Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 09:28

 

 

 

 

Le monument ancien le plus remarquable aux environs de St Brieuc , est la tour de Cesson, bâtie sur le sommet d'un cap élevé qui forme la pointe orientale de l'embouchure de la petite rivière du Legué. Le Duc de Bretagne, Jean IV, fit construire ce fort en 1395, pour protéger la côte et s'opposer aux invasions des pirates dans la baie de St-Brieuc et le Legué même. Une moitié seule de cette tour que l'on a ruinée par la mine, reste encore debout, et j'ai vu peu de constructions plus fortes ni plus solides. Elle était de forme ronde à l'extérieur, hexagone en dedans. La maçonnerie en est en pierres , dis posées par assises régulières mais non taillées. Le ciment qui les unit a acquis une telle dureté, qu'il surpasse celle de la pierre même. Les murs de la tour ont au premier étage seize pieds d'épaisseur; ils sont un peu moins forts dans les parties supérieures de l'édifice. Il y avait quatre étages, et le sommet se terminait en plate-forme; son état de ruine ne laisse plus voir s'il était muni d'un parapet saillant et de machicoulis, mais il y a lieu de le croire, ces accessoires ne manquant jamais dans toutes les fortifications du quatorzième siècle. Un escalier en vis, pratiqué dans l'épaisseur même des murs de la tour, donnait accès à ses différents étages. On voit dans les parties supérieures des restes de cet escalier. Chaque étage était éclairé par des fenêtres en forme d'embrasures, les unes carrées, les autres cintrées. On y voit aussi quelques barbacanes et des meurtrières pour placer du canon. Dans l'intérieur de la tour on voit des portes en ogive qui communiquaient d'une salle dans l'autre. De même que dans presque toutes les tours isolées, la porte extérieure de celle-ci n'était point au rez-de-chaussée mais au premier étage, elle est tout simplement carrée et a l'apparence d'une grande fenêtre plutôt que celle d'une porte. On y parvenait par un pont-levis, et l'on voit encore la coulisse qui en recevait la flèche. Ce pont-levis s'abattait sur la crête de la contrescarpe du fossé circulaire qui environne ce fort. L'usage de construire de ces fortes tours isolées remonte à une très-haute ancienneté. Elles furent comme nous l'avons déjà dit les premières habitations , les premiers châteaux des seigneurs et des chefs de guerre ; elles furent les premières citadelles qui maîtrisèrent les villes lors de l'affranchissement des communes, et qui retinrent leurs habitants dans le devoir et l'obéissance envers le prince, lorsque Louis le Gros permit l'organisation municipale des cités. Plus tard, quand la poliorcétique eut pris un bien plus grand développement et que la France vil s'élever de toutes parts des châteaux et des forteresses considérables, on continua néanmoins à bâtir en certaines localités des tours isolées, parce que ce genre de fortification était fort utile pour défendre l'accès d'un passage, d'un défilé, l'entrée d'une rivière, d'un port, etc, et que pour peu qu'une tour de cette espèce fut solidement construite, il suffi sait d'une garnison très-peu nombreuse pour la mettre en état de résister à l'attaque d'un ennemi très-supérieur, surtout aux époques où l'usage de l'artillerie était encore peu répandu. Pendant la guerre de la succession de Bretagne, entre Blois et Montfort, c'est par là qu'arrivaient les Anglais, alliés de Montfort; Montfort avait-il le dessus, il tenait Cesson et y recevait ses renforts d'Angleterre; Blois était-il le plus fort, il s'emparait de Cesson, et empêchait les Anglais de débarquer. En trente ans de combats, Cesson passa ainsi, plusieurs fois, de l'un à l'autre. Au temps de la Ligue, il devint le repaire d'un capitaine ligueur qui pillait et rançonnait tout le pays; mais un jour vint où Henri IV, résolu à remettre toutes choses en ordre, obligea les gouverneurs de forteresses à se soumettre, ou, quand ils ne se soumettaient pas, les fit pendre. Le château de Cesson fut alors abattu et il ne resta debout que la tour du donjon ouverte à tous les vents. -Aujourd'hui elle appartient à un riche propriétaire, ancien représentant, esprit sagace et instruit, unissant, comme quelques hommes de notre époque, les idées d'égalité et un instinctif amour du luxe, à la fois démocrate et châtelain. De même que les seigneurs d'autrefois, il a voulu avoir son château, un château moderne et un jardin, un jardin malgré le sol de roc où ne s'enfoncent pas les racines, malgré les ouragans qui arrachent ses arbres, malgré l'air âcre et salin, qui, comme sur tous les bords de la mer, ronge les feuilles et penche les branches, du côté de la terre : cette inclinaison uniforme d'un seul côté donne aux rivages de la mer une solennelle tristesse ; l'homme sent que là sa force est impuissante ; c'est une autre main qui courbe ces arbres, et leur donne leur pli pour toujours. Mais, lui, dure tête bretonne, avec la ténacité de sa race, il a creusé ça et là de larges espaces où il a planté des arbres verts; ces pauvres petits arbres, du fond de ces trous, élèvent timidement la tête de quelques pouces, jusqu'à ce que l'âpre brise, passant par dessus, les arrête brusquement et leur dise aussi en son langage : Tu ne monteras pas plus haut! -Quant au château, il eut un instant la pensée de le bâtir dans les flancs de la vieille tour ; des divans de soie de son salon on eût aperçu la plaine de la mer par les fenêtres à ogives percées dans un mur épais de dix pieds; mais il fut intimidé par cette masse de pierres qui se tiennent à peine et surplombent au-dessus de sa tête ; il désespéra d'atteindre, âvec ses petits étages, le haut de cette ruine découronnée et il se résigna à construire son château au pied de la tour, à quelques pas dans son ombre. Là, il a bâti un pittoresque logis, une sorte de villa italienne, peinte de vives couleurs, avec une galerie à jour courant le long du toit plat, il y a rassemblé les stucs et les marbres, les vases et les dorures, tout le luxe de notre temps. Mais, lorsqu'on sort de cette jolie et coquette demeure, le contraste des deux sociétés tout à coup apparaît saisissant : le petit château, accroupi au bas de la tour, s'abaisse comme humilié et craintif; tous ses détails s'amoindrissent ; il semble qu'à peine un homme passerait par ses portes étroites ; on dirait qu'on le peut saisir à deux mains par les arcs de sa balustrade, comme par des anses, et l'enlever de terre, et l'emporter comme un joujou d'enfant; et vis-à-vis, au contraire, s'élève la haute tour, montée sur un énorme monceau de débris écroulés; les grandes pierres de son faîte pendent dans le vide, et sur l'azur du ciel s'arrêtent les degrés de son escalier rompu : dressée à l'extrémité d'un promontoire qui s'avance dans la mer, de plusieurs lieues, de toute la côte et de l'Océan, on aperçoit sa masse longue et sombre; tout à l'entour les champs sont nus, sans arbres, presque sans maisons ; ébréchée et crevée, elle s'allonge vers le ciel, comme un colossal obélisque; au-dessous, à plusieurs centaines de pieds, la mer frappe de ses vagues sa base de rochers, les vents la battent incessamment ; et de ses flancs s'envolent, en jetant de longs cris, les oiseaux aux ailes grises, vers l'Océan. La tour de Cesson, circulaire à l'extérieur et hexagone au dedans, fut élevée par le duc Jean IV à la fin du XIVe siècle. D'un aspect sévère et grandiose, elle a un diamètre intérieur de cinq mètres cinquante centimètres; une double enceinte de fossés, taillés à pic dans le roc, ou revêtus en fond de cuve, l'entoure. Sa base est un massif légèrement conique, et les murs ont environ quatre mètres d'épaisseur à l'étage inférieur. Ils contenaient un escalier en hé lice conduisant à la plate-forme, des couloirs et des tuyaux acoustiques, pour faire parvenir rapidement les ordres dans toutes les parties de la forteresse, et mettre en communication les défenseurs de ses quatre étages. Chacun d'eux était éclairé par des fenêtres, les unes carrées, les autres cintrées, formant par leurs profondes embrasures un petit appartement garni de bancs de pierre. On y voit aussi quelques barbacanes et des meurtrières pour placer du canon. Des portes en ogive faisaient communiquer, à l'intérieur, d'une salle dans l'autre. Au premier étage se trouvait la porte d'entrée à plein-cintre. Le pont-levis se manœuvrait à l'aide d'une armature courbe en fer, engagée à l'extrémité d'une poutre qui rentrait dans la muraille par deux coulisses, l'une verticale et l'autre arquée. Deux chaînes , suspendues au bout de l'arc, portaient le tablier qui s'abattait sur la crête de la contrescarpe du fossé. L'appareil de ces constructions annonce le XIVe siècle, et elles n'étaient pas sans doute terminées lors des deux sièges de Saint Brieuc, en 1375 et en 1394 , puisqu'il n'y est pas fait mention de la tour de Cesson. Le chanoine Ruffelet, qui écrivait en 1771, dit que, de son temps, on y voyait les armes de Bretagne et de Navarre en alliance. Cette indication vient préciser, à peu d'années près, la date de cette forteresse, qui aurait été élevée entre l'an née 1386, pendant laquelle le duc Jean IV épousa Jeanne de Navarre, et l'année 1399, celle de sa mort. Au commencement d'août 1592, Saint-Laurent, lieutenant du duc de Mercœur, vint mettre le siège devant Cesson ; mais le marquis de Sourdéac accourut au secours de la place, et, dans un combat des plus vifs, il battit Saint-Laurent, le fit prisonnier et le retint captif dans cette même tour où il s'était flatté d'entrer d'une autre manière. Le duc de Mercœur ne tarda pas à venger l'honneur de son lieutenant; il vint lui-même mettre le siège devant Cesson, qu'il prit par capitulation, après lui avoir fait essuyer quatre cents volées de canons. Cette tour demeura au pouvoir des Ligueurs jusqu'en 1598, année où elle fut reprise par le maréchal de Brissac et remise sous la domination du roi. Henri IV la fit démolir la même année, à la demande des habitants de Saint-Brieuc. La mine qu'on fit jouer à cette intention, fendit de haut en bas le colosse, dont une moitié seulement s'affaissa sur elle-même. L'autre moitié, encore debout sur son promontoire, et d'une hauteur de plus de vingt mètres, en servant de guide aux pilotes, offre au paysagiste et à l'archéologue un précieux débris du passé : c'est la couronne brisée de la cité de Saint-Brieuc. Des fouilles, pratiquées sous la tour, ont amené la découverte de chausse-trappes qu'on jetait dans les gués pour enferrer les hommes et les chevaux ; de boulets en potain ; d'un grand nombre d'épées rompues, de vouges, d'épieux et de faucilles, d'une lourde hache, enfin de médailles, de pote ries et de tuiles romaines , qui indiquent que la forteresse du moyen âge avait succédé à un établissement plus ancien. Plusieurs de ces débris sont déposés au musée de Saint-Brieuc. Description effectuée par Fréminville et Pol de Courcy

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens