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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 12:27
Les remparts de Vannes

Le cadre défensif.

 

De nos jours encore, l'attention du visiteur est tout de suite attirée par la magnifique enceinte, qu'on découvre surtout de la rue Alex Le Pontois et du jardin de la Garenne. Au Moyen Age, toute la vie de la cité est conditionnée par la présence de ces murailles. Elles constituent le moyen de défense par excellence, à une époque, où les opérations militaires se réduisent pour l'essentiel à une longue suite de sièges. Elles occupent des travailleurs ruraux et urbains ; aux paroissiens corvéables, astreints plus ou moins régulièrement à la « bêche des douves », aux terrassiers lamballais venus en creuser de nouvelles ou élargir les anciennes, s'ajoutent les maçons, les charpentiers, les couvreurs appelés, chaque année, à réparer les tours et les courtines ou à construire d'autres bastions, au fur et à mesure que progresse la poliorcétique. Les murailles sont aussi un élément de différenciation sociale ; la « ville close » attire davantage « la maire et principale partie » de la population que les faubourgs populeux et industrieux. L'examen du plan, joint à cette étude, montre que la ville protégée par des remparts se compose de deux parties distinctes : un noyau ancien remontant à l'époque gallo-romaine au nord et une partie plus récente au sud, datant des XIVe et XVe s. (voir Topographie historique de Vannes -Joseph Marie Le Méné, page n° 1)

Les remparts de Vannes

 

Une première enceinte est élevée, à la fin du IIIe s, après les invasions germaniques de 275. Ici, comme à Rennes et à Nantes, la menace barbare a provoqué l'abandon d'une grande partie de l'agglomération, largement étalée et son repli sur la colline de Mein-Guèvr ou de « la Pierre-aux-Chèvres ». Cet espace défensif s'apparente davantage à un camp fortifié qu'à une véritable ville. Des études récentes permettent de délimiter un périmètre défensif de 917 m seulement, protégeant un « espace urbain » inférieur à 5 ha ! La muraille, haute de 7 m, large de 4 m, obéit aux règles de construction de l'époque. Sur de grosses assises, enlevées en partie aux monuments civils et religieux détruits au IIIe s. est élevé un rempart constitué d'un blocage interne de matériaux de dimensions et d'origines variées noyés dans le ciment, compris entre deux parements de petites pierres carrées, liées par des cordons de briques . Des études récentes permettent de délimiter un périmètre défensif de 917 m seulement, protégeant un « espace urbain » inférieur à 5 ha ! La muraille, haute de 7 m, large de 4 m, obéit aux règles de construction de l'époque. Sur de grosses assises, enlevées en partie aux monuments civils et religieux détruits au IIIe. s est élevé un rempart constitué d'un blocage interne de matériaux de dimensions et d'origines variées noyés dans le ciment» compris entre deux parements de petites pierres carrées, liées par des cordons de briques. C'est à l'abri de cette enceinte triangulaire, doublée de fossés et protégée par son site élevé et par la zone marécageuse et inondable qui s'avance jusqu'à l'emplacement des futures Lices, que les Vannetais ont vécu pendant le Haut Moyen Age, une histoire fertile en événements militaires. La cité, administrée par des évêques et par des comtes nommés par les souverains francs, connaît, en effet, bien des vicissitudes, dues à sa situation dans l'organisation défensive mise en place par les Mérovingiens puis parles Carolingiens. Verrou de la Marche destinée à surveiller et à repousser les Bretons, Vannes et son arrière-pays sont le théâtre de combats incessants. La ville subit plusieurs sièges et succombe parfois aux assauts de ses ennemis. Les anciennes murailles gallo-romaines, mises à contribution, subissent bien des dommages et les habitants mettent à profit les périodes d'accalmie pour restaurer les pans de murs détruits. Dans son étude sur Vannes, M. P. André fait remarquer que le mur gallo-romain ne peut être suivi sur toute sa longueur. « Il ne nous en reste seulement que quelques éléments, car il s'est trouvé par la suite mêlé aux remparts médiévaux ». C'est pendant cette période obscure qui va du Bas-Empire au Xe s qu'est construit le château de La Motte, la plus ancienne forteresse de la cité. Le terme de « motte » implique sa localisation au point culminant de la colline de Mein-Guèvr. On ignore pratiquement tout de lui. Quand a-t-il été construit ? D'aucuns fixent .sa date de fondation au VIe s, en se référant à un passage d'Albert le Grand qui montre comment St Gildas aurait ressuscité Ste Trifine, tuée par son mari. Le miracle aurait eu pour cadre précisément le château de la Motte qui appartenait, alors, au comte Waroch, le père de la Sainte. Le récit, tel qu'il est présenté, contient trop d'invraisemblances pour être utilisé sans réserve. D'ailleurs, à cette époque, Waroch n'occupe pas Vannes (voir Etude sur le Broerec ou Pays Vannetais). Certains pensent que le château fut construit, comme tant d'autres en Bretagne et en France, à l'époque des invasions Scandinaves. Ce n'est pas impossible. On connaît un cas semblable à Nantes, où, sous l'impulsion de l'évêque Foucher, un castrum est élevé près de la cathédrale, à l'intérieur de l'enceinte gallo-romaine délabrée, pour mettre à l'abri de tout danger les habitants qui ont survécu aux attaques des Vikings. Le château de La Motte sert ensuite jusqu'en 1287 de résidence aux ducs de passage à Vannes. Puis, Jean II le cède à l'évêque dont le palais vient d'être détruit par un tremblement de terre. Le cataclysme l'a d'ailleurs grandement endommagé et, dès 1288, l'évêque Henri Tors ordonne sa reconstruction. Le manoir épiscopal de la fin du XIIIe s n'existe plus. Il a été démoli en 1654 et remplacé par une construction moderne. On sait peu de choses sur lui, sinon qu'il se trouve au milieu de cours et de jardins, qu'il comporte au moins une grande salle de réunion où les synodes diocésains se tiennent. A proximité s'élèvent des dépendances dont le tribunal épiscopal, des prisons en très mauvais état, début XVIe s, des écuries etc... Après le départ des Scandinaves, Vannes connait trois siècles de paix. La ville devient importante. Elle constitue, avec Nantes et Rennes, une des pièces maîtresses du domaine ducal. Un atelier monétaire y fonctionne ; des assemblées s'y tiennent. A l'intérieur de l'enceinte, de nouvelles constructions témoignent de son dynamisme économique et démographique. Ainsi, la vieille cathédrale, trop petite ou en mauvais état, cède la place à une construction romane, aujourd'hui disparue, mais que plusieurs études ont reconstitué. Des églises paroissiales nouvelles desservent des quartiers suburbains. La plus ancienne, à l'Est, est dédiée à St Patern, le premier évêque de Vannes (vers 465). Le territoire de St Salomon.au Nord-Ouest, est érigé en paroisse au début du XIIe s. Un troisième quartier acquiert son autonomie religieuse à peu près à la même époque ; il s'agit du faubourg du Mené, sur les pentes d'une colline qui lui donne son nom, « Menez » signifiant « montagne » en Breton. Située dans une région réputée pour sa richesse dès l'Antiquité, la cité morbihanaise profite du- calme revenu pour accroître ses activités économiques. Une « cohue » ou halle est construite près de la cathédrale et, son port, bien que dépourvu de quais et de bassins, connaît déjà une grande animation. Pour toutes ces raisons, il importe que la ville soit bien protégée et que ses fortifications soient régulièrement entretenues. Les souverains bretons, de cette époque, ont consacré à cette tâche une part importante de leurs revenus locaux. L'essentiel des travaux se situe au XIIIe s, sous les règnes de Jean ler le Roux (1237-1286) et de son fils Jean II (1286-1305), l'un et l'autre connus comme grands bâtisseurs de forteresses et d'enceintes urbaines. Sous leur sage administration, l'enceinte triangulaire est en grande partie reconstruite. Des quittances remises à des fournisseurs de matériaux de construction font état de travaux avant 1307. Des murs et des tours anciennes sont réparées, d'autres totalement reconstruites. Une partie de ces ouvrages défensifs, qui forment au XVe s « la cloison ancienne de la ville » est connue sous le nom de « murs sarrasins ou sarrazinois ». Il s'agit plus précisément de la courtine qui part de la porte St Salomon et qui gagne, par la porte Mariolle, les futures Lices. Le mot « Sarrazin » est-il, comme le pensent certains, une allusion au séjour que firent Jean II et son fils en Tunisie, lors de la seconde croisade de St Louis, en 1270 ? L'ensemble ainsi aménagé comprend au moins quatre portes, peut-être cinq. La porte St Patern s'ouvre à l'Est, sur la route de Rennes et de Nantes ; celle de Mariolle au Sud-Ouest sur les jardins et les dépendances du couvent des Frères Mineurs qui vient tout juste d'être fondé (1260). La porte St Salomon au Nord-Ouest donne sur le faubourg du même nom et sur les routes qui gagnent la Basse-Bretagne, tandis qu'au Nord, la porte de l'Ane, fermée en 1358, permet de gagner la colline du Mené et la route de Pontivy. Une cinquième entrée a dû être ouverte pour accéder directement au port. C'est probablement au XIIIe s que sont menés à bien les premiers travaux d'aménagement de la partie méridionale. Jadis le flot marin s'avançait jusqu'aux remparts, occupant l'emplacement des Lices. L'ensablement, des travaux de comblement ont permis de reculer cette limite à l'emplacement du port actuel. R. Grand, dans un article très documenté sur les remparts de Vannes, attribue à Jean II la construction d'un bastion avancé, une « tour Solidor » vannetaise, pour surveiller le havre. Cette construction, d'abord isolée, forme au XIVe s, une fois incorporée aux nouvelles fortifications de Jean IV, les tours et la porte de Gréguenic ou de « Griguignic ». Les mesures défensives prises par Jean ler et par son fils se révèlent bien utiles quelques années plus tard. Vannes connaît, en effet, les affres de la guerre pendant le conflit qui oppose les Montforts aux Penthièvres pour la succession de Jean III, mort sans héritiers directs, en 1341. La ville est d'abord favorable à Jean de Montfort qui y entre sans difficulté au cours de sa grande chevauchée de Juin-Juillet 1341. Mais Charles de Blois réagit avec l'aide française et vient mettre le siège devant la place, durant l'été 1342. La situation est vite catastrophique pour les assiégés privés de ravitaillement. Les défenses extérieures sont emportées, les faubourgs occupés et un premier assaut repoussé au prix de lourdes pertes pour les Vannetais. Les bourgeois, dont le rôle ne cesse de s'affirmer, durant le conflit, décident alors d'engager des négociations contre l'avis de leur capitaine-gouverneur, Geoffroy de Malestroit. Les épreuves ne font, hélas, que commencer ; en Octobre 1342, Robert d'Artois, entré au service des Anglais depuis son bannissement du royaume, débarque sur la côte voisine et vient, à son tour, attaquer la ville, défendue par Olivier de Clisson. Les soldats anglais commencent par piller les faubourgs puis par surprise, prennent d'assaut la cité. La garnison s'enfuit ; la ville est « toute courue et robée ». Mais la victoire des alliés de Montfort devait être de courte durée. Olivier de Clisson, accusé de lâcheté, rallie les fuyards, reconstitue ses forces et reprend, quelques jours plus tard, possession de Vannes. Ces deux sièges consécutifs, à quelques jours d'intervalle, ont coûté cher à la ville, en hommes et en matériel. Les fortifications sont gravement endommagées et des travaux de restauration sont hâtivement entrepris, juste avant le retour des Anglais, conduits, cette fois, par Edouard III en personne. Vannes subit, en décembre 1342, son quatrième siège. A partir des faubourgs conquis, les Anglais lancent plusieurs assauts conrcé- tique : la sape, les armes de jet etc.. Rien n'y fait. Le moral des assiégés reste intact, malgré la capture de leur capitaine Olivier de Clisson. Finalement, la trêve de Malestroit signée le 19 Janvier 1343, arrête les opérations militaires. La ville est remise à deux cardinaux légats de Clément VI, dont l'intervention auprès d'Edouard III et de Philippe VI de Valois a permis de suspendre provisoirement les hostilités. Toutefois, il semble que les troupes anglaises aient occupé, dans le courant de l'année 1343, la cité qui leur avait si vaillamment résisté.1342, son quatrième siège. A partir des faubourgs conquis, les Anglais lancent plusieurs assauts contre ses défenses, utilisant, toutes les ressources de la poliorcétique : la sape, les armes de jet etc.. Rien n'y fait. Le moral des assiégés reste intact, malgré la capture de leur capitaine Olivier de Clisson. Finalement, la trêve de Malestroit signée le 19 Janvier 1343, arrête les opérations militaires. La ville est remise à deux cardinaux légats de Clément VI, dont l'intervention auprès d'Edouard III et de Philippe VI de Valois a permis de suspendre provisoirement les hostilités. Toutefois, il semble que les troupes anglaises aient occupé, dans le courant de l'année 1343, la cité qui leur avait si vaillamment résisté

Les remparts de Vannes

 

Désormais, Vannes constitue une des principales places-fortes des Montforts et de leurs alliés britanniques. C'est ici qu'est incarcéré, pendant un an, Charles de Blois fait prisonnier à la bataille de La Roche-Derrien, le 18 Juin 1347. La victoire du futur Jean IV à Auray en 1364, la mort de Charles de Blois, le premier traité de Guérande mettent fin à 24 années de luttes au cours desquelles Vannes a connu quatre sièges en un an puis 20 ans environ, d'occupation anglaise. Avec l'arrivée sur le trône ducal de Jean IV s'ouvre une nouvelle étape dans l'histoire des fortifications de la Cité. Son règne est très important. Il ordonne, tout d'abord, de réparer la vieille enceinte et de reconstruire les parties les plus endommagées. Les portes, élément faible de la défense, sont les plus mal en point et doivent être renforcées en tenant compte des progrès de l'art de la guerre. La porte de St Patern, qu'encadrent deux magnifiques tours rondes, est ainsi restaurée et dotée d'un pont-levis à bascule et d'une poterne. Des travaux semblables sont accomplis aux autres issues, tandis qu'est remis à neuf le mur qui borde, à l'Est, l'hôpital St Nicolas Jean IV s'intéresse aussi à toute la partie méridionale de la ville, entre la « cloison ancienne » et le port. Le couvent des Frères Mineurs y est installé depuis 1260 et des maisons sont apparues au cours des siècles tout autour de la future place des Lices. Nous ignorons quand la campagne de travaux est lancée, avant ou après la construction du château de l'Hermine (voir Topographie historique de Vannes -Joseph Marie Le Méné, page n° 4). Toujours est-il qu'à son retour d'exil en Angleterre, le duc ordonne le "prisaige" des terrains particuliers où doivent s'élever les remparts et le versement d'indemnités aux personnes expropriées dans l'intérêt commun. Lui même procède à des échanges. Il cède ainsi à l'abbaye de St Gildas de Rhuys (voir Les abbayes bretonnes : Beauport, Melleray, Boquen Saint-Georges de Rennes, Saint-Gildas de Rhuys, Landevennec, Sainte-Croix de Guingamp, Bon Repos en Saint Gelven, Saint-Gildas-des Bois, ;) le moulin qu'il possède à Pencastel en Arzon contre un bâtiment identique élevé en bordure d'un étang voisin des Lices. Partant, alors de la Porte St Salomon à l'Ouest et de la tour dite Poudrière au XVIIe s, à l'Est, où se font les raccordements, les sections de courtine se rejoignent au bastion de Guéguenic qui devient désormais l'issue principale vers le port. Les deux parties de la ville sont ainsi accolées. La mise en place d'une nouvelle enceinte, au sud de la première, rend inutile la muraille qui les sépare et que l'histoire connaît sous le nom de mur « sarrazinois ». Les douves sont alors comblées et sur leur emplacement apparaissent des jardins dont une partie est cédée aux Franciscains. Les pans de murs qui gênent la circulation sont abattus ; les autres servent à clore les « courtils » ou d'appui aux habitations. Quant à la « maison assise sur le portail de la Mariolle », elle est accensée à un particulier et figure, à ce titre, dans le rentier de 1455. La construction d'un nouveau rempart a probablement été précédée par le creusement de douves. Le travail est facilité dans la partie orientale par la présence du ruisseau de la Garenne, au cours divaguant, qui va se jeter dans le port. C'est également à cette époque que se situe la construction. d'une des plus célèbres forteresses de Bretagne, un des séjours favoris des derniers ducs, le château de l'Hermine, incorporé dans la défense de la ville. Il fait saillie sur le mur Sud-Est de l'enceinte, à l'endroit où la courtine s'arrondit pour rejoindre la porte de Grégennic. Il n'existe plus de nos jours. En ruines dès la fin du XVIe s, faute d'entretien, il est petit à petit démoli aux siècles suivants, ses pierres cédées à des particuliers ou utilisées par la communauté. Nous ne possédons de lui que la description que B. d'Argentré a léguée à la postérité :  « le duc  faisoit lors bastir le chasteau de l'Hermine, qui est situé en un costé de la ville de Vannes, regardant sur un bras de mer qui donne aux murailles de la ville. C'est un petit bastiment pour un prince, qui consiste en un seul corps de logis, et force petites tours issantes les unes et autres sur la douve, grande partie portée en murailles et demy tour ; et y a outre deux grosses tours par le dehors ». Le chanoine Le Méné a essayé de reconstituer le plan de la forteresse en utilisant tous les renseignements rencontrés dans les textes. Elle se présente sous la forme d'un pentagone irrégulier. Le plus grand côté correspond au bâtiment principal qui a vue sur les douves et sur le parc de la Garenne, Extérieurement, la défense en est assurée par deux énormes tours faisant saillie et percées d'archères. A l'intérieur, le logis s'ouvre sur une cour que délimitent les quatre autres murs renforcés par trois tourelles d'angle. Des dépendances y sont accolées. Le château est isolé du reste de la ville par un étang et par des douves qui reçoivent l'eau du ruisseau de la Garenne par un passage aménagé dans la muraille et probablement muni de lourdes grilles. Il comporte aussi une basse cour fortifiée, aménagée au Nord et qui renferme dans son "pourprins" des étables, des écuries et des logements pour les soldats de la garnison. Nous sommes encore mal renseignessur le logis proprement dit. L'Hermine comprend plusieurs pièces au rez de-chaussée et aux étages. Tout au plus savons-nous qu'il y a une vaste salle de réception où le duc reçoit les ambassades étrangères et donne des fêtes, une autre réservée aux convives des festins, garnie d'un dais, la chambre à coucher et le cabinet de travail du souverain, un oratoire privé, des pièces où logent les officiers et les visiteurs, des magasins d'armes et une prison qui « accueille » Olivier de Clisson en 1387 et le chancelier C. Chauvin en 1483. Les travaux accomplis au XVe s consistent surtout à renforcer l'enceinte, en tenant compte des progrès de la poliorcétique. La plupart des tours et des portails sont renforcés ou refaits sous Jean V et sous ses successeurs. Des mâchicoulis couronnent le haut des murailles. L'ouvrage le plus important se situe à l'angle Nord-Ouest de la vieille Cité ; la porte dite du Bali est totalement reconstruite en 1429 et porte désormais le nom de « Porte Neuve ». L'apparition du canon oblige aussi les autorités à améliorerla protection des portes et, au cours du XVe s, apparaissent devant les portes de Gréguenic, de St Patern et de St Salomon d'abord de simples barbacanes de bois puis des « boulevards ». On verra se dresser au XVIes des bastions polygonaux, en forme d'éperon, garnis de casemates voûtées où sont logées des pièces d'artillerie. Les plus importantes datent des guerres de la Ligue et garnissent le front occidental, apparemment le plus vulnérable. L'importance de l'oeuvre accomplie pendant les dernières années d'indépendance est difficile à cerner, faute d'archives municipales. Elle est néanmoins prouvée par la fréquence des impositions levées à des fins militaires, par la nomination de Martres d'Oeuvre responsables des travaux en cours comme Yvonnet Kernilien qui dirige aussi le chantier de la cathédrale. Malheureusement pour la défense, des maisons se collent, dès le Moyen Age, aux remparts et ce chancre des fortifications, toléré par les autorités inconscientes ou complices, réduit considérablement les possibilités de résistance et accélère la dégradation des murailles. Les ouvrages, construits à la fin du Moyen Age, ont finalement peu servi. Jusqu'au règne de François II, Vannes vit paisible, à l'abri de toute guerre. La cité est trop loin des Marches pour connaître les dernières phases de la guerre de Cent Ans et-les premiers conflits avec Louis XI. Il faut attendre 1487 pour que sa situation se détériore. L'aide apportée par François II au duc d'Orléans et à Dunois hostiles à la régente Anne de Beaujeu, la révolte des grands seigneurs bretons jaloux des faveurs accordées par le duc à des émigrés politiques, précipitent l'intervention française en Bretagne. A la fin du mois de Mai 1487, une armée de 15000 hommes pénètre dans le duché et occupe sans difficulté plusieurs villes. Elle se présente, le 5 Juin, devant Vannes qui capitule. François II profite de l'hiver et du ralentissement des opérations militaires pour reconstituer ses forces et récupérer quelques places fortes perdues. Vannes est du nombre, en Mars 1488. La défaite de St Aubin-du-Cormier, la mort de François II quelques semaines après sonnent le glas de l'indépendance bretonne. La duchesse Anne, réfugiée à Rennes, essaie de résister aux troupes royales qui envahissent le duché. Mais les places fortes ouvrent leurs portes aux envahisseurs, les unes après les autres. Vannes capitule sans résistance le 19 février 1489. Elle sert alors de base d'opération aux troupes françaises qui opèrent dans cette partie de la péninsule et Charles VIII en fait même sa « capitale » provisoire puisqu'il y convoque des Etats le 27 Octobre 1491. Finalement, le mariage du roi et de la duchesse met fin à plusieurs années d'une lutte désastreuse pour le pays. Du point de vue militaire, ces trois capitulations successives, en l'espace de quelques mois, montrent la faiblesse des défenses devant les progrès des armes à feu. Vannes offre encore d'importants témoignages de son passé militaire qu'une visite à travers la ville permet de découvrir. A proximité de l'ancien port, se trouve la porte de Gréguignic, une des plus anciennes constructions encore en place. L'entrée proprement dite se compose d'un passage voûté en plein cintre et en moellons, de 3 m de long. Elle s'ouvre sur l'extérieur par un arc, légèrement surbaissé, dont les claveaux révèlent un travail plus soigné que le reste de la construction. La porte actuelle, qui donne sur un jardin en friches, est large d'1 m 80 pour une hauteur sous voûte d'environ 3 m 20. Au dessus de l'arc qui le surmonte se poursuit un haut mur interrompu. Deux petites tours, peu saillantes, encore en partie engagées dans les maisons voisines, encadrent ce passage à voitures et à piétons. La maçonnerie, sans être « très vulgaire », n'en trahit pas moins une date de construction plus ancienne que celle de la plupart des autres bastions défensifs, le XIIIe s vraisemblablement. Une salle de gardes est encore accessible donnant sur le passage voûté. Elle mesure environ 3 m de diamètre intérieur et est surmontée d'une voûte grossière en moellons. L'épaisseur des murs est d'environ 1 m 70-1 m 80. Le diamètre total de chaque tour est proche des 7 m. Ces deux bastions n'ont pas de fruit, gage de stabilité et permettant aux matériaux lancés de ricocher et de toucher l'ennemi. Mais un curieux décrochement, à plus de 2 m du sol, que souligne un bandeau de pierres plus importantes, détermine deux épaisseurs de mur dans le sens de la verticale. On note aussi la présence d'une rainure pour une herse dans la voûte du passage, juste après l'arc extérieur en claveaux. La porte de Gréguignic a subi d'importantes transformations ultérieures. Les tours semblent avoir été découronnées et la hauteur actuelle n'excède pas les 5 m. Probablement étaient-elles surmontées, à l'origine, d'un parapet crénelé. Dans le jardin, face à la porte, on découvre les murs d'un bastion pentagonal, allongé, en forme d'éperon, avec sur ses côtés des casemates voûtées pour loger des pièces d'artillerie. Cette construction date du début du XVIIes et a remplacé l'ancienne barbacane, mentionnée dans le Rentier de 1455. Les fortifications se poursuivent à l'Ouest de la cité, le long de la rue Thiers et de la place de la République jusqu'à la rue Emile Burgault. Elles sont moins connues que les autres, masquées par des ouvrages plus récents et par des maisons. A l'angle Sud-Ouest, près du port, la courtine décrit un arc de cercle. Les murs, jugés trop faibles, mal protégés par des douves sèches, ont été renforcés par des ouvrages du XVIe et du XVIIe s, plus bas, moins vulnérables que les hautes murailles et conçus pour l'artillerie. Ils ont remplacé des constructions plus anciennes comme cette porte Michellet, condamnée dès 1455 et qui pourrait fort bien avoir cédé la place à l'éperon de 1618 appelé la « Haute-Folie ». Il n'est pas invraisemblable d'envisager, au XVe s, l'existence de plusieurs tours dans cette section de courtine, mal protégée par la nature. Les remparts rejoignent ensuite la Porte St Salomon qui a été démolie en 1791. Seul l'élargissement de la chaussée, aux abords de la rue Closmadeuc, trahit son ancienne présence sur un plan. Les fortifications réapparaissent à plusieurs reprises dans les jardins des maisons qui donnent sur la rue Thiers.

Les remparts de Vannes

Au fond d'un jardin (au n° 38), on peut noter le raccordement entre deux parties d'âge différent. D'un côté, des pierres de taille soigneusement appareillées, de 60 à 95 cm de long sur 20 à 30 cm de large chacune, dénotent une époque récente, fin XIVe ou XVe s. De l'autre, vers la vieille ville, on découvre les traces d'un mur ancien en moellons irréguliers, dont les origines remontent à l'époque gallo-romaine, mais restauré à plusieurs reprises. A proximité de l'actuelle place de l'Hôtel de Ville, la courtine change de direction. Elle s'incurve vers le Nord-Est puis devient parallèle à la rue du Mené pour rejoindre la porte de St Patern. Un portail, aujourd'hui disparu, conduit, au Moyen Age, de la place du « Marcheix » à la cathédrale. On l'appelle au XVe s porte du Bali ou porte Notre Dame ou encore Porte-Neuve car sa reconstruction date du règne de Jean V. Une étude récente la présente comme « une saignée » pratiquée dans une muraille de près de 4 m d'épaisseur et de 6 m d'élévation. La voûte en ogive et les murs du passage sont en gros blocs de granit, soigneusement taillés. Au-dessus de l'entrée, une pièce rectangulaire de 8 m de long sur 5 m de large abrite le corps de garde. Au sommet se trouve une terrasse bordée d'un parapet crénelé et de mâchicoulis. La porte est encadrée par deux tours, dont l'une tournée vers l'actuelle mairie porte le nom de tour Bertranne, tandis que l'autre s'appelle plus prosaïquement la tour de la Porte Neuve. Extérieurement, la défense est assurée par un fossé à sec de 12 m de large et de 6 m de profondeur, véritable foyer d'infection en raison des immondices qui s'y accumulent. Un pont-levis, manoeuvré par un treuil et un pont-dormant en maçonnerie permettent de le franchir. Face à la ville, la façade est ornée d'une statue de la Vierge, placée dans un petit habitacle surmonté d'un toit pointu couvert d'ardoises, nommé « ballet » ou « bali ». Le XVIe s a apporté de sensibles modifications à ce dispositif vulnérable. La porte, mal protégée, est doublée à l'extérieur d'un vaste bastion en éperon. Dans la rue Emile Burgault, au n° 25, on peut encore voir le revêtement du mur de la Porte-Neuve, en pierre de taille, et admirer une petite tourelle d'angle, une échauguette de veilleur. Elle repose sur un encorbellement constitué de boudins en quart de cercle. Le château épiscopal de La Motte, au point culminant de la colline où est bâtie la vieille cité, constitue au XVe s, un élément de la défense. On imagine fort bien ce que peut représenter pour la garnison cette lourde bâtisse du XIIIe s, adossée au rempart, avec ses murs épais, percés de meurtrières et de fenêtres étroites et renforcés par des contreforts. La muraille change alors de direction et rejoint St Patern. Il reste d'importants vestiges des défenses médiévales, au fond de jardins particuliers, même si l'enceinte a été restaurée à plusieurs reprises aux temps modernes. En descendant la rue des Chanoines, à l'endroit où s'élève au Moyen Age la chapelle St Jehan, débouche une petite rue qui monte du Mené et qui porte le nom de rue de l'Ane (act. rue Brizeux). Elle est devenue, au XVe s, une impasse. Une porte existait auparavant et menait au faubourg voisin. Mais les autorités ont estimé qu'elle n'offrait pas les garanties de sécurité souhaitées et l'ont condamnée. Elle est rétablie, vers 1685, et se présente comme un simple passage à travers les remparts, surmonté des anciens mâchicoulis. On rejoint, à travers les jardins, une courtine qui appartient à différentes époques et une tour dite du Bourreau ou des Filles, en raison de ses locataires successifs, l'exécuteur des Hautes Oeuvres et des prostituées emprisonnées. Deux étages de ce bastion sont visitables. L'un au niveau des jardins se présente comme une salle rectangulaire, voûtée, éclairée par des embrasures qui se terminent par une archère. L'autre, au niveau du chemin de ronde, abrite également une pièce rectangulaire, voûtée en grand appareil. Sur les trois côtés, tournés vers l'extérieur, des casemates, longues de 2 m 80 ont été aménagées dans l'épaisseur des murs pour accueillir des canons de petit calibre. Une petite fenêtre, côté jardin, éclaire la salle. On accède, par un escalier extérieur, à une terrasse d'environ 10 m de diamètre. Le parapet n'est plus d'époque ; les créneaux ont disparu, mais,, à environ 3 m du sommet du mur se trouve une ceinture de. mâchicoulis à arcs en tiers point. Du haut de la tour, le visiteur peut admirer la ligne de remparts presque jusqu'à St Patern. Elle est à deux niveaux différents et la tour du Bourreau est précisément au point de rupture; la partie la plus haute est tounée vers le Nord-Ouest. Un escalier d'une dizaine de marches dans le chemin de ronde permet de franchir les 2 m de dénivellation. Les mâchicoulis changent aussi. Du côté de la rue de l'Ane, nous avons affaire à des spécimens à arcs en ogive comme sur la tour, tandis qu'ailleurs, vers St Patern, commence une série plus basse à linteaux, interrompue par une sorte de bretèche peu saillante, montée sur trois mâchicoulis légèrement plus bas que les autres. La porte St Patern ou Porte-Prison reste, malgré la perte (en 1886) d'une de ses tours, un des plus beaux témoignages de l'architecture militaire bretonne. Comme la plupart des entrées à cette époque, elle comprend un passage central, surmonté d'un corps de logis, flanqué de deux tours circulaires. La porte est double : un guichet pour piétons et une entrée charretière pour les véhicules. Le guichet, long de 6 m, comporte une section voûtée en plein cintre, basse et étroite puis une autre couverte de grosses dalles, haut perchées, à environ 5 m du sol. Une porte en biais dessert une salle des gardes, seule survivance de la tour disparue, tandis qu'à gauche du couloir, en sortant de la ville, un petit passage permet de rejoindre l'entrée charretière. Cette dernière, réservée aux véhicules est naturellement plus importante. Elle comprend trois parties en venant de la cathédrale. On pénètre tout d'abord dans un passage voûté en berceau, haut d'environ 5 m. La rainure d'une herse marque la transition avec la section suivante, plus longue et plus haute que la précédente. On arrive, enfin, sous un grand arc brisé, en belles pierres de taille, plus bas que la voûte arrière, prenant appui sur les murs latéraux. La largeur de cette entrée pour les véhicules est d'environ 3m, les trottoirs compris ! Vue de l'extérieur, la porte offre plusieurs détails intéressants. L'entrée principale est surmontée d'un arc brisé, aux claveaux correctement assemblés. Au-dessus de ce passage, très légèrement saillant, trois longues rainures verticales reçoivent les bras du pont-levis et de la passerelle voisine. Ces ouvertures constituent, cependant, des points faibles pour la défense. On comprend qu'il ait fallu surmonter celles de l'entrée principale par un arc de décharge. Un écu a été intercalé, à la fin du Moyen Age, entre ces rainures. On retrouve, enfin, dans la partie haute, une ligne de mâchicoulis à cintres brisés. Par un escalier extérieur, côté ville, on accède à des salles hautes, habitables, éclairées par des fenêtres tournées vers la cathédrale, actuellement en pleine réfection, et à une terrasse. La porte de St Patern est en partie masquée par des habitations accolées à ses murailles. L'une d'elle cache les deux tiers de la tour. On y accédait jadis par la. ville, sous la porte charretière. Mais cette entrée a été murée et remplacée par une porte aménagée à l'emplacement d'une des trois canonnières. La salle basse, qui sert de cave à un café, large de 3 m 50, profonde de 3 m 75, haute de 4 m sous voûte, conserve encore deux belles embrasures ouvertes dans l'épaisseur du mur. Ce sont des casemates profondes, d'environ 3 m 50, ébrasées, terminées par une canonnière surmontée d'une archère. Le trou circulaire de la bouche à feu tournée vers la porte est bouché ; mais l'autre, intact, atteint 30 cm de diamètre, ce qui est tout juste suffisant pour une couleuvrine. On peut admirer l'appareil de cette tour et de la muraille voisine qui rejoint la tour des Filles. Son pied est légèrement empatté avec des assises de granit, parfois longues de 90 cm à 1 m ! Au dessus, le mâchicoulis à arcs brisés cède la place au mâchicoulis sur linteau.

Les remparts de Vannes

On remarque aussi une canonnière en hauteur, creusée dans une grande pierre. Alors que celles d'en bas permettent de pratiquer le tir rasant, de prendre en enfilade les fossés, cette dernière répond à une autre conception, le tir plongeant. La pièce est juchée au sommet de la courtine ; car on imagine accroître la portée et la puissance du tir par la force de la pesanteur. R. Grand distingue trois grandes étapes dans la construction de cette porte. Une première campagne de travaux est entreprise au XIIIe s, sous Jean II. La porte est restaurée ensuite, sous Jean IV après les destructions de la guerre de Succession. Ses défenses sont perfectionnées avec l'installation du dispositif de pont-levis à bascule. Quant aux mâchicoulis, aux parties hautes du logis central et aux parements extérieurs de la tour, ils datent du XVes, des règnes de Jean V et de ses successeurs. Avec les fortifications qui bordent l'ancienne Garenne ducale, nous entamons la dernière étape de notre visite. Les remparts se poursuivent sans interruption sur plus de 600 m. En quittant la porte de St Patern, on découvre derrière la caserne des pompiers un morceau de courtine et le bastion semi circulaire que l'histoire locale connaît sous le nom de tour Joliette. Il constitue un exemple de tour de flanquement, dont le sommet est au niveau du chemin de ronde. Si les murs extérieurs ont été récemment restaurés, l'aménagement intérieur est à revoir. Un escalier à vis, de 26 marches, large de 75 cm environ, éclairé parcimonieusement par une meurtrière au champ de vision réduit, permet de descendre dans une salle basse, informe, située au niveau des douves et couverte de grosses dalles de plus d'1 m de long. Deux canonnières de 25 cm de diamètre s'ouvrent dans l'épaisseur du mur et prennent en enfilade les fossés, de chaque côté, au point de raccordement de la tour avec la courtine. Une archère, évasée à l'intérieur, permet au tireur adroit d'atteindre le pied des remparts qui rejoignent la tour Poudrière visible de cette ouverture. De la tour Joliette à la tour Poudrière, le visiteur suit une belle section de muraille surmontée de 18 mâchicoulis à arcs brisés suivis 64 autres sur linteaux. Le parapet crénelé de Vannes est suffisamment original pour que nous nous y arrêtions quelques instants. Il est constitué de « corbeaux » ou consoles en saillie, formant une pyramide renversée à quadruple assises. Les quatre pierres, à encorbellement latéral, se superposent du bas vers le haut de la muraille en taille croissante. On a parlé quelquefois pour les désigner de « mâchicoulis bretons », car ils se retrouvent aussi à Suscinio (voir Château de Suscinio : images de son passé par Georges Ganuchaud -page n° 1), à Tonquédec (voir Description du château de Tonquedec par Alfred de la Barre de Nanteuil, page n° 1), & Josselin (voir à travers la ville de Josselin) etc.. Les corbeaux sont reliés entre eux de trois façons, soit par un linteau d'épaisseur variée, soit par un arc brisé constitué de deux pierres taillées en arc et boutées l'une contre l'autre, soit par un arc en plein cintre. Cette troisième catégorie est plus rare ; nous en avons compté 22 près de la tour Poudrière où nous arrivons après avoir suivi une courtine légèrement incurvée. Cette tour, de faible diamètre, est à la jonction de l'ancienne et de la nouvelle enceinte. Grand pense qu'elle appartient aux constructions de Jean II et un défaut de liaison dans la maçonnerie de la courtine montre le raccord de l'oeuvre de l'époque de Jean IV. Toute sa partie supérieure a été surajoutée à une époque récente et aménagée en logement éclairé par plusieurs fenêtres. Peut-être y avait-il, à l'origine, un parapet crénelé et un toit pointu ? Un étage donne de plein pied sur la rue des Vierges, près de l'entrée de l'hôtel de Jérusalem (n° 12). Le mur est épais de 2 m 30 et percé d'une fenêtre dont l'élargissement voûté en plein cintre est bordé de bancs de pierre. Cette ouverture est-elle d'origine ou a-t-elle remplacé une meurtrière ? On descend, ensuite, à une salle basse au niveau des douves. La pièce est séparée de l'escalier par un mur sur lequel s'est appuyé le coffrage d'une voûte en plein cintre, dans laquelle une ouverture carrée, encadrée de pierres de taille, a été aménagée pour monter ou descendre les munitions. Il y avait, en effet, des canons dans cette salle sombre et humide. Deux embrasures voûtées recevaient des couleuvrines dont le tir battait les douves. Les trous de ces canonnières sont respectivement dirigés vers la tour Joliette et vers celle du Connétable. Ils ont 25 cm de diamètre et sont aménagés dans deux grosses pierres creusées en gorge. L'épaisseur du mur, au niveau du sol, atteint 3 m environ, ce qui se traduit, extérieurement, par un léger empattement. Détail curieux, enfin, une archère s'ouvre dans le mur qui sépare la pièce basse de l'escalier. En regardant attentivement la muraille, nous découvrons, à environ 8 m au-dessus des douves, dans le renfoncement que forme le mur de la tour avec la courtine, une autre canonnière pour un tir plongeant. Le rempart se poursuit jusqu'à la tour du Connétable avec une succession de 22 mâchicoulis à arc en plein cintre et de 17 en tiers point, à un niveau différent. On note des reprises dans la muraille qu'accusent des raccords maladroits, la présence d'un conduit d'évacuation des eaux et l'apparition du rocher sur lequel s'appuient les assises. Nous arrivons à la tour du Connétable qui doit son nom à Arthur ae Richemont, connétable de France et duc de Bretagne en 1457-58. Elle fait figure de donjon, depuis la disparition du château de l'Hermine et c'est, de fait, le bastion le plus élevé, le plus important, mais aussi le plus difficile à étudier de tous les ouvrages fortifiés de Vannes. Son étude est rendue délicate par les transformations subies au cours des siècles suivants et par l'état général des lieux ; toutes les salles n'étaient pas visitables en 1973. Extérieurement, la tour qui dominait, à l'origine, la Basse Cour du château ducal, présente trois dispositions : une partie élevée, semi-circulaire surmontée d'un petit bâtiment polygonal en retrait, auquel on accède par une tourelle d'escalier accolée à l'arrière et qui dessert au passage tous les étages du bâtiment. La tour proprement dite domine nettement la courtine sur laquelle elle fait saillie. Le visiteur admire le bel appareil des pierres de taille, généralement rectangulaires, mais où s'intercalent, ici et là, des assises plus petites et de forme carrée. L'ensemble est couronné d'une trentaine de mâchicoulis sur linteaux. Quelques ouvertures ont été aménagées dans les murs. Une canonnière basse bat le fossé au Nord, tandis que dans l'angle Sud se trouve une archère d'environ 1 m. Plusieurs fenêtres éclairent les salles. Les plus petites regardent vers St Patern ; l'une d'entre elles est constituée de deux grosses pierres de taille, formant linteau et allège et encadrant une baie défendue par des barreaux de fer. A l'opposé, en direction de Calmont, deux magnifiques baies se superposent, dont une fenêtre à meneaux.. Elles ne sont certainement pas de l'époque que nous étudions. Une tourelle d'escalier polygonale, comme il s'en faisait couramment au XVe s, permet d'accéder au chemin de ronde faisant le tour du bâtiment polygonal en retrait, qui occupe la majeure partie de la terrasse. Est-il de l'époque de la construction de la tour ou postérieur ? (70). Ses murs sont ajourés de fenêtres qui éclairent une pièce dont le niveau inférieur se trouve dans la tour elle-même. Un toit coupé, dominé par une haute cheminée, recouvre une dernière pièce, située sous les combles et éclairée par deux fenêtres-lucarnes. La tour du Connétable était habitée par une personnalité. Ses salles polygonales et planchéiées sont spacieuses, bien éclairées par des baies, au fond d'embrasures aménagées dans la muraille, et chauffées. L'une d'elles renferme une cheminée monumentale qui occupe presque un pan de muraille et dont le conduit traverse, en le chauffant, l'étage sous les combles. Le confort n'est pas exclu de ces appartements comme en témoignent un petit chauffe-pieds, une sorte de « garde-robe » et une « privée » ou latrines dont la fosse donne sur les douves. Après la tour du Connétable, la courtine se poursuit encore, surmontée de 46 mâchicoulis à linteaux, et rejoint un bastion tardif appelé l'éperon de la Garenne (1627) puis la Porte-Poterne ouverte seulement en 1678, à une époque où le château de l'Hermine était déjà en ruines. Il n'est pas invraisemblable de penser que l'éperon du XVIIe s, à l'endroit où la muraille oblique pour rejoindre le port, a remplacé une tour médiévale. Nous avons parlé du château de l'Hermine, élément très important de la défense urbaine, avec le manoir de La Motte, à l'autre extrémité de la cité. Il offrait, à l'extérieur, la protection de deux grosses tours semi-circulaires encadrant une poterne voûtée. La porte de Calmont, face au faubourg du même nom, est visible de la rue Alex. Le Pontois. Elle comprend une entrée principale de 3 m environ et un guichet d'1 m 30, le tout surmonté d'un arc en plein cintre, légèrement abaissé, en belles pierres de taille. On aperçoit, comme à St Patern, les trois rainures du pont levis et de la passerelle. Une tour la protège, petit bastion de flanquement, actuellement rempli de gravats. Un escalier débouche sur la terrasse qui la surmonte, au niveau du chemin de ronde. Son diamètre extérieur, y compris la muraille, est de 10 m 30. De l'autre côté de la porte de Calmont, l'usure du mur, des traces de reprise laissent supposer l'existence, jadis, d'une tour symétrique. La tour Trompette, la dernière de notre étude, est bien conservée. Elle se présente comme un fer à cheval, aux murs épais d'environ 2 m 80, côté danger et seulement 75 cm côté ville. Elle comporte intérieurement au moins deux étages séparés par des planchers. L'étude des murs extérieurs dénote deux périodes de construction. Au pied de la tour et jusqu'à 3 m environ, les pierres sont irrégulières, usées par l'humidité. Plus haut, nous avons affaire à de belles assises rectangulaires, souvent très longues (jusqu'à 90 cm x 35 cm) et bien conservées. Ces deux époques de construction sont curieusement séparées par une ceinture de pierres hautes d'environ 50 cm, dont certaines sont presque carrées. Notons, enfin, la présence de mâchicoulis à linteaux, à faible encorbellement latéral et d'un chemin de ronde protégé par un mur percé de meurtrières étroites et que recouvre un toit à coyau. Vannes dispose donc d'un des plus beaux ensembles fortifiés de Bretagne. C'est à l'abri de ces remparts que se développe une ville dont le rentier de 1455 et les archives ecclésiastiques permettent de retrouver les noms des principales rues et de déterminer avec un minimum de précision leur tracé. J.P Legay

Les remparts de Vannes
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