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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 09:00

Antoinette de Magnelais était fille de Jean, dit Tristan, seigneur de Magnelais, chevalier picard, dont la généalogie remonte par filiation suivie au commencement du XIIIe siècle, et de Marie de Jouy (voir Antoinette de la Maignelais, maîtresse du Duc de Bretagne François II). Catherine de Magnelais, sœur de Jean, avait épousé Jean Soreau. De cette union était née Agnès Sorel, cousine germaine, et non tante de Antoinette, ainsi que nous l'ont avancé plusieurs historiens. Elle fut mariée, en 1450, avec André, baron de Villequier, seigneur de Saint-Sauveur-Le-Vicomte, de Montrésor, et de la Guerche en Touraine, premier gentilhomme de la chambre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, et de La Rochelle, mort en 1454. Nous n'avons pas à discuter ici l'opinion de quelques auteurs, pensant (non sans raison peut être) que l'attachement du roi Charles VII à l'égard de la dame de Villequier, et les bienfaits dont il la combla, ne furent qu'une suite de la tendresse qu'il avait éprouvée pour Agnès ; tandis que d'autres assurent qu'elle remplit la place de cette dernière, et acquis le coeur du roi comme faisant partie de la succession de sa tante. « Villequeris neptis ejus, locum implevit regisque amorem seu hereditatem adivit ». Quoi qu'il en soit, la dame de la Villequier devint la maîtresse de François II, duc de Bretagne, qui, suivant le respectable d'Argentré, « l'avoit desbauchée et emmenée en Bretagne, en estant tellement coeffé, en telle sorte, qu'elle faisoit ce qu'elle vouloit des faveurs de ce prince et disposoit à son plaisir à lui ». Lors de la ligue du Bien public, le trésor du duc était obéré, les caisses vides, les ressources épuisées. Lobineau, nous apprend, en ces termes, d'où vint au souverain breton le secours et l'appui si nécessaires, en ces funestes circonstances. « Parmi tous ceux qui prêtèrent de l'argent au duc de l'argent, Antoinette de Magnelais, fameuse dans l'histoire pour n'avoir eut que trop d'empire sur le coeur de ce prince, se signala, dès première, en donnant généreusement sa vaisselle et ses joyaux, qu'elle vit avec plaisir, vendre, et porter à la monnoie, pour servir à paier les troupes ».

Cet acte de désintéressement est d'autant plus remarquable, qu'il eut de tristes conséquences pour son auteur. Tous les biens d'Antoinette, situés en France, biens acquis à la famille de Magnelais, comme juste récompense de ses services rendus à la couronne, furent, sur-le-champ, confisqués par Louis XI, et donnés à Tanneguy Duchatel, ennemi déclaré de la dame de Villequier. Loin de s'améliorer à la suite de cette ligue désastreuse, dernier effort de la féodalité mourante, dont chacun connaît les résultats, les finances ducales étaient dans la plus déplorable situation au moment où Louis XI fit assiéger Ancenis (juillet 1468). C'est alors que, pour la seconde fois, Antoinette se dépouille, sans hésitation, en faveur de sa patrie adoptive, renonçant de nouveau aux riches ornements qu'elle tenait de la munificence de son souverain. Le document suivant contient la curieuse description d'un collier offert en cette occasion par la cousine d'Agnès, « laquelle estoit aussi moult belle ». Si devant la postérité, sa conduite ne peut trouver grâce, comme celle de la dame de Beauté, l'histoire, du moins lui doit tenir compte de ses ardentes sympathies, de ses généreux sacrifices à la nationalité Bretonne. Les mémoires et anecdotes des reines et des régentes de France, M. Le Roux de Lincy, Femmes célèbres de l'ancienne France, consacre un article à Antoinette de Magnelais, dame de Villequier. Nulle part il n'est question de sa naissance, et, seul, dans son excellent abrégé de l'Histoire de Bretagne, La Gibonnais, place sa mort en 1474. Elle eut de François II deux fils et deux filles : François, bâtard de Bretagne, tige des comtes de Vertus et de Goëllo, baron d'Avaugour, lieutenant de roi en Bretagne sous Charles VIII, en 1494 ; Antoine, surnommé Dollus, seigneur de Fromont et de Hédé, substitué en 1481à la baronnie d'Avaugour, mort jeune. Lobineau parle des deux filles sans les nommer.

Le sceau d'Antoinette, apposé en 1463 au bas de l'acte de donation qu'elle fit à son fils François, de la seigneurie de Cholet, est parti, au 1er de ...à une croix fleuronnée de…, au 2e de…, au chevron de...(Lobinau). Le curieux testament d'Antoinette, relatif à la seigneurie de Cholet, publié par M. P. Marchegay (Revue d'Anjou, novembre 1860) intéressant document, dont nous devons la communication à l'obligeance de l'auteur, vient encore démontrer que jamais l'intérêt ne fut le mobile de la dame de Villequier. Il contient les dispositions les plus minutieuses et les plus délicates à la fois, au sujet du remboursement de l'argent que le duc de Bretagne lui avait prêtée pour l'acquisition de cette seigneurie. Comme Antoinette ne l'a pas restitué, spontanément et pour l'acquit de sa conscience, elle donne, après sa mort la terre de Cholet à François, fils naturel du duc, et, au duc lui-même, dans le cas où son fils mourrait sans enfants légitimes. Si le rachat de cette seigneurie est exercé contre elle par le vendeur ou ses ayants cause, le bâtard François, ou son père recevront la somme que la dame de Magnelais l'a payée. Pour assurer l'exécution de ce legs, elle déshérite ses enfants ou autres héritiers qui le voudraient contester ou attaquer. 

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Published by poudouvre
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