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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 13:30

Bretons.


 

la partie de la péninsule peuplée par les colonies bretonnes, il est très-rare de trouver des pièces mérovingiennes : il semblerait que les émigrés avaient sur tout recours à l'échange en nature ; les monnaies romaines et les métaux au poids suffisaient au reste. Dans le cartulaire de Landevennec, nous remarquons un passage où le roi Gradlon achète des terres avec l'or et l'argent qu'il a reçus des Francs ; plus loin, nous voyons des acquisitions faites moyennant « cinq livres d'or » ; plus loin encore, moyennant « trois sous d'argent ». Or, comme il n'y avait pas de sous effectifs d'argent au Ve ni au VIe siècle, il faut conclure qu'il s'agit là d'or et d'argent au poids. Un ancien chant breton, recueilli par M. de La Villemarqué, nous montre Nominoë apportant à Rennes, en lingots d'argent, le tribut de la province. La redevance « d'un denier d'or », payé au XIe siècle à la cathédrale de Nantes, est encore une réminiscence de l'époque où les métaux précieux étaient employés au poids dans les transactions, puisque, depuis le IXe siècle jusqu'à saint Louis, il n'y eut pas de monnaie d'or en France. Le denier d'argent nous semble avoir été importé en Bretagne par les ducs et comtes amovibles qui gouvernaient les marches bretonnes, au nom des souverains francs. C'est à ces lieutenants impériaux qu'il faut attribuer la fabrication des deniers de Louis le Débonnaire, portant les noms de Rennes et de Nantes. A l'avènement de Nominoë, les ateliers royaux de ces deux villes tombèrent au pouvoir du nouveau roi de Bretagne. Est-il probable qu'on retrouve un jour des monnaies au nom ou au monogramme de ce prince ou de ses successeurs? Nous n'hésitons pas à répondre négativement. Cette courte dynastie frappa monnaie, il est vrai ; mais elle paraît avoir conservé les types carlovingiens qu'on retrouve dans la province jusqu'au XIe siècle. Deux textes, empruntés au cartulaire de St-Sauveur, vont justifier notre opinion : l'abbé Convoïon donnait à un certain Buduoret « viginti solidos Karoliscos »; en 865, une saline était engagée « proviginti Karolicis solidis ». Vers le milieu du IXe siècle, furent frappées à Rennes et à Nantes des monnaies au monogramme de Karolus, avec la légende NAMNETIS CIVITAS – GRATIA D – I REX ; HREDONIS CIVITAS – GRATIA D – I REX. Ces pièces, en tout conformes aux prescriptions de l'édit de Pistes, publié en 864, rappellent que, suivant la tradition, Charles le Chauve donna à Salomon le droit de frapper monnaie. «Rex Carolus Salomoni, Britonum régi, habere permisit coronam auream, gemmis preciosis ornatam, seu circulum aureum ad jus libitum, et purpuream, atque episcopalem sedem et numismata aurea atque argentea ». Ces monnaies, correctement frappées, nous les attribuons à Erispoë et à Salomon. Entre elles et celles qui portent les premières un nom ducal, on remarque une série de pièces aux types et à l'aloi plus ou moins altérés, aux légendes en désordre : ce sont des copies dégénérées des monnaies que nous venons de signaler. Bien que ce monnayage ait duré près de deux siècles, on ne doit pas s'étonner de la rareté des espèces qu'il produisit. Depuis la mort de Salomon jusqu'à l'avènement de Geoffroi Ier, l'Armorique fut souvent ravagée par les Normands et les Danois : la monnaie ne put guère y être forgée que dans les moments où la province était libre de la domination étrangère. Nous citerons la paix due aux exploits d'Alain le Grand, en 879 ; celle qui suivit la conquête d'Alain Barbe-Torte, en 936 ; enfin, le moment où Conan le Tort se déclara indépendant dans Rennes, en 990. La ville de Nantes, tombée au pouvoir des Normands, puis des comtes d'Anjou, cessa probablement d'avoir un atelier monétaire dès la seconde moitié du Xe siècle : la prépondérance exclusive de la monnaie et du type de Rennes vient à l'appui de cette conjecture. Le Chronicon Briocense parle des monetas argenteas et parvos denarios nigros que forgea le comte Geoffroi : si on retrouvait des pièces au type carlovingien, avec le nom de Gaufredus , elles appartiendraient incontestablement à ce prince. Nous attribuons à son fils, Alain III, le denier de la collection Dobrée, que Bigot donnait à Alain Ier. Autour d'un monogramme carlovingien dégénéré, on lit : + ALA-RIX ; au revers, RIDONI CVI. A nos yeux, ce denier est la plus ancienne pièce vraiment ducale connue jusqu'à ce jour. Le mot rix n'est évidemment là, suivant l'habitude constante des monnayeurs du moyen-âge, que pour conserver l'apparence de l'ancienne légende GRATIA D-I REX. Bigot assignait à Alain III un autre denier, dont voici la description : + ALAMNVS. Croix. + REDONIS, étoile évidée à cinq pointes. Des numismatistes ont pensé à rejeter l'émission de cette pièce jusqu'au milieu du XII siècle, et ont proposé Alain le Noir ou Alain de Rohan: sans aller aussi loin, nous serions portés à croire que cette pièce peut être contemporaine d'Alain Fergent (1084 à 1112).

 

 

 

 

 

 

Monnaies émises sous Salomon de Bretagne (1) Alain le Grand (2), et Alain Barbetorte (3)

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Published by poudouvre
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