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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 15:42

 

 

La maison de Rougé, originaire du duché de Bretagne, et l'une des plus marquantes parmi l'ancienne chevalerie de cette province, tire son nom d'un gros bourg, chef-lieu d'une belle ctellenie, située dans l'évêché de Nantes. Cette châtellenie, par son étendue et son nombreux vasselage, donnait aux sires de Rougé le rang de bannerets, le premier dans la milice, et le second dans la hiérarchie féodale. La seigneurie, depuis baronnie de Derval, la vicomté de la Guerche et plusieurs autres domaines considérables, concouraient encore à former l'apanage de cette illustre famille. L'existence des sires de Rougé est honorablement constatée depuis 800 ans par les actes nombreux de leur munificence envers les établissements publics et religieux, et surtout par les annales de la Bretagne, où leur nom a joué un rôle brillant pendant plusieurs siècles. On les voit intervenir dans les guerres et les traités des ducs, leurs souverains, remplir les principales charges de leur état, et être choisis comme négociateurs dans les missions les plus importantes. Ces distinctions remarquables, qui appartiennent plus particulièrement à la branche aînée des sires de Rougé et de Derval, ont été continuées après son extinction par les branches cadettes, et celles-ci, depuis la réunion de la Bretagne à la France, ont constamment servi nos rois dans les grades supérieurs de l'armée, et contracté de grandes alliances. Déjà, dans le t. VIII de cet ouvrage, p. 216 des Notices sur les pairs de France, nous avons dit un mot sur L'origine et l'état actuel de cette ancienne famille. Mais cette esquisse étant incomplète et inexacte, nous en donnerons ici, dans tous ses développements, la généalogie, telle que des renseignements plus étendus et un grand nombre d'extraits de titres nous permettent de l'établir.


 

I. Tudual, premier auteur connu des sires de Rougé, vivant avant l'an 1000, sous Geoffroi I et Alain III, ducs de Bretagne, paraît être décédé avant l'an 1045, époque à laquelle il est rappelé dans la charte de fondation du prieuré de Béré. (Preuves pour servir à l'histoire de Bretagne, par D. Morice, t.1, colonnes 401, et 402.) Il eut quatre fils :


 

. Hervé, dont l'article suit ;


 

. Guicenoc ;


 

3°. Maino, qui, vers l'an 1050, donna par son testament au prieuré de Béré un bien situé à Ercé, près le lieu appelé la Chapelle ( Ibid. col. 402 et 695);


 

4°. Merhen, seigneur de Maidon, qui prit le nom de son fief, suivant l'usage qui s'établit alors, et le transmit à sa postérité. Elle a subsisté jusques vers l'an 1200. Peu après la terre de Maidon passa dans la maison des barons de Chateaubriand. Elle revint aux seigneurs de Rougé vers 1289, et fut possédée ensuite par l'une de leurs branches, dite des seigneurs du Bouays.


 

II Hervé, sire de Rougé, énoncé fils de Tudual, Eudon, son fils, et Guicenoc, son frère, signèrent, vers l'an 1045, la charte par laquelle Geoffroi, Ier du nom, baron de Chateaubriand, qualifié homme de très-illustre naissance, fonda avec le concours d'Innoguent, sa mère, d'Hildelinde, sa femme, et de Geoffroi, Teher et Gui, ses fils, le prieuré de Saint-Sauveur de Beré, situé près de son château, et dépendant de l'abbaye de Marmoutier. Hervé de Rougé fit donation à ce prieuré d'un bordage de terre sis à Piré, par charte dans laquelle il est appelé Herveus de Rubiaco, de même qu'au testament de Maino, fils de Tudual, son frère. (D. Morice, t. T, col. 401, 4°2 et 695; Hist. généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, par le P. Augustin du Paz, p. 162, généalogie de Rougé; Trésor généalogique de D, Villevieille, à la bibliothèque du Roi.) Il avait épousé une dame dont les neveux vivaient en Anjou à la fin du onzième siècle, et en eut un fils, nommé Eudon, qui suit. Il eut aussi un fils naturel, nomme Vindenocus, qui s'opposa à l'exécution du testament de Maino, son oncle, de concert avec Gaitnoc, sa femme et Briand, leur fils (du Paz).


 

III. Eudon, sire de Rougé, et Vindenocus, son frère bâtard, furent témoins, vers l'an 1050, à une charte par laquelle Geoffroi I, baron de Châteaubriand, confirma la fondation du prieuré de Beré, et en augmenta les revenus par le don d'une terre située près de la chapelle de Saint-Pierre de Piré. A la suite est écrit : Maino filius Tudual dédit terram propè capellam de Erceio, testibus Brientio filio Tiherni, matreque Innoguendi, Moyse de Arbraio (d'Erbrée), Mirheno de Maldono (de Maidon) et filio ejus Alano. On retrouve cette donation de Maino, fils de Tudual, au chapitre de celles faites à diverses églises par les seigneurs de Rougé, rapportées par D. Morice, col. 695; elle est ainsi conçue : Maino, frater Hervei de Rubiaco dum moreretur, dimisit Sancto Martine unam mediaturam terrœ apud Erciacum, in loco qui vocatur Capella, quam postea calumniatus est nepos ejus Vindenocus, etc. Auctorisavil hoc Briennus filius Vindenoci et mater ejus Gaitnoc. Testes Merhennus frater Ulius Mainonis, Alanus filius ejus, Morinus de Barris , etc. Eudon de Rougé épousa Iseline, qu'un acte du temps doit faire considérer comme angevine, puisqu'elle donna son consentement à la vente d'un arpent de vignes qu'Eudon de Rougé fit aux religieux de Saint-Serge d'Angers. (Cartulaire de cette église). On voit par un autre acte de la mi-carême 1 088 , qu'Eudon de Rougé possédait près de Chemiré un fief voisin de la terre des Rues , en Anjou. Ce sont des lettres par lesquelles Gobert, sur nommé Payen de Chemiré, ratifia et confirma les donations que son père avait faites à l'église de Saint- Julien de Tours, et lui restitua diverses choses, entre autres le fief d'Eudon de Rougé, avec l'usage dans le bois de Chemiré. (Trésor généalogique de D. Villevieille). Eudon a laissé de son mariage avec Iseline, entre autres enfants :


 

1°. Warin, qui suit ;


 

. Bonabes de Bougé, chevalier bachelier, vivant en 1096.


 

IV. Warin, sire de Rougé, souscrivit une charte environ l'an 1080, par laquelle Thibaud de Jarzé, chevalier, donna à Albran, abbé de Saint-Serge d'Angers, une terre située dans la forêt de Pogé, et il est énoncé fils d'Odon (Eudon) de Rougé, dans l'acte d'une vente faite en 1082 à la même abbaye par Geoffroi de Jarzé. Gabriel du Moulin, curé de Maneval, dans son Catalogue des seigneurs qui furent à la première Croisade (1096) placé à la suite de son Histoire de Normandie (édition de 1631), cite, pp. 27 et 28 de ce catalogue, le sire de Rougé, banneret, et Bonabes de Rougé, bachelier, parmi les seigneurs de Bretagne et du Maine, qui accompagnèrent Alain Fergent, duc de Bretagne, dans cette expédition. Et comme il a joint aux noms des chevaliers les armes que portaient alors leurs familles, ou qu'elles ont adoptées depuis, il désigne celles du sire de Rougé : de gueules, à une croix dar gent, pâtée et alésée, et celles de Bonabes de Rougé de même, avec un bâton (calice) d'azur, brochant sur le tout. De Warin sont issu, entre autres enfants


 

Yvon , dont l'article suit ;


 

. Glaen ou Glain de Rougé, chevalier, seigneur de la Chapelle-Glain, dont il donna la dîme, vers l'an 1130, à l'abbaye de Saint-Florent, de Saumur. (D. Fillevieille). Il eut un fils unique : Zacharie de Rougé, qui mourut sans postérité avant l'an 1180, temps auquel les sires de Rougé possédaient la seigneurie de la Chapelle Glain ;


 

. Egaré de Rougé, qui fut témoin, en 1156, avec Roland de Dinan, Hugues de Châteaugiron, Robert de Vitré, Olivier de Montfort, Robert de Guingamp, etc., etc., à la charte par laquelle Conan IV, duc de Bretagne, confirma les donations que le duc Alain, son père, avait faites à l'abbaye de Begars. Il souscrivit aussi à la même époque avec Simon de Montbourcher la charte de la cession d'une partie de la forêt de Rennes, que le même prince fit à Raoul , seigneur de Fougères , en le nommant son forestier ;


 

4°. Chorbin de Rougé, qui fut témoin, en 1154, à l'acte d'une donation faite au prieuré de Saint-Julien de Tours par Payen de Chemiré. Il eut pour fils : Guillaume de Rougé. Celui-ci fut choisi avec Philippe de Montrevault, en 1200, pour exécuteur du testament de madame Richilde (sœur et héritière de Jean de Lavardin) dame de Cinqmars-la-Pille.


 

V. Yvon, sire de Rougé, épousa, vers l'an 1125, Anne le Bigot, fille de Paye le Bigot, et petite-fille de messire Hamou le Bigot. En 1142, ces époux et les père et mère, aïeul et aïeule d'Anne le Bigot, confirmèrent le don du vieux Meilleray, que le même Hamon le Bigot et Alain de Maidon avaient fait à deux moines de l'abbaye de Pontrond, conduits par un prêtre nommé Rivallon d'Auverné, pour la fondation de l'abbaye de Meilleray, de l'ordre de Citeaux, sous l'invocation de Notre-Dame, où ces religieux vinrent s'établir vers n3o , suivant l'acte de cette fonda tion, de l'an 1132, confirmée en 1142 et ratifiée en 1160, par Robert, évêque de Nantes. Yvon de Rouge eut entre autres enfants :


 

. Bonabes, Ier du nom, qui suit ;


 

. Eudon de Rougé, qui assista à un accord fait, vers la fin du XIIe siècle, entre Beraud le Vieux et les moines de Beré, relativement au droit d'ost. (lbid. Col. 777) ;


 

3°. Assalit de Rougé, vivant en 1186. ( D. Villevieille.)


 

VI. Bonabes, Ier du nom, sire de Rougé, chevalier, fut un des principaux seigneurs bretons, qui se liguèrent avec Raoul, baron de Fougères, contre Henti II, roi d'Angleterre, auquel le duc Conan IV avait abandonné sa souveraineté en fiançant Constance, sa fille, avec Geoffroi d'Angleterre, fils de ce monarque et depuis duc de Bretagne. Cette préférence , accordée à un étranger sur les princes du sang de Bretagne, occasionna une guerre sanglante. Le roi Henri II opposa aux barons et seigneurs confédérés une troupe de Brabançons qui fut d'abord défaite ; mais, peu après, le 20 août 1173, les Bretons furent battus dans un combat où ils perdirent 1500 hommes, chevaliers, au nombre desquels était Bonabes de Rougé, ayant échappe à ce désastre allèrent se renfermer avec Raoul de Fougères dans la tour de Dol, où le roi d'Angleterre vint de Rouen les assiéger en personne. Ils furent bientôt contraints de se rendre à discrétion. Pendant ce temps, les Brabançons ruinaient les châteaux des seigneurs confédérés. Celui de Rougé fut détruit par eux de fond en comble. Bonabes de Rougé se retira avec le baron de Fougères, et quelques autres chevaliers dans les forêts voisines, d'où ils sortaient pour ravager les terres de Henri et de ses partisans. Enfin la paix fut conclue en 1174, et le sire de Rougé se retira pendant quelque temps à l'abbaye de Meilleray, à laquelle il donna, en 1180, sa dîme de Saint-Aubin, avec quelques rentes sur le fief de Fercé et sur le chemin de la Chapelle. Par la charte de cette donation (confirmée et accrue en 1183), il ordonna qu'à défaut de paiement, ses prévôts et baillis paieraient lesdites rentes de ses propres deniers. Ces deux chartes sont scellées du sceau de Bonabes de Rougé. Il y est représenté à cheval, monté et armé de toutes pièces, tenant d'une main l'épée haute, et de l'autre son écu chargé à'une croix pâtée. En 1193, il assista à la charte de fondation de l'abbaye de la Haye-aux Bonshommes, de l'ordre de Grandmont, faite par Maurice , IIe du nom, baron de Craon, avec lequel, en 1194, il fut témoin de la donation que Constance, duchesse de Bretagne, fit à l'hôpital de Saint-Jean d'Angers. Un titre de cette dernière année, dans lequel Yvon, seigneur de la Jaille, près la terre des Rues, qualifie Bonabes de Rougé, son seigneur, semble indiquer que Bonabes Ier était alors en possession de cette terre (Du Paz ; D. Morice ; D. Lobineau ; D. Villevieille ; archives des abbayes de Meilleray et des Bonshommes). Il en eut pour fils :

 

1° Egaré Rougé & 2° Bonabès Rougé décédés avant l'année 1180

 

3° Olivier, qui a continué la postérité ;

 

4°. Geoffroi, seigneur du Teil, fief dépendant de la châtellenie de Rougé, et dont il prit le nom. Il ratifia les donations de Bonabes de Rougé, son père, en faveur de l'abbaye de Meilleray. Il se croisa vers 1200 pour la Terre Sainte. On croit qu'il eut pour fils : Mathieu du Teil, chevalier, qualifié sénéchal de Bonabes, sire de Rougé, dans l'acte d'une transaction passée le 13 mars 1245, entre le prieur de Beré et Geoffroi de Leigné. Peu après, et par charte du 12 avril, Mathieu du Teil ayant donné à l'abbaye de Meilleray, une place sise au bourg du Teil, Bonabes de Rougé renonça aux droits seigneuriaux qui lui appartenaient, et en scella l'acte de son sceau représentant une croix pâtée, et de son coutre-scel, où l'écu est parti, au 1 une croix pâtée, et au 2e deux léopards, l'un sur l'autre (D. Fillevieille).

 

5° Aimeri de Rougé, qui, par acte du mois de mars 1220, donna à l'abbaye de Saint-Julien de Tours la dîme qu'il avait dans le fief du seigneur de Chemiré près les Rues, au diocèse d'Angers. ( Original en parchemin à la Bibliothèque du Roi). Il est désigné par d'anciens tableaux généalogiques dressés sur une production faite en 1710, comme l'auteur de la branche des seigneurs des Rues, en Anjou, dont nous parlerons plus bas.

 

 

VII. Olivier, Ier du nom, sire de Rougé, chevalier, succéda, après l'an 1200, à Bonabes, son père, dont il confirma la donation de l'an 1 183 , à l'abbaye de Meilleray, à laquelle Geoffroi du Teil, son frère, et lui ajoutèrent l'usage dans leur forêt d'Abbaret. Ces deux frères furent témoins du don qu'Yvon de la Jaille fit à la même abbaye d'une vigne située à Angers, par acte de l'an 1196, passé au Chalonge (paroisse de la Cornouaille, en Anjou). Olivier avait épousé, avant l'année 1180, Agnès, dame de Jacson, nommée avec lui dans des lettres données en 1203, sous le sceau de Geoffroi, évêque de Nantes, par lesquelles il appert que tous deux avaient fait don à l'abbaye de Buzey de ce qu'ils possédaient dans le Bois-Benoist, avec promesse de faire ratifier ce don par Olivier, Egaré et Béatrix, leurs enfants mineurs. En 1208, Olivier de Rougé fut convoqué nominativement aux états de Bretagne, avec les autres barons et principaux seigneurs, par Aliénor de Bretagne, comtesse de Richemont, et vivait encore en 1210. Ses enfants furent :

 

1°.Bonabes, IIe du nom, dont l'article suit ;

 

 

2°. Olivier de Rougé, qui donna en mourant ses dîmes de Rofiné et de Rougé à l'abbaye de Meilleray, du consentement de Geoffroi du Teil, son oncle.

 

 

3°. Egaré de Rougé & 4° Beatrix de Rougé, dont on ignore la destinée ultérieurement à l'année 1203, qu'ils étaient mineurs.

 

VIII. Bonabes, IIe du nom, sire de Rougé, chevalier, seigneur des Gastines en Anjou, du Teil, de la Chapelle-Glain, etc., assista en 1203, (et non en 1202, comme le dit par erreur du Paz) à l'assemblée des états de Vannes, convoquée pour venger l'assassinat du jeune duc Artur et fournir des troupes au roi Philippe Auguste, contre Jean Sans Terre, roi d'Angleterre, qui avait égorgé ce prince de sa propre main. Tout porte à croire qu'il comparut à cette assemblée pour son père, car il ne succéda à la seigneurie de Rougé qu'après la mort de celui-ci décédé vers 1219, comme on en juge par des lettres données en 1225, sous le sceau de l'archidiacre de Nantes, portant qu'Agnès, dame de Jacson, et Bonabes de Rougé, son fils, reconnaissent que depuis plus de 6 ans ils avaient donne à l'abbaye de Villeneuve toutes les dîmes qu'ils avaient en la paroisse de Fercé. (D. Villevieille ; cartulaire de l'abbaye de Villeneuve). En la même année 1219, et la veille de la Pentecôte, il souscrivit la charte donnée par le duc Pierre Mauclerc pour la fondation de la ville de Saint-Aubin du Cormier, ( D. Morice , t. 1, col. 854). En 1226, Bonabes de Rougé écrivit une missive à l'abbé de Toussaint d'Angers, pour l'autoriser à envoyer un chanoine dans sa chapelle de la paroisse de la Chapelle de Glaen, et fit, sous la qualité de seigneur des Gastines un don à l'abbaye de la Roe, par lettres de l'an 1229. Fromond, son sénéchal, rendit un jugement, en 1235, au profit de l'abbaye de Meilleray, à laquelle Bonabes de Rougé avait donné les dîmes du Teil et de Dissé. (D. Villevieille). Il mourut en 1252, et fut inhumé le 1er mai dans le cloître de celte abbaye, devant la porte du chapitre. Dans un tableau généalogique de la maison de Chateaubriand, dressé par M. d'Hozier en 1778, sa femme est nommée par erreur Alienor, au lieu d'Alix de Chateaubriand (voir La forteresse de Châteaubriant & ses possesseurs). Il en eut

 

1°. Olivier, IIe du nom, qui suit ;

 

2°. Marguerite de Rougé, femme du seigneur de Pouancé, en Anjou, des barons de Chateaubriand, suivant un acle de Briand le Boeuf, seigneur de Dissé et de Nozay, de l'an 1233. (Cartul. de l'abbaye de la Prirnaudière.)

 

 

IX. Olivier, IIe du nom, sire de Rougé, chevalier banneret, épousa Agnès de Derval, fille unique et seule héritière présomptive de Guillaume, sire de Derval, qui survécut à sa fille, décédée, laissant plusieurs enfants en bas âge, avant le mois de mai 1275. Ce fut par suite de ce mariage que cette branche aînée de la maison de Rougé ajouta à son nom celui de Derval, et que cette châtellenie devint sa résidence habituelle. Au mois de janvier de la même année 1275 (v. st.), Olivier de Rougé et son beau père, Guillaume de Derval, assistèrent à l'assemblée des seigneurs qui apposèrent leurs sceaux aux lettres de Jean, duc de Bretagne, touchant la garde noble ou bail des mineurs, droit onéreux que ce prince changea en rachat. (D. Morice, t. I, col. 1037). Olivier de Rougé fut l'un des 12 chevaliers bretons qui suivirent en Aragon, en 1285, le roi Philippe III, pour venger le massacre des Français aux vêpres Siciliennes, et il vivait encore en 1289, date à laquelle Geoffroi, baron de Châteaubriand, régla avec l'abbaye de Meilleray, par acte scellé des armes d'Olivier de Rougé et de celles de Briand le Boeuf, seigneur de Dissé et de Nozay, les limites et juridictions de leurs domaines et seigneuries de Maidon, Joue et Auverné. (Hist. de Bretagne, t. IV, p 20g : D. Villevieille ; cartulaire de Melleray.) L'acte du mois de mai 1275 énonce qu'Olivier II de Rougé avait alors plusieurs enfants en bas âge, mais ils n'y sont pas nommés. Il est certain qu'il fut père de Guillaume, Ier du nom, qui lui succéda dans les terres de Derval et de Rougé, et il parait avoir eu deux autres fils, Jean de Rougé, dont descendait la branche des seigneurs de la Chapelle-Glain ; et Egaré de Rougé, chevalier, seigneur des Gastines, en 1324, qu'on croit avoir été l'auteur de la branche des seigneurs du Bouays.

 

 

Du premier lit :

 

 

1°. Bonabes, IIIe du nom, qui suit ;

 

2° Jean de Rougé, tué au combat de la Roche-Derrien (voir La châtellenie de la Roche-Derrien) .

 

 

Du second lit :

 

 

3°. Marguerite de Rougé mariée par sa mère, le lundi avant les cendres 1338 avec Olivier Tournemine, chevalier, seigneur de la Hunaudave (voir Le château de la Hunaudaye à Plédéliac et ses possesseurs, page n° 1 - Le château de la Hunaudaye à Plédéliac et ses possesseurs, page n° 2 ), veuf d'Isabeau de Machecoul. Il fit son testament en 1341, et Marguerite de Rougé lui survécut.

 

XI. Bonabes, IIIe du nom, sire de Rougé et de Derval, chevalier banneret, l'un des personnages les plus considérables de son temps, fut seigneur de Neuville, de la Cornouaille et de la Roche-Diré (fief dominant de la seigneurie des Rues) châtelain de Pontcallec, par don de Charles de Blois, duc de Bretagne, puis vicomte de la Guerche, en Tourraine, terre qu'il obtint de la libéralité du roi Charles V, dont il était conseiller et chambellan. Il épousa, 1° par contrat passé sous le sceau de la cour d'Angers le dimanche après la Saint-Nicolas d'hiver le 10 décembre) 1329, Jeanne de Maillé, dame des Touches, fille de Jean de Maillé, chevalier, seigneur de Clairvaux, et de Jeanne de Parthenay ; 2° Jeanne de l'Isle, dame de Cinqmars-la-Pille, en Touraine. La comtesse de Penthièvre, femme de Charles de Blois , et qui s'était mise à la tête de son parti après le funeste combat de la Roche-Derrien, chargea, en 1348 , Bouabes de Rougé, d'aller en ambassade avec les sires de Rieux, de Rochefort et de Châteaugiron, pour traiter de la délivrance du duc de Bretagne, son mari ; mais Edouard III refusa alors de l'admettre à rançon. De retour en Bretagne, le sire de Rougé reprit les armes et passa avec sa bannière au service de France. Le Roi, par lettres clauses de l'année 1350, le convoqua au ban et arrière-ban. Il existe plusieurs montres de sa compagnie des 3 juillet et 10 octobre 1351. On voit par la dernière, conservée en original à la Bibliothèque du Roi, que cette compagnie était de 60 hommes, au nombre desquels étaient 5 chevaliers, 24 écuyers et 3o archers, son fils et 5 autres seigneurs de Rougé en faisaient partie. Elle est scellée de son sceau, écartelé, aux 1 et 4 de Rougé, et aux 2 et 3 de Derval. Gui de Nesle, maréchal de France, et lieutenant de Charles de Blois, institua en 1352, Bonabes de Rougé, gouverneur des parties de la Mée et de Redon. Celui-ci se trouva bientôt après, avec Véron de Rougé, à l'attaque du château de Mauron, où ce maréchal fut tué. Le 27 novembre de la même année, il apposa son sceau au traité que fit Jeanne de Penthièvre pour obtenir l'élargissement de Charles de Blois. Chargé de nouveau de suivre cette importante et délicate négociation, Bonabes de Rougé s'en occupait à Londres, avec les sires de Rochefort, de Beaumanoir, de Dinan, d'Avaugour, etc., lorsque Bertrand du Guesclin arriva pour voir le prince captif.

 

 

Château de Deval

 

Tous leurs efforts réunis ne purent cependant obtenir à Charles de Blois qu'un élargissement provisoire, et ce ne fut qu'en 1356, qu'Edouard consentit à rendre définitivement la liberté à son prisonnier. C'est à cette occasion que Charles de Blois, pour témoigner au sire de Rougé, sa reconnaissance des services qu'il avait reçus de lui et de son père, lui fit présent, en 1361,de la châtellenie de Pontcallec. (Rég. du parlement de Paris, cot. gi). Cependant Bonabes qui, dans celte guerre, avait presque constamment combattu dans l'armée française, s'attacha exclusivement au roi Jean. Il se trouva à la bataille de Poitiers, y fut fait prisonnier avec ce prince et conduit avec lui en Angleterre. (Hist. de Bretagne, par D. Morice, t. I., pp. 286, 287). Pendant celte captivité, le roi Jean choisit le sire de Rougé pour aller en France aplanir quelques-unes des difficultés qui s'opposaient à la conclusion de la paix. Mais Edouard mit un prix insigne à sa liberté momentanée : il exigea pour garantie de son retour que Philippe de France, fils du Roi, le comte de Longueville, premier prince du sang et 48 autres des premiers seigneurs du royaume, s'en rendissent caution par corps, et s'engageassent en outre à perdre honneur, biens, villes, châteaux et forteresses, et à lui payer 12,000 écus vieux, dans le cas où Bonabes de Rougé ne reviendrait pas au temps fixé se reconstituer prisonnier. Cet acte , que scellèrent les 48 pleiges en présence du roi de France et de l'archevêque de Sens, est rapporté en entier dans les Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, par D. Morice, (t. I , col. 1 523). Le roi Jean fut enfin rendu à la France par le traité de Bretigny en 1360. Au nombre des seigneurs qu'Edouard demanda comme otages pour sûreté de sa rançon, il désigna Bonabes de Rougé (cité par Vély sous le seul nom de Derval) qui eut ainsi l'honneur peut-étre sans exemple d'avoir eu dans l'espace de deux ans un fils de France et un prince du sang engagés pour sa personne, et de devenir lui-même otage pour son roi .Après la mort de Charles de Blois, tué à la bataille d'Auray en 1364, Jean de Montfort, resté maître de la Bretagne, pour se venger du dévouement que le sire de Rougé avait constamment montré à son rival, excepta expressément, par l'article 16 du premier traité de Guérande (1365), les terres de ce seigneur de celles qui devaient être restituées à leurs anciens propriétaires, il les confisqua à son profit, et plus tard donna le château et la seigneurie de Derval à Robert Knolle, célèbre chevalier anglais. (Le Baud, Hist. De Bretagne, p. 340). Mais le roi Charles V dédommagea son nouveau sujet des pertes que lui faisait éprouver sa fidélité par le don de la vicomté de la Guerche, ainsi que plusieurs autres grands héritages, tant en Touraine qu'en Anjou. Bonabes de Piougé était alors conseiller et chambellan de ce monarque. (Hist. de la noblesse, de Touraine, par l'Hermite-Soulier) En 1373, la guerre ayant e'té déclarée à Jean de Montfort, à raison de l'alliance qu'il avait contractée avec l'Angleterre, le sire de Rongé vint avec le connétable du Guesclin rejoindre le duc d'Anjou, occupé, ainsi que le dauphin d'Auvergne et Olivier de Clisson, à assiéger ce même château de Derval, son patrimoine, et qui dans ce temps était une des plus fortes places de la Bretagne. Cette entreprise ne fut point heureuse. Tous les efforts réunis échouèrent contre les murs de la forteresse, et des ordres réitérés du Roi firent enfin lever un siège qui avait été" surtout remarquable par l'acharnement des deux partis et par la cruauté qu'y exercèrent Clisson d'un côté, et Knolle de l'autre (voir L'immense fortune d'Olivier V, sire de Clisson.). ( Hist. de Bretagne, par D. Morice, t. I, pp. 345 à 348.) Bonabes de Rougé mourut, suivant du Paz, en l'année 1377, sans avoir encore recouvré l'héritage de ses pères, et fut inhumé dans l'abbaye de Meilleray, sépulture ordinaire de sa famille (voir Divisions ecclésiastiques. -Origines du diocèse de Nantes.) . Ses enfants furent ;

 

 

Du premier lit :

 

 

1°. Mahaut de Rouge, mariée avec Briand de la Haye ;

 

 

2°. Marguerite de Rougé, femme de Foulques de Chazé, chevalier, seigneur de Chazé-Henry, de Chazé-sur-Argos, de Vergonnes et autres lieux ;

 

 

 

Du second lit :

 

 

3°. Jean, sire de Rougé et de Derval, qui fit partie avec son père, en 1354 de l'ambassade en Angleterre, relative à la rançon de Charles de Blois, et s'attacha ensuite au duc de Bourbon. C'est à lui que furent rendus tous les biens que les Montfort avaient confisqués sur sa famille. Le duc Jean IV, forcé de demander la paix au roi Charles VI, subit, en 1381, les conditions du second traité de Guérande, où le Roi fit insérer un article spécial portant que Derval et la Roche-Diré seraient rendus à Jean de Rougé, ainsi que toutes les terres qui avaient appartenu à ses prédécesseurs ou lui étaient advenues depuis. Le duc Jean IV donna à Robert Knolle, comme dédommagement, 2000 livres de rente assignées sur d'autres domaines ;

 

 

4°. Galhaut, alias Guillaume, IIe du nom, qui suit ;

 

 

5°. Jeanne de Rougé, dame delà Cornouaille en Anjou, mariée avec messire Geoffroi de la Tour-Landry. Elle fit, le 20 octobre un testament dont elle confia l'exécution à Jeanne de l'Isle, sa mère. Elle ne vivait plus lorsque Geoffroi de la Tour-Landry fonda en la paroisse de la Cornouaille, en 1390 l'abbaye de N. D. de St-Sauveur, de l'ordre de Saint-Augustin de Condé ;

 

 

6°. Huette de Rougé, dame de Rouaibile, mariée avec Brisegaut d'Usaiges, seigneur de Nouans, vidame du Mans.

 

 

XII. Galhaut ou Guillaume, IIe du nom, sire de Rougé et de Derval, en 1383, chevalier banneret, vicomte de la Guerche,vseigneur de Cinqmars-la-Pile, en Touraine, de Neuville et de la Roche-Dire en Anjou, portait les armes sous son père en 1351, puis sous Pierre Tournemine, sire de la Hunaudaye, son parent, en 1370 et 1371. Il commandait une bannière, en 1377, à l'armée du duc de Bourgogne, puis en 1386, à l'armée que le roi rassemblait en Flandre pour l'expédition en Angleterre. Sa compagnie se composait alors de 3 chevaliers et 72 écuyers. Il assista aux états de Bretagne en 1408, et vivait encore en 1409. Il avait épousé Marguerite de Beaumanoir, fille de Jean de Beaumanoir, seigneur de Merdrignac, maréchal de Bretagne, pour Charles de Blois, et chef des Bretons au combat des Trente, et de Marguerite de Rohan, sa seconde femme (voir Les possesseurs de la seigneurie de Merdrignac) . Ses enfants furent :

 

 

1°. Jean, sire de Rougé et de Derval, vicomte de la Guerche, seigneur de Neuville et de la Roche-Diré, qui comparut, en 1385, au procès ou duel judiciaire de Robert de Beaumanoir, son oncle, contre Pierre Tournemine, son cousin (voir Le combat entre Pierre de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye contre Robert de Beaumanoir) . Il épousa Béatrix de Rieux fille de Jean, sire de Rieux et de Rochefort, maréchal de France, et de Jeanne de Rochefort, dame d'Acérac. Il mourut sans postérité le 8 février 1415, et fut le dernier sire de Derval de la maison de Rougé ; sa sépulture et son épitaphe se voyaient dans l'église paroissiale de ce lieu ;

 

 

. Henri de Rougé, qui par acte du 19 juin 1406, vendit à Tristan de la Lande, grand-maitre de Bretagne, 3000 écus d'or à la couronne de France. Il mourut célibataire ;

 

 

3°. Jeanne de Rougé, mariée, le 30 janvier 1408, avec Armel de Châteaugiron, IIe du nom, chevalier, fils de Patri, IIe du nom, sire de Châteaugiron, et de Valence de Baing, dame de Poligné. Elle mourut en 1413, un an avant son mari. Comme elle était l'ainée de ses frères, tous les biens de sa branche , à l'exception de la Roche-Diré, passèrent à ses enfants. Patri III de Châteaugiron son fils aîné, se trouva ainsi possesseur de Rougé et de Derval, de Cinqmars-la-Pile et de la Guerche ;

 

 

4°. Olive de Rougé, dame de la Roche-Diré, mariée avec Jean dit Perrier, chevalier, comte de Quintin, seigneur du Plessis Balisson (voir La châtellenie du Plessix-Balisson par l'abbé Auguste Lemasson, page n° 6). Elle mourut au mois de septembre 1418. Son petit-fils, Tristan du Perrier, seigneur de la Roche-Diré, reçut, en 1457 et 1481, les aveux et dénombrements qu'Etienne de Rougé, dit des Rues, lui fit à raison de sa terre des Rues, mouvante de la châtellenie de la Roche-Diré.

 

Extrait de histoire généalogique et héraldique….par M de Courcelles

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