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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 16:57

 

Sur les confins du Morbihan, et de l'Île-et-Vilaine, près du bourg de Plelan-le-Grand, s'étend la forêt de Paimpont, reste des immenses halliers de Brocéliande ou Brécilien, célèbre dans les romans de la Table-Ronde. Avant de parler de cette forêt et des souvenirs qui s'y rattachent, je dirai quelques mots du village dont elle porte le nom. Paimpont, jadis Pen-Pont, du mot celtique pen (tête), parce qu'il était le principal endroit de la commune, en est encore le chef-lieu. L'origine du pays fut une vaste abbaye dont on attribue la fondation à Judicaël, fils du roi breton Hoël, qui mourut dans un cloître et fut canonisé. Une chronique rapporte que le roi de France Dagobert lui ayant déclaré injustement la guerre, il marcha résolument du fond de l'Armorique au devant des troupes envoyées contre lui, les battit et les chassa jusqu'au Mans ; qu'une seconde armée royale, commandée par le duc de Chartres fut exterminée aux environs de Laval dans une embuscade tendue par Budic, comte de Cornouailles, lieutenant de Judicaël : « Exempt d'ambition, il revint en Bretagne après sa victoire et renvoya au monarque franck, sans rançon, le duc qui avait été fait prisonnier. Emu de sa noble conduite, Dagobert voulut le voir et lui envoya saint Eloi son ministre, qui l'emmena à la cour. Il fut reçu par le roi avec toutes sortes d'honneurs. Touché par les vertus et la piété de saint Ouen, familier de Dagobert, il abdiqua la couronne après son retour en Armorique et entra au monastère de Gaël. » Telle est la tradition. L'impartiale histoire attribue à Judicaël moins de grandeur d'âme. La vérité c'est que les Bretons ayant, durant les vendanges de 537, 538, 54o, dévasté, selon leur habitude, les territoires de Rennes et de Nantes, le roi Dagobert qui venait d'exterminer dans les plaines de Poitiers les Wascons unis aux Aquitains insurgés, résolut de prévenir les révoltes des guerriers d'Armorique. Il expédia des messagers à Judicaël pour « lui signifier qu'ils se hâtassent d'amender ce qu'ils avaient fait de mal et de se remettre en son pouvoir, sinon que l'armée de Burgondie, qui avait été chez les Wascons, se jetterait sur la Bretagne ». Judicaël, malgré le prestige et la puissance dont il disposait, n'osa braver les armes des Francks et vint humblement trouver Dagobert à la métairie royale de Clichy « avec de beaux présents » et il promit « que lui et son royaume de Bretagne seraient toujours soumis à Dagobert et aux Francks ». Toutefois le roi d'Armorique ne voulut point s'associer aux somptueux repas du monarque libertin et aima mieux partager la table du référendaire Dade, autrement appelé Audoën, ami de saint Colomban, disciple de saint Eloi, depuis évêque de Rouen et qui est connu sous le nom de saint Ouen. Saint Eloi avait montré un grand talent de négociateur en amenant Judicaël à faire sa soumission. Le roi l'en récompensa en le nommant évêque de Noyon. Judicaël mourut (658), dans un monastère qu'il avait quitté (632) pour reprendre sa couronne après la mort de son frère Salomon.

 

 

 

L'assassinat des deux fils de Clodomir

Quant à la fameuse embuscade où seraient tombés les Francks, le chroniqueur s'est trompé. Il veut parler, sans doute, de l'un des épisodes que voici, des deux peut-être, et qui eurent lieu en 590, sous le règne de Chilpéric, mari de Frédégonde, pendant la guerre contre les Bretons, dont le roi Warok lui avait refusé tribut. Fils de Mac Liaw et comte de Vannes, ce Warok fut un héros de l'indépendance armoricaine (voir Lieux des sépultures des souverains Bretons, page n° 16) . Nature bizarre : son génie était un mélange d'astuce et de brutalité. Il fit aux Francks une guerre terrible. Embusqué dans le fond du pays de Vannes, instruit par ses espions des moindres mouvements des troupes de Chilpéric, il les laissa s'avancer sans méfiance dans cette contrée, hérissée de bois, coupée de ravins, de fondrières, et, lorsqu'il les eut à sa merci, il fondit sur elles de tous côtés et les tailla en pièces. L'attaque eut lieu comme elles sortaient d'un long et sombre défilé. Beppolen, gouverneur de Rennes et de Nantes pour le roi franck, qui commandait le principal corps, fut tué, la plupart de ses compagnons pris, égorgés ou noyés dans la vase des marais. Le combat avait duré deux jours. Hebraher, lieutenant de Beppolen, qui devait le rejoindre au début des opérations, ne le fit pas, par trahison, dît Grégoire de Tours. Il en fut cruellement puni. Quand il voulut regagner le pays de Nantes, il fut assailli par Warok au moment de repasser la Vilaine à gué et son arrière-garde fut détruite complètement. Enfin, à la traversée de la Mayenne, une partie de l'armée francke, attaquée à l'improviste par les Angevins, qu'elle avait rançonnés à son premier passage, perdit dans une embuscade un grand nombre de soldats. (Grégoire de Tours, livre IX.) Les Bretons Kimris, ou bretonnants (de la Domnonée) remportèrent de la Haute-Bretagne un butin considérable. Originaires du pays du cidre, ces barbares, friands des bonnes choses, voulurent goûter le vin capiteux des coteaux de la Loire. Ils coupèrent avec leurs épées toute la vendange et l'emportèrent en Armorique pour en savourer plus à leur aise le jus exquis. Non loin de Paimpont sont les communes de Thélin et de Kon-Kored, célèbres chacune à sa manière. Certaines clairières de la région mystérieuse composant actuellement le pays de Thélin étaient restées si longtemps ignorées de leurs voisins qu'une sorte de république de paysans avait pu s'y maintenir ; c'était celle de Thélin. Les Thélandais se gouvernaient eux-mêmes et, chaque année, réunis auprès d'une fontaine, ils élisaient par acclamation les administrateurs publics ; leurs propriétés étaient communes. Mais dès que leur isolement cessa, ils perdirent à la fois leurs privilèges et leurs moeurs ; l'ancienne république de Thélin n'a laissé qu'un nom. Le nom de Kon-Kored, que l'on écrit Concoret, signifie Vallon des Fées. Cette paroisse est fameuse par le souvenir d'Eon de l'Etoile, qui y naquit. Ce gentilhomme prétendait être le fils de Dieu. Se proclamant le Messie, il parcourut, prêchant sa doctrine, la Bretagne, le Poitou, la Sainlonge, etc.; c'était vers 1140. Il fit des prosélytes, à qui il enseignait sa religion. Les habitants de Concoret sont appelés « les sorciers dans tout le pays de Vannes, depuis le XIIe siècle à cause de la très grande part qu'ils prirent à l'hérésie d'Eon ». (Emile Souvestre.)

 

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Published by poudouvre
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