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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 12:42

 

Jean III fut marié trois fois. Nous viendrons tout à l'heure a ses trois contrats de mariage ; mais auparavant il faut dire ses débats,avec la duchesse Yolande à propos des dernières dispositions d'Arthur II. Jean s'était empressé, nous l'avons vu, du vivant de son père, de faire du moins, en partie l'assiette du douaire d'Yolande. Cet empressement semblait l'indice de sa parfaite soumission aux volontés de son père ; mais devenu duc il allait changer d'attitude, La duchesse douairière réclama-t-elle trop vivement ses droits et ceux de ses enfants? Les exécuteurs testamentaires agirent-ils avec trop de rigueur, comme Jean III les en accusa un peu plus tard. A ta réflexion, le duc trouva-t-il les libéralités paternelles trop onéreuses? Toujours est-il qu'en 1313, il imagina un moyen héroïque de s'en affranchir. Il signala au pape Clément V le mariage de son père comme nul pour deux raisons : la clandestinité et le défaut de dispenses que la parenté des deux époux rendait nécessaires. L'annulation prononcée, le droit d'Yolande au douaire s'évanouissait, et ses enfants devenus illégitimes n'avaient rien à réclamer. Mais le mariage n'avait pas été clandestin ; et les époux étant cousins seulement au degré qui suit celui de cousins issus de germains, le pape crut pouvoir se rendre au désir exprimé par le roi Philippe le Bel, et il repoussa la tardive requête de Jean III. On peut croire que Jean, quelque peu honteux de l'injure faite à la mémoire de son père, se laissa facilement ramener par le roi à un accommodement. Il nomma pour arbitre Charles, comte de Valois, qui avait été son beau-père, Yolande en nomma un autre ; et ils dressèrent un projet d'accord que les parties acceptèrent, que le roi ratifia et dont voici les bases. La rente de 8000 l (660.000 fr.), faite aux enfants d'Yolande est assise sur les terres de Perche, Maine et Normandie, à défaut sur « rentes en deniers » de Normandie et Champagne, et au cas d'insuffisance (très improbable) sur une terre en Bretagne. Le douaire de 7000 l (577,000 fr.) sera assis pour 4000 l (330,000 fr.) sur la seigneurie de St-Aubin-du-Cormier. Le reste, 3000l (247,000 fr.) sera acquitté par le duc lui même en deux termes égaux à Noël et à la St-Jean. Enfin les 20,000 l (1,650,000 fr.) en capital « ordonnées par le testament d'Arthur pour le mariage de ses cinq filles seront payées comme suit: le duc remettra 10,000 l (825,000 fr.) à Jeanne, l'aînée; -et il paiera 14,000 » en sept années à raison de 2000 à chaque jour de Noël.

Ainsi le duc aura payé 24,000 l au lieu des 20,000 I portées au testament. Il semble donc gratifier ses sœurs ou sa sœur Jeanne de 4000 l. Yolande et Jeanne, qui avait alors quatorze ans, comparaissent à l'acte pour l'approuver. La paix était rétablie. D'autres débats survinrent huit ans après, à raison peut-être de l'inexécution du premier traité. Un second accord fut conclu à Vannes le 11 juin 1321. Il fut convenu que le douaire de la duchesse serait assis comme auparavant sur St-Aubin-du-Cormier, et en plus sur terres de Tréguier, Guérande, Dinan et Hédé. Il semble aussi que la somme de 10,000l appartient encore à Jeanne ; mais, pour ses deux sœurs cadettes, devenues seules héritières avec Jeanne, il n'est plus question que de 4000 l, 2000 à chacune. En sorte que le legs de 20,000 l porté à 24,000 l par l'accord de 1313 aurait été définitivement réduit à 14,000 par l'accord de 1321. La duchesse Yolande mourut l'année suivante... Avant de parvenir au trône, Jean III avait été marié deux fois. En 1298, son grand-père Jean II, l'avait fiancé à Isabelle de Valois. Elle mourut en 1309; et, l'année suivante, Jean épousa Isabelle de Castille. Devenu duc, il, contracta un troisième mariage avec Jeanne de Savoie. Nous en dirons quelques mots plus tard. Parlons d'abord avec quelques détails des deux premiers contrats de mariage. En même temps qu'il créait le duc Jean II pair de France, Philippe le Bel lui offrit pour son petit-fils Jean, déjà héritier de Limoges, et futur duc de Bretagne, la main d'Isabelle de Valois. Elle était nièce du roi, fille de son seul frère germain, Charles, comte de Valois, Alençon, Chartres et Anjou. Nous allons le voir, le roi tenait à s'attacher la Bretagne par un nouveau lien.

 

 

Duc Jean III et Isabelle de Savoie, 1292-1309, à gauche avec sa mère Blanche de Bourgogne

Né le 7 mars 1286, Jean avait huit ans, et Isabelle trois ou quatre. Le contrat de mariage où sont parties, le comte et la comtesse de Valois, Jean II et son fils le futur duc Arthur II, fut dressé probablement en février 1297 (1298 n. st.), en tout cas avant le carême.Le comte de Valois promît en dot une rente de 2500 l (environ 284.000 francs) assise sur la Roche-sur-Yon, et, s'il fallait un supplément,sur deux terres en Anjou, Maine, Chartres ou Perche. Le comte mit aussitôt ces terres aux mains du duc de Bretagne, apparemment en sûreté de ses engagements, mais à la condition que nous dirons plus loin. En outre Charles de Valois promit en capital une somme de 20,000 l (2.212.000 fr.) payable comme suit : 5000 l (568,000 fr.) un mois avant la bénédiction du mariage ; 5000 l dans l'année qui suivra ; 10,000 l ( (1436,000 francs) dans les deux années suivantes. Cette dernière somme doit être employée à l'achat d'une terre pour Isabelle et ses hoirs. Si elle meurt sans enfants, la somme de 20,000l ou les immeubles payés par elle ou partie d'elle reviendront aux père, mère ou héritiers d'Isabelle. Enfin, si elle meurt avant l'âge du mariage, le comte s'engage à donner Jeanne, une autre fille, à Jean, ou, s'il mourait aussi, à son frère Guy. Si Jeanne est morte ou mariée et que Jean meurt, une soeur cadette, Marguerite, épousera Guy. De son côté le duc Jean II promet de rendre chaque année, jusqu'à la célébration du mariage, tous les profits de la terre de la Roche-sur-Yon et autres. Il n'en aura donc été que gardien durant tout ce temps. Le duc constitue en douaire une rente de 2000 l (227.000 francs) assise sur terres en Perche et Champagne, et au besoin en Bretagne; et il ajoutes sauf le douaire qu'Isabelle devrait avoir par la coutume du pays en la terre de Jean par sa mère ; et le douaire qu'elle devrait avoir en nos terres de Bretagne et d'ailleurs, après la mort de nous, Arthur et Jean. Le duc consent à l'avance, dans les hypothèses preuves vues plus haut, aux mariages de Jean et de Guy avec les soeurs d'Isabelle. Enfin une clause à signaler. Charles de Valois promet solennellement à Arthur,que «pour avoir consenti au mariage de son fils, il n'aura à souffrir aucun dommage à raison d'une coutume que l'on dit exister en Bretagne : « Si gentilhomme marie son fils aîné et « que le mariage soit fait de son assentiment, il lui doit bailler le tiers de sa terre en pourvéance... » Par le « tiers de la terre », il faut entendre la jouissance, l'usufruit. Le fils ne pourra ni vendre ni hypothéquer.

Comment le comte de Valois est-il si bien informé de cette coutume bretonne ? C'est Arthur qui l'en a instruit, parce qu'il entend se prémunir contre cette règle du duché. En effet il prend seulement l'engagement, après qu'il sera devenu duc, de verser chaque année à son fils une rente de 3000 l (338,000 francs). On peut conclure de là que, malgré ses termes absolus, la règle ne recevait pas une exécution bien rigoureuse, puisque des conventions pouvaient y être substituées dès le XIIIe siècle, Plus tard, elle recevra dans la Coutume écrite des adoucissements et des exceptions et finira par être sans application. Le mariage de Jean et d'Isabelle de Valois fut célébré. Nous avons dit que Jean devenu veuf en 1309 épousa l'année suivante Isabelle de Castille, cousine germaine de sa première femme, Nous ne savons si Jean avait donné Limoges en douaire à Isabelle de Valois : c'est assez probable, puisque nous le voyons donner cette seigneurie à Isabelle de Castille, et plus tard à sa troisième épouse. Du reste, nous n'avons pas le contrat du second mariage avec Béatrix ; et le don de Limoges nous est appris par un acte du mois de mars 1312 (1313 nouv. st.) du roi Philippe-le-Bel. Le roi approuve l'acte par lequel, avant son mariage, c'est-à-dire par le contrat du mariage célébré, comme nous l'avons dit, en 1310, Jean a donné « pour présent de noces, à Isabelle la vicomte de Limoges pour en jouir pendant sa vie et les enfants qui naîtraient de son mariage». Le roi rappelle qu'une des conditions de la donation est qu'Isabelle recevra les hommages des fiefs de la vicomte; et un autre que Jean « s'oblige à faire en sorte que son frère Guy laisse Isabelle en paisible jouissance ». Cette obligation doit être une réponse à cette objection : « Mais Limoges est la principale seigneurie de votre mère. Que va dire votre frère Guy ? » Or, après un an juste, un nouvel acte du roi, daté de mars 1313 (1314 nouv. st. ) nous apprend que Guy a vivement réclamé son partage, que des amis sont intervenus, et ont ramené la paix entre le duc et Guy ; et, pour la cimenter, lé roi ratifie, approuve et, à la demande des deux frères, confirme l'accord passé entre eux. Voici en résumé cet accord : Jean donne à Guy en apanage et sans aucune réserve la vicomte de Limoges à deux conditions : Guy renonce à quelques successions collatérales mentionnées dans l'acte; et il paiera, chaque année, une rente de 2000 l (110.000 fr.) à la duchesse Yolande sur son douaire. Quand le duc signait cet acte, et quand le roi et son conseil le ratifiaient, duc, roi, et conseil du roi avaient apparemment oublié que, plusieurs années auparavant, le duc avait donné Limoges à Isabelle de Castille non seulement en douaire, mais en don de noces. Or, à la différence du douaire, dont l'ouverture immédiate. Que va dire Isabelle qui, elle, se souvient ? Isabelle proteste contre le don de l'apanage et n'obtient rien. Pour couper court à toute discussion,elle se met en possession. C'est au tour de Guy de se plaindre. Le duc n'écoutant rien, Guy s'empare de Limoges et s'y installe à main armée. Le duc le laisse faire. Isabelle recourt à son neveu Alphonse XI, roi de Castille. Il se joint à elle pour assigner Guy devant le parlement de France, Le roi intervient; et, au mois d'avril 1317, le parlement ratifie et rend exécutoire un accord entre les parties. La première condition de cet accord c'est la reconnaissance du douaire ou présent de noces fait à Isabelle. Mais Guy a droit à un apanage. Son frère va le lui donner en Bretagne, En 1316, Guy a épousé Jeanne de Penthièvre, dite d'Avaugour, héritière du Goello, seul mais important débris de l'ancien comté de Penthièvre, comprenant environ cent paroisses entre le Gouet et le Trieux. Jean III offrit à son frère l'ancien comté de Penthièvre, de l'Arguenon au Gouet, moins pourtant la seigneurie et le château de Jugon évalués 300 l de revenu (25.000 francs) et plus le comté de Guingamp, les seigneuries et châteaux de Pontrieux, c'est-à-dire de Châteaulin-sur-Trieux, et de la Roche-Derrien,vers Tréguier. Toutes ces seigneuries, sont évaluées 8000 l de rente (660.000 francs). Il est convenu que Guy paiera chaque année sur le douaire de la duchesse Yolande la somme de 2000 l (165000 fr.). Guy se hâta d'accepter cet apanage au coeur de la Bretagne, Un terme de deux années est accordé à Isabelle pour choisir entre Limoges et les seigneuries bretonnes. C'est dire que les deux lots sont égaux. Malheureusement pour la Bretagne, elle se tint à Limoges, Que n'a-t-elle choisi le Penthièvre ! A sa mort, le 24 juillet 1327, ce comté eût fait retour à la couronne, et une cause de divisions fatale à la Bretagne aurait été prévenue.

Quand le duc signait cet acte, et quand le roi et son conseil le ratifiaient, duc, roi, et conseil du roi avaient apparemment oublié que, plusieurs années auparavant, le duc avait donné Limoges à Isabelle de Castille non seulement en douaire, mais en don de noces. Or, à la différence du douaire, dont l'ouverture immédiate. Que va dire Isabelle qui, elle, se souvient ? Isabelle proteste contre le don de l'apanage et n'obtient rien. Pour couper court à toute discussion,elle se met en possession. C'est au tour de Guy de se plaindre. Le duc n'écoutant rien, Guy s'empare de Limoges et s'y installe à main armée. Le duc le laisse faire. Isabelle recourt à son neveu Alphonse XI, roi de Castille. Il se joint à elle pour assigner Guy devant le parlement de France, Le roi intervient; et, au mois d'avril 1317, le parlement ratifie et rend exécutoire un accord entre les parties. La première condition de cet accord c'est la reconnaissance du douaire ou présent de noces fait à Isabelle. Mais Guy a droit à un apanage. Son frère va le lui donner en Bretagne, En 1316, Guy a épousé Jeanne de Penthièvre, dite d'Avaugour, héritière du Goello, seul mais important débris de l'ancien comté de Penthièvre, comprenant environ cent paroisses entre le Gouet et le Trieux. Jean III offrit à son frère l'ancien comté de Penthièvre, de l'Arguenon au Gouet, moins pourtant la seigneurie et le château de Jugon évalués 300 l de revenu (25.000 francs) et plus le comté de Guingamp, les seigneuries et châteaux de Pontrieux, c'est-à-dire de Châteaulin-sur-Trieux, et de la Roche-Derrien,vers Tréguier. Toutes ces seigneuries, sont évaluées 8000 l de rente (660.000 francs). Il est convenu que Guy paiera chaque année sur le douaire de la duchesse Yolande la somme de 2000 l (165000 fr.). Guy se hâta d'accepter cet apanage au coeur de la Bretagne, Un terme de deux années est accordé à Isabelle pour choisir entre Limoges et les seigneuries bretonnes. C'est dire que les deux lots sont égaux. Malheureusement pour la Bretagne, elle se tint à Limoges, Que n'a-t-elle choisi le Penthièvre ! A sa mort, le 24 juillet 1327, ce comté eût fait retour à la couronne, et une cause de divisions fatale à la Bretagne aurait été prévenue.

 

C'est ainsi que Jean III répara une première et presque incroyable maladresse par une seconde maladresse ! Maîtresse de l'ancien Penthièvre, Jeanne quitta le nom d'Avaugour pour reprendre celui de ses ancêtres de Penthièvre ; elle mourut en 1327 ; Guy la suivit en 1331. Ils laissaient une fille unique, dite comtesse de Penthièvre, âgée de quinze ans, dont Jean III fut le tuteur. Un an auparavant (21 mars 1329,1330 nouv. st.), le duc avait épousé Jeanne de Savoie et lui avait donné en douaire, la vicomte de Limoges. Presque au même temps, Jean de Montfort épousait Jeanne de Flandre. Un fils (qui sera Jean IV) leur naîtra en 1339. Le duc en sera le parrain; mais il tiendra toujours le comte de Montfort éloigné des affaires. Mais une question tourmente le duc : Va-t-il disposer du duché? et en faveur de qui? Selon le droit breton, le duché appartient à sa nièce et pupille, Jeanne de Penthièvre par représentation de son père Guy décédé. Selon la coutume française il appartient à Jean comte de Montfort. Le duc n'osait décider entr'eux ; et, dans sa perplexité, il songeait à donner la Bretagne au roi de France par échange avec le duché d'Orléans. Son projet transpire ; ses barons viennent en troupe le trouver, et lui donner des conseils, qu'il n'a pas demandés/mais qu'il va suivre. Chose curieuse ! Cette question de la succession de Bretagne sur laquelle le duc hésite, elle est nettement tranchée en Angleterre. En 1335, le roi Edouard III envoie une ambassade « à son très cher cousin le duc », pour demander sa « nièce et héritière » au nom de son frère le comte de Cornouaille, Il faut au roi pour son frère non la dame de Penthièvre, mais la future duchesse : la Bretagne aux mains de son frère mari de la duchesse, sera aux Anglais une porte ouverte sur la France. (Décembre 1335). Cest pourquoi le due répondit que sa parole était presque engagée ailleurs. Ce n'était pas tout à fait vrai ; mais bientôt, sur le conseil de ses barons, le duc entre plusieurs prétendants, choisit Charles de Châtillon dit de Blois, fils cadet de Guy, comte de Blois et de Marguerite, soeur de Philippe de Valois. Il était ainsi neveu du roi qui l'offrait au duc. A ce moment, le duc montre sa nièce comme héritière du duché, si bien, que Charles de Blois, malgré les protestations de Montfort, reçoit, avec l'aveu du duc, l'hommage de plusieurs barons. Que Jean III déclare solennellement sa nièce héritière, et la Bretagne entière l'accueillera sans guerre, car Montfort n'a pas de parti en Bretagne. Non : il ne fera rien. Son testament est muet sur ce point : et son silence a déchaîné la guerre sur la Bretagne. Le duc mourut à Caen, le 30 avril 1341, en revenant d'une expédition en Flandre. La douairière Jeanne de Savoie lui survécut jusqu'au 29 juin 1344: elle avait quitté la Bretagne, et mourut au bois de Vincennes.

 

 

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Published by poudouvre
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