Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 13:04

En 1912, alors que j'étais vicaire à Plessala, on me remit des fragments de brique trouvés dans un champ. Je ne pus les déterminer. Après une visite personnelle sur les lieux où les tuiles et les briques abondaient, je recueillis des fragments que j'expédiai après les avoir numérotés soigneusement à M. le comte René de Laigue, rédacteur en chef de la Revue de Bretagne, à Bahurel, par Redon (Ille-et-Vilaine). M. le comte de Laigue ne me laissa pas longtemps en peine. Il me répondit le 25 août 1912 : « Votre N° 1 est certainement un fragment de brique romaine. Le N° 2 doit être un enduit, du ciment romain. Le N° 3 est une brique à rebord romaine. Vous êtes donc en présence de ruines gallo-romaines, je ne dis pas païennes, car elles pourraient être celles de maisons des Ve, VIe, VIIe, VIIIe siècles. Peut-être des loges de moines. » -Quelques semaines plus tard, je présentai un petit rapport au Congrès de Moncontour. Ce rapport traitait des antiquités de Plessala ; il lut. imprimé chez M. Prudhomme avec les autres rapports présentés au même Congrès. Je ne pouvais pas alors parler de fouilles, puisque je n'en avais point fait. Ce ne fut qu'en 1913, au mois d'août, que j'entrepris d'explorer le champ des « Meurtiaux », situé près le village de la Hautière, en Plessala, champ dans lequel je supposais qu'une maison avait anciennement, existé. On se mit donc à l'oeuvre.

1° Le premier jour, nous trouvâmes deux morceaux de plomb fortement oxydés -puis un objet, de forme pyramidale, composé des mêmes éléments que les tuiles romaines, et percé d'un trou au sommet. Le curieux de l'affaire, c'est qu'une racine s'était engagée dans le trou de cet objet et avait continué sa marche plus d'un mètre au-delà. Cet objet, peut-être un poids, pèse 1 k. 800. Il (est haut de 0 m. 17. Bientôt, on découvrit une pièce de monnaie de bronze de la grandeur -d'une pièce de 0 fr. 50. Elle portait à l'avers : une tête tournée â droite avec pour exergue : IMP. C. VIC. 0... ; au revers : une femme debout, main gauche retombante -main droite élevée tenant un objet.

 

 

Un antiquaire de Bourgogne auquel je fis voir la pièce de monnaie me répondit sans hésiter « EIle est de Victorin, empereur des Gaules en 267. La première journée : s'acheva. Nous avions rencontré tuiles et briques mais point, de mur.

2° Le second jour, un cheminot, que j'avais pris à mon service, me dit après avoir abandonné sa première tranchée et en avoir pratiqué une seconde : « Cette fois, je touche, à un mur. » Et c'était vrai. Sur mes conseils, il respecta la maçonnerie et s'employa à déblayer le terrain à l'extérieur de l'édifice. Pendant ce travail, une pièce de monnaie en bronze est découverte. Elle est en état parfait de conservation. Sur la face, elle porte une tête laurée tournée à droite. -En exergue : ANTONINUS. AUG....0.... D. Au revers, on remarque un femme assise tournée à gauche, main droite élevée, tenant un objet, peut-être une corne d'abondance, avec les lettres :, S, C. (seriatu consulto). Antonin-le-Pieux régna de 138 à 161.

 

3° Le troisième jour, après avoir mis à nu une partie importante des murs, on pénètre dans la maison par une ouverture, une porte ayant pour seuil une pierre de granit plate, assez peu travaillée. Cette porte était large de 0 m. 90. Près de cette porte, à gauche en entrant, se voyait une sorte de tourelle pour escalier faisant saillie sur le dehors. Cette sorte de tourelle ouverte sur l'intérieur de lm. 40, mesurait en profondeur : 1 m. 35. La maison était aspectée au midi. Elle était carrée et avait 9 m, 20 de côté. On la visita tout entière, à l'exception d'un angle recouvert d'un talus qu'on ne voulut point démolir. Les murs bâtis en pierres du pays n'avaient que 0 m. 60 de large. Ils avaient été faits à la chaux, mais l'appareil n'avait rien.de romain. Ces murs existaient encore en 1913 sur tout le pourtour de la maison : ils avaient au dessus du niveau de la place intérieure de l'habitation, suivant les endroits, 0 m. 40, 0 m. 60, 1 m. et près du talus, 1 m. 50 et plus. La place de la maison était parfaitement droite : le béton grisâtre dont on s'était servi pour la faire était bien conservé. La couche de.béton était d'environ vingt centimètres. Un mur, ou mieux une cloison prenait sur le côté levant et allait jusqu'au milieu de la maison pour ensuite se diriger sur le nord. Dans le coin sud-ouest, la place était surélevée. C'était peut-être un foyer fait de pierres et de briques qui n'étaient plus en place. Au même endroit, on trouva beaucoup de cendres et de morceaux de bois brûlés. A l'intérieur, les tuiles et les briques se rencontraient nombreuses, les unes rouges, les autres grises, les autres noires. De même, on trouva, toujours à l'intérieur, des clous de fer dont l'un mesure encore 0 m. 10. Enfin, on trouva quantité de débris de poteries, les unes grossières, les autres très, fines et des morceaux de verre bleu-clair provenant d'un flacon bien travaillé.

On rencontra aussi quelques fragments d'enduits qui s'effritaient aisément. Outre les tuiles à rebord et autres, on mit à découvert deux magnifiques briques, dont l'une pèse 10 kilos, porte une entaille en sa partie supérieure, et mesure 0 m. 38 de long, 0 m. 26 de large et 0 m. 06 d'épaisseur. Depuis 1913, le propriétaire du champ a trouvé près de la maison explorée un objet en granit taillé en forme de coquille et pouvant contenir deux litres d'eau. Le même propriétaire croit avoir trouvé 3 encoignures de bâtiment ou d'enclos de cour ou jardin. Je veux dire en terminant que les ouvriers qui m'aidèrent à faire les fouilles dont je viens de parler, étaient unanimes à affirmer que la maison avait été détruite par le feu. La plupart des objets recueillis au cours de ces recherches sont en ma possession, et je serais heureux qu'un archéologue plus instruit que moi les vint examiner. La maison explorée par moi en 1913 a sûrement des semblables à Plessala qui attendent qu'on veuille bien les visiter. Dans les lieux que je vais indiquer, j'ai trouvé les mêmes débris qu'au champ des Meurtiaux près La Hautière :

1° Près de la Nouette, briques à rebord, morceaux de poteries.... le terrain est surélevé et tout près, chose rare, je crois, un puits ! qu'on a rouvert voilà une quinzaine d'années pour alimenter la machine à vapeur d'un scieur de bois. Mon intention était .de pratiquer des fouilles à cet endroit à l'été de 1914 ; les circonstances m'en empêchèrent.

2° A Kerdreux, il y eut une habitation romaine ou gallo romaine : tuiles et briques, fragments de poteries.. J'avais visité Kerdreux et reconnu le champ où existait cette maison quand je mis la main sur le « Répertoire archéologique de M.. Gaultier du Mottay, édit. 1885. » Dans cet ouvrage, je pus lire à l'article Plessala ce qui suit : « Epoque romaine. En novembre 1867, on trouva à Kerdreux plusieurs pièces en or du Bas Empire, parmi lesquelles un Honorius avec les légendes : -D.N.-HONORIUS -P. F. AUG.; et au revers : VICTORIA. AUG.... l'empereur passant à droite tenant une enseigne et la statue de la Victoire et foulant un captif enchaîné à ses pieds. » Honorius régna de 395 à 423.

 

 

3° Au village des Maisons, en Plessala, on a découvert quantité de briques romaines de toutes sortes. Un cultivateur du village voulant enclore un champ fut grandement gêné par les amas de tuiles qu'il rencontra. II disait : dans mon champ, il y a eu une briqueterie. Il y aurait eu plusieurs habitations gallo-romaines dans ce village.

4° J'arrive à la Truffaye. Après avoir passé le village de la Ville-Orio, sur la route de Plessala à Bel-Air, à 300 m. environ, on trouve des deux côtés de la route : tuiles, briques, fragments de poteries sur un grand espace. Avec une canne, on fait sortir des débris de tuiles romaines du talus à gauche. Dans un chemin parallèle à la route, dans l'est, on peut

voir un bout de mur d'une maison gallo-romaine coupé par les voitures. Je prie Messieurs les archéologues dès Côtes-du-Nord de ne pas recevoir avec indifférence les renseignements que je me permets de leur donner ici. Qu'ils aillent plutôt sur les lieux pour vérifier mes dires et s'ils craignent de ne pas trouver facilement les antiquités signalées par moi, qu'ils m'invitent à les accompagner : je suis leur homme. J. Le Texier, Prêtre, vicaire à Loudéac

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires