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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 08:03

Voici les notes laissées par le vicomte Frotier de la Messelière au sujet des manoirs. Le manoir ou résidence noble ressemble beaucoup aux maisons de paysans mais s'en distingue généralement par sa cour fermée, où l'on entre généralement par une grande porte cochère à laquelle est accolé un portillon. A droite et à gauche des écuries et remises, une boulangerie, une laiterie, des granges et pressoirs à cidre, un colombier et souvent une chapelle. Au fond de la cour le logis noble où se trouvent répétées au-dessus des portes et fenêtres, comme d'ailleurs sur la porte extérieure de l'enclos, des sculptures héraldiques avec blasons ou écussons frustres. Dans le pays de Rennes beaucoup des logis-porches qui subsistent sont bâtis en moëllon, en terre ou même en simple torchis ; dans les endroits ou la pierre est moins rare, en pierres échantillonnées souvent taillées avec art. Si l'on pénètre à l'intérieur de la demeure, le rez-de-chaussée ne comprend ordinairement que deux grandes salles, quelquefois séparées par un couloir ou vestibule dans lequel s'ouvre l'entrée de l'escalier de pierre ou de bois qui conduit aux étages supérieurs. Le long des murs des salles basses sont rangés, comme dans les fermes de nos jours les armoires et les lit clos ou à baldaquins. Au fond, vis-à-vis de la principale porte, une immense cheminée en pierre de taille, à manteau armorié ; de rares ouvertures grillées laissent pénétrer une lumière tamisée dans la chambre à demi obscure. Près de la plus grande fenêtre une massive table en chêne avec des bans ou des sièges rustiques. De pieuses images, des portraits de famille le plus souvent sans mérite artistique mais naïfs, de vieilles armes de guerre et des équipements de chasse, des rouets avec leurs blondes quenouilles, des dressoirs chargés de faïence du pays ou de vases d'étain normand complètent cet intérieur qui, sauf les insignes nobiliaires que l'on voit ici, comme dans les églises des villages, briller un peu partout, ne diffère guère de celui des paysans. L'une des salles sert d'habitation au seigneur et à sa famille, l'autre à la domesticité, mais tous se réunissent le soir sous le manteau de la grande cheminée pour entendre lire par le chapelain la vie des Saints de Bretagne ou redire par la vieille châtelaine les histoires du temps jadis, où les anciens guerriers raconter leurs campagnes militaires et leurs prouesses cynégétiques. Les chambres hautes, quelquefois habitées, car les familles nobles de Bretagne sont en général très nombreuses, servent le plus souvent de magasins où l'on entasse le lin ou autres redevances en nature. Derrière la maison le jardin ou courtil avec un mail ou une charmille, le tout enclos d'un fossé bourbeux et défendu par des meurtrières du haut en bas de l'escalier du manoir, dont la cage fait saillie, et aux angles sortant des murs qui entourent la cour, car il faut toujours, aux époques troublées de la Ligue ou des révoltes paysannes, être à l'abri d'un coup de main. Le haut-justicier a, de plus droit à un pont-levis et aux travaux proprement dits de défense. Souvent un étang aux eaux poissonneuses vient baigner les murs du castel et tout auprès un bois ou garenne qui, par son étendue, ne saurait prétendre au nom de forêt, permet au noble habitant du manoir de se livrer, près de sa porte, à la chasse, son plaisir favori. Bien qu'à cette époque nous n'ayons encore étudié qu'un nombre limité de manoirs bretons, la série de nos albums débutant vers 1892, cette synthèse demeure assez exacte, les douves vaseuses se comblent, les murs de clôture s'ébrèchent, les voûtes des portails et les hautes toitures s'effondrent, le mobilier se modernise, mais, surtout, dans les manoirs transformés en fermes, ce vieux tableau se retrouve presque intact. Nous venons d'étudier aujourd'hui ce qui nous reste de ces anciennes demeures dans le territoire des Côtes-du-Nord et leurs caractéristiques locales même depuis l'avènement dans cette région de Bretagne de l'influence architecturale française. Ces documents ne sont-ils pas, dans leurs cadres rustiques, les figurations les plus typiques, avec nos vieilles églises de la mentalité particulière des générations passées de notre terroir. Il y a eu plus de 1.700 manoirs dans les Côtes-du-Nord, sans compter les plus anciennement disparus. Nous en avons visité environ 1.300 de 1892 à maintenant (1941), et relevé sur eux 125 dates de constructions certaines, par chiffres, ou approximative, par les blasons des constructeurs. Environ 375 autres nous ont été connus par leurs plans au cadatre, plusieurs d'entre eux sont disparus depuis un siècle. 

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Published by poudouvre
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