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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 15:37

Voie de Vannes à Corseul.

 

 

Plan de Vannes, étoile rouge, sortie route de Locminé via Saint Guen

 

Cette voie sort de Vannes par la route de Locminé, là suit parallèlement et côte-à-côte jusqu'au village de Saint Guen, au-dessus duquel elle pénètre dans les terres, laissant à peu de distance, à l'O., le moulin de Kerisac, et le village de Mangouer-Venec, à l'Est. Elle entre aussitôt après dans la commune de Saint-Avé, qu'elle traverse du Midi au Nord, passant à 750 mètres O. du clocher. On l'y connaît sous le nom de vieux grand chemin de Saint-Jean-Brévelay ; et comme elle a toujours été très-fréquentée, elle ne peut être reconnue aujourd'hui que dans bien peu d'endroits.

 

 

Saint Avé, le chemin de St Jean de Brévelay est étoilé

 

Après que la voie est entrée dans la commune de Monterblanc, elle traverse la lande du Parc-Quarré, près et à l'E. de la maison de ce nom ; puis passe à la chapelle de la Magdeleine, située à une lieue à l'O. du clocher de Monterblanc ; au village de Folperdric, elle doit laisser, à peu de distance à l'O, le moulin de Morbonio, l'un des points de Cassini ;

 

 

Monterblanc avec les landes du Parc Carré et la Magdelaine

 

elle se continue dans la commune de Plaudren, entre les Villages de Kerhellé et de Clescouët, le Salo, Kerguillon, le Gonavro, Poulbrenn et Kerdiren. A l'Ouest de cette voie et à peu de distance du village de Poulbrenn, se trouve un grand retranchement en rejets de terre, nommé dans le pays, le Fort du Bois-Gabel (en jaune). Sa dimension est d'environ 101 mètres sur chaque face.

 

 

 

 

Agrandissement du Fort du Bois-Gabel 

 

Nous arrivons à la lande de Lanvaux, formant ici le point culminant entre le bassin de la rivière de Tre-Auray et celui de la Claye. Mais, au-delà de Poulbrenn, nous manquons de renseignements sur la direction précise de la voie de Vannes à Corseul. Cela est d'autant plus fâcheux, que sur cette lande de Lanvaux ou dans sa prochaine déclivité vers la rivière de Claye, la voie doit couper celle que j'ai désignée sous le nom de Voie romaine de Rennes à Carhaix par Castel-Noëc, et dont je parlerai dans le Chapitre VIII. Un renseignement plaçait ce point dans le voisinage du village de Kertunier, en la commune de Saint-Jean-Brévelay, et dirigeait la voie sur ce bourg par Kermapily, Kergroazec, villages de la même commune ; la chaussée de l'étang de la Forest, formé dans le lit de Claye, et enfin, la rive gauche du ruisseau qui descend de Saint-Jean (ci-dessous).

 

 

 

 

Saint Jean Brévelay

 

Du bourg de Saint-Jean-Brévelay au passage de Pontmeleuc sur l'Ouest, nous n'avons aucun renseignement sur notre voie. Réduit aux simples conjectures, je vais tâcher, à l'aide de la carte de Cassini, d'atteindre le moins mal possible, ce passage de Pont-Meleuc, au-delà duquel je pourrai, pendant quelques lieues, parler avec plus d'assurance. Dans la direction de Saint-Jean-Brévelay à Pont-Meleuc, je remarque, sur la carte, une limite ponctuée, qui, pendant plus de deux lieues, se prolonge en ligne droite, et indique la séparation entre les communes de Guehenno, à à l'Est, et de Bignan, de Saint-Allouestre et de Buléon, à l'Ouest (carte ci dessus). Or, tous ceux qui se sont occupés de la recherche des voies romaines, savent qu'elles ont été, presque partout, choisies pour marquer le débornement des paroisses. Il ne serait donc pas impossible que la voie dont nous cherchons la trace, se retrouvât vers cette ligne délimitative et passât entre le village de Kerivaud, en Guehenno, et la maison du champ de Bignan (ci-dessous).

 

 

 

Kerivaud  en Bignan,  Champs de Bignan & l'étang du Chasteau Neuf en Guéhenno

 

Puis, à la queue de l'étang de Chasteau-Neuf, à quelques cents mètres de la chapelle Sainte-Suzanne, vers l'Est. A une demi-lieue au-delà de la chapelle de Sainte-Suzanne, la limite passe à côté, vers l'Est, d'une autre chapelle dédiée à sainte Anne, et qui dépend de la paroisse de Saint-Allouestre, puis à la grande route moderne de Locminé à Josselin.

 

 

St-Allouestre :

chapelle sainte Anne & grande route de Locminé à Josselin

 

Après cette route et au Nord du village de la Chapelle, et d'une maison nommée le Pigeon-Blanc, on trouve des ouvrages de fortification d'un très-grand développement. A trois quarts de lieue, à l'O. N. O. du camp de Lezcoüet, au village des Rivières, en la commune de Radenac, existe aussi un immense ouvrage de fortification formé d'énormes remparts en terre, avec des fossés de 20 à 25 pieds de profondeur.

 

 

Radenac : les Rivières

 

 

 

Agrandissement : anciens retranchements aux Rivières

 

Une considération qui ajoute à la probabilité de la direction de la voie romaine telle que nous venons de la décrire, c'est que depuis Saint-Jean-Brévelay jusqu'à la Chapelle-ès Bruyères, nous avons marché à la sommité des collines séparant les eaux des nombreux affluents de la Claye et de l'Oust ; et l'on sait que c'était, autant que possible, sur un pareil terrain, que les ingénieurs romains s'attachaient à conduire le tracé de leurs routes, sachant éviter par là les sols fangeux et les pentes abruptes, toujours difficiles à vaincre. Il faut ajouter aussi que c'est la ligne la plus courte pour arriver à Pont-Meleuc. De la Chapelle-ès-Bruyères à ce dernier passage, il me semble que la voie doit suivre, pendant 2000 à 2100 mètres, un plateau resserré entre deux petits affluents de l'Oust, et sur lequel se trouve le village de Lezcoüet, dont nous avons parlé ; puis , descendre dans le vallon, au dessous et à l'Est du bourg de Lantillac, à un quart de lieue de ce bourg, et de la chapelle de Camfrou, placée à l'embouchure de ce ruisseau dans l'Oust. Remontant ensuite le côteau, et croisant presque aussitôt la route moderne de Josselin à Pontivy, puis redescendant le versant septentrional du même côteau, la voie arriverait à Pont-Meleuc, après avoir passé à la maison des Noës et au Bourg Grimaud Pont-Meleuc , mal à propos écrit Pommeleuc dans le dictionnaire d'Ogée et sur la carte de Cassini, a dû prendre son nom du pont qui y fut construit sur l'Oust, lors du tracé de la voie romaine. De Pont-Meleuc, la voie remonte le côteau en passant entre les villages des Ville-Aubrèes et du Vault-Bonne, laisse la maison de la Salle à 2 ou 300 mètres à l'O. et vient, au coin du bois du même nom, couper la route de Josselin à Loudéac, près de la pointe de la forêt de la Nouée, la plus rapprochée de cette route, à environ 200 mètres à l'Ouest de la maison de la Ville-Margaro, et à 8 ou 900 mètres aussi à l'Ouest du village des Buttes de Couessoux. A ce point, on la voit facilement suivre la direction Nord, au travers de pièces de landes closes de vieux fossés, laissant le clocher de la Noüée à 1800 toises à l'Est. Elle doit entrer dans la forêt vers une autre maison nommée Courte Branche, je ne l'y ai point suivie, mais je l'ai retrouvée, à l'autre bord de la forêt, au village du Pas-ès-Biches, qu'on nomme dans le pays, par syncope, Prés-Biches.

 

 

Lanouée : Pas aux biches & Courte blanche

 

C'est à peu de distance de ce village, vers le sud, et dans l'une des coupes de la forêt, qu'on trouve un camp de forme carrée, et d'à peu près 50 ares en superficie. Les fossés et les talus en sont presque détruits ; on le nomme le château de la Vieille-Cour. A partir du Pas-ès-Biches, la voie incline un peu au N. E. Elle reste en-dedans de la forêt, dont elle suit à peu près parallèlement le fossé qui forme la limite entre la commune de la Noüée et celle de Plumieux, jusqu'au bout de cette forêt, nommé la Pointe de Callère. Fort aisée à suivre jusque-là, elle devient encore plus apparente dans les landes du Chef-du-Bot, métairie tout près et à l'Ouest de laquelle elle passe. On la nomme, sur ce point, le Chemin romain, le Chemin ou Fossé Ahès, le Chemin à Margot. Dans un titre la terre du Cambout, dont le château, anciennement fortifié, est situé à une demi-lieue à l'Ouest de la voie, elle est citée comme débornement d'un vaste terrain en lande, sous le nom du grand Fossé-Ahès. Ce titre est de 1519. On trouve un autre camp de même forme et à peu près de même grandeur que celui du Pas-ès-Biches, sur le chemin du Chef-du-Bot au bourg de Plumieux, à environ 200 mètres à l'Ouest de la voie. On le nomme le Fort de Langoüet. Ses talus ont 20 pieds de base, et, en quelques endroits, 12 à 15 pieds d'élévation. Le fossé, encore bien marqué, mais fort comblé, avait à peu près 18 pieds de largeur. On remarque au midi une entrée assez large, où il ne paraît pas qu'il y ait jamais eu un fossé. De la hauteur du fort de Langoüet, la voie passe ensuite à 100 mètres à l'Est du moulin à vent de Geffray, laissant à un quart de lieue à l'Ouest le bourg de Plumieux, et à une demi-lieue vers l'Est, la petite ville de la Trinité-Porhoët. Elle descend par le village de la Villejan, dans la vallée où coule le ruisseau de Tharon, passe au moulin à eau de Geffray, placé sur ce ruisseau, remonte le côteau de Launay-Geffray, en laissant à l'Ouest ce village ; passe à celui de la Ville-Juhel, coupe plus loin le chemin vicinal de la Trinité à Plemet ; passe au village de Teurguily, laisse à 500 mètres à l'Est le château moderne, mais ruiné de Coét-Logon, et se rend au bourg de Lo-Renan, en passant sur la partie Est de la paroisse de Plemet, à 3 kilomètres du clocher, par la chapelle Saint Jacques.

 

 

Plumieux :  Chef du Bos,  Villejean, Ville Juhel

 

A la hauteur de Coët-Logon (Coëtlogon), entre ce château et la voie, on trouve encore un camp, nommé les Douves. Il est de forme presque ovale, et sa superficie, y compris ses fossés ou douves, n'excède pas un demi-hectare.

 

 

Coëtlogon : les Douves

 

 

Détail

 

Au-delà du bourg de Lo-Renan (Laurenan), la voie commence à gravir les landes du Mené. Elle passe au village du Chastelier qui doit avoir reçu son nom de quelque autre ouvrage militaire, puis un peu à l'Est des villages de Creneleuc et de la Sauvagère, et atteint bientôt la Croix-Bouillard, indiquée par Cassini, et placée sur l'un des points les plus élevés de la chaîne du Mené.

 

 

Laurenan : le Chastelier, Creneleuc, la Sauvagère

 

De là, inclinant un peu à l'est, elle passe près et au Nord du village de la Guétaudière, laisse le bourg de Saint-Jacut à une demi-lieue au Nord, arrive au village de Bransard, à un quart de lieue à l'Ouest du château de Langourla, descend de là vers la Rance, qu'elle traverse sous le village de Rochelay, passe à ce village, reprend la direction Nord, se rend au village de la Haye, et de là pénètre dans la forêt de Bocquien (Boquen), en laissant à quelques cents pas à l'Est le village de la Croix-Saint-Gilles.

 

 

 

Saint-Gilles du Méné : la Guétaudière

Saint-Vran : Bransard

 

 

Langourla : Le Rochelay, la Haye, la Croix-Saint-Gilles

 

Tout porte à croire que, après avoir traversé la forêt, elle passe dans le voisinage de l'ancienne abbaye de Bocquien, et de là vers le bourg de Plenée-Jugon. Depuis que la voie est sortie de la forêt de la Noüée, nous avons quitté avec elle le département du Morbihan. Mais j'ai pensé qu'on ne verrait pas sans intérêt la direction, sinon entière et bien déterminée, au moins partielle, qu'elle suit pour se rendre à Corseul. On aura par là une idée de la manière dont les Romains avaient mis en communication les Venètes et les Curiosolites. Ce petit travail, s'il n'est pas complet aura du moins le mérite de la nouveauté, car il n'a encore été tenté par personne. Si l'on n'a pas de renseignements certains sur la direction de la voie depuis son entrée dans la forêt de Bocquien, du moins l'opinion générale est qu'elle coupe la grande route royale de Rennes à Saint-Brieuc, au village de Langouëdre, où existait une ancienne chapelle, et où est établi un relais de poste. De là, elle descend vers le grand étang de Jugon, en laissant à l'Est le bourg de Dollo, et passant au village du Marchix, près d'un camp situé le long du même étang, dans un clos nommé le Champ-Basset, appartenant à Mr. Courvoisier.

 

 

Plénée-Jugon : Langouhèdre

Bourg de Dolo

 

 

 

M. Habasque nous a appris qu'elle traversait l'étang de Jugon sur un pont de briques; mais il est bon de faire remarquer que ce pont n'était pas jetésur l'étang actuel,dont la largeur est de 3 à 400 mètres, mais sur la rivière d'Arguenon seulement, parce que sous les Romains les étangs de Jugon n'existaient point encore. La voie arrivait à ce pont par une pente douce, et remontait tout aussi facilement le côteau opposé ; facilité que n'ont plus retrouvée les ingénieurs du duc d'Aiguillon en traçant la route de Dinan à Lamballe, et qu'on cherche, à grands frais, à obtenir aujourd'hui en contournant la côte.

 

 

Jugon : le Marchix

 

 

Détail

 

De Jugon, la voie va passer près du château de Beaubois, en la commune de Plélan-le-Petit (en réalité Bourseul); puis de là, elle se rend en droite ligne, dit-on,à Corseul, distant d'environ trois lieues. Voilà tout ce qu'on a publié sur ce fragment de la voie de puis Jugon jusqu'à Corseul.

 

 

Bourseul : Beaubois

 

L'ingénieur de St.-Malo, chargé, en 1709, par M. Le Peletier de Souzi, directeur-général des fortifications, d'explorer les ruines de Corseul, s'est contenté de dire que cette voie va depuis Corseul jusqu'à deux lieues auprès de Beaubois. Le président de Robien parle du chemin nommé de l'Estrat, qui passe près de Jugon, et va se rendre vers Corseul. L'abbé Ruffelet est celui qui, le premier, l'a observé avec un peu d'attention. « L'une de ces routes, dit il,paraît avoir sa direction vers la ville de Vennes. De Corseul, elle va d'un seul alignement jusque proche Beaubois, où elle forme son premier angle. On la trouve bien marquée jusqu'à l'étang de Jugon, où elle passe, et où on en remarque aujourd'hui les vestiges; ce qui prouve que, anciennement, il n'y avait point d'étang en cet endroit. Cette route se continue à plus d'une demi-lieue au-de là de Jugon, et offre des vestiges de quart de lieue en quart de lieue, On la retrouve près Langouëdre, et sur les montagnes du Mené. Elle est extrêmement bombée, élevée de 4 à 5 pieds au-dessus de la surface du terrain. Sa largeur est de 20 à 21 pieds. On y remarque d'abord une couche de terre élevée au-dessus de la surface ordinaire, d'environ 2 pieds ; dans le milieu, sur la largeur de 10 à 12 pieds, est un rang de pierres, couvert d'un lit de sable, sur lequel il paraît quantité de menus cailloux. (Annales Briochines, note 3). » L'abbé Déric (Introd. à l'Hist. eccl. de Bretagne, p. 11) copie exactement Ruffelet, sans y rien ajouter et sans le citer. Ogée, dans l'article Corseul, qui lui avait été communiqué par M. Minet, avocat de Dinan, dit « qu'il est un chemin qui paraît venir de Blavet, aujourd'hui le Port-Louis, dont on voit encore quelques beaux restes. Le vulgaire le nomme le Chemin de l'Estrac... Il est pavé en plusieurs endroits. » Le même auteur, à l'article Bourseul, dit « qu'on trouve à peu de distance du château de Baubois, des vestiges d'un chemin romain »; et à l'article Jugon, « qu'on voit dans les environs, les vestigesde deux chemins romains ; l'un a sa direction vers Corseul, l'autre vient du côté d'Eyvignac.(Yvignac) » J'ai fait les citations qu'on vient de lire, par deux raisons : d'abord elles servent de preuves à mon travail, en faisant voir que d'autres que moi ont observé des voies romaines en Bretagne ; en second lieu, ces citations nous font connaître combien peu était avancée, au XVIIIe. siècle, la science des recherches d'antiquités, au moins dans notre province. On croyait avoir tout dit, par exemple, en affirmant que la voie qui nous occupe allait d'un seul alignement depuis Corseul jusque proche Beaubois, sans indiquer aucune des localités par où elle passe, sans faire mention des monuments divers qui, pendant ce trajet, peuvent se rencontrer dans le voisinage. Je ne puis malheureusement y suppléer. Mais en tirant, sur la carte de Cassini, une ligne droite de Beaubois à Corseul, j'observe que la voie doit laisser le bourg de Plélan-le-Petit à une demi-lieue au S.-E., et que, près de ce bourg, est un village nommé le Chastel ; qu'à un tiers de lieue au N.-O. est le bourg de Saint-Meloir, où existe une inscription romaine, gravée sur une ancienne borne milliaire, et de laquelle, en finissant, je vais parler tout-à-l'heure, enfin que le clocher de Saint-Michel, ancienne trève de Plélan, n'est éloigné de la voie que de 1 à 600 mètres au N.-O.

 

 

Plélan-le-Petit : Le Chastel 

 

Et je ne doute nullement que l'exploration du pays aurait pour résultat une foule de remarques intéressantes. Dom Lobineau, t. 2, col. 2 de son Histoire de Bretagne, est le premier qui en ait parlé. « Nous avons trouvé, dit-il, un autre monument qui peut apporter quelque lumière à l'ancienne histoire des Gaules : ce sont quatre piliers ronds que l'on voit dans Saint-Meloir-des-Bois, paroisses du diocèse de Dol, enclavée dans celui de Saint-Malo, sur l'un desquels on lit cette inscription :

IMP CAES

AVONIO VICTORINO

PE PI SC O

LEVC.


 

On doit remarquer, comme une chose singulière, que l'inscription est renversée, quoique le pilier paraisse dans sa situation naturelle. Du reste, le haut de ce pilier est creusé en forme de bassin, et l'on y voit quelques trous.» Il est évident que l'inscription est bien de celles qu'on plaçait sur une colonne milliaire, et la manière dont les lettres sont renversées, prouve aussi que la pierre a été enlevée de la place qu'elle occupait primitivement, pour venir à Saint Meloir faire partie de ce monument à quatre piliers, que je ne connais point assez pour en parler, mais pour lequel l'inscription romaine n'a point été faite, puisqu'elle est renversée, et que le pilier paraît dans sa situation naturelle. Or, d'où ce pilier ou plutôt cette borne milliaire pouvait-elle venir, si ce n'est de la voie qui passe à 14 ou 1,600 mètres de Saint-Meloir. Dom Lobineau, qui paraît n'avoir connu ni cette voie, ni même les antiquités de Corseul, ne pouvait pas trouver cette origine. Mais ceux qui sont venus après lui, éclairés par l'excellent rapport du modeste ingénieur de Saint-Malo, dont le nom, par parenthèse, n'a pas même été conservé, Robien, Déric, Ogée et tant d'autres, auraient dû, en rapportant l'inscription de Saint-Meloir, faire voir qu'elle se rattachait directement à la voie romaine qui passait dans le voisinage. Alors cette inscription s'expliquait naturellement; alors Ogée n'eût pas fait parade de deux versions différentes, qui ne valent pas mieux l'une que l'autre, et desquelles on pourra juger quand on saura qu'il prend chaque lettre du mot LEVC, et qu'il y trouve tantôt : Libertus Ejus Vivens Curavit; tantôt : Legatus Ejus Vovet Consecrat. On ne s'est pas trompé seulement sur le sens et la destination de l'inscription ; on a fait erreur jusque sur le lieu où elle existe. On a confondu Saint Meloir-des-Bois, près de Corseul, avec Saint-Meloir sous Hédé. Il est vrai que ces deux paroisses étaient du diocèse de Dol, enclavées dans celui de Saint-Malo; mais le monument existait toujours à Saint Meloir près de Corseul, et si l'on était allé l'y chercher, cette confusion n'eût pas eu lieu. Et c'est un chanoine de Dol, l'abbé Déric, qui, le premier, a commis cette erreur ! « Entre Rennes et Corseul, dit-il, se voient, à Saint-Meloir-des-Bois, paroisse du diocèse de Dol, et à peu de distance de Hédé, quatre pilliers, etc. (Introd. à l'Hist. Eccl. de Bretagne, page 44.) » Ogée place aussi sous l'article de Saint-Meloir-sous-Hédé, ce qu'il dit de l'inscription de Victorinus. Ces deux auteurs en ont copié le texte dans Lobineau, sans se donner la peine, comme on le voit, d'aller explorer eux-mêmes le monument, et, comme ils ne sont pas les seuls qui aient usé de la méthode de faire des livres avec des livres, la méprise s'est conservée jusqu'à nos jours. Cependant il s'est trouvé un antiquaire qui n'allait que le crayon et le compas à la main, le savant M. Rever, breton adopté par la Normandie, lequel nous a laissé, sinon la figure ou la description des piliers de Saint-Meloir, au moins la copie exacte de l'inscription, qu'il avait fait graver pour un ouvrage sur les antiquités de Corseul, resté inédit; la voici :

IMIP CAES MI PI

AVONIO VIC

TORINO PF VC

P SC COR

- LEVC.

Cette copie est très-précieuse, car, d'après un renseignement transmis à M. l'abbé Manet, par M. Jouquan, recteur de Saint-Meloir, en 1831, il paraît qu'on ne peut plus lire que ces mots : AVNIO VICTORINO. La copie de Lobineau était déjà très-loin de donner toute l'inscription. Celle de M. Rever est beaucoup plus complète. Au lieu du mot tronqué AVONIO, on y retrouve M. PIAVONIO., Marco Piavonio, prénom et nom de Victorinus : ce qui nous apprend que la borne milliaire a été élevée sous le règne de M. Piavonius Victorinus, fils de la célèbre Victorina, associé par Posthumus à l'empire vers la fin de l'année 264, et qui resta, après la mort de Posthumus et de Lollianus, seul maître des Gaules jusqu'en 268, époque à laquelle il fut tué dans une sédition. J'y remarque aussi, à la fin de la quatrième ligne, la syllabe COR, qui pourrait bien avoir quelque rapport avec Corseul. Quoi qu'il en soit, cette inscription, évidemment placée sous le règne de Victorinus, au IIIe. siècle, sur une route qui conduisait à Corseul, et dans un voisinage très-rapproché de cette ancienne capitale, démontre clairement qu'elle conservait encore à cette époque une assez grande importance, soit que la voie qui la mettait en relation avec Vannes ait été construite alors, soit qu'elle ait été simplement réparée.

 

 

 Corseul

 

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Published by poudouvre
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