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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 16:11

 

Cette voie part de Blain par la petite rue de l'École. Le mur du jardin du presbytère a été bâti dessus. De là, après avoir traversé plusieurs prairies qui en ont retenu le nom de Prés de la Chaussée, elle passe au village de la Paudais et va à la Croix-Morin couper, à angle très-aigu, la route royale d'Ancenis à Redon, à mi-distance entre la 19°. et la 50°. borne. Elle prend le bord septentrional de la route, jusqu'à la 50°. borne, se confond avec elle pendant 200 mètres, entre les maisons éparpillées du village de la Chaussée, auquel la voie a aussi domné le nom.

 

 

Blain : Chaussée, la Masséais 

 

A 8 ou 900 mètres au N. de ce village, près d'une vieille gentilhommière nommée la Masséais, est un camp de forme circulaire, entouré d'un fossé de 12 à 15 pieds de profondeur et de 20 à 24 pieds de largeur, dont le bord extérieur a à peu près 100 toises de périmètre. L'enceinte est en outre défendue par un talus de 1 à 5 pieds d'élévation et d'environ 50 toises de tour; sa superficie intérieure est d'environ 10 ares. Elle n'a qu'une seule entrée située à l'Ouest. La déclivité du coteau étant très-faible, la seule défense de cette enceinte consistait dans ses fossés. Après la chaussée, la voie se rejette au bord méridional de la route moderne, montre encore son sillon peu marqué dans quelques prés en descendant au ruisseau de l'Angerais : se réunit encore à la route à 200 mètres au-delà de la 51e. borne, continue avec elle jusqu'à la 52°., prend encore la parallèle au Midi vis-à-vis la Riellière, et se réunit de nouveau au-delà de l'Abboüie, vers la 53°. borne. C'est ici qu'avant la clôture des landes de chaque côté de la route, et le récent empierrement, on pouvait juger de la largeur et de la beauté de l'ancienne voie. Sa chaussée ou agger, formée d'un massif de gravois parfaitement solide, présentait encore une surface unie large de 36 à 40 pieds, dans laquelle le temps et l'intempérie des saisons avaient à peine creusé quelques ornières. Là, on aurait pu se convaincre que la manière d'empierrer les routes à laquelle Mac Adam a donné son nom, si elle n'est pas renouvelée des Grecs, l'est, à coup sûr, des Romains, qui l'ont employée dans toutes leurs voies que j'ai vues en Bretagne, se servant surtout de ces cailloux roulés de quartz, macadamisage naturel, dans tous les endroits où ils ont pu en rencontrer, et allant souvent même les chercher fort loin. De chaque côté de la chaussée était un espace de 25 à 30 pieds de largeur, qui ne paraissait pas empierré ; en sorte que la largeur totale de la voie entre les contrefossés, était de 90 à 100 pieds. Ces contrefossés avaient eux-mêmes 12 à 15 pieds de base. Nous retrouverons ces mêmes dimensions dans les landes de Guenrouet, de St.-Gildas et de Missillac,

 

 

Guenrouet, Saint-Gildas-des-Bois

 

où la culture ne les a pas encore fait disparaître. A 200 mètres au-delà de la 51°. borne, à 100 pas à peu près vers l'O. de la barrière à laquelle vient aboutir la petite ligne de Curun, la voie entre dans la forêt du Gavre et en traverse la pointe nommée Coin de Curun, que contourne la route moderne sur laquelle vient sortir la voie à 250 mètres au-delà de la 55°. borne. On peut suivre encore pendant ce trajet, de moins d'un quart de lieue, la voie romaine dans la forêt. Elle y franchissait le ruisseau du Fresne vers la chaussée d'un vieil étang depuis long-temps desséché. On dit qu'il y existait une ancienne forge.

 

 

Forêt du Gâvre

 

Ce qu'il y a de certain, c'est que vers la fin du siècle dernier, quand on a abattu les admirables futaies qui garnissaient toute cette petite vallée, les ouvriers ont trouvé une assez grande quantité de fragments de tuiles à rebords et de briques ; j'en ai recueilli moi-même quelques-unes dans le ruisseau, dont on venait d'élargir le lit. A l'endroit où la voie, sortant de la forêt, coupait la route moderne, il existe un embranchement dont j'ai parlé, en terminant mon chapitre de la voie de Vannes à Blain par Rieux. En effet, les deux voies, après n'en avoir formé qu'une depuis Blain jusque là, se séparent en ouvrant un angle de 10 à 15 degrés, La raison pour laquelle je fais sortir directement de Blain la voie de Port-Navalo, et non celle de Vannes, c'est d'abord qu'à l'embranchement dont je viens de parler, la première continue son tracé sans la plus légère inflexion, tandis que le détour formé par la voie de Vannes est très-sensible ; en second lieu, les dimensions très-remarquables pour la largeur, que j'ai expliquées ci-dessus, se retrouvent sur le prolongement de la voie de Port-Navalo, et non sur celle de Vannes, qui n'a guère qu'une largeur moyenne de 50 à 60 pieds.Je dois ajouter que la largeur de la voie de Port-Navalo se retrouve sur celle de Blain vers Angers, ce qui, indépendamment de leur direction, les mettrait en rapport l'une avec l'autre. Les points d'intersection ou d'embranchement des voies sont assez difficiles à bien déterminer. Il serait à propos de marquer celui du Coin de Curun, par une croix de pierre avec une inscription qui indiquât la séparation des deux routes antiques. De ce point, la voie prend la direction des moulins à vent du Haut-Breil, près et au N. desquels elle passe. Elle était très-bien marquée jusqu'au ruisseau qu'on trouve avant d'arriver à ces moulins. Elle était difficile à suivre en remontant le coteau et en se rendant des mêmes moulins à la rivière d'Isar, même avant que la culture d'une grande partie des landes qu'elle traversait eût augmenté cette difficulté. A 400 mètres de la rivière, la voie sépare plusieurs prés, et entre autres les parcelles 152 et 15h du 8°. bief du canal de Nantes à Brest. On lui a donné ici une élévation de 1 à 5 pieds, et on l'a formée d'un massif de pierres dont la grosseur va toujours en diminuant de la base à la superficie. On en a tiré une quantité considérable, et malgré cela la chaussée est encore parfaitement solide. Sa largeur a été fort resserrée, elle n'est pas de plus de 8 mètres. En arrivant dans le lit de l'Isar, elle disparaissait entièrement, soit qu'il ait existé en cet endroit un pont de charpente, soit qu'il y eût un gué sans pont dont le pavé aura été détruit par les eaux. On n'en a retrouvé aucun vestige en creusant le canal. L'Isar était très-peu large dans l'endroit où la voie romaine le traversait. Le coteau de la rive gauche a une pente très rapide, que les ingénieurs romains avaient adoucie par une forte échancrure creusée dans le coteau, et qu'on aperçoit fort bien en descendant des moulins du Haut-Breil vers la rivière. Après avoir gravi le coteau de l'Isar par l'échancrure dont nous avons parlé, la voie suit le fossé du bois-taillis de la Joussais placé au N.; passe à 200 mètres vers le S. du village de l'Epault, sur une petite lande où elle est encore très visible ; entre dans une grande gagnerie nommée Coz-Cazel. Les vestiges de la voie ont disparu dans cette gagnerie, au moins à l'oeil ; mais les laboureurs en retrouvent l'empierrement avec la charrue, et savent fort bien indiquer sa direction vers la chapelle de N.-D.-de-Grâce, qui n'en est éloignée que de 3 ou l100 mètres. La voie laisse cette vieille chapelle à 100 mètres au N., en passant au travers de prés et de champs dans lesquels on la suit encore facilement. La voie se retrouve à la sortie du petit chemin venant de la chapelle. Elle est fort rompue, mais fort reconnaissable depuis ce point jusqu'à la Née euret, bas-fonds ou noë par où s'écoule un petit ruisseau. Mais après l'avoir franchi, elle se présente dans toute sa largeur en remontant la pente douce du coteau, et c'est là qu'entre ses contrefossés très-apparents j'ai retrouvé cette largeur de 90 à 100 pieds, que j'ai déjà remarquée entre l'Abboüie et le Coin de Curun. On trouve bientôt une croix de fer, plantée sur son milieu, et c'est à partir de cette croix, jusque vis-à-vis des moulins à vent de Bothet, qu'on peut juger encore de la beauté primitive de ce grand ouvrage. Le chemin vicinal, depuis la chapelle de Grâce, existe sur la voie même et s'y continue presque sans interruption jusque dans la commune de Missillac.

 

 

Missillac

 

La voie laisse les moulins de Bothet, Botehel, vers le S., à un demi-quart de lieue. A la hauteur de ces moulins, la voie forme rampe sur la pente septentrionale du mamelon sur lequel ils sont placés. On remarque ici un affouillement de cailloux roulés au bord même de la voie, vers le N. Ces cailloux, comme je l'ai déjà fait remarquer, sont presque partout la matière dont les ingénieurs romains ont formé l'agger de leurs routes, et souvent même leur massif tout entier. Ici, la voie est assise sur un lit de dalles brutes assez larges, et comme les pierres sont rares dans le canton, les paysans ont fouillé la voie en beaucoup d'endroits pour en arracher ces pierres. La voie descend au ruisseau de Brivet, le traverse à 500 mètres au N. du village du même nom, passe à 100 mètres pareillement au N. de la ferme du Grenic, et poursuit, en laissant aussi vers le S., les villages de Botdelo et de Trigodet. A partir du Grenic, elle est resserrée entre des clôtures sous lesquelles ont disparu ses contrefossés. La partie convexe de la chaussée forme un chemin vicinal très-solide. Ce chemin vicinal conduit au bourg de St.-Gildas-des-Bois, et un embranchement qui se rapproche davantage du marais, conduit à divers villages dont nous allons parler. Ce dernier chemin est la voie elle-même réduite encore à la partie la plus convexe de sa chaussée. Mais avant cette bifurcation, elle quitte le chemin vicinal, se jette à gauche dans une châtaigneraie dépendant de la ferme de Botdelo, puis dans une pièce de terre labourable, et sort à 100 pas du détour sur une petite lande, tout à côté d'une petite maison nommée la Bozardière ; de là elle passe successivement aux villages de la Rivière, de la Barre, de Goura, et arrive à un ruisseau qui sort des étangs du Pas-Hervé et du Gué-aux-Biches. Ici, la voie laisse à un quart de lieue au N. l'ancienne abbaye de St.-Gildas-des-Bois, fondée en 1026 par Simon, fils de Bernard, seigneur de la Roche, en un lieu nommé Lan Pridic. Une grande partie de l'église est de cette époque ; il y a lieu de croire que le choix de cet emplacement est dû, pour cette abbaye comme pour un grand nombre d'autres que nous remarquerons en Bretagne, au voisinage de la voie romaine.

Arrivée au ruisseau dont j'ai parlé, elle n'est plus reconnaissable, et pour la retrouver, il faut continuer la ligne droite en affrontant un chemin très-étroit et plein d'eau, et aller jusqu'au village de Pont-Nault, où recommence un chemin vicinal tracé sur la crête de la voie, lequel se continue jusque vis-à-vis le village de la Toulardais. Là, la voie poursuit sa direction au travers des champs, passe très-près et au S. de ce village, et sort aussitôt sur la lande en remontant une longue côte jusqu'au moulin à vent de Prenic. C'est encore ici qu'elle a conservé une grande beauté et toute sa largeur avec les contrefossés. Les paysans la nomment la Vieille-Chaussée. Elle sert de chemin presque jusqu'au moulin, au pied duquel elle passe, et de là elle va, en formant une courbe douce, passer à 30 pas au N. d'un cabaret nommé la Croix-de-Haut, à cause d'une croix de granite placée à côté, et qui paraît anciènne. De cette croix la voie se rend en droite ligne à la Maison du-Siége. Elle est encore très-marquée et bien entière, si ce n'est que dans une grande longueur elle a été fouillée pour en tirer les larges pierres qui en forment la base, et dont on a bâti plusieurs maisons qu'on aperçoit à peu de distance vers le Sud. La Maison-du-Siége est un petit manoir à un quart de lieue au N. du bourg de Missillac. La voie passe dans la cour et descend au ruisseau qui alimente l'étang de la Brétesche, le traverse, pénètre dans la partie de la forêt la plus rapprochée du château qu'elle laisse à 500 mètres au S.; coupe ensuite une longue prairie marécageuse nommée la Noüette, dans laquelle la voie forme un sillon très-marqué ; de là elle parcourt le bord méridional de la forêt, jusqu'à un chêne assez vieux nommé le chêne criminel, placé à peu de distance de la route royale de Nantes à Vannes. Elle traverse encore une sorte de marécage, gravit le coteau, et va couper la grande route à angle fort aigu au S. et très-près du cabaret nommé Bellevue. Le château de la Brétesche, que j'ai indiqué comme très rapproché de la voie, présente de nombreux souvenirs féodaux et historiques, dont ce n'est pas ici le lieu de parler. De Bellevue, la voie descend au village et à l'ancien manoir du Bois-Marqué. Dans ce trajet comme au-delà, c'est un chemin vicinal très-fréquenté. La culture, les haies et fossés ont fait ici disparaître la voie, et pour la retrouver, il faut traverser un vallon qui sert de limite aux communes de Missillac et d'Herbignac, et arriver à un autre manoir nommé la Ville-Henor, qui, comme le Bois-Marqué, n'est pas indiqué sur la carte de Cassini.

 

 

Herbrignac

 

Là, on découvre parfaitement la voie et sa direction vers le moulin du Fauzo, qu'elle laisse à 100 mètres à l'O. Un quart de lieue plus loin, la voie coupe la grande route de Guérande à la Roche-Bernard, à environ une lieue au S. de cette petite ville, passe entre les villages de Caron et de Kermahé,

 

 

 

La Roche-Bernard : Caron et Ker Mahé

 

 

et commence à descendre vers la Vilaine, en laissant le bourg de Férel à une demi-lieue au S. O. et passant au village de Ker-Talet d'où, par une pente très-douce, elle arrive sur le bord de la rivière, en face du manoir et du village de la Noie, placé sur la rive droite. Depuis une lieue à peu près, la voie parcourt la commune de Férel, et a fait son entrée dans le département du Morbihan. Mais avant de passer la Vilaine et de quitter l'ancien territoire du diocèse de Nantes, qui s'étendait jusqu'à cette rivière, je dois faire mention d'un embranchement à la voie que je décris, se dirigeant sur le pays guérandais par Herbignac et St.-Liphard, embranchement que je n'ai pas encore assez étudié pour en rendre compte, mais duquel j'ai parcouru un fragment de plus d'une lieue entre les deux bourg que je viens de nommer. Le président de Robien s'est beaucoup occupé de la voie que nous parcourons. Je citerai au fur et à mesure les pas et sages de son manuscrit qui concernent les portions que je vais successivement observer, en les accompagnant de remarques critiques quand il sera nécessaire de redresser quelques erreurs de ce savant magistrat. « On peut suivre l'espace de 12 lieues un chemin romain qui conduit de Pont-Chasteau, diocèse de Nantes, aux environs de Vennes, Ce chemin passe dans la paroisse de Pont-Chasteau à la droite de la forest (de la Magdeleine) après quoi il entre dans la paroisse de Missillac, et laisse à la droite le bourg de Missillac et le château de la Brétesche. Là, il rencontre le chemin de Nantes à Vennes. Il le laisse sur la droite. Il passe dans la paroisse d'Herbignac, entre les maisons de Ker-Robert et de Ker-Éric à droite, et les moulins à vent du Fozeau et du grand Tregu à gauche; ensuite il se rend en droiture à la rivière de Vilaine dans le seul endroit propre à former une descente aisée... Ce chemin de Pont-Chasteau à la Vilaine est assez droit ; il fait un coude sensible à l'extrémité de la forêt de la Brétesche, entre les paroisses de Missillac, Nivillac et Herbignac, et que le grand chemin de Nantes à Vennes laisse sur la gauche. » La route de Nantes à Vannes passait à Pont-Chasteau du temps du président de Robien, comme elle y passe encore aujourd'hui.

 

 

 

Pont-Château

 

C'était un chemin très-fréquenté, auquel les ingénieurs du duc d'Aiguillon ont donné la forme d'une grande route ; mais jamais dans ces parages, que j'ai maintes fois parcourus, je n'ai rencontré vestige de voie dans les marécages de la forêt de la Brétesche, et n'en retrouvant plus la suite, il aura cru la reconnaître dans le chemin qui conduisait à Pont-Chasteau et qui à cet endroit-là même, faisait avec la voie un coude sensible, comme l'a fort bien remarqué M. de Robien. Comme j'ai suivi la voie pas à pas, et que je l'ai amenée à Bellevue en sens inverse de la direction prise par notre auteur, il m'a été impossible de tomber dans la même erreur, et au point d'intersection de la route moderne et de la voie, celle-ci ne m'a présenté aucune inflexion, et au contraire partout les courbes les plus moelleuses à admirer. « Il y a bien de l'apparence qu'on passait la rivière dans un bac; il ne reste aucune trace du pont. La rive opposée, dans la paroisse d'Arsal, est aussi d'une pente facile, et sur le fond même du chemin est bâtie la maison noble de Noe (la Noie). De là le chemin quitte le bourg d'Arzal, le laissant sur la gauche (à un demi quart de lieue) de même que le village de Lan-Tiern, et traverse le chemin de Nantes à Vennes à un cabaret nommé la Croix-du-Serf Après quoi il (le chemin romain) entre dans la paroisse de Noyal-Mézuillac, laisse sur la gauche la maison de Kerven , et la chapelle de N.-D.-de-Grâce, passe entre les moulins à vent et la maison de Linéac, laisse le moulin à vent et le château de Keralio sur la droite, et va trouver l'étang de Pen-meur, paroisse de Bourg-Péaule, dans un lieu où, vraisemblablement, il n'y avait autrefois qu'un ruisseau peu considérable qu'on passait à gué. Le chemin remonte par une pente assez douce au côté occidental de l'étang, toujours dans la paroisse de Bourg Péaule, traverse le village de Bois-Horty, bâti sur ses ruines (et qui ne se trouve pas sur la carte de Cassini), laisse la chapelle de St.-Gourlay, sur la droite, traverse le chemin de Nantes à Vennes, pour entrer dans la paroisse d'Ambon, passe au milieu du village de Born, bâti sur le chemin même ; poursuit entre le moulin à vent et la maison de Renoyal, descend dans des marais et des prairies, où sans doute il y avait autrefois un pont et une chaussée dont il ne reste aucun vestige. De là, il pénètre dans la paroisse de Surzur, laissant les moulins à vent de Kerguisec et de Vaujours, sur la droite, et le bourg de Surzur sur la gauche. C'est près du village de Lezcorno, à un quart de lieue à l'Est du bourg de Surzur, au bord de la voie romaine, qu'un laboureur découvrit, en 1835, « une pierre monumentale haute de 3 pieds environ, cylindrique, légèrement amincie inférieurement en forme de bouchon, et dont le diamètre supérieur est à peu près d'un pied. La curiosité, ou plus probablement un vague espoir de riche trouvaille, porta ce cultivateur à fouiller dans l'endroit où cette pierre était à demi enfouie ; mais ses recherches n'eurent d'autre résultat que de mettre à découvert quelques fragments de briques et de poteries romaines, il transporta la pierre dans le jardin de sa ferme, à Lezcorno, où elle fut trouvée gisante par M. Cayot-Délandre, et deux autres membres de la Société polymathique de Vennes, qui s'y transportèrent pour lire l'inscription gravée sur cette pierre, » et qu'ils ont copiée ainsi :

 

IMP CAES

PIAVONIO

VICTORINO

PIO FELICI

AVG

 

Cette inscription est contemporaine de celle qui existe à St.-Meloir-des-Bois, près de Corseul, et de laquelle j'ai parlé à la fin de mon chapitre, sur la voie de Vannes à Corseul. Toutes deux sont dédiées à M. Piavonius, lieutenant et successeur de Posthumus à l'empire des Gaules, et gravées sur deux colonnes milliaires, qui ont été érigées en l'an 268 de J.-C. Indépendamment de ces inscriptions, curieux monuments du règne si court de Victorinus, on doit rappeler ici les médailles de cet empereur, en petit bronze, trouvées, depuis quelques années, à Berric, à 2 lieues N. E. de Surzur, et portant en légende :

IMP. C. PI VICTORINVS. AVG.

 

 

Suzur

« A l'endroit même où la pierre a été trouvée, le simple aspect des lieux nous fit apercevoir de nombreux vestiges d'une station romaine. Les fragments de briques et surtout de vases en terre cuite y abondent. Quelques coups de pioche donnés à peu près au hasard nous en fournirent d'assez grande dimension, ainsi que des cendres, des parcelles de charbon et des matières calcinées. Ces produits de la combustion forment dans le talus qui borde la voie romaine, convertie aujourd'hui en chemin vicinal sur ce point, une zône noirâtre qui tranche vivement sur le fond sablonneux du sol » Dans la commune de Surzur et dans son voisinage, la voie est connue sous le nom de Chemin Conan. M. de Robien ne rappelle point ce nom, et dans son exploration il ne paraît pas avoir rencontré la colonne milliaire dont je viens de parler ; mais il donne à notre vieux chemin une direction qu'il a bien réellement et sur laquelle cependant il y a plusieurs observations à faire. « Il entre enfin dans la paroisse de Noyalo, laissant l'étang du Granel sur la droite, et rasant le clocher et les maisons du bourg de Noyalo qui restent à la gauche ; on pourrait le suivre plus loin. »

 

 

Noyalo, étang de Granel

 

Il est fort à regretter que M. de Robien n'ait pas poursuivi son investigation ; elle nous eût appris où allait la voie dans cette direction N. O. Quelqu'un qui l'a reconnue au bourg de Noyalo, comme M. de Robien, croit qu'elle allait rejoindre la route de Nantes, et se rendait à Vannes ; cela n'est pas impossible. Alors deux routes romaines, partant de Blain, seraient arrivées à Vannes en suivant deux directions différentes ; ou plutôt cette voie de Blain, en se rendant au Port-Navalo, comme nous le verrons tout-à l'heure, réunissait pas ses embranchements d'Herbignac sur Guérande, et de Surzur sur Vannes, cette ancienne capitale avec tout le littoral du Morbihan et de la Loire-Inférieure. La question sera résolue quand on aura pris la peine de suivre la voie au-delà du bourg de Noyalo, comme M. de Robien assurait qu'on le pouvait faire. Il y a encore à Surzur une autre vérification à faire ; c'est de s'assurer si la voie qui nous occupe, tout en poussant un embranchement vers Noyalo, n'en a pas un autre qui se détourne au S. O. pour gagner Sarzeau et Port-Navalo, en parcourant la partie la plus élevée de la presqu'île de Rhuis ; on verra par ce qui va suivre que l'existence de cet embranchement est très-probable. Une voie romaine a été observée au village de la Lande, commune de Sarzeau, à une lieue et demie de Surzur, et situé sur le bord oriental de la grande route de Sarzeau à Vannes. De ce village jusqu'à la chapelle de Saint-Colombier, la voie semblerait tenir la parallèle à l'Est, et très-près de la route moderne, avec laquelle elle se confondrait ensuite jusqu'à Sarzeau ; car, comme l'observe très-bien M. Cayot-Délandre (Ann. du Morb., 1838, page 116), « partout ailleurs elle aurait eu à traverser des bas-fonds qui étaient toujours soigneusement évités dans le tracé de ces chemins. Arrivée à Sarzeau , elle prend la direction des Quatre Vents, de Coët-Dihuel, et se rend ensuite à la limite de « la commune de Saint-Gildas, où elle est mieux conservée que dans tout le reste du canton ; elle fait limite avec Sarzeau, au-dessus et au-dessous du village de Largueven, traverse ensuite le village de Net, passe au pied du moulin à vent de ce même village, et entre dans la commune d'Arzon, par le village de Tumiac, se dirige sur le bourg et se rend ensuite à Port-Navalo, bourg situé vis-à-vis de Loc-Maria-Ker, au fond d'une petite baie en forme de fer à cheval, dont les côtes élevées forment un excellent abri aux nombreux navires qui s'y réfugient dans les mauvais temps. Il est situé près de l'entrée du Morbihan. Evidemment il y eut là autrefois un port dont il apparaît encore quelques vestiges ; son nom, de racine latine, et la voie romaine qui y aboutit, nous font penser que son établissement remonte à l'époque de la conquête du pays par les Romains. » (Annuaire du Morbihan, 1838, pages 129à 137.) Je pourrai revenir sur Port-Navalo, en parlant de Locmaria-Ker, au chapitre de la voie de Vannes à cet antique établissement romain. Ces deux localités maritimes, séparées seulement par le goulet du Morbihan, et auxquelles viennent aboutir des voies romaines, doivent avoir eu entr'elles des rapports qu'il ne sera pas sans intérêt de rechercher. Je terminerai ce chapitre en reproduisant les observations générales du président de Robien, sur la voie que nous venons de parcourir. « Dans les endroits conservés tels que les landes, ce chemin a environ 30 pieds de largeur. Il est élevé au-dessus du rez-de-chaussée, de la hauteur de 3 pieds, bien comblé au milieu avec une pente insensible vers les bords qui se terminent à 6 pouces de hauteur. Il paraît que, en plusieurs lieux, on a creusé le terrain à dessein de le rendre plus solide. Communément le dessous est formé par des assises de grandes pierres bien unies surmonté d'un cailloutage mêlé de sable, mais si bien joint que le tout ne forme qu'une superficie propre à faire rouler les voitures avec facilité. En beaucoup d'endroits il ne se voit plus ; on ne le reconnaît qu'à un sable blanc ou rougeâtre, reste des pierres que les voitures et les animaux ont broyées. Ce sable n'a rien d'analogue à celui du terrain où il se trouve. Dans les terres labourables, ce chemin ne se reconnaît qu'au terrain plus élevé que le reste du champ. Dans les prairies il n'en reste aucuns vestiges, les propriétaires ont ôté les pierres et les cailloux qui pouvaient nuire à la faulx. Ce chemin n'est proprement entier que dans les landes et les lieux qui ne sont point fréquentés. Ce qui s'en est le mieux conservé se trouve dans les paroisses d'Arzal et de Surzur. En beaucoup d'endroits il est construit purement de cailloux, en d'autres de cailloux mêlés de grosses pierres, en d'autres enfin de petits cailloux et de gros sable rougeâtre et blanc. » (Robien).

 

 

Arzon : Port-Navalo

 

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Published by poudouvre
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