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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 13:19

 

 

Grains.
 

-Par les motifs que nous avons déduits plus haut, la confusion touche ici de bien près à l'anarchie. Toutefois, au milieu de ce pêle-mêle qui semble inextricable au premier coup-d'oeil, il est possible de distinguer des groupes principaux, auxquels se rattachent plus ou moins les variétés. Ainsi le Goëllo offre un type primordial, d'où sont sortis Plouha, Paimpol, Pontrieux, etc. Il en est de même du Porhoët, d'où sont sorties les mesures de Rohan, Pontivy, Caignard et autres. Si nos souvenirs sont exacts, nous ne voyons qu'une mesure de grain qu'on ait cherché à généraliser dans toute la Bretagne : c'est le picotin d'avoine. Le duc Jean V, dans sa dernière constitution disait : « Au regard des picotins d'avoine, pour faire livrée aux chevaulx, voulons et ordonnons que l'on use d'une même mesure pareille et égalle pour tout notre pays et duché, lesquels picotins soient ordonnez par notre sénéchal de Rennes pour servir en tout notre pays. » Il n'admettait d'exception que pour le comté de Nantes : le sénéchal de cette ville en devait fixer l'étalon. Les mesures particulières que nous rencontrerons le plus fréquemment sont le tonneau, tonellum ; la mine, mina ; le quartier, caria, cartaing, cartengium, quartagia, quartagium ; le setier, sextarium ; le prébendier ou prevendier, prebendium, prebendia, la somme summa ; la perrée, perrea ; la coste, conta ; le rais, rez, raye ou rennée, rennal, rasum ; la seillée grande et petite ; la jutle ou juste, justa ; la cuve ; le quart de froment avait de profondeur 8 pouces 9 lignes, de largeur au fond 14 pouces, et 15 au haut ; pour le gros blé la profondeur était de 8 pouces 10 lignes, la largeur au fond de 14 pouces 5 lignes, et en haut 16 pouces 1 ligne. Le quart se décomposait en quatre godets ou coutelans et en 12 écuellées. La perrée ainsi formée contenait 11 déc. 856 de froment, et 12 déc. 412 de gros blé. Les chartes de St-Aubin vont souvent nous parler du bois seau de moulin, bosselum molendini. A partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, elles signalent aussi « la vielle mesure » de Lamballe, plus petite d'un quart que la nouvelle. La perrée valait 2 mines, et 6 mines le tonneau de froment. Ici on comptait le seigle au joureau ; nous n'avons pu retrouver la contenance de cette mesure. A la célèbre foire de Montbran, à Erquy et dans le pays circonvoisin, on employait la mesure du voyer, mensura vigerii. L'antique mesure du Chemin-Chaussée, qui plus anciennement encore avait été celle de Corron, était conservée dans l'église de St-Alban ; elle se nommait juste et était de 1/7e plus petite que la perrée de Lamballe. Unvtonneau de cette ville valait 14 justes ou 28 boisseaux duvChemin-Chaussée. La charte 235 de St- Aubin nous montre un écuyer donnant une mine de froment, « ad mensuram de Limite Calciato ». Cinq boisselets de Plestan donnaient la perrée de Lamballe. Le prebendarius ou prebendencia employé tantôt à la mesure du voyer, tantôt à celle de Pléhérel, ne nous est pas exactement connu. Dans ce pays de Pléhérel, nous voyons employer, en 1232, la juste pour le froment sur l'ancienne terre de Gléaumoine ; c'était peut-être la mesure de St-Jacut.


 

-A Yffiniac, la perrée se composait de 2 boisseaux de 8 godets chacun ; les 12 perrées formaient le tonneau.


 

-A Hillion, le godet était le quart du boisseau (Matignon : Les chartes de St- Aubin nous montrent dans cette seigneurie le boisseau et la mine employés pour le seigle et la grosse avoine ; la juste et la prébende pour le froment. Le boisseau était de 3 déc. 433 comme à Loudéac : les moines prétendaient qu'il leur en était dû 12 à la mine ; l'évêque de St-Brieuc, Pierre, jugea, en 1289, qu'il n'en était dû que 8. Vingt-deux de ces boisseaux donnaient le tonneau de Lamballe. Plancoët appelait quart son boisseau pour avoine, seigle et blé noir ; il contenait 2 déc. 874 ; il en fallait 22 pour faire le tonneau Lamballe. Nous ne connaissons pas exactement la mesure de St-Jacut; mais nous savons que 81 boisseaux de Matignonet 23 boisseaux 3 godets 1/4 de Plancoët faisaient 88 boisseaux de l'abbaye.


 

-Le Plessis-Balisson : « Item y a autre mesure, nommée mesure de Plessix-Baliczon qui est pareille à la mesure de Lamballe, et se compte par myne et boexeau, et en chacune myne 7 à 8 boisseaux ; et les 3 mines font le tonneau ; et les 2 quarts font la perrée, mesure de Lamballe » .


 

-Les mesures de Pleurtuit étaient celles du Plessis-Balisson.


 

-Broons : Le boisseau contenait 14 godets ; le boisselet en usage sur ce fief paraît avoir été le même qu'à Plestan


 

-A Merdrignac , le demi-boisseau était de 3 déc. 159 ; on y comptait par cartent ou carteng de seigle au XIIIe siècle, comme le prouvent les chartes de Boquen.


 

-Moncontour : Dans le même temps, la perrée de ce fief était de 2 boisseaux : unum boessctum, id est dimidiam unius perreii ad mesurant vcnalem de Moncontor. En 1434, deux sortes de mesures y étaient en usage, nous dit un compte de receveur : l'une dite batesse était de un quart plus petite que la mesure vénale. En 1462, il fut constaté que 13 justes, mesure de grenier, faisaient le tonneau, mesure de Moncontour. En 1 494 , le compte du receveur de cette seigneurie porte que le tonneau contient 7 ou 8 perrées de 2 boisseaux chacune , et que le rez vaut les trois quarts de la perrée. En 1771, un procès-verbal des officiers de cette juridiction porte que le boisseau marchand pour froment, seigle et méteil, se compose de 4 quarts rez, le quart de 4 godets. Ce quart avait dans le haut 19 pouces 7 lignes de diamètre en dedans ; dans le fond «17 pouces 4 lignes; en profondeur 8 pouces 8 lignes. Le quart pesait 69 liv. 15 onces, « poids de mars », ou 50 liv. 7 onces, poids de Moncontour, dont la livre était de 22 onces. Huit quarts ou 16 godets donnaient la perrée. Ainsi fixe, le boisseau était de 4 décal. 758.


 

-Jugon : Ce fief ducal avait la même mesure que Matignon, nous dit le Livre des Mesures de Bretagne ; « faut 32 boisseaux au tonneau », ajoute le même document. Or, nous avons vu que 22 boisseaux de Matignon valaient 4 tonneaux de Lamballe ; donc les mesures de ces juridictions étaient entre elles comme 16 est à 11. -Une charte de St-Aubin nous parle d'une mine de froment ad mensuram de Jugon. Le boisseau de Jugon se décomposait en 8 godets, en 15 et plus tard en 18 écuellées. On se servait aussi du demeal ou demi-boisseau, du sixte, du demi-sixte, du boisselet, de la prebende et du quartier ou carteng. La maille paraît avoir été plus spécialement affectée à mesurer le méteil : un tenancier devait à Boquen, en 1399, « trois mailles de méteil et demi-boisseau de froment ». Les chartes de cette abbaye signalent souvent, au XIIIe siècle, la vieille mesure de Jugon.du boisseau jusqu'à 100 liv. Malgré cet arrêt, le sénéchal de Tréguier constatait que, en 1668, on se servait à Guingamp de cinq mesures : l'une pour le froment était le boisseau de 11 pouces moins 1 ligne de profondeur, 18 pouces de largeur au fond, 15 au haut; l'autre pour l'orge, seigle et gros blé, avait les mêmes dimensions, mais devait être donnée comble et non plus racle, comme pour le froment ; on pouvait aussi employer pour ces sortes de grain, à mesure racle, un boisseau de 121 p. 1 lig. 1/2 de profondeur, 17 p. 1 lig. 1/2 de largeur au fond, et 14 p. 2 lig. en haut. L'avoine était due au comble de ce dernier boisseau ou au racle d'un autre ayant 11 p. de profondeur, 19 p. de large au fond et 15 au haut. En 1739, on revint à 2 boisseaux : l'un pour froment avait 11 p. 1/2 de profondeur, 16 de largeur au bas, 14 au haut ; l'autre pour seigle avait 12 p. de profondeur, 16 p. de largeur en bas, 15 en haut. Le tonneau se composait de 4 rez, ou 8 sommes, ou 16 quarterons. La pipe ou demi-tonneau était de 8 quarterons ; le rez en valait 4 ; la somme, 2. La somme se composait aussi de 4 boisseaux ou renées. La seillée ou quartier valait 2 renées-boisseaux ou 12 eriblées. Cinq rez de froment, en 1404, représentaient 20 quartiers, et, en 1531, 40 boisseaux


 

-Minibriac : Dans cet antique fief, 2 boisseaux faisaient le quartier ; 4 boisseaux ou 2 quartiers représentaient la somme ; 8 boisseaux 4 quartiers ou 2 sommes donnaient le rez ; 8 sommes ou 4 rez donnaient le tonneau.*


 

-Callac : Le boisseau contenait 5 décal. 063 ; on comptait au rez 12 boisseaux ou 24 renées de 70 lit. Chacune.


 

-Belle-Isle-en-Terre : Le rennal, en breton ar rennal, contenait en froment 1 40 liv. ; en orge, 1 20 ; en seigle, 130 ; en blé noir, 128, le tout racle ; en avoine, 120 liv. comble. Le rennal ras était de 5 décal. 160 ; le comble, de 5 déc. 818. On y comptait aussi par demi-rennal, an anter rennal, par quart de rennal, ar bevarreun. Vanter rennal avait 10 pouces 8 lignes de profondeur, 4 pieds de circonférence à l'ouverture, 4 pieds 4 pouces au milieu, 4 pieds 5 pouces au fond.


 

-Châteaulin : Le boisseau se composait de 3 eriblées de 44 liv. Entre le comble et le ras, on estimait la différence à 1/3e. Les seigneuries de Tréziguidy et de Braspart, voisines de Châteaulin, avaient leurs mesures plus grandes de 1/4 et de 1/1 2e.


 

-Coatmalouen : A cette mesure, qui était peut-être celle de l'antique Plou-Igeau , on comptait 24 écuellées au boisseau, 2 boisseaux a la seillée, 4 à la perrée et 2 perrées à la somme. On s'en servait dans le domaine primitivement concédé à l'abbaye et qu'on nommait la Vieille-Terre ; en dehors de là les colons faisaient usage de la mesure de Guingamp.


 

-Quintin : Les mesures anciennement suivies dans le comté de Quintin y sont encore usitées : le paysan y compte toujours deux erublées au boisseau de 27 liv. pour le froment, de 27 liv. 1/2 pour la mouture, de 49 1/2 pour le seigle, de 20 pour l'avoine. Douze jallenées de froment valent 1 hanapée ; 4 hanapées représentent exactement le boisseau mesure de Guingamp, et 9 hanapées le quartier de la même mesure. Quinze quartiers de froment, mesure de Quintin, valent 30 boisseaux combles, mesure de Pontrieux. Deux boisseaux font le rez ; le demi-rez de seigle vaut 7 boisseaux 1/2 de St Brieuc. L'avenage ou quarteron vaut 3 boisseaux d'avoine grosse et 6 de menue, ou 6 boisseaux d'avoine de St-Brieuc. Deux boisseaux de seigle de Quintin en valent 3 de St-Brieuc. On signale quelquefois une ancienne mesure de Quintin, qui valait 2 boisseaux et 1 godet de St-Brieuc.


 

-Corlay : Le boisseau pour tout blé était de 3 décalitres 022. A Rostrenen, il était de 4 déc. 700.


 

-Plaintel : Dans le dossier relatif à l'érection de la chapelle de St-Julien de Plaintel en paroisse, en 1629, nous voyons affecter 18 rez de seigle à la subsistance du recteur ; le rez se composait de 3 boisseaux.


 

-Porhoët : Comme le Goëllo et le Penthièvre, l'ancien Porhoët avait un grand nombre de mesures différentes ; la dispersion des archives de la maison de Bohan rend très-difficile la recherche de ces mesures. Toutefois, nous avons remarqué dans les divers aveux de cette seigneurie qu'on y employait surtout les mesures de Baud, de Pontivy, de Caignart et de Treguiziaez. Deux boisseaux de cette dernière en valaient 1 de Pontivy ; 3 de Caignart en valaient 2 de Pontivy. On employait beaucoup la crublée et la cuve : la cuve d'avoine valait 3 boisseaux de menue, et 11/2 de grosse. A la mesure du vicomte, on comptait 4 demetz au boisseau d'avoine, et 3 au boisseau de seigle, qui devait peser 114 livres 24 onces au poids du duché de Bretagne.


 

-Loudéac : Pour tout blé, le boisseau était de 3 décal. 433 ; à Uzel, de 2 déc. 699. Dans cette dernière seigneurie, la petite mesure pour farine était de 178 millièmes de décalitre.


 

-Rohan : La perrée valait 2 hectolitres ; le minot était la moitié de   l'hectolitre ; le demez, le tiers ; la godelée était le 1/6e du minot. Nous ignorons la valeur du renot, qui est quelquefois employé dans ce fief. En Lanouée, on se servait du boisseau « reix ou comble ». Dans la ville de Rohan, le boisseau était de 7 déc. 610 ; à la Trinité-Porhoët, de 7 déc. 450 ; à Josselin , de 6 déc. 520.


 

-Penthièvre : Dans cette grande division féodale, les mesures de grain variaient à l'infini ; mais la mesure type à laquelle se comparaient toutes les autres était la mesure du chef-lieu, Lamballe. La mesure de pierre de Lamballe était au Penthièvre ce que celle de Châtelaudren était au Goëllo, et celle de Brelevenez à la seigneurie de Lannion. Cette perrée contenait 2 boisseaux ou quatre quarts : le Dinan : « Plus y a mesure de Dinan dont faut XX boix. pour tonneau, mesure de Lamballe », dit le Livre des mesures. Ce boisseau, comme celui de St-Méen, contenait 12 godets ; 8 boisseaux faisaient la mine, 4 mines le tonneau. Le froment s'y mesurait aussi au quartier.


 

-Bécherel : La mine se composait de 8 boisseaux, de 8 godets chacun ; ce qui faisait 1/16e de plus par boisseau que la mesure de Plumaudan. Pour l'avoine, la mesure en usage était la nichée, composée de 1 boisseau 1/2 ou 18 godets. -A Montfort, la mine se composait de 2 quarteria en 1246. Nous pourrions continuer indéfiniment cette nomenclature, puisque primitivement, comme nous l'avons dit, chaque fief avait sa mesure. Mais, outre qu'une telle matière ne peut se prolonger trop longtemps sans extrême fatigue pour le lecteur, nous avons résumé ci-dessus tout ce que nous avons pu découvrir d'utile dans nos chartes. Disons en finissant que les poids et mesures étaient surveilles et au besoin fixés par les juridictions ordinaires. Toutefois, au XVIIIe siècle, un visiteur des poids et mesures fonctionnait dans l'évêché de Saint-Brieuc.

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Published by poudouvre
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