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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 07:53

Monnaies et Prix.

 

Monnaies.

-Nous ne pouvons achever cette étude sans donner un aperçu de l'histoire monétaire de la province. Il ne faut pas s'attendre à trouver ici autre chose qu'un résumé très-rapide des travaux des numismatistes et de nos recherches personnelles. Chaque année fait connaître d'anciennes monnaies bretonnes dont l'existence n'était pas soupçonnée : elles forment déjà une collection importante, mais non pas assez complète pour qu'il soit possible d'en entreprendre dès à présent la monographie.

 

 

 

 

Stratères Armoricaines :

Coriosolite (1) Osime (2) Redone (3) Namnète (4) Vénète (5)
 

Armoricains .


 

-Bien que les monnaies armoricaines forment une suite parfaitement caractérisée dans la numismatique des Gaules, il est encore difficile d'assigner à chacune des nombreuses variétés de ces pièces une attribution bien certaine. Grâce aux notes qu'a bien voulu nous remettre M. de Saulcy, nous essayerons d'indiquer sommairement la classification de nos monnaies armoricaines : M. de Saulcy a mis courtoisement à notre disposition son expérience bien connue, ainsi que sa collection qui est sans contredit la plus riche suite gauloise qui ait jamais été formée. Les monnaies armoricaines, si faciles à reconnaître par leur fabrique et leurs types, ne comprennent pas seulement les pièces antiques forgées dans notre péninsule ; on les retrouve depuis la Morinie jusques et y compris la Saintonge. Nous ne nous occuperons ici que de celles qui se rattachent directement au cadre que nous avons adopté. Les plus anciennes monnaies armoricaines, celles qui peuvent remonter à deux siècles au plus avant l'ère chrétienne, sont en or, et appartiennent à la série des imitations des statères de Philippe de Macédoine. Elles ne portent pas de légendes : on sait que les doctrines druidiques interdisaient toute espèce d'épigraphie. A mesure que l'on se rapproche de la conquête de Jules César, l'or tend à s'altérer : d'abord il pâlit ; ensuite on voit paraître les statères d'argent, et enfin les statères de potin, qui ont presque l'apparence du bronze. Dans les derniers temps, particulièrement chez les Sautones, on aperçoit des lettres initiales : c'est un signe de la décadence des doctrines druidiques sur plusieurs points. La tête d'Apollon des monnaies macédoniennes, d'abord copiée assez correctement, s'altéra bientôt pour être transformée en symbole gaulois. Cette tête, coiffée d'une manière bizarre, surmontée souvent d'une lyre, d'un sanglier ou d'un hippocampe, et entourée de petites têtes qui se rattachent à la principale par des cordons perlés, finit par ne plus avoir de rapports avec le type primitif : c'est alors Belinus, appelé aussi Ogmius par Lucien. Les monnaies d'Armorique rappellent la description que ce satyrique donne de la principale divinité des Gaulois : de la bouche de cette statue sortaient des chaînes d'or attachant de nombreux auditeurs ; Lucien en fit le dieu de l'éloquence. Au revers de ces médailles, le bige macédonien devint un char conduit par un cheval ; plus tard ce cheval fut androcéphale et monté par un cavalier. On trouve dans la série armoricaine, outre les statères, des demi-statères et des quarts de statères.Les monnaies des Redones sont caractérisées par un cavalier tenant une épée et un bouclier : sous le cheval on voit divers symboles : une sorte de foudre, une lyre, un hippocampe, signe des nations maritimes, une roue, emblème parlant du nom même du peuple. Au sujet de l'hippocampe ou cheval marin, nous croyons devoir rappeler ici un petit bas-relief, conservé au musée de Dinan, et qui offre tous les caractères de l'art gaulois. Ce monument représente un triton conduisant par la bride un hippocampe : cet animal fantastique est représenté comme sur les monnaies armoricaines, et la tête du triton offre la plus grande analogie avec le profil que l'on voit sur les médailles des Curiosolites. Les Osismii semblent avoir eu deux types faciles à distinguer ; peut-être les monnaies des populations du littoral différaient-elles de celles de l'intérieur. Dans la première catégorie se place la tête de Belinus, surmontée d'un signe cruciforme : sous le cheval du revers un quadrupède, bœuf ou bison ; sur sa croupe, un oiseau. Nous pensons que la seconde classe se reconnaît au sanglier et au génie ailé qui se trouvent à la place du bison. Dans les monnaies gauloises, on peut constater l'influence mutuelle du voisinage de certains peuples : peut-être, comme en Grèce, y avait-il chez nos ancêtres des alliances monétaires. Ainsi, les Osismii étaient limitrophes des Curiosolites et des Venetes : le symbole de ceux-ci était le sanglier ; le génie ailé se trouvait chez les Venetes : il est donc naturel de penser que les monnaies portant la tête osismienne, avec le symbole cruciforme, et au revers le sanglier et le génie ailé sous le cheval, furent émises dans les régions qui confinaient aux pays de Vannes et de Tréguier. Les Venetes, peuple maritime, avaient l'hippocampe au-dessus de la tête de Belinus ; sous le cheval du revers , un génie ailé. Nous ferons remarquer que ce type était analogue à celui des Aulerci ; seulement, chez ceux-ci, la tête du dieu n'est surmontée d'aucun symbole. Les Aulerci Cenomanni avaient le génie ailé sous le cheval ; chez les Aulerci Diablintes, ce génie tenait deux objets qui sont peut-être des têtes humaines. Les monnaies des Nannetes représentaient également un personnage sous le cheval du revers ; mais il différait complètement de celui des Venetes et des Aulerci. Sur les statères de ces derniers, le personnage semblait voler sous le cheval, dans la direction du galop de ce quadrupède ; chez les Venetes, il était debout, à mi-corps, et tenait deux des jambes du cheval. Enfin les Curiosolites, qui nous intéressent plus particulièrement, avaient pour symboles spéciaux tantôt une lyre tantôt un sanglier sous le cheval attelé. A en juger par les dépôts considérables trouvés dans les communes de St-Gouéno, de St-Denoual et d'Hénanbihen, ainsi que dans les îles anglaises, les monnaies de cette peuplade se divisent en trois groupes principaux : 1° Profil humain, grossièrement dessiné, tourné à droite, les cheveux frisés et disposés de manière à former deux grosses boucles ; devant la figure, un fleuron et quelquefois un symbole ayant la forme d'un S. Cheval androcéphale ; de sa bouche sort un fleuron.Cet animal fantastique est guidé par un personnage placé dans un char, et tenant un fouet ; devant le cheval, une croix ; dessous, une lyre : le champ est entouré d'un grenetis et d'un cercle lobé.

2° Même tête que ci-dessus. Cheval libre ayant une tête qui, par sa forme, se rapproche de celle d'un oiseau ou du griffon. Ce cheval, sur lequel est un sanglier, semble guidé par un être fantastique dont on n'aperçoit que les rudiments, et duquel part un cordon perlé ; à ce cordon sont suspendus quatre globules disposés en croix et placés devant le cheval.

3° Même tête que ci-dessus. Cheval guidé par un personnage dont on n'aperçoit le plus souvent que le bras ; au-dessous un sanglier ; au dessus un symbole indéterminé duquel s'échappe un double ruban qui se termine par un fleuron devant le cheval, et quelquefois par un petit quadrilatère. Les archéologues croient y reconnaître un anathema. Nous ne dirons rien des monnaies romaines, très-communes en Bretagne. Ces pièces d'importation étrangère ne se rattachent pas étroitement à l'histoire monétaire de notre province. Il y a lieu de croire que les Armoricains, comme les autres Gaulois, imitèrent quelquefois les monnaies romaines ; mais ce n'était là qu'une fabrication clandestine. Notons seulement que les monnaies postérieures à Constantin sont beaucoup moins communes que celles du Haut Empire. Les pièces romaines les plus fréquentes, dans le pays curiosolite, sont de Postume, Gallien, Valérien, Salonine, Claude le Gothique, Marius et Philippe Ier ; elles correspondent à une époque où les légions romaines sillonnaient l'Armorique. On croit que chaque corps d'armée, outre sa caisse, avait des ateliers monétaires ambulants, auxquels on doit cette masse de petits bronzes qui circulaient encore, il y a peu d'années, parmi nos liards. La domination franque s'étendait, du vie au IXe siècle, sur une partie du Broërec, entre Vannes et la Vilaine, ainsi que sur les pays de Rennes et de Nantes : aussi a-t-on attribué, avec raison, des tiers de sou d'or mérovingiens à Vannes, Nantes, Rennes, Cambon, Rezé, Marcillé, Vindelles, Caro et Musillac. Un homme dont le monde savant déplore la fin prématurée, Ch. Lenormant, avait cru retrouver des monnaies de la Ligue armoricaine, fabriquée, pendant la période mérovingienne, par les chefs bretons. Il est reconnu aujourd'hui que le groupe de triens qu'il a publié n'appartenait pas à la Bretagne. D'ailleurs, les recherches de Ch. Lenormant reposaient sur un système historique que M. de La Borderie a péremptoirement détruit. Dans plusieurs cités de la IIIe Lyonnaise, les monnaies mérovingiennes représentent des personnages qui semblent se rattacher à des souvenirs locaux : on en remarque à Tours même au Mans et à Angers. Cette influence des monétaires francs de la province de Tours se révèle dans les marches bretonnes. Des triens de Rennes portent un personnage tantôt debout , tenant une palme, tantôt assis, tenant une croix, tantôt enfin à genoux, tenant un bâton : peut-être est-ce saint Melaine ou saint Amand. Sur les pièces de Cambon, on voit un personnage debout, bénissant ou tenant une croix, ou bien encore deux personnages tenant ensemble une croix et placés au-dessus d'un navire. N'y a-t-il pas là un souvenir évident des anciens missionnaires bretons venus d'outre-Manche? Nous parlerons plus tard du bas-relief de Beauport, représentant saint Rion, et saint Maudez, et qui semble rendre la même idée que le tiers de sou de Cambon. A Marcillé et à Nantes, il existe aussi des personnages sur les pièces mérovingiennes.


 

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Published by poudouvre
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