à Jean V. C'est bien peu nous semble-t-il pour pouvoir juger d'une évolution réelle du style. L'attribution des monnaies d'exécution plus soignée au prince le plus récent est un raisonnement qui a déjà été utilisé pour justifier l'attribution à Charles VI de certains francs à pied. Il a été réfuté depuis : les exemplaires de facture plus soignée conviennent mieux au créateur du type qu'à son continuateur. Par ailleurs l'abréviation de la légende n'est sans doute pas étrangère à l'impression favorable que peuvent laisser les florins à légende courte : la composition est plus facile à lire et donc d'autant plus agréable à notre oeil. Les légendes de droit et de revers se présentent en effet sous leur forme complète et sous différentes formes abrégées :

Droit : 1 IOHANNES DEI GRACIA BRITONV DVX

2 IOHANES DEI GRA BRITONV DVX

Revers : 1 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTENDE

2 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTEDE

3 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTENDE

4 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTEDE

5 DEVS IN ADIVTORIV ME INTENDE


 

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Published by poudouvre
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