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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 13:16

 

Cette voie a été observée et reconnue dans la lande de la Motte-du-Buc, entre les bourgs de Comblessac et de Séglin, dans le voisinage du château de la Lardais. Elle traverse cette lande pour arriver au port de Marsac, sur la rivière d'Aff. Le pont de Marsac, ainsi nommé d'un village sur la rive droite de l'Aff, est situé à une lieue au N. E. du bourg de Carentoir, et à trois quarts de lieue de celui de Comblessac ;

 

 

Carentoir  :  Marsac

 

il y paraît encore quelques faibles vestiges d'une ancienne chaussée. Du pont de Marsac la voie s'élève, par une côte assez rapide, beaucoup au-dessus des premiers fossés ou ouvrages avancés du camp ; mais elle n'atteint pas sa plate-forme, qu'elle laisse au N., pour venir pa En-deçà et au-delà du passage de l'Aff, la voie sert de limite aux communes de Comblessac et de Carentoir, jusque auprès du village de la Touche-ès-Huet, en Carentoir, qu'elle laisse à 200 pas au Sud. Là, elle commence à délimiter encore la même commune de Carentoir et celle de Guer, en passant au N. des villages du Marchis et de la Ballue en Carentoir,

 

 

Carentoir : Marchis, Ballue, Chaussée

 

et au S. de la Hayette eu Guer. Elle continue sa direction vers l'O., laissant encore au S. le château de Trélo en Carentoir, au N. la Ville-Hoius en Guer ; et elle arrive au village de la Chaussée, dont quelques maisons sont bâties sur la voie même, et qui en a reçu son nom. A un quart de lieue au-delà du village de la Chaussée, la voie sépare aussi Carentoir de la commune de Monte-Neuf, en passant très-près au N. de Langave en Carentoir, et au S. des Touschettes en Monte-Neuf ; elle arrive ensuite au village de la Ville-au-Comte. De la Ville-au-Comte, la voie continue à délimiter les mêmes communes, en laissant au Nord le village de Bessihan en Monte-Neuf, et, au Sud, celui de la Tousche-au-Roux, en Carentoir; enfin elle arrive au gué du Pont-Augier, où elle traverse un ruisseau qu'on nomme pompeusement, dans le pays, le Fleuve de Rahon, qui va se décharger dans l'Aff, au bourg de la Chapelle-Gasseline. C'est au Pont-Augier que se trouve le point de réunion de quatre communes : Carentoir, Monte-neuf, Reminiac et Tréal. On voit que pendant plus de deux lieues, du pont de Marsac au Pont-Augier, la voie n'a cessé de former la limite septentrionale de la grande commune de Carentoir. Au-delà du Pont-Augier, elle continue d'être la ligne séparative des communes de Tréal au Sud, et de Reminiac au Nord ;

 

 

Tréal, Réminiac

 

il en est de même pour les communes de Ruffiac et de Caro. Du Pont-Augier au Manoir de Bodel en Caro, il y a 7000 mètres. Je n'ai point le nom des villages par lesquels passe la voie. Je soupçonne qu'elle ne doit pas s'éloigner beaucoup de la chapelle de St.-Fiacre. A Bodel, elle coupe, à angle très aigu, la grande route de Malestroit à Guer, et de là, se dirigeant à l'Ouest, entre Caro qu'elle laisse à 2400 mètres au Nord, et Missiriac à un quart de lieue au Sud, elle passe au Bois-Rouauld, à la Guyondais, au Fresne, descend ensuite le côteau, passe à la métairie du Prest, traverse la grande route de Malestroit à Ploërmel, et arrive au bord de la rivière d'Oust, au petit village de Croheneuc, situé dans l'espace étroit qui sépare cette rivière de la route moderne, et non marqué sur la carte de Cassini. La voie délimite encore ici les communes de Missiriac et de Caro. Depuis Bodel jusqu'à Croheneuc, elle sert de chemin vicinal. Au Nord de ce trajet, nous avons à signaler, dans la commune de Caro, près du village de Lagajac, à 1500 mètres N. de la voie, dans un landier, les fondations d'un édifice en briques avec moulures et frises, à peu de distance duquel on trouve beaucoup de tuiles à rebords éparses ça et là. La lande couvre tous ces débris. La voie aborde à la rivière d'Oust, sous la forme d'une chaussée de 5 à 6 pieds d'élévation qui paraît être un reste de la culée d'un ancien pont. Depuis le pontde Marsac sur l'Aff, jusqu'à la rivière d'Oust, la voie est connue des paysans sous le nom de Chaussée ou chemin d'Ahès. On a cru qu'il n'y avait qu'un seul chemin d'Ahès, parcourant la Bretagne d'un bout à l'autre ; c'est une erreur. Cette dénomination s'applique à un grand nombre d'embranchements des anciennes voies. Nous la retrouvons dans la Bretagne bretonnante, aux environs de Quimper et de Ker-Ahès, où plusieurs voies romaines sont nommées Hend-Ahès, chemin d'Ahès. Nous avons vu au chap. 1. que la voie de Vannes à Corseul était connue, au sortir de la forêt de La Nouée, sous le nom de Fossé-Ahès; que si l'on demande quel était ce nom d'Ahès donné à ces voies, et à une ville où il existe encore beaucoup de débris romains (Ker-Ahès), la tradition répond que c'était celui d'une princesse, d'une fée. On lui fait honneur de tous ces grands ouvrages, comme, en Poitou, on les attribue à Mélusine ; au Nord de la France, à Brunehauld ; dans le Maine, à la fée Jouvence ; en Aquitaine, à Aliénor; en Angleterre, à sainte Hélène, etc.; toujours à une femme. Cette princesse Ahès était-elle la même que Dahut, fille de Gralon ? Je n'en sais rien, et ceux qui l'ont dit n'en savent probablement pas davantage. Ceux encore qui dans Ahès ont cru retrouver Actius, ont montré peu de critique en attribuant à un général romain du 5e. siècle, des voies sur lesquelles nous trouvons des colonnes milliaires de Septime-Sévère, de Gallien, de Tétricus et de Victorinus, qui l'ont précédé de deux siècles. La princesse Ahès n'est pas la seule grande dame bretonne à qui l'on fait honneur du fragment de voie que nous venons de parcourir; une tradition nomme encore la Rohanne ou, pour parler plus respectueusement, la dame de Rohan. Cette dame, dit-on, ayant partagé la Bretagne par moitié avec son frère, voulut poser une limite entre les deux lots, et fit construire pour cela la Chaussée-Ahès. Un jour qu'elle se promenait en carrosse sur ce chemin, elle aperçut à terre une pie sans mouvement; elle demanda à son cocher ce que c'était et pourquoi cet oiseau gisait ainsi. Le cocher lui répondit : madame, c'est une pie : elle est morte, et le même sort nous attend. La Rohanne qui, toujours suivant la tradition, était une grande pécheresse, fut frappée de cet avertissement et se convertit. La Rohanne porte aussi le nom de Madame Aléno, dans le voisinage du château de la Chèze en Porhoët, où l'on raconte aussi l'histoire de la pie, et comment après sa conversion, madame Aléno fit bâtir, près de ce château, l'abbaye de Lantenac. Après cette petite digression, revenons à la description de la voie qui nous occupe. Au-delà de la rivière d'Oust, sur sa rive droite, sont des prairies dans les alluvions desquelles la voie a disparu, mais bientôt on la retrouve au village des Haies, en la commune de Sérent, où elle est très-visible et très-solide, quoique dans un terrain assez fangeux. Elle est aussi, dans ce voisinage, souvent coupée par les clôtures des champs ; mais, dans ces champs mêmes, les laboureurs la reconnaissent par une petite élévation du sol et l'abondance de pierres qu'ils y rencontrent. Des Haies, où la voie fait son entrée dans la grande commune de Sérent, qu'elle traverse de l'E. à l'O., elle va passer aux villages de la Tousche-Morgan, du Lévy, de la Ville-au Rouge, et vient couper la grande route royale de Vannes à Ploërmel, près du village du Croüezio et du Petit-Rocher, où se trouve un camp entouré de gros fossés, et d'environ 15 ares d'étendue, au-dessous duquel est une fontaine. A un quart de lieu à l'E. du Petit-Rocher, entre la chapelle Sainte-Geneviève, marquée sans désignation sur la carte de Cassini, et le village de la Ville-au-Rouge, conséquemment à une très-faible distance de la voie romaine, vers le S., existe un autre camp de l'une des entrées duquel un petit chemin bien empierré conduit à une fontaine voisine.

 

 

Sérent : Le Levy, Ville-au-Rouge, Bot-Hurel

Un autre camp se trouve encore sur le territoire de Sérent, à 2000 mètres au N. E. du bourg, près du manoir de Bot-Hurel.

 

 

Détail du village de Bohurel

 

Il forme un trapèze presque régulier de 116 mètres de base sur 32 mètres de hauteur. Il est entouré de fossés qui ont encore 1 mètres d'élévation ; il a une sortie à l'Ouest. Non loin de ce monument, on remarque trois gros sillons de terre de 20 mètres en ligne droite, allant de l'Est à l'Ouest. C'est entre ce camp et le bourg de Sérent, que M. l'abbé Marot, desservant de la paroisse et zélé explorateur des antiquités du pays, a découvert, en faisant défricher une lande, une quantité considérable de tuiles à rebords, de vases funéraires encore remplis de cendre et d'ossements calcinés, de fragments de verre antiques de diverses couleurs, de morceaux de faîtières, de grands vases en terre grossière, de goulots de différents genres ; enfin de cette poterie fine et rouge sur laquelle on voit des dessins en relief et la fin du nom du fabricateur, placé au fond extérieur d'une sorte de soucoupe et qui se terminait en RVS. C'est encore dans le voisinage de Bot-Hurel, et dans une pièce de terre en pré et pâture dépendant de cette propriété, que le même observateur a remarqué, au bas de la lande de Lan-Fouan, dans un fond près du chemin vicinal de Sérent au Roc-Saint-André, vingt-quatre tombes ou tumuli sur quatre rangs parallèles allant du N. au S., à distance égale de 6 pas. Ils sont tous en terre et d'environ 2 mètres de haut. A partir du Croüezio, point d'intersection de la voie et de la route royale de Vannes à Ploërmel, il y a quelque incertitude sur la véritable direction de la voie romaine, à raison de l'état de culture des terres qui avoisinent le bourg de Sérent. M. l'abbé Marot a cru la reconnaître à quelques cents mètres du bourg vers le Sud, près de la chapelle de la Magdeleine. Il pense que de là elle allait traverser le ruisseau, puis, remontant le côteau, passait dans le voisinage de la chapelle de Chef d'Asne et de la maison du Pont-Hémery et de celle du Najo, pour arriver au château de Calac, dans l'une des avenues et la cour duquel elle passe. Le château de Calac est dans la commune de Plumelec ;

 

 

Plumelec : château de Calac

 

mais avant de quitter le territoire de celle de Sérent, il faut parler de l'embranchement sortant à peu près vers cette localité de la voie Ahès, et se dirigeant sur Vannes, embranchement dont nous avons parlé dans notre chapitre V. Nous l'amenions du château de Ker-Fily à travers la forêt d'Elven au pont de Bovrel, sur la route royale de Vannes à Ploërmel ; mais un examen des abords de ce pont nous a fait penser que cet embranchement devait franchir un peu plus haut la rivière de Claye, comme, par exemple, sous le vieux château-fort de Brignac, et aller de là rejoindre la voie Ahès dans un voisinage très-rapproché du bourg de Sérent. C'est ce qu'éclaircira certainement M. l'abbé Marot, qui a remarqué sur une hauteur en face de la maison de Rohian, à 200 mètres au S. du clocher, et sur le bord opposé du ruisseau, une enceinte fortifiée dont les fossés ont encore 5 mètres d'élévation, et qui semblerait avoir un rapport direct avec l'embranchement que nous cherchons. Au-delà du château de Calac, la direction de la voie est incertaine. Je ne puis mieux faire que de suivre la ligne indicative que M. Ch. Gaillard a bien voulu, à ma prière, tracer sur la carte de Cassini, depuis l'endroit où nous sommes parvenus jusqu'à celui où la voie coupe la grande route royale de Baud à Locminé, pendant environ 8 lieues. Cette ligne traverse la rivière de Claye à la chaussée du moulin de la Ville-Hellec, à 2000 mètres au N. du bourg de Trédion, suit pendant un kilomètre les pentes du côteau et la rive droite de la rivière, monte à la forêt de Trédion dont elle traverse la pointe septentrionale, passe au N. du manoir de Penquelen, et, 2000 mètres au-delà, à la chapelle de N.-D.-de-Lorette, elle elle coupe la route départementale de Vannes à Josselin.

 

 

Trédion : Ville-Hellec

 

A partir de la chapelle de Lorette, la ligne indicative de la voie passe au nord des villages du Bodan, de Coët-Morvan, de la maison du Men-Guen, au sud de Ker-Turnier, et au village de Ker-Nicol. C'est vers ces localités que la chaussée Ahès coupe la voie de Vannes à Corseul ; mais, comme je l'ai déjà fait observer en traitant de cette dernière voie au chap. I., on n'a pas encore bien reconnu le point d'intersection. La ligne passe ensuite au nord des villages de Ker-Iber et de Ker-Allen, au sud de la maison de Pery et au village à la chapelle de Ker-Droguen, ancien prieuré, où la voie est fort apparente. De là elle se rend au village de Ker-Mahon, et va couper à angle très-aigu, la route de Vannes à Locminé, au nord et au-dessous du village et de la chapelle de Colpo, à l'endroit où cette route est traversée par un petit ruisseau qui sort de la forêt de Colpo et s'écoule dans la rivière de Claye. Jusqu'ici la voie se dirige à l'Ouest, mais, à partir de Colpo, elle remonte au N. O. pour aller au village de Saint Jean-du-Botteau coupe la route royale de Baud à Locminé. Dans ce trajet de trois lieues, elle passe près du village de Ker-Spernec, aux maisons de Roch-Glas et de Couëhouët, traverse un vallon au-dessous et à un quart de lieue à l'Ouest du clocher du Moustoir de Locminé. Au haut du côteau, au-dessus du village de Ker-Bernard, la voie décrit une double courbe, d'abord en se rejettant au N. E. et passant entre les villages de Pen-Mané au sud, et de Bezoüet, au Nord, puis, contournant ce dernier et reprenant la direction N. O. par le moulin à eau de Kerbourdal, où elle traverse la petite rivière de Locminé.

Ce détour, assez rare dans le tracé des voies romaines, fut probablement nécessité par le profond encaissement de cette rivière au-dessus du bourg de Plumelin, près duquel devrait passer la voie, et que cette déviation lui fait laisser à plus d'une demi-lieue à l'O. Du moulin de Ker Bourdal, elle va passer aux villages de Krec'h-Nuch, de Ker-Rolland, de Cornahoüet, de Ker-Bredic, et va couper la route royale de Baud à Locminé à peu de distance à l'Ouest du village à chapelle de Saint-Jean-du-Poteau ou Boteau, comme l'écrit la carte de Cassini. A 2 kilomètres S. O. de ce village, près de la chaussée de l'étang et du moulin de Téléné, est une enceinte fortifiée de fossés et attenant à cette chaussée. Elle a été observée par deux membres de la Société polymathique de Vannes. Du point d'intersection avec la route royale, traversant la grande lande de Coët-Coët, Cocoüet ou Coz-Coüet, la voie se rend au pied de la montagne du Mané-Guen (montagne blanche), qu'elle contourne pour aller passer la rivière d'Evel, au pont de Ker-Chassic et sortir de la commune de Guénin au-delà du village de Ker Danielo, après avoir coupé la route royale de Baud à Pontivy, entre ce dernier village et celui de Kernichet. Dans ce trajet, la voie a laissé à 1000 mètres à l'Ouest le clocher de Guénin , et à pareille distance au Sud, le village de Loc Miquel, position très-élevée sur le bord de l'Evel, où l'on trouve de nombreux fragments de briques. De semblables débris se rencontrent au village de Ker-Albaud, situé plus loin sur la même rivière, dans une position analogue. « Sur l'autre rive, entre ces deux villages, on voit sur une hauteur, auprès de Kerival, une ancienne fortification en rejets de terre, d'une petite dimension, en forme de carré-long. Devant son entrée, qui se distingue encore très-bien, se trouve un autre fossé avec rejet de terre, placé de manière à masquer l'ouverture de l'enceinte et probablement destiné à en défendre l'approche. ». Ce camp et ces gisements de débris romains ont certainement un rapport direct avec la voie ; mais un monument qui en est en quelque sorte une dépendance, et qui est d'autant plus curieux que les analogues en sont plus rares, c'est une colonne milliaire placée sur la voie près de la maison de Guer-Goan (écrit Guer Goret sur la carte de Cassini), au pied de la montagne du Mané-Guen. Cette colonne a dû être surmontée d'une croix. Il conviendrait de s'assurer si elle ne porte pas d'inscription, et dans tous les cas, de prendre les moyens de la conserver dans son emplacement actuel, et d'empêcher qu'elle soit détruite par le marteau du maçon ou du cantonnier. Au sortir de la commune de Guénin, la voie entre dans celle de Baud, dont elle traverse la pointe N. E. Elle y est parfaitement conservée, et passe au village du Hen-Ven, lequel tire probablement son nom de celui de la route elle même : Hend-Men, en composition ven, chemin-pierre, chemin empierré, pavé. La voie traverse ensuite la lande située à l'O. de ce village , passe au-dessous du moulin de Pen-Mané, et se dirige de là sur le hameau de Tal Forest, auprès duquel elle entre dans la commune de Plu-Méliau. « A peu de distance de ce village de Pen-Mané, et assez près de la route romaine , on trouve, dans un champ, un retranchement en rejet de terre dont une partie a été détruite en labourant ; le reste est planté en bois-taillis. Dans la portion conservée, les fossés sont encore profonds. Sans doute ces retranchements avaient pour objet de servir à protéger les communications, car nous avons trouvé sur toute cette voie comme sur les autres, et à des distances assez rapprochées, des travaux du même genre et toujours placés comme celui-ci sur des points qui dominent le pays. » Après son entrée dans la commune de Pluméliau, près du village de Guer-Vaud, la voie passe à ceux de Ti-Avel, et de Ker-Maniec, qu'on ne trouve pas marqués sur la carte de Cassini. Bientôt elle descend au village de Saint-Nicolas des-Eaux, sur la rive gauche du Blavet, en face de la montagne de Castennec, et pénètre dans la commune de Bieuzy par le pont fort ancien et fort délabré jeté sur la rivière au dessous de St.-Nicolas, et qui va être reporté un peu plus bas pour donner passage au chemin de grande communication de Locminé au Guémené.

 

 

Pluméliau, St-Nicolas, Bieuzy

 

Le nom de Castel se retrouve encore ici comme dans tant d'autres lieux où constamment il désigne une fortification romaine ; enfin autour de cette maison de ferme placée au centre de la presqu'île, et nommée la Couarde, près des ruines de la vieille chapelle, on rencontre beaucoup de tuiles à rebords ; on y a trouvé aussi plusieurs pointes de lances en bronze, et une borne milliaire portant une inscription latine. J'ai dit ailleurs combien ces inscriptions sont rares dans notre Bretagne, moins rares peut-être par le fait que par le défaut d'exploration des antiquités. On doit une véritable reconnaissance au savant M. de Penhoüet qui a découvert celle-ci. Voici comment il rend compte de cette heureuse trouvaille. « En 1811, je fis retourner un long pilier grossièrement arrondi, autrefois debout et alors renversé sur le sol, près d'un autre, en un lieu qu'on nomme Castel-Noëc, commune de Bieuzy, arrondissement de Pontivy, département du Morbihan. Cet endroit est remarquable par sa défense naturelle ; des circonstances qui s'y rattachent témoignent qu'il fut jadis une de ces positions occupées par les Romains pour s'y retrancher. Le pilier cachait, depuis des siècles, une inscription romaine, que je m'efforçai de copier. Je dois prévenir que sur cinquante-cinq lettres qui la composent, je me trompai à l'égard de deux, c'est-à-dire qu'au lieu de lire le mot MORORVM, je lus celui de MANORVM. Cette méprise apporta une grande différence au sens à donner à l'inscription, et m'empêcha de deviner de suite tout l'intérêt dont elle était susceptible... Je retournai sur les lieux en 1813 , et je constatai qu'il y avait bien réellement le mot MORORVM. Je suis revenu une troisième fois, mais alors la pierre avait été partagée dans sa longueur, et une moitié employée dans une construction. L'autre, restée sur le sol, avait conservé quelques lettres, entre autres celles-ci : MORO, ce qui serait suffisant pour la garantie de ce que j'avance, si ce bloc épargné n'a pas été morcelé depuis. Voici l'inscription rétablie :

 

 

IMIP

CAES

-CVIBIO.

TREBO

NIANO. C. XII

VF AVGVS

IMP. CAES C. XIII

T. D. v. MORORVM

ANO III AVG.

 

 

Les cohortes XII et XIII ont dédié le cinquième terme des Maures à l'empereur Caïus Vibius Trebonianus, victorieux, heureux, et à Volusianus trois fois auguste. » ( Dissert. insérée dans la Gazette de Bret. Du 6 nov. 1831 ). M. de Penhoüet attachait une très-grande importance à ce mot MORORVM, qui venait confirmer, par un témoignage contemporain, la présence des soldats Maures en Bretagne, déjà attestée par la Notice de l'empire. Près de la maison de ferme de la Couarde, et tout à côté de la vieille chapelle, je trouvai deux blocs de granit d'environ 2 mètres de longueur ; ils me parurent être les mêmes que ceux signalés par M. de Penhoüet, mais ce fut en vain que j'y cherchai des caractères. Un jeune homme, M. Belour, piqueur attaché à la nouvelle route qui passe à Castennec, eut l'obligeance de faire retourner l'un des blocs, et ce fut alors que je commençai à distinguer quelques lettres, car le granit fort grossier qui forme ce bloc, rend, par ses rugosités, très-difficile la lecture de l'inscription. M. Belour m'avertit que ce bloc, de 1 mètre 60 de longueur et de 60 centimètres de diamètre, avait été fendu dans sa longueur, et me montra au-dessus de la porte de la maison de la Couarde, l'autre moitié servant de linteau. L'inscription, comme l'a observé M. de Penhoüet, n'est donc plus entière. La fin de plusieurs lignes a disparu. M. de Penhoüet avait trouvé neuf lignes ; je n'ai pu reconnaître les deux premières, où il lisait :

 

IMP

CAES

 

Voici ce que j'ai pu déchiffrer après un examen très-attentif J'ai eu soin de placer les lignes et les lettres dans l'ordre qu'elles observent sur la pierre. -

C V

TRE

INO

F

IM1P CAE

TDVNC

NOP

On voit que je n'ai plus retrouvé que le C et le V de la 3e. ligne de M. de Penhoüet; les trois premières lettres TRE de la 1e. ; une leçon différente à la 5e. ; une seule lettre, F, à la 6e ; six lettres conformes, à la 7e.; les trois premières lettres de la 8e. et deux autres lettres que j'ai prises pour un A et pour un G, tandis que M. de Penhoüet y a vu un M et un O, commencement de ce mot MORORVM, auquel il attachait tant d'importance ; enfin j'ai trouvé à la 9e. une leçon différente. Mais je dois répéter que la grossièreté du grain de la pierre, et la terre dont il a fallu la débarrasser, ont rendu pour moi la lecture de l'inscription fort difficile. Au reste, comme je n'ai eu d'autre thèse à appuyer par cette inscription que le passage de la voie par la Couarde et Castel-Noëc, et la présence des Romains en ce lieu, il me semble que ce qui en reste est plus que suffisant à cet égard. Voici donc encore une borne milliaire du 3. siècle, comme celles que nous avons rencontrées sur les voies de Vannes à Corseul et de Blain à Port-Navalo. Caïus Vibius Trebonianus, plus connu par son surnom de Gallus, à qui elle est dédiée, proclamé empereur après la mort de Décius, vers les premiers mois de l'an 252, fut tué, après dix-huit mois de règne, par ses propres soldats, sous les murs de Rome, à la vue de l'armée d'Emilien, qui lui succéda. L'érection de ce petit monument en l'homneur d'un prince qui régna si peu de temps, et qui ne parut jamais dans les Gaules, est assez remarquable ; mais l'époque de l'occupation romaine dans notre province est encore couverte d'épais nuages. On ne saurait recueillir et conserver avec trop de soin tout ce qui nous rappelle cette époque, plus heureuse peut-être pour nos aïeux qu'on ne le croit communément. Ce fut avec regret que je laissai encore gisante sur le sol la colonne milliaire de Castel-Noëc. Je la recommandai vivement au jeune et obligeant M. Belour, qui me promit, autant qu'il serait en son pouvoir, de la sauver de la destruction. Il me semblé que dans un temps où l'autorité parle si souvent de la conservation des monuments historiques, et où l'on rétribue si chèrement certains archéologues, on pourrait bien dépenser quelques francs pour redresser notre malheureuse colonne à la place même qu'elle occupe depuis près de 1600 ans ! D'autres débris romains se remarquent en grande quantité au village de Castennec. De nombreux fragments de briques et de tuiles à rebords couvrent tous les environs à une assez grande distance, et beaucoup de pierres, amoncelées qui décèlent des ruines, font supposer que tout ce terrain fut autrefois couvert d'habitations. Toutes ces preuves du séjour des Romains en ce lieu, n'ont point échappé à l'attention de M. Ledéan, ancien directeur des constructions navales et membre du conseil général du Morbihan. Fort de sa connaissance des localités, et laissant de côté tous les calculs et les vains rapprochements synonymiques de Danville et des autres dissertateurs, il est venu dire : Ici était la station de Sulis ou Sulim , mentionnée par la Table théodosienne et placée sur la voie de Portus Nannetum à Gesocribate, à 20 lieues gauloises de Dartoritum, et à 23 de Vorgium. La dissertation dans laquelle il traite ce point de géographie antique , et que nous avons citée précédemment, est remarquable par la lucidité des idées, la variété de l'érudition, la force du raisonnement : c'est une pièce qui prouve combien d'excellentes choses restent enfouies dans les portefeuilles de la province. M. Ledéan ne s'est pas contenté d'établir à Castel-Noéc la station de Sulis; il a prouvé en outre que tous ceux qui ont parlé de la statue qui est restée placée dans le voisinage de la chapelle de la Couarde jusque vers les dernières années du 17e. siècle, se sont étrangement mépris en la désignant sous le nom de groah hoarn, ou la femme de fer , et sous l'épithète injurieuse de vieille-couarde, prétendue traduction des mots bretons groeck coard ; qu'au contraire elle a toujours été nommée groech ar goard, ou la femme de la garde, ou du camp. Ce n'est ni la seule ni la plus grave erreur qu'on ait commise en s'occupant de cette statue ; et comme, pendant un temps immémorial, elle a été à la Goard l'objet d'une sorte de culte de la part des habitants des cantons voisins, je crois ne pas m'écarter de mon sujet en en disant quelque chose après tant d'autres. Je commencerai par donner la copie d'une sorte de rapport sur les transports de cette statue au château de Quinipily, pièce entièrement inédite, et qui fait partie d'un inventaire général des titres des seigneuries de Camors et de Quinipily, déposé chez M. Blaise, notaire à Baud.

 

 

Vénus de Quinipily

 

« Dans la paroisse de Bieuzy, évêché de Vennes, proche du pont de Saint-Nicolas-des-Eaux, il y a une petite mo tagne qui est presque entourée de la rivière de Blavet. Il y avait sur cette montagne une statue antique, grossièrement taillée, qui représentait une grosse femme d'environ sept pieds de hauteur. Le vulgaire l'appelait en breton groahoart, qui veut dire en français la vieille gardienne. Il y avait auprès de cette statue une fort belle pierre ou bassin, qui peut contenir près de deux pipes d'eau, ce qui fait croire que les anciens ont fait des sacrifices et célébré des fêtes en ce lieu, à quelques-unes de leurs divinités, représentées par cette statue on a remarqué de temps immémorial, que le peuple grossier des environs avait beaucoup de vénération pour cette statue, et qu'il y avait recours dans les nécessités. Les hommes se voyant atteints de maladies, comme catharres et rhumatismes, allaient y toucher les membres infirmes. Les femmes, relevées de couche, s'y faisaient faire des bains dans le bassin pour être rétablies. Les filles qui avaient envie de se marier, faisaient aussi des offrandes d'une manière indécente à cette statue pour obtenir leurs souhaits. L'an 1661, il y eut une mission dans la paroisse de Baud, qui n'est éloignée que de deux lieues de cette montagne. Les missionnaires y apprirent les abus qui se commettaient au sujet de cette statue, et prièrent feu M. le comte de Lannion (Claude) de les faire cesser en la faisant renverser dans la rivière. Ce qu'il fit, y étant allé lui-même à cet effet. Peu de temps après, il y eut de grosses pluies, qui causèrent quelques dommages aux biens de la terre. Ces paysans, persuadés que c'était en punition de ce qu'on avait jeté leur statue dans la rivière, la retirèrent et remirent en sa place. Les recteurs des paroisses voisines en donnèrent avis au seigneur Ch de Rosmadec, évêque de Vennes, qui pria le seigneur comte de Lannion de vouloir bien la faire mettre en pièces, pour faire entièrement cesser ce désordre. Il y envoya des maçons escortés de tous ses domestiques ; mais ces maçons, soit qu'ils fussent remplis de vénération pour cette statue, soit qu'ils craignissent l'arrivée des paysans du voisinage, se contentèrent de lui entamer un bras et une mamelle, et la renversèrent dans la rivière. Peu de temps après, feu M. le comte de Lannion ayant eu une chute de cheval à la chasse, dont il fut vingt quatre heures sans parler, tous ces paysans dirent que c'était une punition de ce qu'il avait fait faire à leur Groa Hoart ; elle demeura dans la rivière depuis ce temps-là. Mais M. le comte de Lannion étant de retour de la guerre, après la paix de Riswick, l'a fait retirer à son château de Quinipily, comme une pièce curieuse et une antique. Il l'a fait depuis retailler et ôter ce qu'elle avait d'indécent dans sa forme. Quand on retira cette statue de la rivière, il s'y trouva beaucoup de paysans qui comblèrent M. de Lannion de louanges, lui promettant beaucoup de prospérités pour un si grand bienfait, qui allait rendre les peuples heureux par de bonnes années et par la guérison de leurs maux. Mais voyant depuis, qu'il l'avait fait mettre dans un endroit où ils ne pouvaient point avoir d'accès, ils persuadèrent au procureur fiscal de Pont-Yvy, de faire un procès à M. de Lannion pour la remettre en sa place. M le duc de Rohan prétendit que cette statue avait été prise dans l'enclave de sa seigneurie ; il en demanda le rétablissement. Pierre, comte de Lannion, acheta, le 5 juin 1698, de Charles Carion, notaire et procureur de l'abbaye de Lanvaux, au prix de 28 l., la statue de la Groa-Hoart, qui avait été jetée dans la rivière de Blavet, et le grand bassin, qui était encore sur son champ dépendant de sa métairie noble de la Couarde, qui n'est pas sous la mouvance de M. le duc de Rohan. M. le duc de Rohan s'opposa à l'enlèvement du bassin, et ce ne fut qu'après jugement des requêtes du palais à Rennes, du 21 janvier 1701, que M. le comte de Lannion fut paisible possesseur de la statue et du bassin. Il l'a fait élever sur un piédestal à quatre faces, et le bassin au-des sous. On employa quarante paires de boeufs pour traîner, sur de gros rouleaux, le bassin, depuis le domaine de la Couarde à Quinipily, ce qui forme une distance de deux lieues. » Suivent les inscriptions placées aux quatre faces du piédestal.vCôté de l'Ouest, Veneri victrici, Vota C. J, C, Côté du Sud, Venus Armoricorum oraculum. Duce Julio. C. Claudio Marcello. L. Lentulo Css. ab n. C. Dccv. Côté du Levant, Gallia tota subacta, dictatoris nomine inde capto, advBritanniam transgressus, non se ipsum tantum, sed patriam victor coronavit. Côté du Nord, Petrus, comes de Lannion, paganorum hoc numen, populis huc usque venerabile superstitioni eripuit, idemque in hoc loco jussit collocari, anno dni 1696 Il faut ajouter à ces inscriptions les trois lettres iit placées sur la bandelette qui serre le front de la statue.

 

 

Baud : Quinipily

 

Le document que je viens de transcrire, et qui fut rédigé dans les premières années du XVIIIe. Siècle, peu de temps après la décision du procès entre M. le comte de Lannion et M. le duc de Rohan, contient l'histoire toute simple de la statue nommée Groek ou Groac'h ar Goar, la femme ou la vieille de la goard. On peut la résumer en très-peu de mots : Une vieille et grosse statue de femme nue, d'environ sept pieds de hauteur, existait depuis un temps immémorial sur la montagne de Castennec, dans un champ dépendant de la métairie de la Couarde ou Goard. Près d'elle était un grand bassin de pierre de granit, comme la statue. Là venaient de nombreux pélerins faire des offrandes pour différents vœux Celles des filles se faisaient d'une manière obscène, manière qu'elles avaient pu croire autorisée par les formes indécentes données originairement à cette statue.

On ne peut dire précisément aujourd'hui quelles étaient ces formes, ni leur degré d'indécence, depuis que, pour les ôter, le comte de Lannion a fait retailler la statue tellement et si bien qu'on lui a refait dans le bloc même, un bras tout neuf à la place de celui qui avait été entamé par les maçons, et que la mamelle pareillement entamée par eux, et qui conséquemment devait être très-proéminente, a été réduite, ainsi que l'autre mamelle, à à des proportions si faibles, qu'un coup de marteau ne les entamerait nullement aujourd'hui. Il résulte de tout cela que la statue que le comte de Lannion a fait enlever de la Goard, et poser sur un piédestal dans les dépendances de son château de Quinipily, est bien le même bloc de granit dans lequel avait été taillée l'antique Groac'h ar Goard, mais que, retaillée par un maçon aux ordres du comte, elle a perdu toute cette teinte d'antiquité qui pouvait lui donner de l'intérêt; que, retouchée à fond dans toutes ses parties, toutes ses formes indécentes qui pouvaient être caractéristiques ont tellement disparu, qu'on ne peut être nue plus modestement, et que, sous ce rapport, les Vénus pudiques n'en approchent pas plus que sous celui de l'art ; que cette étole dans laquelle on a cru voir un attribut égyptien, me semble indiquer que cette prétendue restauration a été faite d'après les idées de cet ecclésiastique collégien auquel sont évidemment dues les pédantesques inscriptions du piédestal, ainsi que le sigle I IT de la bandelette frontale, gravé en relief comme les inscriptions, et dont les lettres ont une forme tellement identique avec celles de ces inscriptions, qu'il n'est pas douteux qu'elles sont de la même main. Et c'est ce grotesque morceau de sculpture, exécuté en son entier par un maçon de village à la fin du XVIIe. Siècle, qui a occupé tant de savants, dont les uns y ont vu une Venus victrix, les autres une déesse arabe ou syrienne, érigée par des soldats maures en garnison chez les Vénètes; d'autres encore une Isis pleurant la mort d'Osiris, dont le bassin ou cuve était le tombeau. Enfin, de tant de dissertateurs, aucun ne semble avoir élevé le moindre doute sur l'antiquité des ornements de la statue, quand ils avaient près d'eux, dans le bourg de Baud, la preuve irréfragable que ces ornements, qui leur paraissaient si caractéristiques, étaient dus à l'imaginative du comte de Lannion ou de son chapelain, et exécutés sous leur direction. Que d'érudition perdue ! On a voulu aussi mettre en rapport direct la statue de Quinipily et deux autres statues d'hommes barbus et à ceinture de feuillage, trouvées dans les ruines de ce château, et transportées, en 1805, au village du Bocoüet, près de Locminé. Ces statues qui ne sont autre chose que des cariatides de quelque niche, porte ou cheminée, sont encore plus grossièrement exécutées que la moderne Groac'h ar Gouard, avec laquelle elles n'ont eu aucun rapport, tant que celle-ci est demeurée sur la montagne de Castennec. Le mémoire que nous avons transcrit n'en parle nullement ; et puisqu'il fait mention de la cuve qui était près de la vieille déesse, il n'aurait point passé sous silence deux statues de cette dimension qui l'auraient accompagnée. Elles ne peuvent donc pas même prétendre à l'antiquité d'emplacement et de vénération qui appartient sans contestation à la Groac'h ar Goard non retouchée et dans son état primitif Après cette longue digression, justifiée peut-être par la célébrité de la prétendue Vénus de Quinipily, revenons à notre objet principal, la voie ou chaussée Ahès. Nous avons dit que de nombreux fragments de briques et de tuiles romaines jonchaient le village de Castennec et ses abords. A 2 ou 3 kilomètres de là, vers l'O., une quantité prodigieuse de pareils débris se trouve parmi des ruines que la tradition dit être celles du château de Kerven, placé sur la limite entre la commune de Mel-rand et celle de Bieuzy, mais sur le territoire de celle-ci. On en trouve pareillement dans toute l'étendue du champ qui entoure ces ruines. « Comme cette position est sur le bord d'un ruisseau, et près de la voie romaine, il se peut que ce lieu ait été l'emplacement d'un fort construit par les Romains, soit pour faciliter les communications, soit comme accessoire du camp retranché de Castennec, dont il n'est qu'à une faible dis tance. » Au sortir de ce village de Castennec ou de Castel-Noëc, que la tradition dit avoir été une ville et un lieu de marché considérable, la voie est très-reconnaissable, comme presque partout où elle passe sur le territoire de Bieuzy. Il s'y embranche une autre voie qui vient en direction du bourg de Melrand, mais bien moins large que celle-ci. Nous manquons de renseignements sur cette voie secondaire. Quant à la chaussée Ahès, elle se dirige de Castennec sur le village de la Motte, et va passer la petite rivière de Noüé, vers le moulin de Kern-Alain, à 1,000 ou 1,200 mètres au N. du bourg de Bieuzy. Elle entre ici sur la commune de Melrand dont elle traverse la pointe N. E., en passant aux villages du Roc, du Lain, de Kerprat, de Saint-Fiacre et de Kerhol ; puis, pénétrant dans la commune de Guern, elle passe entre le village de Ker-Audic et un mamelon fort élevé nommé le Mont-Guern, sur lequel était autrefois une justice patibulaire, à 2 kilomètres au S. du bourg de Guern. Au-delà, je ne saurais préciser la direction de la voie ; on sait seulement qu'elle tend vers la petite ville de Guémené. De là, pour la conduire à Ker-Ahès (Carhaix), nous avons encore moins de renseignements. La ligne directe serait de passer vers Langoëlan, Mellionec et Glomel. A Langoëlan est un monument indiqué par Ogée et nommé dans le pays, Ti doué Baris, ou Maison du dieu de Paris. C'est un bâtiment circulaire en pierres de taille. Il n'a pas été observé. M. Habasque (Not. des C.-du-Nord, t. 3, p. 98) indique près de Glomel un petit pont de construction romaine, sans autre renseignement; et enfin le président de Robien, qui probablement n'a pas eu dans le voisinage de Carhaix, l'occasion de bien observer, se borne à dire que le chemin « qui prend à l'orient de Carhaix, est fort entrecoupé et est bientôt perdu. » Il est à croire, au contraire, que la voie serait plus facile à reconnaître dans ce pays-là que dans aucun autre. La continuation de la voie Ahès au-delà de Carhaix, sera traitée sous le titre de Voie de Carhaix vers Plouguerneau, dans la notice que je publierai sur les voies romaines sortant de Carhaix

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Published by poudouvre
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