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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 13:44

 

 

Le duc François II de Bretagne consacra à l'administration de son duché le moment de répit que lui laissa cette convention. Le 8 février 1486, il réunit les états à Rennes. Une résolution des plus favorables à la bonne administration de la justice y fut prise : ce fut l'érection d'un parlement sédentaire. Cette institution, quoique fort importante, n'était pas le principal objet que le duc s'était proposé en convoquant les états. Inquiet de la cession de Nicole de Bretagne, confirmée par le traité de Montargis, il voulait assurer, par anticipation, le duché à ses filles. Ayant représenté aux barons bretons que sa succession plongerait infailliblement leur pays dans une guerre intestine, si elle n'était réglée de son vivant, il en obtint une déclaration par laquelle, dérogeant au traité de Guérande ainsi qu'aux testaments de François Ier et de Pierre II, ils reconnurent Anne et Isabeau, ses filles, comme héritières légitimes du duché, et s'obligèrent, par un serment solennel, à soutenir les droits qu'ils venaient de leur conférer. Le baron d'Avaugour lui-même, fils naturel de François II, et époux de Marguerite de Brosse, fille cadette du légitime héritier du Penthièvre, accéda à la résolution des états, après s'ê disculpé du reproche de prétendre à la succession ducale. Mais d'autres compétiteurs, plus sérieux que d'Avaugour, faisaient pressentir que quand le moment serait venu ils feraient valoir les droits qu'ils disaient tenir de leur naissance. C'étaient le prince d'Orange, neveu de François II, par sa mère; le vieux sire d'Albret, veuf d'une arrière-petite fille de Jeanne la Boiteuse ; Jean II, vicomte de Rohan, beau-frère de François II, qui non-seulement prétendait que la tante devait être préférée à la nièce, mais s'appuyait sur l'origine de sa maison, qu'il faisait remonter au fameux Conan-Mériadec, en se prévalant du procès-verbal de l'assise tenue en 1118, sous Alain Fergent, titre que la maison a de tout temps, et vainement, essayé de faire considérer comme authentique. A ces prétendants ajoutez le duc d'Orléans, qui désirait secrètement épouser la princesse Anne, et qui, enchaîné par son mariage avec la sœur de Charles VIII, ne pouvait qu'escompter l'avenir, et enfin, Maximilien d'Autriche, autre prétendant à la main d'Anne de Bretagne. Le parti français exploitait habilement les dissensions qui résultaient de ces prétentions diverses, en s'efforçant de persuader aux Bretons que le principe de la loi salique formait en Bretagne la règle de la succession au trône ducal ; et François II n'ayant que des filles, le duché, à défaut d'héritier mâle, devait revenir au roi de France, seigneur suzerain.

Le débile François II s'affligeait de toutes ces intrigues, qu'il était impuissant à déjouer; et si des infirmités précoces déterminèrent la grave maladie qu'il fit à cette époque, on a tout lieu de croire que le chagrin n'y fut pas étranger. Résolu à s'assurer par tous les moyens possibles du dévouement de ses vassaux immédiats, il abolit dans ses domaines (8 octobre 1486) le droit de mottage, en vertu duquel il recueillait la succession des colons morts sans enfants. De son côté, Mme de Beaujeu, à qui l'on avait représenté comme prochaine la mort du duc, se hâta de conduire le roi à Tours, et de faire marcher des troupes, qui devaient l'y rejoindre, pour qu'il fût prêt à envahir le duché. Le danger était imminent. Pour le détourner, François, Maximilien, d'Albret, d'Orange, etc., signèrent, le 13 décembre 1486, un pacte auquel adhérèrent les principaux seigneurs bretons, dans le double but de repousser l'invasion française et de favoriser le duc d'Orléans dans son projet de supplanter Mme de Beaujeu. Cette princesse, brusquant l'attaque, fit entrer une armée sous les ordres de La Trémouille en Bretagne (mai 1487). II marcha sur Vannes, d'où le duc se sauva à Nantes. La Trémouille vint l'y assiéger. En même temps la régente concluait avec une partie des seigneurs bretons une con vention qui lui permettait de faire occuper bon nombre de places de la province par les troupes françaises, venues seulement, disait-elle, pour châtier le duc d'Orléans. L'habile princesse faisait marcher de front ces négociations et celles au moyen desquelles le roi d'Angleterre, désertant la politique constante de ses prédécesseurs, renonçait à secourir la Bretagne. Les principaux obstacles ainsi aplanis, Charles VIII s'avança en personne jusqu'à Nantes, avec l'espoir que cette ville ne tarderait pas à lui ouvrir ses portes. Il s'abusait. La place, vigoureusement défendue par le duc d'Orléans et le prince d'Orange, repoussa pendant près de deux mois les attaques des Français, qui furent enfin obligés de lever le siège. Quittant les bords de la Loire, La Trémouille marcha vers le nord par Auray, Vitré et Saint-Aubin du-Cormier, dont il se rendit maître. C'est alors que d'Albret, qui avait échoué dans une première tentative d'entrée en Bretagne, y débarqua quatre mille hommes. Aussitôt il réclama l'exécution d'une promesse que sa sœur, la comtesse de Laval, gouvernante d'Anne de Bretagne, lui avait faite et qui lui aurait assuré la main de cette princesse. Mais, soit, comme on l'a prétendu, que cette enfant éprouvât une répulsion invincible pour ce mariage, et préférât Maximilien, jeune, brave, habile guerrier et plus lettré qu'aucun des princes ses contemporains, soit plutôt que François II pensât que l'union de sa fille avec le roi des Romains offrait plus de chances de soustraire la Bretagne à l'invasion française, il laissait entrevoir la possibilité de cette union. Pendant les négociations qu'elle provoquait, La Trémouille faisait (mars 1488) une nouvelle irruption en Bretagne, à la tête de douze mille hommes, et prenait Châteaubriand, Ancenis et Fougères. Les troupes ducales, mélange confus de Bretons, d'Anglais, d'Allemands, de Gascons et d'Espagnols, se mirent en marche, et, le 28 juillet 1488 les deux armées se livrèrent la bataille connue sous le nom de bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (voir La bataille de Saint-Aubin-du Cormier.) . Elle fut fatale à la Bretagne. Non seulement l'armée bretonne y perdit six mille hommes, mais François, sa famille, son duché furent à la discrétion du vainqueur. Le patriotisme breton n'était pourtant pas éteint partout ; il trouva d'énergiques interprètes dans les bourgeois de Rennes. Sommés par La Trémouille de se rendre sous peine de punition telle qu'il en serait mémoire et exemple, ils lui rappelèrent fièrement, par la bouche de leurs députés, le chanoine Jean Le Vayer, Plessis-Balisson et Bouchard, greffier du parlement et frère de l'historien, les désastres des Français à Crécy et à Poitiers ; puis ils menacèrent La Trémouille d'une telle résistance qu'il n'osa la provoquer. Mais Dinan et Saint-Malo furent obligés de capituler. François, consterné, demanda la paix, qui lui fut accordée, le 21 août, par le traité du Verger, conclu malgré la dame de Beaujeu, laquelle insistait pour que la France tirât un meilleur parti de sa victoire. Toutefois, si l'annexion de la Bretagne n'était pas immédiatement prononcée, la convention du Verger, en ne statuant point sur l'objet principal des contestations, fournissait à Charles VIII des prétextes suffisants pour accabler dès qu'il lui plairait un adversaire désormais hors d'état de lui résister. Le roi en effet ne renonçait à aucune de ses prétentions sur toutes les possessions du duc, à défaut d'héritier mâle, et il gardait en nantissement Fougères, Dinan et Saint-Aubin-du-Cormier, tandis que François s'obligeait à licencier les troupes étrangères, à ne jamais en appeler d'autres pour faire la guerre à la France, enfin à ne marier ses filles qu'avec le consentement du roi de France.

Cette dernière clause était dure ; elle renversait l'échafaudage si laborieusement élevé par le duc, à qui elle porta le dernier coup. Il mourut à l'âge de cinquante-trois ans, trois semaines après avoir signé le traité du Verger, qu'on avait eu soin de faire ratifier par les états. Il fut inhumé dans l'église des Carmes de Nantes, où il avait témoigné le désir d'être enseveli, près de Marguerite de Bretagne, sa première femme. Anne, sa fille, y fit élever un magnifique tombeau, le chef-d'œuvre de Michel Columb, qui se voit encore de nos jours dans la cathédrale de Nantes (voir Marie-Edmée Vaugeois, alias Loïc Trémor née à Nantes en 1841 : le tombeau des Carmes) . ll n'eut de son second mariage avec Marguerite de Foix que deux filles, Anne, qui lui succéda, et Isabelle, morte à Nantes, en 1490. Enclin à la paix, quoique courageux, François II se trouva entraîné par les circonstances à être presque toujours en guerre pour repousser les agressions de Louis XI et de Charles VIII. Naturellement sincère et droit, il eut le triste sort d'être obligé de recourir à la duplicité pour ne pas tomber dans les pièges que lui tendit le cauteleux fils de Charles VII. La ruse pourtant lui répugnait, et l'intérêt de son peuple, menacé dans sa nationalité, put seul le déterminer à s'en faire un auxiliaire. Tant que vécut Landais, cet homme si méconnu de ses contemporains, François II, docile à ses conseils, montra une énergie | dont la Bretagne retira les plus heureux fruits ; mais quand il l'eut sacrifié à la turbulente aristocratie, qu'il offusquait, ce malheureux prince, obsédé d'intrigues, désespéra de lui-même. On lui a reproché de s'être laissé gouverner par ses maîtresses. Sans chercher à l'absoudre de ce re proche, nous ne pouvons nous empêcher de regretter qu'il n'ait pas plus obéi aux inspirations généreuses de la dame de Villequier, qui paya du moins son amour d'un dévouement sincère et éclairé. P. Levot. Histoires de Bretagne de dom-Lobineau, dom Morice et Daru - Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t. II, p. 145-147


 

 

 

 

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Published by poudouvre
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