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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 13:49

 

 

On hésite à y reconnaître notre pièce tant elle présente d'anomalies : il y a des fautes d'orthographe : BRETONV pour BRITONV, IN AIVTORIV pour IN ADIVTORIV; les légendes longues et abrégées semblent s'être contaminées entre elles : on a en effet IOHANNES avec deux N et GRA, et au revers IN AIVTORIV et MEVM, au lieu des couples habituels IOHAN NES/GRACIA ou IOHANES/GRA, et IN ADIVTORIVM/MEVM ou IN ADIVTORIV/ME(V). Mais surtout le type est différent : le chevalier galope à gauche, brandit son épée de la main gauche et n'a pas de bouclier; il est revêtu d'une tunique à ses armes, portée au-dessus de son armure. S'agit-il d'un mauvais dessin, ou d'une pièce encore inconnue en nature ? Disons simplement pour l'instant que c'est de toute façon un florin de Bretagne, comme le prouve le poids donné : 2 deniers 6 grains, soit 2,87 g. Mais la liste des monnaies bretonnes ayant cours le 17 septembre 1374 ne s'arrête pas au « breton d'or » : suivent les figures de quatorze pièces d'argent ou de billon, parmi lesquelles un blanc imité de la florette de Charles VI, un double tournois imité de celui de Charles VII, monnaies dont les prototypes furent émis en 1417 et 1436 et qui ne pouvaient en aucun cas exister en 1374. Il y a eu rapprochement abusif du texte cité et des monnaies décrites. C'est sans doute à Philippe de Lautier, général des monnaies de François Ier, qu'il est imputable : les textes cités sont des copies de son manuscrit autographe de 1559, dont les figures furent éditées ensuite par J. B. Haultin, en 1619. Ce ne sont donc pas là des documents originaux, mais en quelque sorte le premier traité de numismatique française connu, qui n'est pas sans mérite, malgré quelques erreurs grossières, comme celle-ci. Les Bénédictins nous ont fait connaître le texte d'une enquête sur les droits royaux et anciens usages du pays de Bretagne, de 1455, où l'on trouve le témoignage suivant : « Jehan Orege demeurant en la ville de Dinan, âgé de 88 ans ou environ ... dit qu'il lui semble que le duc Jehan ayeul du Duc de présent fit faire monnoie ďor petite comme moutonnets ...» Il s'agit bien ici du duc de Bretagne Jean IV, grand-père de Pierre II qui régnait en 1455. Le vieux Dinannais n'est pas très précis dans sa description : sa référence à l'agnel pourrait faire croire qu'il parle de la monnaie qui nous intéresse ; mais le fait qu'il ne soit guère sûr de ce qu'il avance : « il lui semble » et que la suite de sa déposition est beaucoup plus affirmative nous amène à douter de la valeur de sa première assertion, seul témoignage qui permettrait de justifier l'attribution de monnaies d'or à Jean IV. En effet Jean Orege poursuit : « ... et sçait bien que le Duc Jehan, père du Duc de présent, en fit faire que l'on appeloit flourins de Bretagne. » Sa déposition est confirmée dans la même enquête par Maistre Hilaire Gillart, de 66 ans ou environ, qui « sçait bien que passé à trente ans, il vit des florins ďor, qui avoient esté forgés en Bretagne, et en porta ce tesmoin à Rorne dès celui temps. » Ce sont là deux témoignages très affirmatifs : l'emploi de la tournure « sçait bien » le montre assez, et concordants sur le nom de la monnaie : florin et sur le règne : celui de Jean V. Nous ne connaissons que deux mentions contemporaines de cette monnaie, en dehors des livres d'empirance. Dom Lobineau nous énumère les monnaies employées dans le compte de Jehan Mauléon, Trésorier de l'épargne et Receveur-général des profits des monnaies, depuis son dernier compte en juin 1414, jusqu'au 23 mars 1421 : « Nobles. Veils moutons. Florins de Bretaigne. Loyaux de Bretaigne. Morisques. Moutonnez. Heaumez. Doubles florins de Bretaigne ...» (suivent des noms de monnaies d'argent). Ces monnaies d'or sont pour la plupart faciles à identifier : il s'agit du noble anglais et de ses imitations, du mouton d'or de Jean le Bon, bien sûr du florin de Bretagne que nous étudions ici, du royal d'or de Charles de Blois, du dinar, de l'agnel et de l'écu ou demi-écu heaume de Charles VI ; nous reviendrons ci-après sur la monnaie mystérieuse qui se cache sous l'appellation « Double-florin de Bretagne ». La seconde mention contemporaine se trouve dans les chroniques de Perceval de Cagny. Ce personnage, qui passa toute son existence au service des ducs d'Alençon Pierre, Jean I et Jean II, non loin de la Bretagne, dicta ses précieuses chroniques entre 1436 et 1438, alors que Jean V régnait encore sur le duché de Bretagne. On y lit à propos de ce dernier : « Et après ce entreprint et fist faire monnoye d'or. Son père ne la fist oncques plus forte que blance, et leurs prédécesseurs n'avoient fait que monnoye noire. » II y a là une affirmation nette, sans équivoque, émanant d'un personnage digne de foi, chroniqueur attentif et contemporain des faits évoqués, qui infirme totalement la timide première assertion de Jean Orege. Le témoignage de Perceval de Cagny est corroboré par quelques documents qui prouvent que Jean IV n'a effectivement pas frappé l'or. Il s'agit tout d'abord de cette lettre du 1er février 138539 par laquelle Jean IV renonce à recouvrer en or certaines sommes, parce qu'on lui a fait remarquer qu'il ne frappait pas de monnaie d'or : « Et combien que puis naguères par nos autres lettres nous eussions conssanti que durant noslre plesir les procuracions, que ont acoustumé à estre levées en noslre duché par monnoie, le feussent par or, considéré la grafve complainte qui sur ce nous a esté faicle pour ce que à présent nous ne feismes monnoie d'or et qu'il ne puel bonnement estre trouvé ne recouvré en nostre pais, vous mandons que nonobstant nosd. lettres d'autrefois lesquelles nous rappelons et anullons en ce cas, vous deffendez et faictes deffendre que nuls ne aucuns ne contraignent a icelle levée ne paiement leur estre fait des dites procuracions fors en nostred. monnoie et pour le pris et cours qu'elle est ordenée. »

 

 

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Published by poudouvre
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