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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 07:44

 

Cette voie sortait de Vannes entre les grandes routes modernes de Nantes et de Rennes, allait passer au village de Bohalgo, au Sud de celui de Bourgerel, et entrait bientôt après dans la commune de Saint-Nolff, où on la reconnaît au Nord Ouest et à peu de distance du village de Mendon.

 

 

 

Vannes : Bohalgo,   Bourgerel,

 

A un quart de lieue Sud-Ouest de ce village, sur le territoire de la commune de Theix, « au Nord du village de Talhouet, situé sur « une hauteur, on remarque un long fossé construit en terre mêlée de pierres, et qui paraît être, par sa position, un reste de retranchement. »

 

 

Theix : Talhouët

 

 

Détail

 

De la hauteur de Mendon, la voie gagne le village de Ranouac, à partir duquel elle suit les limites des communes de Saint-Nolff et de Treffléans, dans une longueur de 3,000 mètres environ, laissant à un tiers de lieue au Sud, le village de Bizole. Après avoir passé entre les villages de Montaigu et de Kermelen, près de la chapelle de Saint-Mathieu, puis à environ 300 mètres au Nord du bourg de Treffléans, elle gagne la lande au Nord de Kerdrehan, qu'elle suit en restant à une distance de 500 mètres environ, au Nord, de la chapelle de Sainte-Apolline, et finit par se confondre avec la grande route moderne de Vannes à Redon, au-dessus du village de Penroch, de la commune d'Elven, sur la limite de laquelle il est placé. Là, comme la lande est rase, on aperçoit fort aisément la voie s'avancer en gros sillon vers le clocher de Treffléans. De la butte de Penroch, on découvre aussi, à une demi lieue vers le Sud, le bourg de Sulniac, et au Nord-Ouest, à une lieue, la majestueuse tour d'Elven. Cette butte de Penroch est fort élevée et forme une côte courte, mais rapide, au pied de laquelle s'étend, jusqu'à la maison de Saint-Pierre, une vallée dont les eaux s'écoulent à Vannes et que la voie parcourt presque en droite ligne. On en reconnaît facilement la chaussée et les contrefossés, malgré les travaux faits à la route moderne tracée sur l'ancienne, mais qui n'en a pas pris toute la largeur, puisque les rigoles en ont été creusées dans la voie même. C'est à cette hauteur et à un quart de lieue au Nord de la voie, « au village de Lez-Castel, en la commune d'Elven, qu'on remarque, près de la chapelle, un retranchement en terre, de la forme d'un carré régulier, dont chaque côté présente environ 100 mètres de développement. Sa situation sur l'un des points les plus élevés de la commune, au sommet du côteau septentrional de la vallée dont je viens de parler, d'où il commandait la voie ; ce nom de Lez Castel, tiré du monument même, tout fait penser que  cet ouvrage est un ancien camp. On persistera dans cette opinion, si l'on considère que sur le versant Nord de la montagne où est situé Lez-Castel, et à peu de distance de ce village, se trouve un autre retranchement de petite dimension, nommé Coh-Castel ou Vieux Château . »

 

 

Elven ; Lescastel

 

 

Détail

 

Ce qui semble annoncer que ce point de défense avait une certaine importance militaire. Depuis Saint-Pierre jusqu'au Petit-Molac, la voie et la route moderne sont confondues, et l'on distingue encore parfaitement le contre-fossé antique partout où les clôtures ne l'ont pas détruit. Dans ce trajet, la voie laisse à une demie-lieue au Nord, le bourg de Larré ; à un quart de lieue au Midi, la chapelle de Saint-Just, et à une demi-lieue en suivant au S. E., le ruisseau qui passe près de cette chapelle, le village du Chastelier, placé sur sa rive droite au sommet d'un monticule défendu de trois côtés par des pentes, et dont le nom annonce la présence d'anciennes fortifications. Nous arrivons au Petit-Molac, non pas au village et à la chapelle placés à quelques cents pas au Nord de la voie, mais à un chétif cabaret, bâti depuis quelques années, au croisement de la grande route de Vannes à Redon, et du chemin vicinal de Quest-an-ber (Questembert) à Rochefort. Avant cette construction, c'était une lande qui n'avait rien de remarquable. Aujourd'hui, près de ce cabaret, c'est un jardin, c'est un champ de l'humus très-gras et très-noir desquels est sorti une quantité considérable de tuiles à rebord en morceaux, de faitières, de briques, de poterie grossière : débris évidemment romains. Dans le champ, il s'est trouvé un puits maçonné avec soin, de forme circulaire, de trois pieds de diamètre, et dont la source est abondante. Il y a ici des traditions.

 

 

Questembert : le Petit-Molac

 

On dit que sur le chemin du Petit-Molac à Quest-an-ber, une butte, nommée le Bourg Rouge, était l'ancien emplacement de cette petite ville ; qu'une grande bataille a été donnée sur la lande que traverse la voie entre le Petit-Molac, Quest-an-ber et Saint-Louis, autre cabaret, à une lieue sur la route vers Vannes ; que 600 cavaliers ont été tués successivement sur la voie, depuis Saint-Louis jusqu'au Petit-Molac. Ce souvenir de bataille doit s'appliquer sans doute à la défaite de 15,000 Normands par Alain-le-Grand (Alan-er-Bré ou er-Bras), que les Annales de Metz et Rheginon placent en 890, mais que dom Morice, d'après quelques actes de Redon, croit être arrivée deux ans plus tôt. Dom Lobineau en recule la date jusqu'en 879. C'est Lebaud qui a dit le premier que cette bataille s'était donnée à Quest-an-ber, entre Redon et Vannes. « Peu à peu il les occist ou chassa hors par ses batailles, dont il fist l'une en Broguerech , près un lieu nommé Kemtembert, où il fist si grande destruction desd. Danois, que elle donna terreur aux aultres qui délaissèrent la région, page 125. »  On assure qu'il ne s'en sauva que 100 Normands. Un peu après le Petit-Molac, la route moderne quitte la voie pendant quelques centaines de pas, et y rentre avant d'être arrivée au moulin de Talhouet, placé sur une éminence d'où la vue est fort étendue. De là jusqu'à la maison de l'Ardoise, la route se maintient sur la voie dont les contre fossés sont toujours très-marqués en-dehors des rigoles modernes. On aperçoit à une demi-lieue au Nord, le clocher de Pluherlin. Rochefort, petite ville avec un château fort du moyen âge, dont il ne reste que des ruines, n'est qu'à un quart de lieue au-delà de Pluherlin. Un peu avant d'arriver au village de la Ville-Tainguy, la voie quitte encore une fois la route actuelle, mais pour un trajet très-court pendant lequel elle est fort apparente et parfaitement conservée. De la Ville-Tainguy au village de la Chaussée, les deux côtés de la route sont cultivés et les clôtures ont resserré la voie à la largeur de son agger, c'est-à-dire, 21 ou 30 pieds. Il en est ainsi au-delà de la chaussée, jusqu'au bois de Culoret, bordant la route au Nord, et vis-à-vis duquel on remarque facilement dans des pièces de lande, l'ancien contrefossé. Le nom du village de la Chaussée a été tiré de la voie sur laquelle il est situé.

 

 

Malansac : Ville-Tainguy, Chaussée

 

C'est un nom qu'on retrouve souvent sur les voies romaines. Le bourg de Malansac est à une demi-lieue au Nord, et celui de Caden à une lieue au Sud. Nous arrivons bientôt après au village de la Mare, et vis à-vis de Saint-Gorgon, petit bourg au Sud, à un quart de lieue de la voie ; à pareille distance au Nord, es t la chapelle de Sainte-Eutrope. La voie et la route continuent à se confondre jusqu'à la croix de la Hilliais, où la voie poursuit la ligne droite vers le S. E., tandis que la route moderne se détourne légèrement à l'E. pour gagner Allaire et Redon, par le pont et la chaussée d'Auquefer.

 

 

Allaire : Saint-Eutrope

 

 

Allaire : la Hillais

Comme nous approchons de Rieux, et que le président de Robien s'est principalement occupé de cette localité en parlant de la voie qui nous occupe, je crois devoir citer ici tout ce qu'il en dit dans son manuscrit, en 2 volumes in-folio, déposé à la bibliothèque de Rennes, et intitulé : Description historique et topographique de l'ancienne Armorique ou Petite-Bretagne (Tome 1°. , ch. 16.). « Le chemin qui est sur la route de Vennes à Rieux, n'est pas tout-à-fait si large » (que la voie romaine de Blain à Port-Navalo, dont il parlait précédemment), « mais il est moins enterré dans sa longueur. Il ressemble à une chaussée. Il est élevé dans les landes et les endroits marécageux quelquefois de 1 pieds ; ailleurs, il l'est moins. Il est formé de pierres et de gros sables qui font un chemin très-sec et très-solide. Il y a beaucoup d'apparence que Rieux est l'ancienne ville de Duretia ou Duretie, marquée dans l'itinéraire d'Antonin. - Rieux n'est rien aujourd'hui; mais on voit par les ruines qu'il a, dû être considérable autrefois. Un château d'une assez grande étendue et situé avantageusement sur le bord de la rivière, défendait cette ville. On voit encore les ruines du château. Un pont, sur la Vilaine, lui donnait communication avec les peuples nommés Nannètes. Quoiqu'il ne reste aucuns vestiges de ce pont, le bac qui lui a été substitué, et qu'on nomme encore le passage du Pont, est un témoignage de son existence passée. Le chemin qui conduit du côté de Vennes est encore une preuve et de son existence et de sa grandeur ancienne. Ce chemin est sans doute un ouvrage des Romains, également que celui de Redon à Vennes. Il est situé dans des landes très-élevées que forment une chaîne de hauteurs, qui s'étendent presque jusqu'à Vennes. Ce chemin est beau et aligné dans tous les lieux où il le peut être commodément. Comme il est fréquenté depuis bien des siècles, il n'est pas entier partout, mais on remarque qu'il a été construit solidement et avec soin ; et que les pierres et les sables ont été apportés d'ailleurs. Il se nomme la Chaussée. La tradition veut qu'il ait été construit par la duchesse Anne. D'autres l'attribuent à une duchesse Ahès, qui, je crois, n'a jamais existé. Elle est cependant regardée comme la fondatrice de la ville de Carhaix (anciennement Kaer-Ahès, ville d'Ahès). C'est à cette princesse qu'on attribue le chemin construit de Carhaix vers le Raz, que l'on appelle encore le chemin d'Ahès, hent Ahès, et un autre chemin construit de trois rangs de grosses pierres conduisant de Carhaix à Nantes, et dont il ne reste plus aucune trace. Ceux de Redon et de Rieux n'ont rien de pareil dans leur construction. L'on ne remarque plus qu'un gros gravier blanc très-solide, qui forme un chemin ferme et beaucoup d'inégalités, causées par la destruction de ses parties les moins liées. Mais le tout semble porter des marques d'une antiquité plus reculée que le temps où a dû vivre cette princesse. » Le président de Robien n'a guère observé la voie que dans le voisinage de Rieux, et un peu en allant vers Vannes. Il paraît n'être point entré, en passant la Vilaine, dans le diocèse de Nantes, où il aurait trouvé, comme nous le verrons bientôt, de nombreuses preuves de l'antiquité de la voie qui nous occupe. Reprenons sa description. A partir de la croix de la Hilliais, où elle se sépare de la route de Redon à Vannes, elle s'avance vers Rieux, en laissant à un quart de lieue au N. E. le bourg d'Allaire, et très-près et au Nord du village de la Petite Forêt, commune d'Allaire. Bientôt après la voie entre dans l'ancienne forêt de Rieux, qui n'a plus que quelques parties de bois taillis clair-semées, et à travers laquelle il est très-facile de suivre l'énorme sillon de 1 à 5 pieds de hauteur et de plus de 30 pieds de largeur, qui forme notre voie en cet endroit, et qui se continue sur la lande en-dehors et au Mlidi de la forêt. Elle descend ensuite dans un vallon près et au N. E. de Cauzon, va passer au village des Landes, puis entre dans des pièces de terre, en sort sur une petite lande à l'O.

 

 

Rieux : forêt de Rieux, Les Landes

 

Du Moulin du Clos, longe une châtaigneraie, passe près et au N. E. du village du Bot, remonte sur une lande où est une croix de pierre qui paraît ancienne, nommée la Croix-dom-Jean, arrive enfin à un monticule qu'elle traversait, mais où des affouillements considérables ne permettent guère d'en reconnaître que quelques courts fragments. Une large rue non pavée, mais empierrée de cailloux roulés, semble être la continuation de la voie. Elle se dirige vers le château, au-dessous duquel elle descend par une pente douce au bord la Vilaine. Rieux, comme le dit le président de Robien, n'est plus rien aujourd'hui. C'est une simple bourgade, bien située sur la Vilaine, au milieu d'un vallon d'une extrême fertilité. Le géographe Sanson a le premier émis l'opinion que Rieux était le Duretie, que la carte de Peutinger place à XXIX milles ou lieues gauloises de Portus Nannetum, et à XX de Dartoritum. Il en a cherché une preuve dans le sens étymologique du mot Duretie, où il trouve Dour, qui, en breton, signifie eau, et Retie, qui, suivant lui, veut dire Rieux. Danville, Notice des Gaul., p. 227, se sert aussi de l'étymologie pour placer Duretie à Rieux; mais il prétend qu'il faut lire Durerie, parce qu'alors il trouve Dour, eau, et Erie, qui rappelle le nom de Herius que portait la Vilaine du tems du géographe Claude Ptolémée, c'est-à-dire au second siècle, et il en conclut que Durerie signifie passage de l'Herius. Tout cela est bien peu concluant; les calculs de distance le sont un peu davantage, car les 29 lieues gauloises de Portus Nannetum à Duretie, donnent, suivant l'évaluation moyenne de Freret et de Danville, 33,000 toises, et je trouve, sur la carte de Cassini, 31,000 toises entre Nantes et Rieux ; les 20 lieues gauloises entre Duretie et Dartoritum, donment 22,700 toises, et je trouve entre Rieux et Vannes 26,000 toises. Ces différences ne sont pas notables, et si on ajoute à cela le passage de la voie romaine à Rieux, on ne pourra guère douter qu'en effet c'est là qu'il faut placer la la station Duretie. Je dois dire cependant que, dans ce qu'on nomme encore aujourd'hui la ville de Rieux, je n'ai rencontré d'autres antiquités qui rappellent l'époque romaine, que son château placé sur un monticule, défendu de trois côtés par la Vilaine et l'un de ses affluents. C'est sur l'autre rive, comme nous allons le voir, que de nombreux débris annoncent évidemment un établissement antique. On ne connaît point l'époque où le château de Rieux fut construit.

 

 

Ruines du château de Rieux

 

Au moyen-âge, Alain-le-Grand (er-Bras) y tenait sa cour, et y mourut en 907. Il y a lieu de croire que la maison de Rieux tire de lui son origine. Ce n'est pas le lieu de parler de cette grande et illustre maison, ni de faire l'histoire féodale du château de Rieux. Je dirai seulement que cette demeure de l'un de nos plus grands rois bretons, n'est plus qu'un monceau de ruines. Quelques pans de murailles sont encore debout, sans que le caractère de leur maçonnerie ait rien qui puisse aider à reconnaître l'époque de leur construction. Au-dessous du donjon, on voit quelques vestiges de l'ancien pont qui traversait la Vilaine : ce sont plusieurs rangs de pieux de bois qui n'ont plus qu'environ un piedhors de terre, et qu'on aperçoit sur le rivage à la basse mer. Dom Lombineau a parlé le premier de la voie romaine qui passe à Rieux, au tome 1, p. 19, de son Histoire de Bretagne. Il raconte, d'après Grégoire de Tours, comment, à la suite d'un traité fait avec Warroch ou Guerech, comte de Vannes, Ebrachaire, l'un des généraux de Gontran, fit aussitôt sortir ses troupes du pays et leur fit prendre le chemin de Nantes; puis comment Warroch envoya son fils Conan les attaquer lorsqu'ils se préparaient à passer la Vilaine. L'historien croit que l'armée française n'a pu passer ce fleuve ailleurs qu'à Rieux, « où estoit, dit-il, autrefois la grande route de Vennes à Nantes, comme il paroist encore par un ancien chemin de plusieurs lieues de longueur qui semble estre un ouvrage des Romains. La largeur de la rivière y est médiocre et les bords n'en sont pas escarpés. Il n'est pas possible de remonter plus haut qu'on n'ait deux rivières à passer au lieu d'une, l'Oult et la Vilaine. » Il est à remarquer d'ailleurs, et ce ne sera pas la dernière fois, que le mouvement des armées, dans le moyen-âge, suivait exactement les voies romaines ; et, en effet, c'étaient alors les seules routes militaires. La rive gauche de la Vilaine vis-à-vis de Rieux, est un terrain d'alluvion formé par les vases de cette rivière. Pour racheter apparemment le peu de solidité de ce terrain, la voie est pavée de blocs de grès quartzeux d'une extrême dureté, mais posés sans appareil, tels qu'ils sont sortis de la carrière. Ce pavé ne suit pas une ligne droite. Il forme plusieurs zig-zags, dont je ne puis deviner le motif Il se continue pendant à peu près 100 mètres, jusqu'au pied de la butte Saint-Jacques, où le canal de Nantes à Brest l'a coupé. Si les débris romains nous ont manqué sur la rive droite, dans la ville et au château de Rieux, il n'en est pas ainsi sur la rive gauche. Au village des Pastis, d'Enrieux et sur tout de la Rochelle, dans les champs qui descendent sur l'écluse des Bellions, toutes les pentes de la butte Saint Jacques, tous les terrains d'alluvion au pied de la butte, depuis la voie jusqu'à l'écluse, toute cette vaste superficie est remplie de fragments de tuiles à rebords et de briques. Les fouilles du canal en ont mis au jour une quantité considérable. Le village de la Rochelle est pour ainsi dire pavé de briques.

 

 

Rieux : Pastis, Enrieux, Rochelle

 

Elles y sont si communes, que les paysans en ont construit le mur de la plupart de leurs maisons, et surtout les jambages de portes, à raison de la facilité que donne la forme carrée de ces briques pour faire des parements réguliers. M. de Penhouët y a vu démolir des chambres construites de ciment et de briques, et un paysan en construire les murs d'une grange. Elles ont 15 pouces de longueur ; leur largeur était peut-être égale, mais je n'ai pu le vérifier, n'en ayant trouvé aucune d'entière ; le plus large fragment qui me soit tombé sous la main avait un pied. Leur épaisseur varie d'un pouce à un pouce et demi, et la moitié de cette épaisseur est coupée en bizeau. La majeure partie de ces briques sont tirées d'anciennes murailles, qui coupent en tous sens le sol sur lequel est bâti le village actuel de la Rochelle. Beaucoup de fragments retiennent encore un mortier de couleur rougeâtre, d'une grande dureté, et sur lequel l'action météorique paraît ne produire aucun effet. Le nez-de-chaussée des maisons dont ces vieux murs faisaient partie était pavé, dit-on, de grandes dalles de schiste ardoisin tabulaire. Je n'ai point ouï dire qu'on ait trouvé de médailles dans toutes ces localités. Tout ce terrain dépend de la commune de Fégréac que la Vilaine sépare, à l'Ouest, du département du Morbihan. Cependant le nom du village d'En-rieux ferait croire que ce petit canton aurait eu autrefois avec Rieux des rapports plus directs qu'il n'en a aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ici une quantité considérable de débris évidemment romains, répandus sur une grande superficie ; il en faut conclure que dans ce lieu même a existé jadis un établissement de quelque importance, et la tradition du pays vient fortifier cette conjecture, en disant que là a existé une ville romaine, et que cette antique cité se nommait la ville de Brou. Pendant plus d'un quart de lieue au-delà du village des Pastis, la voie présente un agger si parfaitement conservé et si solidement empierré, que, quoique depuis tant de siècles, il serve de chemin sans être réparé, à peine est-il entamé par les ornières. On peut vraiment dire que « Sa masse indestructible a fatigué le temps. » Bientôt la voie se resserre, et peu à peu, entre les villages de la Coquelinais, de la Guénais et de Menigo au Sud, et celui de Ravily au Nord, elle s'efface sous les clôtures et finit par disparaître dans le chemin creusé et rompu qui descend à la grande route de Redon à la Roche-Bernard, près du pont de Flandre.

 

 

 

Fégréac : Coquelinais, Guénais, Menigo, Ravily

 

Il y a 1000 mètres de la Vilaine au pont de Flandre. Dans les deux tiers de ce trajet, la voie est si remarquablement belle, que les paysans y trouvent quelque chose au-dessus des forces humaines, et ils y ont attaché, ici comme en beaucoup d'autres endroits que nous aurons soin de noter, des idées de féerie. Ils ont fort bien remarqué l'espèce de disparition de la voie, en approchant du pont de Flandre, et ils l'expliquent par la tradition suivante. C'est une dame, une princesse, une fée qui a fait construire la voie. Mais la dame, qui présidait elle-même à sa confection, aperçut un jour une pie qui était morte. Elle demanda à l'un des ouvriers ce que c'était que cet oiseau. L'ouvrier lui répondit : Madame, c'est une pie : elle est morte, et nous mourrons tous comme elle. La dame, frappée de cette idée de notre instabilité, fit cesser le travail et la route demeura inachevée. Le pont de Flandre est jeté sur un affluent de la Vilaine, à l'endroit où ce ruisseau coupe la route départementale de Redon à la Roche-Bernard. Il est à 100 mètres au Nord et au-dessous du bourg de Fégréac. La voie y passe et se dirige de là vers le Sud-Est; il n'est guère possible de la reconnaître dans un chemin raviné et resserré entre des bois taillis, mais à la hauteur du petit château du Dreneuc, qu'elle laisse à un quart de lieue au Nord-Est, elle apparaît dans toute sa largeur sur la lande. A 400 mètres au Sud-Ouest du moulin de Dreneuc, elle coupe le chemin vicinal de Fégréac à Guémené, à l'endroit où a été bâtie une pauvre chaumière. Le moulin du Dreneuc a été placé dans l'enceinte d'un ancien camp d'environ 100 pas de longueur. Le fossé n'a plus, au Midi et à l'Ouest, que 1 pieds de profondeur ; son talus est encore très-visible. A l'Est, il est très-affaissé ; au Nord, talus et fossé ont disparu.

 

 

Fégréac : Moulin de Dreneuc

 

De ce point jusqu'à celui où elle vient couper la grande route royale de Blain à Redon, la voie parcourt à peu près 1000 mètres au travers d'une vaste lande, dans les bas fonds ou noës ; elle disparaît quelquefois, recouverte par les alluvions ou rompue par les eaux courantes ; mais bientôt après elle reprend toute sa beauté en remontant les côteaux, au sommet desquels on voit se dessiner le profil en travers de son agger ou d'os d'âne, et de ses contrefossés. Sa largeur varie entre 60 et 70 pieds, non compris les contrefossés. Avant d'arriver à la grande route, la voie passe à la queue de l'étang du Broussay, petit manoir à peu de distance au sud-ouest.

 

 

 

Fégréac : Etang du Broussay, grande route

 

 

Elle est fort détériorée dans cette fondrière, mais elle reparaît tout entière en gravissant le côteau, au sommet duquel elle franchit la route moderne qu'elle côtoie en s'en rapprochant plus ou moins jusqu'au pont de Beaumont, situé à une grande lieue du premier point d'intersection. Dans ce trajet, la voie sert en partie de limite entre Fégréac et Plessé. Elle se rapproche quelquefois de la route moderne jusqu'à être bord à bord avec elle, et l'on ne conçoit pas comment les ingénieurs du duc d'Aiguillon, au lieu de faire un tracé nouveau sur un terrain argileux, ne se sont pas servi d'une route dont le fond est parfaitement solide, comme ils l'ont fait dans une grande partie du chemin qu'il nous reste à parcourir pour nous rendre à Blain. Au pont de Beaumont, la voie croise une seconde fois la grande route et la suit encore parallèlement et bord à bord à l'Ouest jusqu'à Rozet.

 

 

Plessé : Rozet

 

Seulement depuis les moulins à vent de Lansé, en descendant vers Rosel, on a peine à en reconnaître les vestiges, au milieu de nombreux et profonds ravins pratiqués dans ce sol formé d'une argile chloritique, que les eaux entraînent facilement. Aux moulins de Lansé, la route moderne et la voie antique, sur laquelle on remarque en cet endroit une vieille croix de pierre, sont coupées par le chemin vicinal de grande communication de Plessé à Guenrouët.

 

 

 

Plessé

Guenrouët : chapelle Saint-Clair

 

En suivant ce chemin, dans la direction de ce dernier bourg et jusqu'au bac établi sur la rivière d'Isar, on aperçoit sur sa gauche, la chapelle de Saint-Clair, placée au centre d'une esplanade qui occupe tout le sommet d'un monticule naturel, dont l'un des côtés, formé de rochers coupés à pic, surplombe de 50 à 60 pieds sur la rivière. On a quelque peine à retrouver les fossés de l'enceinte, tant il y a de pierres de démolition, qu'on croit d'abord être les débris de carrières anciennement exploitées. Enfin, on distingue un pentagone irrégulier et même l'emplacement des tours qui occupaient quatre des angles. Le donjon est surtout remarquable par sa grosseur, par sa forte position sur le bord le plus abrupte de la rivière, et aussi par un fossé intérieur qui le séparait du reste de la forteresse. Toute cette enceinte peut contenir deux hectares. Elle s'appelle aujourd'hui Saint-Clair, du nom de la chapelle : c'est l'ancien Château-Sé. L'habitation des Romains dans le voisinage est d'ailleurs prouvée par des fragments de tuiles à rebords, trouvés dans le bois de Castel, planté sur une éminence au confluent de la rivière d'Isar et du ruisseau venant de Rozet, sur la rive gauche de ce ruisseau. Ces fragments, cette position fortifiée par deux rivières, qu'on ne peut passer à gué en cet endroit ; ce nom de Castel, qui partout annonce un camp romain, tout porte à croire que ce coin de terre n'était pas autrefois sans importance dans le système de défense militaire de la contrée. Un village, nommé le Chastellier, situé à 100 mètres à l'Est du Chasteau-Sé, vient encore, par son nom significatif, ajouter à la force de cette conjecture. Depuis Rozet jusqu'à l'embranchement de la voie qui nous occupe dans celle de Blain à Port-Navalo, la route antique et la moderne étaient confondues. Les ingénieurs du duc d'Aiguillon n'avaient eu là rien à faire. Le gravois, posé à couche d'un pied d'épaisseur, sur un lit de larges pierres, formait encore une route aussi douce que solide. Le travail romain était parfaitement conservé, et les contrefossés de la voie, encore bien marqués, lui laissaient entre eux une largeur moyenne de 50 à 60 pieds. Elle procédait par des courbes si douces qu'elles étaient presque insensibles. Cet état de choses a complètement disparu aujourd'hui, depuis qu'un prétendu redressement a eu lieu, ainsi que la reconstruction complète de la route. La ligne droite a fait abandonner, presque partout, cette bonne et vieille chaussée, qui a bravé les siècles, et qu'on voit, tantôt à droite, tantôt à gauche, délaissée ou coupée dans sa longueur, ou fouillée par les emprunts de terre qu'il a fallu faire pour élever la nouvelle route, fort jolie et fort agréable sans doute, mais qui est loin de présenter la même solidité A partir du ponceau de Caparois, jusqu'à l'embranchement dont j'ai parlé et auquel nous allons bientôt arriver, la voie sert de limites entre les communes de Plessé et de Guenrouet, puis de Plessé et du Gâvre. La forêt du Gâvre forme ici un angle droit dont le côté Ouest suit la voie. Au sommet de cet angle et le long du côté Nord, on re marque un gros talus de fossé, dont la direction va de l'Ouest à l'Est, et qui semble partir de la voie même. Cet ouvrage est ancien ; il ressemble à tous ceux qu'on rencontre sur presque toutes nos landes de Bretagne, et dans lesquels je crois reconnaître une sorte d'épaulement qu'une armée nombreuse pouvait élever en quelques heures avant de livrer bataille. J'ai trouvé, dans une procédure de 1653, un débornement qui a rapport aux landes dans lesquelles se trouve ce gros fossé, et qui fait une mention très-précise de la voie que nous parcourons. Certes, j'étais loin de m'attendre à tant d'érudition dans un écrit de production d'un procureur de la campagne du milieu du XVIIe. siècle.

 

 

Blain : Forêt du Gâvre, la Chaussée

 

Ce débornement commence à la cornière du Breil-Fougeroux : c'est l'angle formé par les fossés de la forêt du Gâvre dont je viens de parler. « Et de là au travers des landes, à aller au lieu où estoit autres fois la justice patibulaire de Tremar, joignant une vieille chaussée, nommée par les uns la Chaussée à la Dame, par les autres la Chaussée de Rieux, et les autres la Chaussée de Brenehault, qui avaist esté faicte pour servir de grand chemin de Nantes à Redon. et en continuant icelle chaussée et chemin pour aller à Rozet, etc. » Il fallait que cette vieille chaussée fût dès-lors un objet digne de remarque pour qu'on la connût sous tant de noms. Cependant c'est la seule fois qu'en Bretagne, je trouve une voie romaine désignée sous le nom de Chaussée Brenehault ou Brunehault, que ces vieilles routes portent dans tout le nord de la France. Nous retrouverons souvent le nom de chaussée à la Dame, à cause de la tradition généralement répandue, qui veut que les voies romaines aient été faites pour une princesse qu'on nommait tantôt la fée Jouvence, tantôt la Rohanne ou Madame Aléno, et tantôt la princesse Ahès. Il est surprenant qu'on ne retrouve pas ici la bonne duchesse Anne, à laquelle on attribue aussi ces mêmes che mins, et en particulier celui qui nous occupe. Le nom de Chaussée de Rieux est fort exact, puisque la voie se dirige sur Vannes en passant par Rieux ; mais notre savant procureur se trompe en disant qu'elle avait été faite pour servir de grand chemin de Nantes à Redon : attendu qu'elle ne passe point par cette dernière ville. Il faut toute fois l'excuser, car, dans tout le pays, on dit proverbialement : vieux comme Redon, et il est certain qu'une assez grande longueur de la voie servait de route pour y arriver. Dans un plan visuel des bois de Ligou, Butte à Fournel, Caparois, et des landes environnantes, dressés par Turmel, arpenteur royal, vers 1670, la voie romaine est indiquée par la lettre O, avec cette légende : C'est la levée qui conduit de Vannes à Nantes. Nous voici enfin arrivés au point où notre voie sort par embranchement de la voie de Blain à Port-Navalo, avec laquelle elle forme, en la quittant, un angle d'environ 15 degrés. On peut placer le sommet de cet angle sur la route moderne, à peu près à 300 pas au-delà de la 55e. borne d'Ancenis à Redon.

 

 

Blain

 

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Published by poudouvre
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