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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 13:08

 

Nous avons vu le comte de Richemont ratifier, en 1453, le douaire de 6.000 livres de rente constitué alors par Pierre II, et renouvelé par celui-ci dans son testament du 5 septembre 1457. Pierre II motivait ainsi le don considérable qu'il faisait à sa pieuse épouse, sa sœur, comme il disait : «afin que, si par avant elle nous décédons, elle puisse continuer et maintenir après nous ses états et honneurs comme lui appartient, ayant égard à l'autorité et magnificence de la maison de Bretagne dont a été et est encore dame par son mariage, à ce que même elle puisse plus curieusement vaquer et entendre en oraisons et autres bonnes œuvres et dévotions et prier Dieu pour nous... » Le duc savait bien que le don fait à sa veuve serait employé surtout aux besoins des pauvres, au soulagement des lépreux alors nombreux en Bretagne, en charités de toute sorte ; mais il ne disait pas tout. ' A ses derniers et la recommandant à son oncle Richemont, il disait à celui-ci : « Je vous la rends, comme de vous je l'ai reçue... Ne pensez pas que jamais elle en épouse un autre après moi ; car je sais bien son intention et le vœu qu'elle a fait d'entrer en religion, si elle me survit ». Arthur avait marié Françoise d'Amboise; il avait ratifié la donation de 1453, confirmée par le testament dont il était exécuteur ; il savait par son neveu mourant le vœu religieux de la duchesse veuve. Comment comprendre les rigueurs dont il va se rendre coupable envers elle ? Un des premiers actes d'Arthur, c'est de supprimer le douaire de Françoise : bien plus, il lui enlève des bijoux qu'elle a reçus de son mari ou de ses proches; et pourquoi ?  Parce qu'il n'appartient pas à une veuve d'avoir tant de biens, ni aune nonne d'être si riche en joyaux. Du moins appartient-il à une veuve d'avoir le douaire que son mari lui a donné, et que le successeur de son mari a d'avance ratifié. Que le connétable n'ait pas pardonné à Françoise de n'avoir pas voulu donner un fils à la Bretagne, cela se comprend : elle avait trompé son attente. Mais, après la mort de Pierre, que lui importait et à la Bretagne que la duchesse se remariât ? II entra dans la colère du père de Françoise, de ses oncles de Rieux et de Montauban, et se livra envers la duchesse à une persécution indigne de lui. Mais Françoise a sa vengeance prête : elle fermera les yeux du vieux duc, l'ensevelira de ses mains virginales, fera avec la permission de la duchesse les frais des obsèques, multipliera les prières et les aumônes pour le repos de son âme.

 

Nous reviendrons au douaire de la duchesse Françoise ; mais auparavant nous devons parler des contrats de mariage d'Arthur III, venue comtessede Richemont, elle continua à s'appeler Madame de Guyenne. -Elle mourut le 2 février 1442. A l'été suivant, pendant une expédition en Guyenne, des amis du connétable lui firent épouser Jeanne, fille de Charles II, sire d'Albret. Le mariage fut célébré à Nérac, le 29 août 1442. Jeanne d'Albret mourut à la fin de septembre 1444., « Enfin en juillet 1445, Richemont épousa Catherine de Luxembourg, sœur du connétable comte de Saint-Pol, qui allait longtemps lui survivre. Nous avons seulement le contrat de ce dernier mariage ; mais certains actes nous en disent assez sur les deux premiers. Qui le croirait ? En épousant Marguerite, sœur cadette du puissant duc de Bourgogne, Richemont faisait un mariage d'inclination ; mais ne faisait pas un riche mariage. Philippe le Bon « savait que sa sœur désirait ce mariage ; et il exploita la situation de manière à rendre les futurs époux peu exigeants sur la dot. » Il fut convenu que, si Philippe mourait sans héritier, Marguerite aurait le duché... que, s'il avait un héritier, 100.000 A (4.125.000 fr.) seraient payées soit avant, soit après sa mort, à sa sœur... Enfin le duc promit une dot de 5.000-*? (206.000 francs).Mais pour obtenir ces conditions, Marguerite est contrainte à des renonciations que révèle son testament remarquable, par les sentiments de piété, de résignation et de repentir qu'il exprime dans un langage simple, élevé, touchant ». Par deux fois, elle supplie instamment son frère de ne mettre, aucun obstacle à l'exécution de ses dernières volontés ; et mal rassurée à cet égard, semble-t-il, mais sans aucune récrimination, elle lui rappelle ce qui suit : Par son premier contrat de mariage avec le dauphin Louis, son père lui avait promis 3.000 l de rente (123.000 francs) et 100.000 écus d'or (à 23 sous 115.000 livres, 4.743.000 francs). Or elle a renoncé à la rente de 3.000 f à la prière et requête de son frère. Ce n'est pas tout : en faveur de lui elle a renoncé à de grands droits, comme des successions de père et de mère, et n'a rien eu d'eux en meubles ni héritages (biens immobiliers)». Bien plus : « quand elle voulut épouser son seigneur époux, à la prière et requête de son frère, elle lui quitta et délaissa la somme de 100.000 écus. » Pourquoi rappelle-t-elle ces renonciations? Pour obtenir « qu'elle ne soit pas de pire condition, quant a son ordonnance de dernière volonté, que serait une autre personne de plus bas état, qui pourrait libéralement ordonner de ses biens pour le salut de son âme. » Quand on lit ce testament, on se demande s'il ne restait pas en propre à Mme de Guyenne « tant seulement la châtellenie de Verdun-sur-Saône lui appartenant par apanage. » Le second mariage de Richemont fut célébré, avons nous dit, le 29 août 1442. Par le contrat dressé en juillet, Charles II, sire d'Albret, avait promis à sa fille une dot de 30.000écus d'or (ou un million et demi de nos francs). Mais comment aurait-il pu s'acquitter? Le 28 juillet, (c'est-à-dire avant même le mariage) le connétable lui en faisait remise entière. Peut-être est-ce en remplacement de cette somme qu'en novembre suivant le sire d'Albret donna le comté de Dreux à Richemont ? Le connétable d'Albret, père de Charles II, l'avait reçu en don de Charles VI (1407) ; son fils n'en tirait rien puisqu'il était depuis longtemps aux mains des Anglais. Le sire d'Albret le donna à Richemont -à la charge de le conquérir, -à quoi le connétable ne manqua pas. Il était maître de Dreux l'année suivante. Voilà ce que nous savons décès deux contrats : nous ne savons pas les douaires promis par le-comte de Richemont à ses deux premières femmes. Le troisième contrat de mariage de Richemont est du 20 juin 1445. Comparaissent au contrat non seule-ment Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, qui va doter sa sœur Catherine; mais son beau-frère Charles d'Anjou, comte du Maine, époux d'Isabelle de Luxembourg, et frère de la reine Marie. Le comte de Saint-Pol promettait à sa sœur en dot une rente annuelle de 3.000 livres, environ 123,000 fr. de notre monnaie, payable en deux termes égaux, à la Chandeleur et à la Madeleine. Il s'engageait en outre à verser aux mains du connétable, dans le délai quatre années finissant en 1449, 5.000 écus d'or (5.750 livres) environ 257.000 fr. de notre monnaie. Enfin il se réservait la faculté de racheter la rente de 3.000 livres, en versant une fois à sa sœur, avant le terme de dix années (avant 1456). 10.000 livres (environ 412.000 fr.), ou bien en lui abandonnant en propriété une terre d'égale valeur. Moyennant ce paiement ou la délivrance de la terre, la rente annuelle de 3.000 livres serait réduite à 1.000 livres (41.000 francs environ). Il semble que Louis de Luxembourg avait grand intérêt à réduire la rente de 3.000 à 1.000 livres ; s'il n'avait pas les 10.000 livres, il lui était facile de détacher de ses vastes domaines une terre de cette valeur. En même temps que comte de Saint-Pol, Marie,- Soissons, n'était il pas vicomte de Meaux, seigneur de la Ère, Enghien, Condé, Gravelines, etc.? Or, voici comme furent exécutées ces conventions. Les quatre années passèrent avant que Catherine eût rien reçu des 5.000 écus promis.- Ce n'est pas tout : plusieurs termes dé la Chandeleur et de la Madeleine passèrent sans que la rente annuelle fût payée. Catherine et Richemont patientèrent; mais enfin, après huit années, en 1453, il leur fallut assigner le comte de Saint-Pol au Parlement et ils obtinrent condamnation. De son côté le connétable constitua à Catherine un douaire de 3.0•00 livres, égal à la dot-que lui avait attribuée son frère; ce douaire était assis moitié.sur les terres de Richemont en Poitou, moitié sur ses terres de Bretagne. Le connétable devenu duc de Bretagne porta ce douaire à 6.000 livres (de 180.000 à 240.000 francs) le faisant égal aux douaires des duchesses Isabelle et Françoise : il l'assit au moins pour partie sur Nantes et la seigneurie de Touffou, voisine de Nantes, assiette qui, semble-t-il, fut à peine suffisante. Il semble bien que cet acte est du 17 juin 1458. A ce moment le duc préparait son fatal voyage à Vendôme, d'où il allait revenir malade, se croyant empoisonné.-Il allait mourir le 26 décembre. Nous reviendrons plus loin à ce douaire.

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Published by poudouvre
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