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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 08:29

Les plus premiers mauvais mois de cette année (1796) peuvent compter dans les plus mauvais de la Révolution. De la part des Chouans comme de la part des républicains, ce fut une guerre sans pitié, des meurtres sans nombre. Dans le courant de janvier, l'alerte fut vive à St-Brieuc, car les autorités expédiaient des commissaires au général en chef, aux représentants à Port-Malo, Vannes, Nantes, Brest, « pour faire connoître l'état affligeant de la situation, et réclamer de prompts secours, le moindre délai devant inévitablement amener d'irréparables malheurs. » Le P. Tournois, capucin qui exerçait le ministère dans la paroisse de Léhon, fut rencontré, près de Dinan, par une colonne mobile ; il était accompagné de deux guides ; tous trois furent massacrés. A peu de jours de là, le vénérable abbé Gauron, vieillard presque octogénaire et recteur de Lanrelas, fut pris dans sa paroisse et égorgé à la sortie du bourg (voir Lanrelas au cours de la Révolution). Au mois de février, M. de Rabec, chanoine de St-Guillaume, vicaire général et théologal de Dol, vivait retiré à sa terre du Val-Martel en Mégrit ; précédemment, il avait été enfermé aux Sœurs de la Croix de St-Brieuc, et aux Carmélites de Guingamp. Quand la seconde Terreur arriva, il continua à évangéliser la paroisse de Mégrit ; il y fut pris, au moment où il venait de célébrer la sainte messe ; il fut fusillé sur-le-champ, et son cadavre nu et mutilé fut abandonné sur la route  (voir Paul-Gédéon de Rabec par l'Abbé Aimé Guillon (extrait des Martyrs de la Foi pendant la révolution française). On raconte qu'il demanda aux quatre soldats chargés de son exécution de les embrasser avant de mourir, et que l'un d'eux touché de cette résignation angélique refusa de tirer. Peu de jours après, des gardes nationaux de Lamballe, cherchant, disaient-ils, des Chouans, arrivèrent à sept heures du soir, à l'abbaye de St-Aubin-des-Bois, située au milieu de la forêt de la Hunaudaye (voir l'abbaye de Saint Aubin des Bois en Plédéliac). Ils enfoncèrent les portes et égorgèrent sans résistance les religieux bénédictins qui vivaient là dans l'étude, loin des bruits du monde et des révolutions. Puis les lâches auteurs de ce crime dévastèrent l'église, déchirèrent les ornements et retournèrent à Lamballe, emportant en triomphe les vases sacrés. Dans le même temps, le notaire Leroy, de Laurenan, et le laboureur Congretelle, de Plémet, étaient également massacrés par des colonnes mobiles, sans qu'il y eût à leur reprocher autre chose que leur attachement à la religion. Des actes semblables ensanglantaient tous les départements de la Bretagne ; est-il étonnant qu'il y eût des représailles? Faut-il être surpris que certaines municipalités rurales fussent obligées de passer dans des communes voisines ; que les curés constitutionnels, partout abandonnés des populations, dussent se retirer dans les villes, comme le constate une lettre écrite de St-Brieuc au directeur schismatique des Annales de la religion ? « Ceux des prêtres constitutionnels qui ne se réfugient pas dans les communes où, d'ailleurs, ils périssent de misère, y est-il dit, donnent leur vie pour leurs ouailles et s'attendent chaque jour à être égorgés par les Chouans, comme l'ont été beaucoup de leurs confrères. » La fête qui fut célébrée à l'occasion de l'anniversaire de l'exécution de Louis XVI, en dira plus que de longues réflexions sur l'esprit du moment : le procès-verbal de cette solennité raconte que la garnison, la garde nationale et les fonctionnaires se réunirent « au temple de l'ancienne église cathédrale. » Puis il ajoute : « Le président du département a prononcé un discours analogue à la fête, pour imprimer dans tous les cœurs la haine de la royauté, et rallier tous les esprits à la République, dont l'affermisse ment fondé sur le respect des lois constitutionnelles doit assurer le bonheur général comprimé trop longtemps par les crises révolutionnaires du despotisme et de l'anarchie. » Chaque citoyen a ensuite prononcé individuellement, et à haute voix, devant l'autel de l'Eternel qui lit dans les cœurs et punit les parjures : « Je déclare que je suis sincèrement attaché à la République ; que je voue une haine » éternelle à la royauté. » Se réunir dans le temple du Dieu de paix pour célébrer le meurtre et jurer la haine. II n'y a que les temps de révolution pour enfanter des aberrations pareilles. Cependant, le Directoire exécutif et le conseil des Cinq Cents, poussés par des prêtres renégats, continuaient à frapper les prêtres fidèles et les émigrés, malgré les efforts de quelques députés courageux, parmi lesquels nous citerons M. Guynot-Boismenu. Les prisons se remplissaient comme en 1793 et 1794, bien que les colonnes mobiles tuassent presque tout ce qu'elles rencontraient, prêtres ou émigrés. On cite parmi les victimes appartenant au clergé, M. Josse, assassiné a St-Thélo, M. Garnier au Quiou, M. Janvier à Médréac. On trouva le saint viatique sur ces deux derniers, et il n'est pas de profanations auxquelles les soldats ne se livrèrent. L'acharnement contre les prêtres non assermentés allait si loin, que des chiens étaient dressés à les découvrir ; c'est ce qu'on vit notamment pour un capucin nommé le P. Joseph : les républicains le poursuivaient d'une haine toute particulière, parce que, condamné à mort sous la première Terreur, il s'était caché avec assez d'adresse pour dépister toutes les recherches, et n'avait pas discontinué d'exercer son ministère dans les campagnes. La fin de cette année fut plus calme que le commencement : la pacification dont nous parlerons ailleurs , et surtout la lassitude ramena un peu de tranquillité : le Directoire inaugurait alors cette vie de luxe et d'immoralité, qui faisait comparer la société parisienne à de la boue dorée. Ces hommes, enrichis par les spoliations révolutionnaires, avaient besoin de jouir de leur nouvelle fortune, et les femmes, sorties sans croyances de cette effroyable mêlée, ne virent rien de mieux à faire de la vie qui leur était rendue, que de prendre les plaisirs, les mœurs et le costume du paganisme grec. Nos provinces reflétèrent, mais faiblement, cette nouvelle orgie parisienne.

Ci dessus, acte de décès de Missire René Garnier, massacré par des militaires républicains le 6 Germinal an IV au Quiou, peu avant midi en un champ proche dudit bourg du Quiou. L'abbé Garnier âgé de 70 ans, était originaire de Tréfumel. Il rentrait chez lui après avoir administré un malade, quand il fut abordé par des troupes républicaines. Garnier salua le premier soldat qui l'aborda mais pour toute réponse il reçut une balle dans la joue. D'une main il prit son mouchoir pour étancher le sang, de l'autre il tendit sa montre à son assassin, mais un autre soldat s'approcha et l'acheva en lui fracassant la tête.

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Published by poudouvre
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