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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 14:34

 

En 1275, Jean le Roux avait marié son petit-fils Arthur, bien qu'il n'eût que treize ans. Il obtint pour lui Marie ou Alix de Limoges, héritière de la vicomte. Sa mère et tutrice exigea le solennel engagement du duc, de son fils Jean et d'Arthur de défendre Limoges contre les Anglais ; et le duc convint d'un douaire de 4000 livres (environ 455.000 francs). Marie de Limoges devint mère de Jean, qui sera le duc Jean III, de Guy, depuis comte de Penthièvre (et Pierre, duc de Dol et de Saint-Malo), et mourut en 1291. Trois ans après, en 1294, Jean II, qui avait succédé à son père en 1286, allait remarier son fils. Il lui donna pour femme Yolande de Dreux, fille de Robert IV et de Béatrix de Dreux, comtesse de Montfort-l'Amaury. Depuis six ans, Yolande était veuve sans enfants du roi d'Ecosse Alexandre IV : elle portait et allait garder le titre de reine d'Ecosse. Le futur duc Arthur et Yolande étaient cousins au huitième degré : ils avaient pour ancêtre commun le petit-fils de saint Louis, Robert II de Dreux, père de Pierre Mauclerc bisaïeul d'Arthur et de Robert III bisaïeul d'Yolande. L'année même de ce mariage, la guerre menaçait. Le duc Jean II faisait une sorte de recensement de son armée féodale ; il se mettait à la disposition de son beau-frère Edouard ; acceptait le titre de lieutenant du roi d'Angleterre, et partait en guerre pour la Gascogne. Puis, par une surprenante volte-face, il quittait l'armée anglaise et se joignait à l'armée française à laquelle il apportait un secours aussi efficace qu'inattendu (1296). En prix de ce service, le roi offrit à Jean II le titre de pair qui emportait celui de duc (1297). Ebloui de ce titre de duc, que « les lettres royaux » ne lui donnaient pas, Jean II ne vit pas, les conséquences qu'allait avoir pour le duché l'érection en pairie. La première,c'est que le duc s'engageait à l'hommage lige, contre lequel ses successeurs protesteront, sans pouvoir toujours s'en défendre. Mais ce n'est pas tout. Sur un point important, la pairie allait modifier le droit public de la Bretagne. Jusque-là, les fiefs des duchesses n'entraient pas dans le domaine ducal. Au contraire, les fiefs des reines entraient au domaine royal. Cette règle s'appliquait aux fiefs du royaume, et l'érection en pairie allait y soumettre la Bretagne. Yolande a vu mieux que personne les inconvénients que l'érection en pairie a pour ses enfants ; et après la mort de Jean II (18 novembre 1304), elle va parer au danger.La reine douairière n'était pas riche. Comme si elle eût résolu de garder le veuvage, elle avait renoncé au profit de son frère à tous ses droits dans la succession de son père ouverte en 1282 ; même dans la succession future de sa mère comprenant notamment Montfort et ses annexes. Le prix très modique de cette renonciation avait été une rente de 1,0000 # (113,730 de nos jours.) Son frère lui avait donné en dot une rente de 1,500 # (170,000 francs); elle apportait donc une rente de 2,500 # ou (284,000 francs). C'était peu pour un futur duc de Bretagne. Un douaire fut-il convenu lors du mariage? C'est probable, mais nous n'avons pas le contrat ; un acte postérieur du duc y suppléera. Yolande avait eu un fils nommé Jean, comme l'ainé de ses frères consanguins, et cinq filles. En devenant mère, la duchesse de Bretagne oubliera le désintéressement de la reine d'Ecosse; et, sans négliger ses intérêts propres, elle sera ambitieuse pour ses enfants, et surtout pour son fils. Mais que d'obstacles ! Yolande a par avance renoncé au comté de Montfort. Mais, le comté fût-il en sa possession, après l'érection en. pairie, il entrera dans le domaine et pourra être le partage d'un fils du premier mariage. Yolande ne l'entend par ainsi. Elle fait représenter au roi. qu'elle s'est mariée sous la loi bretonne, avant l'érection de la Bretagne en pairie ; et que cet acte ne peut porter préjudice à ses droits et à ceux de ses enfants. Le roi en conseil accueille sa requête. Lettres du 24 septembre 1309. Ainsi le comté de Montfort, s'il, entre dans les mains d'Yolande, suivant l'ancienne Coutume bretonne, n'entrera pas dans le domaine ducal et passera au fils de la duchesse.

Lobineau dit « parents au 4e degré. » Nous comptons autrement :

Voici la généalogie.

 

 

Robert II petit-fils du roi saint Louis, dont Robert III dit Gateblé, dont Robert IV, dont Yolande

Pierre Mauclerc, frère de Robert II, dont Jean Ier Le Roux, dont Jean II, dont Arthur II.


 

 

Robert II petit-fils du roi saint Louis et ses deux fils : 

Robert III de Dreux, et Pierre de Dreux, duc de Bretagne

Quand elle a cette assurance, Yolande obtient de son frère qui dépérit le retrait du contrat de renonciation (1310). Elle ne recevra plus sa rente de 1000  # mais elle redevient habile à succéder à son père et à sa mère, et elle aura bientôt l'héritage : son frère meurt peu après ;et sa mère, l'année suivante (1311). Au même temps, le duc semble tirer à sa fin Yolande obtient de lui une donation et un testament. Parle premier acte Arthur institue : Ie pour elle même un douaire de 7000  (577,500 fr.) ; 2° pour ses enfants une rente de 7000  ## (600 000 fr.), dont Jean futur duc fait aussitôt l'assiette jusqu'à concurrence de 3300  # (272,000.fr.), sur les domaines de Perche, de Maine et de Normandie ; 3° pour son fils Jean (de Montfort) une rente de 500 # (41 250 fr.) avec la seigneurie de Guérande que le duc prend soin d'évaluer 12000  # environ un million de notre monnaie. J'emprunte ce chiffre de 8000 à nos deux historiens bénédictins. Dans la marge en regard de ce chiffre, Lobineau écrit : « d'autres disent 20000, mais à tort ». Or dans leurs Preuves, les deux historiens impriment sous le titre de « Partage donné aux enfants de la duchesse Yolande  », un acte dressé en présence d'Arthur II et daté d'octobre 1311, qui commence ainsi : « Nous Yoland, duchesse de Bretaigne, avons volu et volons qu'en l'assiette de XX mil livres de rente que nostre chier seignor et espoux le duc. père des dits enfants, segond (selon) la forme d'une convenance (convention) faite entre nous... ». Le chiffre XX mil livres est répété plus loin. (Je chiffre élève l'apanage à un million 650000 francs (de rente) de notre monnaie : soit pour chacun des six enfants, si les parts étaient égales, 275000 francs. Par son testament le duc « ordonnait pour le mariage de ses filles 20,000 (1.650.000 francs). » Ces dispositions prises, Arthur meurt au château de l'Isle. à l'entrée de la Vilaine, le 27 août 1312. Il croit apparemment avoir assuré la paix dans la maison de Bretagne.

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Published by poudouvre
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