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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 08:01

Bretons.


 

M. Poey d'Avant, adoptant l'opinion émise par Bigot, attribue à St-Brieuc et à Jugon des deniers de Jean II qui portent les initiales B et I. Nous devons avouer que ni les archives ni la tradition locale n'ont pu nous procurer aucun indice à l'appui de cette hypothèse : nous croyons qu'à aucune époque il n'a été frappé de monnaie dans ces villes. Passant sur le règne d'Arthur II, qui ne présente aucun incident numismatique, nous arrivons à Jean III. Nous sommes à l'époque où les rois de France cherchaient à réglementer les monnaies féodales pour arriver à les supprimer. En 1313, Louis X écrivait sévèrement à Jean III pour lui reprocher l'affaiblissement de ses monnaies ; en 1316, il en fixait le poids, l'aloi et le type ; et, en 1320, Jean III recevait une nouvelle semonce royale. En 1339, l'inobservation des ordonnances du roi en traînait la saisie des coins et monnaies du duc de Bretagne, et de fortes amendes dont Philippe de Valois faisait remise, à condition que le duc ne retombât plus en récidive. La longue lutte de Charles de Blois contre Jean de Montfort exerça une influence notable sur le monnayage breton. On vit paraître des monnaies d'or, des gros blancs à la fleur de lys, à la couronne et à l'étoile, des demi-gros, des doubles et des petits tournois, des doubles parisis. Les officiers des monnaies de Charles de Blois imitaient les monnaies étrangères, celles du roi de France d'abord, puis celles du Maine et de Flandres. Les pièces bretonnes, alors d'un très-faible aloi, avaient besoin de ressembler aux bonnes monnaies en circulation pour être acceptées. Cette imitation peu scrupuleuse du numéraire motivait de la part du duc Charles des ordres sévères pour prohiber dans ses Etats le cours de la monnaie étrangère, dont les siennes ne pouvaient supporter la comparaison. Charles trouva quelquefois de la résistance sur les points où il voulut établir des ateliers monétaires. Ainsi, à Quimper-Corentin, les vicaires épiscopaux s'opposèrent énergiquement à l'établissement d'un hôtel des monnaies, bien que le duc eût déclaré que cette mesure lui était imposée par les nécessités de la guerre, et qu'il n'entendait nullement porter préjudice aux droits de l'évêque. Barthélemy, maître de la monnaie ducale, envoyé de Guingamp à Quimper, ne paraît pas avoir rempli sa mission. On battait aussi monnaie au château de Brest, sous la surveillance du châtelain, et a Quimperlé en 1304 ; mais c'était toujours en vertu de commissions données par le roi d'Angleterre. Dès 1343, ce prince avait envoyé des monnayers en Bretagne pour forger le numéraire nécessaire à ses troupes ; ces ateliers n'émettaient probablement que de la monnaie anglaise. Jean IV ne se fit pas faute, comme son compétiteur, d'imiter les monnaies de ses voisins : il émit des gros, des doubles et des deniers dont les types rappellent certaines pièces brabançonnes, anglaises et flamandes. Il copia sur tout le numéraire de France, et fit forger des « francs à cheval » d'or, pendant que Charles de Blois émettait des « royaux ». Sous le règne de Jean IV, on frappait à son nom à Rennes, à Nantes, à Vannes, à Guérande, à Dinan et à Quimperlé. Ce prince et ses sujets eurent de graves démêlés, à la faveur desquels le roi de France voulut s'emparer du duché. La numismatique en conserve le souvenir par des monnaies qui ne portent pas de nom ducal ; elles furent forgées en vertu d'une ordonnance de Charles V, datée de septembre 1374, et appplicable aux ateliers de Nantes, Rennes et Vannes. Quelques années après la paix conclue entre le duc et le roi de France , celui-ci, alors Charles VI, chercha a contester à Jean IV le droit de frapper dans son duché d'autre numéraire que des deniers et des oboles. L'enquête de 1392 ne produisit aucune preuve authentique en faveur des ducs : elle constata simplement que Charles de Blois et Jean IV avaient fait forger toutes sortes de monnaies sans être inquiétés. Néanmoins, les gens du roi ne purent triompher de l'opiniâtreté des Bretons, et, jusqu'à la réunion à la couronne, les ducs de Bretagne émirent des pièces d'or, d'argent et de billon. Sous Jean V, on frappa monnaie à Morlaix, Fougères, Dinan, Nantes, Redon et Vannes : c'était des francs d'or, des grands blancs, des blancs et des demi-blancs, des gros et des demi-gros, des deniers et des doubles. L'imitation des monnaies étrangères diminua notablement, et le produit du monnayage breton, véritablement autonome, circula sans difficulté hors de la province. Ce système continua sous François Ier, Pierre II et Arthur III : seulement, le nombre des ateliers diminuait, et la fabrication monétaire se concentrait à Rennes, à Nantes et à Morlaix. L'enquête de 1455 constate que le duc Jean IV avait fait forger « des monnaies d'or petites comme moutonnets », et le duc Jean V « des flourins d'or ». Louis XI, à son tour, essaya d'abord d'interdire au duc François II l'émission des monnaies d'or et d'argent ; mais, bientôt, pour obtenir une alliance utile, il abandonna ses prétentions, et reconnut expressément les droits du duc. Les lettres patentes d'octobre 1465, confirmées à Caen au mois de décembre suivant, sont la reconnaissance officielle par le roi de France, du fait de la « monnaie blanche » de Bretagne.

 

 

 

 

Monnaies de Jean III (1), Pierre II (2) Arhur III (3)


 

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Published by poudouvre
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