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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 12:58

Cette ancienne sgrie avait droit de haute, moyenne et basse justice ; située en la par. d'Elven, trêve d'Aguénéac, frairie de Bellon, évêché de Vannes, elle relevait noblement, en partie du Roi sous son domaine de Vannes et en partie du comté de Largouet. Elle fut autrefois possédée par les cadets de la maison de Bretagne ; le château leur servait de maison de chasse et il était admirablement situé pour cela, au milieu d'une vaste forêt qui couvrait le territoire de la commune actuelle de Trédion et des communes environnantes. (Le Morbihan, son Histoire et ses Monuments par Cayot-Délandre. 1847, in-8°, p. 258.) Dès le XIe siècle, elle appartint aux Malestroit, égalementsgrs de Malestroit, de Largouet et d'Elven. Le 14 nov. 1324, Payen III de Malestroit fit un accord avec Renaud Braccoux, prieur de Trédion, au sujet des droits qu'il prétendait avoir sur les habitants de Trédion. (Cartulaire du Morbihan. Fonds du prieuré de Saint-Nicolas de Ploërmel. Original sur parchemin jadis scellé de deux sceaux sur double queue.) Trédion passa dans la suite aux Rieux par le mariage, en 1461, de Françoise Raguenel, dame de Malestroit, en 1481, fille aînée de Jean IV Raguenel, sgr de Malestroit, et de Gillette de Châteaugiron, avec Jean IV, sire de Rieux et de Rochefort, comte d'Harcourt et maréchal de Bretagne (1447-1518). Jean IV de Rieux épousa 2° en 1495, Claude de Maillé, « laquelle, dit Moréri, article de Rieux, fut suffoquée du feu qui prit par accident (sic) au château d'Elven ». Jean IV de Rieux fit reconstruire la façade actuelle du château de Trédion sur laquelle on voyait autrefois ses armoiries sculptées qui disparurent pendant la Révolution. (Cayot-Délandre déjà cité, p. 258.) Claude de Rieux, comtesse de Montfort en Bretagne, née le 8 févr. 1525, porta Trédion en dot à François de Coligny, sgr d'Andelot, colonel général de l'infanterie française, qu'elle épousa le 19 mars 1547. Elle succéda ensuite à sa sœur Renée dans tous ses biens et embrassa la religion protestante dont son mari faisait profession. Elle était fille de Claude Ier de Rieux et de Catherine de Laval. Claude Ier de Rieux eut de sa seconde femme, Suzanne de Bourbon, un fils, Claude II de Rieux, et une fille, Louise de Rieux, dame d'Ancenis, née en 1531, mariée le 30 déc. 1550 à René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, général des galères, et dont le fils, Charles Ier de Lorraine, duc d'Elbeuf en 1575, par représentation de sa mère, recueillit toute la succession de la maison de Rieux, Trédion compris. Ce dernier eut pour fils : Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France, le 5 nov. 1657 et qui laissa des dettes pour la liquidation desquelles les châtellenie, terre, sgrie et château de Trédion furent adjugés, le 5 sept. 1665, à Louis Alvarez, trésorier et payeur des Cent Suisses du Roi, et à Marin Moisan, bourgeois de Paris, par messieurs de Marillac et Boucherat, conseillers ordinaires du Roi en ses conseils, de Thuisy, La Mortelière et Méliand, aussi conseillers du Roi, maîtres ordinaires de ses requêtes, et suivant les arrêts du Conseil des 11 févr. 1670, 24 juil. 1675 et 12 nov. 1676, « le tout vendu pour la liquidation des dettes de feu le duc d'Elbeuf, du consentement de messire Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, messire François de Lorraine, comte d'Harcourt, et damoiselle Marguerite-Ignace de Lorraine d'Elbeuf, enfans de très haut et puissant prince messire Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France ». La forêt de Brohun fut acquise par lesd. Alvarez et Moisan, par contrat du 12 oct. 1676. (Arch. nat. P. 1743, fus 65-95.)

Le 22 juin 1679, devant René Rio et Le Clerc, notaires royaux à Vannes, François Moisan, « faisant pour Louis Alvarez, tresorier et payeur des Cent Suisses du Roy, demeurant à Paris, rue Thibaud aux dez, paroisse de Sainct Germain de Lauxerrois, et dame Marie Philippes, veuve de feu Marin Moisan, vivant bourgeois de Paris, ès noms et qualités qu'elle procedde, et Adrian Moisant, aussi bourgeois de Paris, demeurant avec laditte dame sa mère, rue Sainct Honoré, paroisse Sainct Eustache, tant en son nom que pour ses frères et soeurs, enfans et heritiers dudict feu Marin Moisan, et aussy ledict François Moisan, procureur faisant en son privé nom et comme héritier dudict feu Marin Moisan, son père, rendirent aveu et dénombrement au Roi « des maisons, terres, fiefs, justices, rentes, parcq et forest de Brohun dict Trédion, qu'ils tenaient et possédaient prochement et noblement du Roi, à cause de son comté et domaine de Vannes, à devoirs d'obéissance en plein fief, foi et hommage. Ce dénombrement comprend : La chastellenie, terre et sgrie, chasteau, parc et forest de Brohun dict de Trédion, assis et sictués en la paroisse d'Elven, se consistanten tous droits de haute, moyenneet basse justice, tant ordinaire qu'extraordinaire, que des eaux et forests, tous droicts de rivière, chasse, pesche, fiefs, arriere fiefs, jurisdictions, vassaux, arriere vassaux, droicts de quints et requints, désherances, espaves, aubeines, confiscations, taux, amendes, lots (lods) et ventes, droicts de garde et sauvegarde, halles, harats, foudraye, courses de harats, avec poursuitte de bestes sur toutte l'estendue desdictes chastellenie, sgrie et forest de Brohun dict de Trédion, appartenances d'icelle, que dans la forest et parc de Lanvannes (Lanvaux), forest de Camcre (Camors) et autres Le chasteau consistant en un grand corps de logis, deux granges et autres bastimens, ruinés et démolis, cours, jardins, pourpris. » (Arch. nat. P. 1743, fs 65-95.)

 

Par lettres royaux données à Paris au mois de janv. 1650, les terres et sgries d'Aguénéac, de Kervasy et de la Rivière avaient été unies et incorporées à la terre et sgrie de Trédion et cette dernière érigée en châtellenie, avec droit de haute justice,en faveur de Pierre de Sérent, chlr, consr du Roi, président au présidial de Vannes et maître ordinaire des requêtes de la Reine régente, lequel, par contrat d'afféagement du Ier juil. 1647, avait précédemment acquis lad. sgrie de Trédion de Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d'Asserac, comte de Largouet, gouverneur de Guérande, en 1656. Par les mêmes lettres, trois foires par an et un marché furent créés en lad. terre et sgrie de Trédion. Messire Henry Chabot, duc de Rohan, et dame Marguerite, duchesse de Rohan, princesse de Léon et comtesse de Porhouet, ainsi que Charles de Bréhand, sr de la Rivière, prieur de Saint-Nicolas de Ploërmel et de Saint-Martin de Redon, s'opposèrent à la vérification de ces lettres. Sébastien de Rosmadec, marquis dud. lieu, remontra que personne n'était plus intéressé que lui à s'opposer à lad. vérification, les maison et sgrie de la Rivière et le lieu noble de Quélen étant tenus à foi et rachat de sa juridiction et baronnie de Sérent, mais il consentit cependant à ce que led. Pierre de Sérent jouît de la grâce que le Roi lui avait faite, à la charge de lui rendre, comme par le passé, les hommages, aveux et autres droits sgriaux. Led. Charles de Bréhand produisit à cette occasion l'acte de fondation du prieuré de Saint-Nicolas de Ploërmel de l'an 1261. Malgré ces diverses oppositions, le Parlement de Bretagne, séant à Rennes, ordonna que lesd. lettres royaux de janv. 1650 seraient enregistrées à son greffe civil, sans préjudice néanmoins des droits desdits opposants. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine. Registres du Parlement de Bretagne. Grand'chambre. Minutes d'arrêts.) Pierre de Sérent fut encore troublé dans la jouissance desd. Lettres royaux de janv. 1650 par.Nicolas Fouquet, ministre d'Etat, surintendant des finances du Roi et son procureur général au Parlement de Paris, adjudicataire,par décret, du comté de Largouet, saisi réellement et vendu sur ledit feu marquis d'Asserac Nicolas Fouquet prétendait que la terre et sgrie de Trédion était une ancienne dépendance du comté de Largouet, en faisait partie et, en cette qualité, avait été comprise, tant en la saisie réelle dud. comté du 6 sept. 1646, antérieur aud. contrat d'afféagement, que dans l'adjudication faite en conséquence.Par sentence contradictoire rendue aux requêtes du Palais, à Paris, le 2 juil. 1660, Pierre de Sérent fut évincé de lad. terre et sgrie de Trédion. Mais peu après, au mois de déc. de la même année, il obtint de nouvelles lettres royaux qui lui donnèrent gain de cause et le confirmèrentdans les droits qui lui avaient été attribués par celles de janv. 1650, sous cette réserve que lesd. terres et sgries ainsi réunies porteraient le nom de châtellenie d'Aguénéac. (Arch. Départementales d'Ille-et-Vilaine. Section judiciaire au palais de justice de Rennes. Registres dès Enregistrements du Parlement de Bretagne, XXII, f° 146 verso. B. 24, texte. Bibl. nat., Ms français, 22317, f° 194, analyse.)

 

Quoique dépossédé de la châtellenie de Trédion sur laquelle, dans sa toute-puissance, il avait cru devoir mettre la main, Nicolas Fouquet conserva néanmoins ses droits de suzeraineté sur cette terre, et c'est pour cela que Trédion, après la disgrâce du célèbre surintendant des finances, par arrêt de la Chambre de justice du 2 sept. 1667, fut saisi, ainsi que les autres terres que Fouquet possédait en Bretagne : Largouet, Cantizac, le parc d'Elven et le fief de Lanvaux. (Bibl. nat. Carrés de d'Hozier 270, p. 52.) S'il faut en croire une tradition populaire demeurée dans le pays, Nicolas Fouquet aurait caché, dans le parc du château de Trédion, une partie de ses richesses. Le 8 nov. 1683, Marguerite de Sapien, épouse de Charles-Roland Fouquet, chlr, sgr de la Ferronière, chlr de Notre-Damedu Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, acquit la châtellenie de Trédion de Charles de Lorraine, IIIe du nom, duc d'Elbeuf, pair de France, chlr des ordres du Roi et gouverneur de Picardie. De son mariage avec Marguerite de Sapien, il n'eut qu'une fille : Sylvie Fouquet, qualifiée dame vicomtesse de Trédion, dame de Belleville et autres lieux, etc., dans son contrat de mariage du 21 févr. 1709, avec Hyacinthe de Lantivy, chlr, sgr de Kergoff. C'est ainsi que la châtellenie ou vicomté de Trédion est entrée dans la maison de Lantivy qui l'a conservée jusqu'au 18 fructidor an XI (5 septembre 1803), date à laquelle elle fut vendue par Jean-Louis de Lantivy, vicomte de Trédion. Le 13 déc. 1775, il en avait rendu, hommage au Roi. (Pour plus de détails, voir ci-dessus pages 137-140, 143, 147 et 148.) Après 1803, la terre de Trédion fut, pendant quelque temps, la propriété des princes d'Orléans. En 1834, elle fut acquise par M. du Fresne de Virel qui y établit, avant 1847, un haut-fourneau, aujourd'hui, disparu, où l'on confectionnait les objets de fonte moulée et employait trois à quatre cents ouvriers. Cet établissement procura de précieuses ressources à la localité, en même temps que la présence et les soins du nouveau propriétaire remettaient en progrès de valeur cette ancienne terre ducale. (Cayot-Délandre, déjà cité, p. 258.) L'ancien manoir de Trédion est encore la propriété de la famille du Fresne de Virel ; elle l'a augmenté de tourelles et d'élégantes constructions qui en ont fait l'un des plus beaux châteaux de la Bretagne. On lit dans l'Essai sur les antiquités du département du Morbihan par J. Mahé, chanoine de la cathédrale de Vannes. Vannes,in-8°, 1825, p. 101; et 125. « Le parc de Trédion renfermeune belle Roche-aux-Fées1 dont la table, avant qu'on en eût brisé une des extrémités, pouvoit avoir vingt-quatre pieds de longueur et en a encore près de vingt-deux. Le même parc renferme un menhir2, encore vertical, auquel on donne par approximation dix ou douze pieds de hauteur. A ses pieds est « couchée une autre pierre plus longue. C'est apparemment une autre fichade que le temps a renversée Paul Lucas prétend avoir vu dans l'Asie Mineure des pierres verticales terminées par des figures peu différentes des grotesques de Trédion, ce qui ne surprendra pas ceux qui savent combien il y avoit en cette terre de colonies des Celtes. » Cayot-Délandre a aussi parlé, dans les termes suivants, de ces monuments celtiques, à la page 259 de son ouvrage sur le Morbihan, publié en 1847 : « Le territoire de la commune de Trédion, autrefois couvert de forêts, porte partout les traces du culte druidique ; j'y ai visité un grand nombre de monumens dont je vais citer les plus remarquables : 4° Dans le parc de Trédion, un dolmen de 6 mètres 50 de longueur. La table est d'une seule pierre. Les supports ont fléchi et la table est inclinée sur l'un de ses côtés. 5° Dans ce même parc, deux menhirs, l'un près de l'autre. L'un des deux est encore debout ; il a 3 mètres 50 de hauteur ; le second est renversé, il est long de 5 mètres. » Comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, p. 138 et suivantes, plusieurs membres des familles Fouquet et de Lantivy furent inh. dans la chapelle du château de Trédion, laquelle n'existe plus. Les principales enclaves de la sgrie de Trédion étaient le parc ou forêt de Brohun, planté de bois de haute futaie, et les métairies de la Porte et de Carhaix. La terre de Beauchêne(actuellement château en la com. de Trédion, appartenant à la famille de Charette) relevait de la sgrie de Trédion. Par arrêt du Conseil du 29 juin 1726, elle fut déclarée dans la mouvance de la juridiction de cette sgrie. Le 21 févr. 1772, par acte passé devant Jollivet et Hervieu, notaires à Vannes, messire Simon de Trogoff, sgr de Beauchêne, de Pennelan, par. de Quemper-Guézennec, et autres lieux, la vendit à Pierre-Gilles Michel, ancien subrécargue de la Compagnie des Indes, pour la somme de 35.000 livres. (Arch. du comte de Lantivy de Trédion. Papier original,) Trédion, qui était autrefois une succursale de la par. d'Elven, a été érigé en commune en 1838. L'église a été reconstruite en 1870. Le comté de Largouet comprenait le château d'Elven et une trentaine de paroisses. Derian d'Elven vivait en 1020. (Cartulairedu Morbihan.)Au XIIe siècle, Largouet appartenait aux Malestroit. Entre 1180 et 1200, il fut divisé en deux parts presque égales : la portion est, donnée en partage à un cadet, prit le nom de Rochefort; la partie ouest, avec Elven pour chef-lieu, retint le nom de Largoët ou Largouet. En 1374, Rochefort entra dans la maison de Rieux par mariage ; Largouet pareillement en 1461. (Voir ci-dessus p. 343.) Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, tuteur de la duchesse Anne de Bretagne, appela les Français contre elle, mais il se soumit à cette princesse en 1450 et ses anciens alliés brûlèrent et rasèrent son château d'Elven qu'il fit reconstruire avec les libéralités de la duchesse. Comme nous l'avons expliqué plus haut, pages 343 et suiv., Largouet, comme Trédion, passa successivement des Rieux aux Coligny, aux Lorraine d'Elbeuf et à Nicolas Fouquet qui, le 28 juin 1660, acquit aussi le fief de Grandchamp, démembré de l'ancienne baronnie de Lanvaux, d'écuyer Julien Gibon, sgr du Grisso. Le 10 janv. 1686, le domaine de Largouet et ses annexes, le fief de Lanvaux et celui de la forêt de Trédion furent vendus par la veuve de Nicolas Fouquet, Madeleine de Castille, pour le prix de 150.000 livres, plus 11.000 livres de pots de vin, à Louis de Trémereuc, chlr, conseiller au Parlement de Bretagne, dont la fille et héritière, Anne-Louise de T., porta Largouet, trois ans plus tard, à Toussaint de Cornulier, président au Parlement de Bretagne, dont les descendants le possédèrent jusqu'à la Révolution.En 1890, les ruines du château d'Elven appartenaient à M. du Bot. (Abbé Guilloux. La baronnie de Lanvaux. J. Trevedy, ancien président au tribunal de Quimper. Revue Morbihannaise de 1890.)

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Published by poudouvre
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